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  • Les 12 meilleurs albums des années 2010 – Inclassables

    Il existe et existera toujours des étrangetés, des cas à part dans la musique contemporaine. En un mot : imprévisibles. Les 12 meilleurs albums des années 2010, Inclassables.

    Les recherches esthétiques poussées obligent ces groupes à atteindre une relative clandestinité, du moins ç’aurait été le cas sans Internet. Car les réseaux sociaux ont encore une fois tout explosés. Débarrassés de leur vernis de stupre, les Inclassables pouvaient désormais vivre en paix et montrer qu’ils pouvaient aussi, rêver à une petite place dans les charts. Regardez l’album de Billie Eilish, qui a remporté tous les suffrages en 2019 et qui a même osé chanter à Coachella. la chanson « Bad Guy », anti-commerciale au possible, froide mais palpitante, se retrouvait maintenant dans le top 10 des écoutes iTunes (source : les ados en manque de modernité). Elle méritait amplement sa place parmi ces 12 meilleurs albums des années 2010, inclassables, assurément.

    Et que dire de Woodkid, petit prodige lyonnais aux clips phénoménaux ? Hélas, parfois ces albums, massivement teasés sur les réseaux sociaux, une fois sortis, décevaient un grand nombre de critiques. Pourquoi ? Trop originaux ? Trop beaux ou hors-cadre ? Pas assez ceci, pas assez cela ? Pourtant, une communauté de fans se constituait et ainsi se faisait le reste de la réputation. Ou bien assumer à fond ses délires et faire dans l’excessif, au risque de perdre ses fans comme Animal Collective, ou encore Panda Bear membre de ce groupe, qui a sorti trois excellents albums en solo et qui est certainement le seul à avoir réussi son coup (Coucou Avey Tare). Mais certains reviennent du fond des abysses et restent fidèles à eux-mêmes comme Cibo Matto, avec un jazz fusion assorti de notes électro fantastiques. L’époque est plurielle, les genres se mélangent avec frénésie, les Inclassables sont vivaces comme des crocodiles, ils savent gagner du terrain. Même si certains sont portés au nues, les autres attendent leur tour, tapis dans l’ombre. Leur succès ne sera pas garanti, mais leur reconnaissance pourrait être éternelle.

    Les Inclassables sont essentiels à la survie de la musique, qu’ils continuent d’exister. Sous le marécage, se trouvent des trésors, et il vaut mieux les chérir que les fuir. Ils en disent bien plus sur l’évolution de la musique que bien d’autres survendus. Un conseil d’ami.

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    12. Animal Collective – Centipede HZ

    Année : 2012 | Label : Domino | Genre : Electro

    Difficile de faire mieux après le bestial Merriweather Post Pavilion à mon avis. Mais Animal Collective a un sacré paquet d’années d’expérience et d’expérimentations derrière eux pour éviter de nous sortir des disques tout pourris. Au mieux splendide (Sung Tongs), au pire honnêtes (Painting With), les albums du groupe sont comme des mondes complexes à ciel ouvert, impossible d’en trouver deux semblables. Et ils décident de récidiver avec Centipede HZ. Que dire de plus ? C’est festif, curieux, foisonnant comme toujours. Le chargé Moonjock qui annonce la couleur avec ses mouvements, le super Today’s Supernatural et ses éclats de bonheur (l’une des meilleures chansons d’Animal Collective), le bizarroïde Rosie Oh, l’incontrôlable Applesauce, les chants folk désorganisés de Wide Eyed, l’entraînant Father Time, le foutraque Monkey Riches, l’étrangeté de Mercury Man, Pulleys et ses faux airs de ballade, Amanita et ses rêves d’Améridiens. Chargé, électrisant, too much, superbement arrangé et écrit, avec des paroles recherches et une esthétique globale convaincante, Centipede Hz arrive presque au niveau de Merriweather Post Pavilion, mais avec encore plus de folie et d’explosions sonores. Ca crie, ca secoue, ça tape et ça carillonne à tout va, un véritable chaos harmonique. Un sacré coup de boost pour ces inclassables des 12 meilleurs albums des années 2010 !

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    11. Panda Bear – Panda Bear Meets the Grim Reaper

    Année : 2015 | Label : Domino | Genre : Electro

    Vous devez sûrement connaître Noah Lennox, qui a changé le fameux duo avec Daft Punk Doin’ It Right, et sa tendance à faire d’excellents albums solo (Person Pitch en 2007, Tomboy en 2011). Et bien monsieur a encore fait des infidélités à son groupe d’origine et explore encore des territoires inconnus avec Panda Bear Meets the Grim Reaper, que l’on traduit par « Panda Bear rencontre le sinistre moissonneur ». Nous sommes dans un conte organique, parfois flippant, parfois charnel. Folk, ou pop, rock, ou bien électro, cris d’animaux, crissements, et la voix de Panda Bear, tantôt enragée, tantôt atone, qui plane au dessus de nos têtes. Passée la première écoute (difficile il faut dire, pour le non-initié), on comprend vite que l’album a beaucoup d’atouts. L’intro Sequential Circuits et ses questionnements en mode électro, Mr Noah et ses aboiements de chien, à la fois pop et rock, l’original Crosswords, le fantasmagorique Boys Latin et ses rêveries sous acide, le bien nommé Come To Your Senses, le voyage aquatique Tropic Of Cancer, Shadow Of The Colossus et son clavier animal, aux abois, le charme hypnotique psychédélique de Selfish Gene, ou l’explosion colorée, tout feu tout flamme Acid Wash, qui conclut l’album en beauté. Notre cerveau finit par s’habituer à ce chaos de couleurs et de formes.

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    10. Cibo Matto – Hotel Valentine

    Année : 2014 | Label : Chimera Music | Genre : Trip-hop / Electro

    A ma grande tristesse, j’ai appris récemment que le Japon avait toujours réservé à Cibo Matto (Nourriture folle en italien) un accueil assez froid. Mais pourquoi tant de haine ? Yuka Honda, et Miho Hatori sont pourtant porteuses d’un talent indéniable. Il fut un temps que les moins de 20 ans ne connaissaient pas, ou un certain Sean Lennon faisait partie du groupe et fricotait avec Honda, et ses partitions exigeantes étaient saluées de tous. A présent, c’est toutes les deux que les deux Japonaises furibardes reprennent du service. Autrefois poupée manga aux formes généreuses, c’est sèche comme un bambou et blonde comme les blés que Miho Hatori nous éclaire de sa voix pop. Guitariste pour Gorillaz en 2001 et accessoirement la voix de Noodle à l’époque, Hatori a entrepris en solo avant de retrouver sa comparse qui s’était plutôt réfugiée dans le jazz. Hotel Valentine, c’est en gros, un monument de jazz fusion, accessoirement électro ou pop selon, aux refrains entêtants et aux chansons accrocheuses : Deja Vu et son rap féminin en douceur, le funk classy 10th Floor Girl, l’incroyable swing de Emerald Tuesday, le flippant MFN et son refrain hypnotique. Un cocktail boosté aux vitamines C, D, K, ou G, bienvenu dans ces 12 meilleurs albums des années 2010, inclassables. Et en prime une Hatori en pleine forme vocale.

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    9. The Avalanches – Wildflower

    Année : 2016 | Label : Modular / XL / Astralwerks | Genre : Electro Pop

    Aah, The Avalanches… encore un miracle made in Australia. Et dans cette liste des 12 meilleurs albums des années 2010, on aime les miracles. Since I Left You, le magnifique Frontier Psychiatrist. Ce groupe aurait mis plus de 3500 samples dans leur premier disque, avait secoué la presse musicale de l’époque, et soulevé des foules… et condamnés à payer des prix fous pour les ayants-droits en batailles juridiques. Mais qu’importe. The Avalanches, travaillent sur Wildflower en 2004-2005, mais peu satisfaits, laissent l’album en jachère. Bien leur en a pris, car l’album s’est vite enrichi de 22 titres, ainsi que d’une liste de guests prestigieux : MFDOOM, Biz Markie, Michel Bernard, Father John Misty des Fleet Foxes. Après près de 16 LONGUES ANNEES d’attente (ça fait beaucoup quand même hein), Wildflower s’avère être une excellente surprise, pleine de promesses. On retient les beaux Because I’m Me, Frankie Sinatra en duo avec le fou Danny Brown, Subways et ses chants d’enfants enchanteurs, le chaleureux Going Home et ses éclats de bonheur, le placide If I Was a Folkstar, les rêveries psyché de Colours et son disque à l’envers, Kaleidoscopic Lovers et son ambiance surannée. Définitivement un moment agréable qu’est Wildflower.

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    8/ Billie Eilish – When We All Fall Asleep, Where Do We Go?

    Label : Darkroom / Interscope | Genre : Pop

    Mais pourquoi ? Ne suis-je pas la première conne à prendre tout ce qui est underground et à le porter aux nues tel le Christ ? Oui c’est vrai. Mais là madame, c’est un cas vraiment à part. Cela reste un peu de la pop, avec des arrangements d’un noir profond, qui surfent sur les cordes de guitare et la voix d’une chanteuse atypique comme les doigts glissent sur le satin. Billie Eilish, c’est une sacrée personnalité : des cheveux bleus, noirs, violents, gris même, avec des fringues streetwear griffés YSl ou Vuitton XXL, un regard bleu acier et une moue boudeuse. Une féminité plus noire, plus étrange, anti-sexy tout comme l’album. Le titre est d’ailleurs une interrogation que se faisait souvent Billie petite avec son frère : lorsque nous dormons, où allons-nous ? A vous de voir la réponse à cette question : l’emballant Bad Guy, le sombre Xanny et son rythme presque soul, You should see me with a crown et sa longue descente électro, All the good girls go to hell, délicieux et ironique, l’épuré Bury a Friend, l’écorché 8, ou encore lebeau Goodbye et son gospel en apnée. Sous les frissons de la première écoute, se cache un trésor d’authenticité et de sincérité assez rares aujourd’hui.

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    7. Sophie – Oil of Every Pearl’s Un-Insides

    Année : 2018 | Label : MSMSMSM / Future Classic / Transgressive | Genre : Electro

    J’en avais déjà fait une critique l’année dernière non sans mal tant la musique de cette étrangeté m’avait secouée. On a souvent polémiqué sur l’identité de la vraie « Sophie ». Les prémisses de l’histoire remontent à 2013. On croit le découvrir sous l’apparence d’un homme, mais la vérité éclate en 2017. Il s’agit de Sophie Xeon, une femme transexuelle, jouant de son androgynie et de son apparence physique, productrice et DJ écossaise. Après quelques EP d’excellente qualité (Product), elle sort enfin Oil of Every Pearl’s Un-Insides. Et autant le dire tout de suite, c’est certainement le disque le plus inhabituel et le plus bizarre que j’ai écouté de ma vie. A côté de ce monstre de modernité, Gorillaz passe pour du Ed Sheeran. Oil of Every Pearl’s Un-Insides réserve son lot de surprises, parfois effrayantes (Ponyboy, Faceshopping), parfois merveilleuses et agréables (it’s Okay To Cry, It is Cold In the Water?). C’est sûr, personne ne sortira indemne d’une telle engeance, à moins d’avoir vécu à plusieurs époques et être un alien. Une soucoupe s’est écrasée dans ces 12 meilleurs albums des années 2010, inclassables. 

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    6. Yves Tumor – Safe in The Hands of Love

    Année : 2018 | Label : Warp | Genre : électro pop

    Changement d’ambiance avec un disque radical du nom de « Safe in the Hands of Love » par le dénommé Yves Tumor. Plus expérimental que ce disque tu meurs. Une vraie claque, passé le début étrange et contagieux de Faith in Nothing Except In Salvation ou Economy of Freedom. Déçu par l’environnement conservateur de son Tennessee natal, Tumor se construit une identité de marginal et compose des sons distordus. Sa rencontre avec Mykki Bianco va le conforter dans la voie musicale. Bonne nouvelle, car un génie est né. Tout coule de source : l’organique Honesty, le rythmique Noid sorti d’un polar 70s, le pâle Licking an Orchid, le splendide Lifetime, l’étrange et hypnotique Faith in Nothing, bref, ces branches tordues sont les mêmes ramifications d’un arbre monstrueux. Un son élégiaque, emprunt de références religieuses mais lorgnant du côté de la trip-hop des années 90 avec une étrangeté parfois effrayante mais terriblement addictive. Un conseil : il est préférable d’écouter le disque plusieurs fois pour comprendre toute la richesse de cet environnement froid au premier abord, mais fascinant. Encore merci à Warp d’avoir dégoté un nouveau génie.

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    5. Woodkid – The Golden Age

    Année : 2013 | Label : Green United Music | Genre : Electro

    C’est de bonne guerre, disent les Anglais, que les Français soient parfois meilleurs qu’eux dans la musique électronique. Mais bon, à chacun ses jouets, eux leur pop à la Beatles et à nous Ed Banger Records, crotte ! Mais si l’on est ni électro et ni pop, mais un peu entre les deux ? C’est plus compliqué de survivre. Yoann Lemoine, ancien de chez Emile Cohl, réalisateur, écrivain et maintenant artiste-interprète, sortit The Golden Age en 2013. Certains ne furent pas dupes du côté froid, presque clinique de l’album, qu’on ne savait où mettre. Sans me laisser avoir, je fus prudente sur le choix de l’album, mais force est de constater que The Golden Age a tout cassé à sa sortie. Il continue encore à nous émouvoir, alors que trop d’artistes ont mal repris de ce style sans inspiration. Quelque part entre la musique baroque, l’électro british, le pop rock, The Golden Age est un monument. Et Woodkid en est l’architecte roi. Du sublime the Golden Age, du royal Run Boy Run, du mystique I Love You, ou encore du poignant Iron et sa bataille de chevaliers, Woodkid mélange le Moyen-Âge farouche, la soul anglaise, le noir et blanc dans un maëlstrom mélodique d’une beauté étourdissante. 

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    4. Gorillaz – Plastic Beach

    Année : 2010 | Label : Parlophone | Genre : Hip-Hop / Pop / Electro

    Ils étaient de retour, cinq longues années après le somptueux Demon Days sorti en 2005. C’en était fini de la politique de Bush et de la noirceur de l’après 11-Septembre. 2010 était le début d’une nouvelle ère faite de promesses, de drames et d’espoir. Plastic Beach était né du fracas d’une mer polluée, de la folie des hommes et du pouvoir d’un puissant chef d’orchestre : Damon Albarn. A peine avait-elle émergé que les océans s’étaient déchaînés contre elle. Trop différente, inhospitalière, trop naturelle. Subsistaient Noodle, 2D, Murdoc et Russel devenu géant à cause du pétrole. Ils avaient morflé et avaient vécu milles vies et mille morts. Et pourtant, ils avaient résisté aux flots dévastateurs du marketing, et du streaming musical. Sous forme d’un poème dénonçant la pollution des océans, les affrontements, ou le mélange racial, Plastic Beach dressait son plan de table digne de la Reine d’Angleterre. Au menu : Intro et son orchestre multiculturel, Welcome To The World Of The Plastic Beach et Snoop Dogg en maître d’hôtel, White Flag et son rap superbe sous fond de musique traditionnelle syrienne, le mécanique Rhinestone Eyes, Stylo et son flow format tempête, Empire Ants et son spleen tragique, On Melancholy Hill, bijou en mode Blur, le merveilleux Plastic Beach. Pour ces 12 meilleurs albums des années 2010, inclassables, le banquet fut copieux. A la hauteur de mes espérances, j’en repris de chaque bouchée. 

    Thom Yorke - ANIMA - Alworld.fr

    3. Thom Yorke – ANIMA

    Année : 2019 | Label : XL Recordings | Genre : Electro

    Plus le temps passe, et plus ce bon vieux Thom Yorke me terrasse. Cette liste des 12 meilleurs albums des années 2010 inclassables ne s’en relèvera pas. Déjà le merveilleux Kid A de Radiohead m’avait pas mal remué à l’époque (2000, une éternité), et Thom Yorke remet le couvert avec l’obscur ANIMA. Et si Nigel Godrich s’en mêle encore une fois (on lui doit Talkie Walkie de Air, Natalie Imbruglia, Radiohead), c’est pour le beau. A l’écouter, on voit surtout que Yorke déprime et décide de tout plaquer pour nous livrer un instantané de ses pensées. A l’image de cet homme qui tombe dans un abîme, nous sommes plongés dans un univers ambigü et inconnu. Troublés, nous pénétrons le brumeux Traffic. Last I Heard et sa mélancolie contagieuse, Twist et sa fragile existence, Dawn Chorus et sa voix gracile et timide, I Am A Rude Person, et son caractère placide, Not The News et sa tranquilité inquiétante, The Axe et ses fantômes klaxonneurs, Impossible Knots et sa froideur clinique, Runwayway et sa guitare folk au milieu d’un lac gelé. Glacial, repoussant, ANIMA n’est pas facile à comprendre et à aimer. Dans le froid de l’hiver, Thom Yorke joue les éclaireurs et nous indique la route à suivre. Dans ce trou, il y a des fantômes, ils savent et murmurent des choses. Dystopique, grinçant, passionnant, ANIMA est un chant intérieur qui finit par nous saisir à la gorge.

    Spank Rock - Everything Is Boring and Everyone Is a Fucking Liar - Alworld.fr

    2. Spank Rock – Everything Is Boring and Everyone Is a Fucking Liar

    Année : 2011 | Label : Bad Blood | Genre : ???

    On ne parle que d’artistes blancs ici, et cela m’embête. Pourquoi le rap/hip-hop n’aurait pas envie d’un peu d’expérimentation lui-aussi? On connaissait Danny Brown et son rap d’outre-tombe, Kaytranada et ses délires orgiaques soul, mais peu connaissent Spank Rock. De son vrai nom Naeem Juwan, Spank Rock se fait connaître en 2006 avec YoYoYoYoYo avec son hit Bump. Depuis, il avait réalisé des remixes pour Björk, Amanda Blanks, ou même Diplo. Et on l’avait perdu de vue. Mais en 2011, sort un second album d’une puissance mal contrôlée et d’une force cradingue et sans queue ni tête : Everything is Boring & Everything is A Fucking Liar, en gros « tout est emmerdant et on est tous des putains de menteurs ». Ok, pour la légèreté on repassera. Mais ne vous laissez pas bluffer par ce titre peu commun, car l’album sort l’artillerie lourde. On retient surtout Nasty en duo avec Big Freedia, le parfait Car Song en duo avec Santigold,le ragga déglingué de Birfday, la danse infernale de The Dance, #1 Hit et son discours potache sur le sommet des charts, le sale Turn It Off. Mon coeur s’emballe, l’album aussi. Alors que l’ensemble a un minimum de tenue, tout se casse par terre dans un fracas. Le tout saupoudré de textes d’une poésie certaine, entre le crado et le lourdingue. Une curiosité attachante, un OVNI qui s’écoute comme on le sent.

    Sébastien Tellier, My God Is Blue - Alworld.fr

    1. Sébastien Tellier – My God Is Blue

    Année : 2012 | Label : Record Makers | Genre : Pop / Funk / Electro

    Record Makers est un label assez stylé. Créé par le groupe Air et leur associé Marc Teissier du Cros en 2000, le label a fait découvrir de grands noms comme Arpanet (originaire de Détroit), les français Klub des Loosers, Turzi, Damien et DSL, et les Australiens Midnight Juggernauts. Tout le mérite leur revient. Dans tout ce vivier d’artistes, survint un barbue aux lunettes de soleil impeccables : Sébastien Tellier. C’est plutôt compliqué de le décrire : il représenta la France en 2006 à l’Eurovision, sortit un album acoustique L’Incroyable Vérité dans les bacs techno de la Fnac, et a réalisé des albums sur la politique (Politics), la sexualité (Sexuality). Il sort cet album en hommage à une boisson psychotrope prise à Los Angeles qui lui aurait fait voir une dimension bleue. Quelque part entre François de Roubaix, Giorgio Moroder ou la classe de Christophe période années 70, l’on se perd dans un dédale outremer : Pépito Bleu et son amour des biscuits, The Colour of Your Mind (splendide clavier), Sedulous et son caractère érotique, Cochon Ville et son délire orgiaque, l’unique Magical Hurricane, le pompier Russian Attractions. Mais pas d’inquiétude, point de noyade, le gourou Tellier te sauve et revient te prendre. Au sens propre comme au sens figuré. Conclusion en mode bleuté pour les 12 meilleurs albums des années 2010, inclassables c’est sûr.

  • Les 12 meilleurs albums des années 2010 – Francophone

    Quatrièment, les 12 meilleurs albums des années 2010, du francophone. Des surprises en série.

    Etrangement, les Francophones se sont révélés éclatants et magnifiques cette dernière décennie. Et j’inclus les Français, les belges, les Suisses, et tous ceux qui parlent français dans leur chanson accessoirement hein. Et bien, vous, les Francophones, bah vous m’avez épaté hein ! A croire que la nouvelle génération, débarrassée des préjugés sur ce genre qui sentait un peu le saucisson-pinard, s’était émancipée de ses aînés et n’avait hésité à se mêler à la mêlée, et à embrasser des genres divers : rap, électro, jazz, voire soul. Et brusquement les expérimentations merveilleuses des années 80 étaient devenues cool, et il n’était plus question de ringardise ou de prise de risque. Le risque avait déjà été dépassé, et il ne restait plus qu’à avancer jusqu’à son but ultime. C’est donc gaillarde que cette génération nous pondit une salve d’opus de grande qualité à mon grand étonnement, la musique était devenue écoutable.

    Mais celui qui avait réellement gagné la party, c’était bien le rap. Débarrassée des préjugés, le rap français a connu une mue extraordinaire ces dix dernières années. Un temps condamnés à rester dans l’ombre, il est à présent exposé à ciel ouvert. N’ayant plus peur de faire des featurings parfois douteux, le rap français avait pris son envol. Même Télérama avouait, presque impuissant, que le rap français était devenue la nouvelle variété à la mode !  Et si l’on se moque gauchement des cas Jul ou PNL qui osent encore à l’ère des réseaux sociaux rester discrets sur leur vie privée, on pourra dire qu’ils ont réussi leur coup. Je vous rappelle d’ailleurs qu’ils n’ont signé avec aucune major… impensable il y a quelques années. D’autres artistes, au style tranchant, osaient remettre la poésie des mots dans des compositions électro : Damso et son style grinçant, Booba et son rap deluxe XXL, Nekfeu et sa classe folle, 1995 et l’amour du collectif, Lomepal et sa fragilité presque obscène, Roméo Elvis et ses textes cassants, Eddy De Pretto et son flow de gentleman. D’autres gardaient un esprit potache et sombre comme Orelsan, ou grand public comme BigFlo et Oli.

    En un mot, je fus soufflée, et il est grand temps d’en parler en détail. Ce que je souhaite ? C’est que l’on évite les erreurs du passé et que l’on aille de l’avant sans oublier les grandes leçons des anciens. Et c’est parti pour les 12 meilleurs albums des années 2010, francophone.

    Les 60 meilleurs albums des années 2010 – Francophone - Alworld.fr
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    1. Roméo Elvis – Chocolat

    Année : 2019 | Label : Universal / Barclay | Genre : Rap / Hip-Hop

    2. Angèle – Brol La Suite

    Année : 2019 | Label : Angèle VL Records | Genre : Pop

    Et pour ouvrir cette section des 12 meilleurs albums des années 2010, francophone, un combo. Les frères et sœurs dans la musique n’ont pas toujours donné des résultats très heureux. Mais là on est dans un cas d’exception, car il y a un duo fraternel qui a tout cassé en 2018 et en 2019 avec la sortie de leurs albums respectifs : Chocolat pour Roméo Elvis (son second) et Brol, la Suite pour Angèle (réédition augmentée du premier). Le premier : du rap haut de gamme avec des réflexions sur le passé (Intro), la virilité (Les Hommes), la célébrité (Solo), le rapport complexe avec la musique (Kuneditdoen). Le flow grave et étrillé de Roméo Elvis sublime les beats électro qui parsèment l’album. De Intro, aux paroles dures, jusqu’à Perdu en duo avec (oh surprise) Damon Albarn, Roméo Elvis livre un impressionnant éventail de possibilités que le rap francophone peut faire. On pourra en dire autant pour Brol la Suite d’Angèle, édition enrichie de sept titres supplémentaires. Avec en sus, une sacré furie féminine et féministe, et énormément d’auto-dérision : Oui ou Non sur les indécis, Perdus sur la nostalgie des amitiés, Tu me regardes sur les jeux de l’amour et du hasard et bien entendu, Balance Ton Quoi sur le harcèlement sexuel. Francs, directs, sans concession mais avec de l’humour typiquement belge, Angèle et Roméo Elvis remportent nos cœurs et imposent leur style avec une certaine tendresse. Face à eux, devant tant de talent, je suis forcément breyoû*.

    *Qui a la larme facile en belge.

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    11. Nekfeu – Feu

    Année : 2015 | Label : Seine Zoo / Polydor / Universal | Genre : Rap

    Nekfeu est un humaniste dans le fond, à grand coup de baskets Asics et de flows ravageurs. Martin Eden, d’une implacable vérité, commence l’album, le bouleversant Mon âme en duo avec Sneazzy, Le horla et sa poésie écorchée. Nekfeu impose son flow dévastateur, débit mitraillette, sur la virilité, l’école, la misère sociale, les haters et les fauteurs de troubles. Nique les clones II et la question d’intégration, Rêve d’avoir des rêves et le besoin de s’évader. La Tempête sur la violence urbaine, Égérie sur la beauté féminine et sa musique classieuse, Reuf, un improbable duo avec Ed Sheeran qui fonctionne bien, La moue des morts sur la fin au sens large, le poignant Laisse aller, et la beauté élégiaque, insaisissable de On verra, véritable tube plein d’espoir, quintessence du style Nekfeu : douceur et noirceur. Tout s’emballe, la machine devient grippée: Ma dope, la drogue et la vie, Jeux d’Ombres et sa progression soul, Elle en avait envie sur les incertitudes des femmes, Princesse sur le double visage, Risibles amours et son flow en torrent sur la drague désespérée, Point d’interrogation sur l’avenir vrillé, ou encore l’étrange et prenant Être humain, la conclusion d’une lumière éclatante, après toute cette descente âcre et difficile sur la vie du jeune urbain.

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    10. Stromae – Racine Carrée

    Année : 2013 | Label : Island France / Universal | Genre : Electro Pop

    Porteur d’un double héritage (belge d’origine rwandaise), avec une enfance difficile (son père mort durant le génocide) et artiste dans l’âme (études de cinéma, il a travaillé comme ingé son), Stromae a beaucoup de choses à dire. Mais le pire c’est qu’il le fait trop bien : Ta Fête, douceâtre, Papaoutai, une chanson popu dans les karaokés, Bâtard ou l’héritage difficile, Ave Cesaria et l’hommage à la chanteuse en dans une salsa électro, Tous Les Mêmes, et son discours second degré sexy, le trop bien Formidable, Moules Frites et son amour de la Belgique, Carmen ou le conte cruel des réseaux sociaux, Humain à l’Eau et sa trap music, le très grinçant AVF avec Gims et Orelsan au sommet. Normal qu’on ait trop parlé de Racine Carrée, c’est la modernité qui s’exprime. Beaucoup trop de sincérité et de fierté, non sans douleur, sinistrose et tentation de la mort. Un disque complexe, cruel, mais avec bon fond. Et en arrière-plan, de magnifiques trouvailles sonores à base de dance, pop, sons afro-cubains, ou hip-hop. Un disque inoubliable tout simplement.

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    9. Orelsan – La Fête est Finie

    Année : 2017 | Label : 3e bureau / Wagram | Genre : Rap

    Le nom « Orelsan » m’avait interpellé et malgré la violence de la chanson, j’étais malgré moi fascinée, et un peu dégoûtée, et puis j’avais oublié. Mais bon, Orelsan était un peu devenu l’enquiquineur de service au mieux, au pire le rappeur de midinettes moqué par ses pairs. Ah vraiment ? Et bien, la Fête est Finie, c’est le moins qu’on puisse le dire. Orelsan a grandi (37 ans!), et il n’a plus trop envie de faire rire, mais plutôt de grincer des dents comme un daron et cracher sa rage avec des textes toujours au top, et une ambiance musicale travaillée. San, ou l’introspection triste et profonde, le cruel Basique et ses insultes délivrées avec une voix doucereuse, Tout va bien et son ironie cassante, l’excellent Défaite de Famille et son règlement de compte familial au vitriol, la Lumière et sa fausse promesses de bonheur, Bonne meuf et son second degré amer. Il s’amuse de lui-même avec Christophe en duo avec GIMS, Zone avec Nekfeu et Dizzee Rascal, Dans ma ville on traîne et son spleen de banlieue, La pluie et sa critique acide de la France d’en bas avec Stromae, le chicanier Paradis, d’une douloureuse lucidité, la conclusion Notes pour plus tard qui sonne comme une mise en garde. Désolée pour cette section des 12 meilleurs albums des années 2010, francophone, la fête est finie, on peut le dire maintenant. N’empêche, quel disque !

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    8. La Femme – Psycho Tropical Berlin

    Année : 2013 | Label : Barclay / Universal | Genre : Pop / New Wave

    En 2013 se pose sur Terre un OVNI taille XXl appelé La Femme avec un délire baroque sobrement appelé Psycho Tropical Berlin. Même la snob que je suis a du mal à passer à côté de ce monstre de noblesse que représente l’album. Tant d’influence à décrire en si peu de mots : la France d’Elli & Jacno, les débuts de Taxi Girl avec un Mirwais rajeuni, la classe américaine, les films d’Alain Delon des années 60. L’elfe Clémence Quennelec (chanteuse principale) nous rassure autant qu’elle nous effraie de ses paroles obscures et flippantes (Amour Dans le Motu, la Femme). On ne sait où se raccrocher, alors le radeau vogue ici et là, à la recherche d’un bout de terre où accoster. Mais à chaque île, se cache une créature qui ne finit jamais de cracher : le stressant Sur la planche 2013, ou bien l’étonnant It’s Time To Wake 2023 qui raconte le futur d’une humanité perdue. Le décalage est édifiant entre des paroles qui paraissent sans queue ni tête, et un arrangement sonore digne d’Abbey Road. Lorsque j’essaie d’expliquer ce que j’ai ressenti en écoutant Psycho Tropical Berlin, je n’arrive pas à parler. Le mieux est que vous écoutiez l’album. Psycho Tropical Berlin : je n’aurais pas d’autre conclusion à ce sujet, je m’en excuse d’avance.

    Les 60 meilleurs albums des années 2010 – Francophone - Alworld.fr

    7. Gaëtan Roussel – Ginger

    Année : 2010 | Label : Barclay | Genre : Pop

    Gare au Gaëtan. Le légendaire leader de Louise Attaque tente l’aventure en solo. Et le fait avec un panache tout particulier. Plus proche de Beck et les expérimentations anglaises de Massive Attack que de la variétoche saucisson-pinard, Ginger se révèle passionnant à chaque écoute. Du coup, un peu compliqué pour moi de passer à côté à ce disque épatant. Déjà, l’ambitieux Clap Hands, et la valse des mots, le hit Help Myself (Nous Ne Faisons que Passer) et ses questionnements durs sous un vernis de cirque, le duo magique Si L’on Comptait les Etoiles avec Renee Scroggings, l’entêtant Inside Outside ses refrains anglais, Mon Nom et cette bonne vieille guitare, la joliesse de Tokyo, la troublante beauté de Trouble en duo avec Gordon Giano, qui n’est autre que le leader de Violent Femmes… Ici, on ne fait pas les choses à moitié. C’est peut-être ça, la force de Gaëtan Roussel : la liberté totale et la prise de risque. Et cela fonctionne aussi bien pour Louise Attaque que pour lui-même. Fortement inspiré par les recherches esthétiques de Gorillaz, Roussel s’était mis en tête d’y injecter tout son coeur français dans cette souple à fort accent anglais. Ces 12 meilleurs albums des années 2010, francophone, s’en remettront-ils ?

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    6. Klub des Loosers – La Fin de l’Espèce

    Année : 2012 | Label : Record Makers | Genre : Rap / Hip-Hop

    On commence en fanfare avec le Klub des Loosers, avec son célèbre rappeur masqué, qui nous sert sa dernière fournée : La Fin de l’Espèce. Titre fichtrement ironique lorsqu’on apprend ce qui s’est passé cette dernière décennie : terrorisme, artistes bafoués, Fyre Festival, alcoolisme juvénile, toxicité des réseaux sociaux. C’est pas joli joli. Difficile de rester optimiste dans toute cette mêlée.Toujours noir, toujours cynique, toujours implacable. Ici, point de salut : tout est à gerber. Vieille branche et son passé doré qui ne reviendra jamais, L’Indien et ses états d’âme au vitriol, Volutes et sa trompette desossée pour une vision crue de la société moderne, Destin d’hymen, ou le dégoût profond de l’humanité, puis enfin un rayon de soleil avec L’animal, sur une histoire touchante d’un amour qui a marqué Fuzati. Et puis non, tout repart dans la cuvette des toilettes. Encore Merci et les coups d’un soir, La Fin de l’Espèce et un accouchement qui passe mal au sens propre comme au figuré. La dégringolade, la fin du monde se profile à l’horizon : La Chute, et son piano sublime, Jeu de massacre, sans concessions, Non-père, implacable, Carte Postale ou le bonheur maigrichon, Au commencement ou l’espoir apparaît fragilement. Des arrangements magnifiques, un flow intarissable et des paroles toujours aussi rentre-dedans.

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    5. Fishbach – A Ta Merci

    Année : 2017 | Label : Entreprise | Genre : Pop / Rock

    Il suffit d’écouter Ma Voie Lactée pour comprendre qu’on n’a pas affaire à une bleusaille, car Flora Fischbach (de son vrai nom) a bourlingué dans les milieux du métal et du rock avant d’enlever le c de son nom de famille et de se rapprocher plutôt d’une Jeanne Mas ou d’une Véronique Sanson nouvelle génération. Les Fluo Kids ont beau avoir disparu, Fishbach assume sans peur son héritage 80s dans ses chansons : Y Crois-Tu et son refrain sensuel, écorché, l’hypnotique Eternité, le tendre et céleste Un beau langage, ou bien Une autre que moi, envahissant, Feu et son atmosphère western horrifique, On me dit tout une ballade mystérieuse à la sauce Niagara, Invisible dégradation de l’univers et sa solennité cosmique, Le château et son conte rock sous acide, le mortel Mortel, Le meilleur de la fête, sombre astre, l’élégiaque A Ta Merci, sublime conclusion à un opus qui ne ressemble à rien d’autre. Une formidable odyssée sur les terres de Lio en mode sorcière des bois, électrisante, charnelle et enveloppante. Fishbach, nous sommes pris au piège de ta voix de Sirène attirant les marins vers de noirs desseins. Impossible de s’échapper.

    Stupeflip - The Hypnoflip Invasion - Alworld.fr

    4. Stupeflip – The Hypnoflip Invasion

    Année : 2011 | Label : L’Autre Distribution | Genre : Rap / Punk Rock

    Il faut le dire maintenant : en France, le rap aurait peut-être tendance à se prendre trop au sérieux. Parce que bon c’est bien d’être Basique, et qu’on est Tous les Mêmes, et qu’on cherche à être Sapés comme Jamais. Mais eux, ils aiment la musique ces loustics, mais business is business hein? L’argent ça tombe du ciel après et puis bon, on aime bien ça l’argent, tout va bien. Et puis le marketing s’en mêle et parfois, réduit à peau de chagrin ce qui reste d’intelligence et de créativité. Et hop, fini l’artiste, poubelle. Bon dieu. Vous vous souvenez de cette horrible interview pas préparée chez Ardisson ? Moi si et depuis ce jour, on a un peu mésestimé Stupeflip. Étiqueté à tort comme un groupe déjanté, il cache son jeu. King Ju rappe comme on crierait au marché : c’est d’une franchise implacable, c’est brutal, charmant, cartoon, ou criant de vérité. Son chant de marin Stupeflip vite !! (14 millions de vues sur Youtube), La menuiserie et ses cris d’animaux, Lettre à Mylène et la critique de Mylène Farmer, le trollesque Gem lé moch qui moque la drague et déclenche l’hilarité, Haters Killah sur les terroristes, bref j’arrête ma critique. Il faut l’écouter pour l’aimer, le chouchouter, l’adore et le sanctifier. L’humour de mauvais goût a gagné, vite Stupeflip !

    Moodoïd - Cité Champagne - Alworld.fr

    3. Moodoïd – Cité Champagne

    Année : 2018 | Label : Because Music | Genre : Electro

    Après avoir écouté Je suis la Montagne des débuts tendres de Moodoïd, j’ai fini par comprendre que quelque chose était en train de changer. L’air du temps se faisait plus coloré, mais le goût était âcre. Une fraîcheur de vivre contrebalancée par une mélancolie qui colle à la peau. Pablo Padovani nous fait découvrir son amour du disco, des paroles alanguies, des éclats de beauté au détour d’une chanson. On aurait pu craindre l’overdose, mais heureusement, on est en face à un esthète, un inventeur qui sait quoi faire de sa voix et de ses doigts sur le clavier. L’élégiaque Langage et sa féminité, le piquant Reptile, le suranné Cité Champagne et son rythme funk, l’hommage new wave Miss Smith et sa douce quiétude, Bye Bye et son style Duran Duran, l’enlevé Chamberlain Hotel, Star et ses étoiles swing, l’audacieux Helena, le magique Amour Voiture, Kasbah qui casse la baraque à force de beauté, une version envolée et japonaise de Langage en duo avec Wednesday Campanella, un groupe tokyoïte. Une touche asiatique et rafraîchissante pour conclure un voyage court mais intense. Au fond, peu importe que l’on chante en espéranto ou en king charles, l’important c’est d’aimer Cité Champagne pour ce qu’il est : une expérimentation saisissante de plus dans le registre chanson française.

    Christine & The Queens - Chris - Alworld.fr

    2. Christine & The Queens – Chris

    Année : 2018 | Label : Because Music | Genre : Pop / Electro / Funk

    Christine & The Queens décide de tout plaquer. Elle prend une apparence androgyne, change de nom en Chris. Elle revêt marcel, pantalon de travail, uniforme masculin et professe un mélange masculin-féminin. Chris floute les limites entre la féminité et la virilité, mélange la pop, l’électro et le funk dans une symbiose totale. La marque des futurs grands artistes assurément. Celle qui a failli travailler avec Gorillaz mais a collaboré avec Charli XCX dans Gone (splendide danse sous l’eau) professe sa liberté retrouvée dans des chants de guerre. On cite le virevoltant Comme si on s’aimait, le dansant Damn, Dis Moi, La marcheuse et ses gémissements charnels. Chez Chris, on aime la sincérité et on aime danser, swinguer, groover quoi : Doesn’t matter et son refrain anglais entêtant, la séduction tout en finesse 5 dols, ou en lourdeur avec Follarse (« baiser » en espagnol. Ici, Chris est reine en son royaume. Et pour ce top des 12 meilleurs albums de 2010 francophone, c’est ce qu’on cherche : de la force. Chris souffle le chaud et le froid, confronte la dureté et la douceur, mélange les genres musicaux et sexuels. La chanteuse s’inspire de ses références musicales avec intelligence. Sous le vernis de danse, c’est un album d’une immense force, plurielle, à partager entre mecs ou meufs, à 1, à 2 à plusieurs. Sacrée meilleure chanteuse française chez les Anglo-Saxons, Chris a de beaux jours devant elle. Que la fête continue !

    L'Impératrice - Matahari - Alworld.fr

    1. L’Impératrice – Mata Hari

    Année : 2018 | Label : microqlima | Genre : Electro Pop

    L’Impératrice est devenue le Graal, coincé quelque part entre les songes de Jean Michel Jarre, les singeries de Jean Jacques Perrey et ses faux airs de B.O d’un drame français so 70s avec pluie et parapluies. Une intro toute en subtilité avec Là-haut, la finesse d’une caresse avec Erreur 404, le fringuant Mata Hari, Paris et sa promenade sous la Tour Eiffel, le leurre paradisiaque de Vacances, et enfin, la beauté, la splendeur même de Dreaming of You en duo avec Isaac Desilusion, qui résume en une seule chanson la possibilité d’une île, où règne enfin l’harmonie et le bon goût. Après cette halte exotique, on poursuit le reste, un peu hagard, sonné même, devant ce déploiement de bonne volonté trop rare dans la chanson française. On se retrouve dans un film à tiroirs, un immeuble désaffecté aux multiples étages : le thriller Masques, le charme orientalisant de Ma Starlight, le délicat Balade Fantôme en mode Emmanuelle, Matahari le retour et ses faux airs de film policier période Pialat, l’Entre-deux et son slow entre La Femme d’A côté et Hôtel des Amériques. Cinématographique jusqu’au bout des ongles, Matahari est une prouesse visuelle et sonore. l’Impératrice a retrouvé son empire et elle semble bien partie pour y rester. Clope au bec, rien ne lui échappe. Pas même le talent. Dans cet océan, les 12 meilleurs albums des années 2010, francophone, on les aperçoit enfin sur une belle île…

  • Les 12 meilleurs albums des années 2010 Rap/R’n’B

    Deuxièmement, le rap, le r’n’b et le hip-hop. La sainte trinité donc. Les miracles arrivent également pour les 60 meilleurs albums des années 2010 Rap/R’n’B. Tout comme la plupart des gens musicaux, le rap connut une incroyable richesse dans sa recherche.

    Pour ces 12 meilleurs albums des années 2010 Rap/R’n’B, faisons preuve d’un constat. Il n’était plus honteux pour un rappeur de faire des featurings avec des artistes différents. Il n’était plus impardonnable pour un rappeur d’être mannequin pour des marques de luxe, et même collaborer avec succès avec eux – Kanye West et les Air Yeezy pour Adidas, l’une des plus grosses ventes de la marque. Il n’était plus scandaleux pour un rappeur français de truster les sommets des charts avec des albums 100% homemade. Le style, la vivacité des paroles, le travail des samples était plus authentique, centrée sur les recherches esthétiques des années 90 où l’ombre de 2Pac plane encore. C’en était presque fini du bling-bling du gangsta rap années 2000, dont on regrettait le basculement vers un style commercial, taillé pour les radios, plus occupé aux effets de style qu’à la vraie musique. Et surtout, ce genre, trop assimilé à la culture street, dangereuse, connotée « racaille », est devenu banal. Des artistes prodiges avaient su imposer un style connoté soul, voire jazz, comme Odd Future et le trop talentueux Tyler The Creator, qui en l’espace de quelques albums s’est imposé comme le renouveau du rap.

    Si l’on peut critiquer un style parfois trop hermétique, le R’n’B a suivi dans ce sens, en évitant les sons trop violents et les tics agaçants de voix chevrotante à la limite du supplice. Une nouvelle fournée de chanteuses et chanteurs talentueux avait laissé entrevoir un avenir radieux pour ce genre qui commençait à s’essouffler : Owlle, Banks, Doja Cat, Drake. Une nouvelle génération de chanteuses, aux formes arrondies et aux idées acides (CupcakKe, Lizzo) au style novateur (Rico Nasty, Kelela, Kali Uchis). La chanteuse r’n’b sera certainement toujours vue comme une bonasse à voix de télé-crochet, mais elle a aussi changé, et n’hésite plus à parler de vergetures, de poids, de sexe violent ou bien de se transformer en vache. Le changement était là. Se grimer en femme fatale, faire dans l’excès, ou bien faire le scandale, c’était à présent bien vu. Le style porno chic avait fait des ravages : chantilly équivoque dans Anaconda de Nicki Minaj, bas résille et seins opulents chez Cardi B, clips à l’esthétique Brazzers pour Rihanna ou Rita Ora, style cartoon hentai pour Doja Cat. La nouvelle décennie avait constitué une véritable guerre des images, et il fallait rivaliser pour contrer tout ça, parfois dans la surenchère, surtout dans la démesure.

    Que dire pour conclure ? Que tout ce joli monde évolue avec bonté et recherche, et qu’il continue à faire des merveilles.

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    12. Chromeo – Business Casual

    Année : 2010 | Label : Last Gang / Turbo | Genre : Funk / Nu-Disco

    Pour commencer cette liste des 12 meilleurs albums des années 2010 Rap/R’n’B, un miracle racial. Que se passe-t-il quand un juif et un arabe se rencontrent ? Une guerre ? Rah mais vous vous êtes trompés de site bon sang, retournez sur le Figaro! Pee Thugg (Patrick Gemayel) et Dave 1 (David Macklovitch), deux Montréalais, se décrivent volontiers comme « la seule et unique collaboration arabo-juive à succès depuis l’aube des temps. » Derrière, une exploration des genre nu-disco, funk, soul, qui donneront envie aux plus téméraires de danser sur le dancefloor. S’il serait facile de les cantonner à un rôle d’amuseurs, le duo n’hésite pourtant à assumer à fond leurs délires de meufs, de musique. Le très entraînant Hot Mess (duo avec la Roux),ou bien le mal nommé I’m Not Contagious et son style rétro irrésistible, la bande-son Night By Night, le nocturne et charnel Don’t Turn The Lights On, ou encore le drôlissime When The Night Falls, nos pieds nous font souffrir à force de trop danser, et notre tête tourne face à tous ces sons vintage qu’on n’a pas l’habitude d’entendre de manière aussi sincère. C’est ça Chromeo : beaucoup de tendresse, de franchise et d’auto-dérision. 

    Les 10 meilleurs albums de 2019 - Alworld.fr

    11. Doja Cat – Hot Pink

    Année : 2019 | Label : Kemosabe / RCA Records | Genre : R’n’B

    Bon, j’avoue. Quand on voit « Mooo! », un clip avec une fille habillée en vache, manger goûlument milkshake et burger avec frites, en twerkant sur le fait de devenir un bovin avec un plan très gênant de seins en arrière plan, on peut se poser des questions. Mais bon, ça ne l’a pas empêché de devenir une vidéo virale et de faire un méga buzz avec près de 65 millions de vues… A vous de juger. Devrait-on en vouloir à cette jeune fille d’aimer un peu trop la provocation et les paroles sans queue ni tête ? Déjà créatrice d’un premier album Amala, sorti en 2018, formidable melting-pot entre l’électro, le rap et le r’n’b, Doja Cat est une fille bien plus rusée qu’il n’y paraît. La recette ? Un style extravagant, à la limite du bon goût, entre l’anime japonais et le cartoon, avec des paroles franches sur la sexualité, la weed, les mecs, l’amitié entre filles, l’absurde. Hot Pink se révèle, après plusieurs écoutes, attachant et drôle. Cyber Sex et ses délires orgiaques numériques, l’agressif Rules et ses paroles sans équivoque. Pardon pour la vulgarité. Sous ses airs de chat de gouttière, Doja Cat bondit et sort les griffes, brandissant sa féminité agressive à grand coup de costumes dévoilant son anatomie autant que ses beats dévoilent sa voix chamarrée.

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    10. AlunaGeorge – Body Music

    Année : 2013 | Label : Island Records | Genre : R’n’B

    J’ai bien fait d’écouter mon coeur. Mon coeur justement, se retrouva embrasé d’un feu de Bengale, plus glacé par un souffle polaire avant d’être ravivé par un courant chaud. J’étais ensorcelée. Body Music est le parfait album de R’n’B contemporain, celui qui à mon sens représente tout à fait l’hybridation dont a fait preuve ce genre longtemps malmené. Ici, point de wannabe à la voix de chèvre sur des tintements de clochettes, mais un merveilleux organe vocal entre la poupée et la jeune femme en devenir, accompagnés de beats sombres, profonds, ou extatiques. Tout se mêle dans une transe perpétuelle pour faire bouger le booty comme disent les gens de bien. Lorsque j’écoute à la suite, la belle intro Outlines, suivi du monstre You Know You Like It, du splendide Attracting Flies et son flow imparable, puis de Your Drums, Your Love, et son charme ensorceleur, je n’ai plus les mots. De l’excessif Bad Idea, ou en passant par l’intriguant Lost & Found, Body Music a certainement plus voyagé qu’un cargo en direction des îles. Sublime ! Quel voyage passionnant, ces 12 meilleurs albums des années 2010 Rap/R’n’B…

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    9. The Beastie Boys – Hot Sauce Commitee Part 2

    Année : 2011 | Label : Capitol | Genre : Hip-Hop

    On ne pouvait pas ne pas parler de comeback réussi dans ces 60 meilleurs albums des années 2010 Rap/R’n’B ! Drôles d’oiseaux que ces Beastie Boys. Ayant commencé leur carrière dans le punk hardcore, ils se sont rapproché du rock. Ils ont incorporé des éléments rap dans leur chanson, avant de définitivement l’adopter jusqu’à aujourd’hui. Il faut dire que Beastie Boys est une anomalie dans le paysage rap : blancs, juifs, de milieux modestes, regardés comme des curiosités. Mais qui ont fini par leur seul talent à se hisser dans les charts. Licensed To III sera l’album le plus vendu des années 80. Beastie Boys sera le groupe de rap ayant vendu le plus de disques au monde, dépassant de loin Eminem et Kanye West !! Hot Sauce Commitee Part Two est un savant mélange des influences noires, d’électro et de hip hop 100% fait maison, avec le flow imparable de Mike D, Ad-Rock et MCA. Un fantastique comeback au goût amer : Ad-Rock quitta ce monde l’année suivante, victime d’un cancer, et le groupe se sépara définitivement dans la foulée. Cet album sera donc le dernier. Un chant du cygne étincelant, fougueux et généreux.

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    8. Drake – Views

    Année : 2016 | Label : Cash Money / Republic / Young Money | Genre : R’n’B

    Le prodige de Toronto signe ici un retour aux sources (pochette photographiée là bas), à en juger l’intro toute en douceur, jazz dans ses arrangements (Keep The Family Close), et l’on glisse doucement dans un festival de trouvailles sonores : soul, beats électro, et surtout cette voix. Chaude, suave, ou cassante, violente. Drake parle de lui-même, de ses doutes de mégastar resté un enfant. Derrière un côté accueillant, l’album est plutôt froid, voire glacial à certains égards : U With Me, Feel No Ways par exemple. Que l’on étouffe (Hype), que l’on soit désorienté avec le gospel de Weston Road Flows, au final Views étonne. Sans compter sur le talent de Drake, bien entendu, qui a redessiné en l’espace de quelques albums le paysage du r’n’b contemporain. N’ayant peur de rien, il n’hésite pas à réinventer le genre. Rien que pour cela on le remercie. Dernier éclatement qui mérite que l’on écoute l’album : le dancehall Hotling Bling, qui a cassé tous les scores d’écoute sur Spotify, Deezer et iTunes à sa sortie. Une sorte de mise en garde : le fêtard Drake a été en proie au doute, mais il reste le roi de la party.

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    7. Beyoncé – Beyoncé

    Année : 2013 | Label : Parkwood / Columbia | Genre : R’n’B

    Vous savez, dans la vie, il arrive de changer d’avis sur des événements importants. Pour élaborer la liste des 12 meilleurs albums des années 2010 Rap/R’n’B, un miracle est arrivé. Il s’appelle Beyoncé, sorti en 2016, a claqué le beignet à la snob que je suis, et à un bon demi-milliard de haters de la chanteuse, journalistes, hipsters fans de vaporwave, étudiants en architecture, professeurs de yoga, entre autres. C’est peu de dire que Beyoncé est un bon album. C’est surtout le sursaut inespéré d’une grande artiste, et c’est son meilleur travail en date. Fini la période Destiny’s Childs et ses singles tristounets, et place à une femme complète, épouse, mère d’une Blue Ivy, au sommet de son accomplissement professionnel et intime. Le chant triomphant Pretty Hurts, le sensuel Haunted, rempli de doutes, le duo en clair-obscur Drunk In Love avec son mari Jay Z, le beau à pleurer Blow, ou encore les magnifiques Mine (avec Drake), Superpower (avec Frank Ocean), le chant de la mère Blue Ivy. Beyoncé s’y révèle tour à tour incandescente, fragile, névrosée, perdue, colérique, conquérante, maternelle, ou encore séductrice. Jamais sa voix n’avait été aussi superbement mise en scène, aussi éclatante et aussi forte de ses capacités. C’est définitivement l’album de la réconciliation, j’enterre ma hache de guerre. La lionne n’est pas encore morte.

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    6. Jungle – Jungle

    Année : 2014 | Label : Parkwood Entertainment | Genre :  Hip hop / Soul / R&B

    Après les mirifiques Beyoncé et Lemonade, Beyoncé continue sa lancée sur les disques grandioses et no limit. On doit bien l’avouer, elle fait partie des rares artistes à se le permettre, coiffant au poteau les anciennes gloires comme Madonna ou Lady Gaga. Sans sourciller, elle instille étrangeté dans son r’n’b autrefois si policé, et y injecte des ambiances électroniques, soul voire trap d’une rare intensité. Ajoutez à cela cette voix profonde et sensuelle, virevoltante, qui se fait parfois masculine et grondante. La liste de chefs -d’oeuvre est longue : splendide I’M THAT GIRL, parfait COZY, mystérieux et intriguant ALIEN SUPERSTAR, le retour aux sources CUFF IT, jeux de vocalises inspirés dans ENERGY. Les hits s’enchaînent de VIRGO’S GROOVE à THIQUE. C’est bouleversant, à la fois intimiste et taillé pour le dancefloor, tantôt tranquille, tantôt bouillant comme de la lave en fusion. Rien à faire, Beyoncé est la reine incontestée du r’n’b et sur le dos d’un cheval évanescent, elle nous le bien savoir. Le règne de la lionne n’est pas prêt de s’arrêter.

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    5. Kendrick Lamar – Good Kid M.A.A.D City

    Année : 2012 | Label : Aftermath / Interscope | Genre : Rap / Hip-Hop

    Contrairement à ce qu’on pense, Good Kid M.A.A.D City n’est que le second album de Kendrick Lamar. Le premier, Section.80, avait déjà été apprécié des critiques, et une communauté de fans s’était constituée. Et bien je vais vous dire une chose : si tous les seconds albums étaient de cet acabit, cela ferait longtemps que Nickelback aurait été les nouveaux Rolling Stones, croyez-moi. Parce que c’est l’un des meilleurs albums de gangsta rap que j’ai pu écouter depuis les années 90. Terminé les excès de ses confrères, plus occupés à rouler des mécaniques que de faire des bons disques, place à la musique. Good Kid M.A.A.D City est un album qui a été fait avec les tripes, et qui flirte presque avec l’avant-garde, tant ses recherches esthétiques semblent parfaites. Le preux Bitch Don’t Kill My Vibe, l’énervé Backseat Freestyle, le funk délicieux de The Art of Peer Pressure, la ballade faussement tranquille de Money Trees, le très beau duo avec Drake Poetic Justice, le poignant Sing About Me, ou bien la véritable pépite de l’album, le single qui a tout explosé au Billboard US : Swimming Pools (Drank), l’un des meilleurs hits de rap de ces vingt dernières années. Sombre, violent, sur le qui-vive. Un pari gagnant, car l’album est resté près de 358 semaines consécutives au Billboard. Un nouveau prince du rap est né à Compton, et il s’appelle Kendrick Lamar. 

    Les 10 meilleurs albums de 2017 (et plus si affinités) - Alworld.fr

    4. Tyler, The Creator – Flowerboy

    Année : 2017 | Label : Columbia | Genre : Rap / Soul

    Depuis 2012 et pour une raison inconnue, Tyler The Creator semble ne réaliser que de grands disques. De Bastard, sa première mixtape, jusqu’à IGOR, sorti récemment, l’épopée Tyler semble être devenue aussi connue que les récits épiques de l’Antiquité. C’est qu’il est difficile de passer outre ce kid renfrogné, préférant les batailles de vomi avec ses amis, en se grimant en vieux, en handicapé ou en mec déformé parlant de fellations, des femmes, de poésie. Derrière ce côté très potache avec des blagues « toilet humor » comme disent les Américains, se cache un être complexé, sensible et obsédé par la quête du père. Il s’en délectait déjà dans des albums comme Goblin ou encore Cherry Bomb. Tyler créé, mixe, aide ses amis d’Odd Future (Frank Oceal, Taco Bennett, Earl Sweatshirt), vend des fringues, tire la langue en interview, se moque des gens qui le traite de raciste, d’homophobe. C’est pareil avec les albums. Flowerboy est son opus le plus prude, le plus sensible, le plus personnel. Le mélancolique Foreword au spleen persistant, le piano tragique de Sometimes (il l’a appris en autodidacte à 14 ans), le féminin See You Again avec Kali Uchis, le colérique Whot That Boy avec A$ap Rocky, le fantastique Pothole avec Jaden Smith, et bien d’autres. La soul, le jazz, racines du rap, ne sont jamais loin. Une odyssée brute, sèche, passionnée et violente comme un roman fantastique. 

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    3. Kanye West – My Beautiful Dark Twisted Fantasy

    Année : 2010 | Label : Def Jam / Roc-A-Fella | Genre : Hip-Hop / Rap

    On peut reprocher un tas de trucs à Kanye West : son caractère lunatique, son style vestimentaire discutable, ses tirades exagérées sur Jésus, la mort de sa mère, la mort, la mode, ses chaussures Air Yeezy à 700 boules, sa femme Kim Kardashian. Mais on peut tout de même lui reconnaître un génie dans sa façon d’arranger sa musique, à la manière d’un peintre arrangeant ses couleurs pour ses créations picturales. Parce que Kanye West ne ressemble à personne, sauf à Kanye West peut-être, et personne ne lui ressemble. Après une carrière très riche de près de 5 albums, tous plus géniaux les uns que les autres, est ce que « Yeezus » a encore quelque chose à prouver ? A peine se pose-t-on la question qu’il nous brandit, l’air goguenard, son testament : My Beautiful Dark Twisted Fantasy. Vous est-il déjà arrivé d’avoir le souffle coupé ? Ecoutez ce disque. Tout comme un blockbuster, l’album multiple les rebondissements et les changements de style, en ne plongeant jamais dans la surenchère : Gorgeous et sa fragilité, le bien nommé POWER, la perle All Of The Lights, l’orgiaque Monster, le délicat et magnifique Runaway et ses danseuses au piano, ou encore l’électique Lost In The World. Plus qu’une fantaisie, c’est une vision complète et riche du monde que nous livre Kanye West. Une symphonie graphique et sonore qui s’esquisse sous nos yeux émerveillés.

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    2. KAYTRANADA – Bubba

    Année : 2019 | Label : RCA | Genre :  R’n’B / Soul

    Cela doit faire maintenant 5 ans que j’aime follement d’amour Kaytranada. Un producteur montréalais d’origine haïtienne, qui a commencé à être DJ à 15 ans. Il a ensuite peaufiné son talent de beatmaker dans d’épiques beat battles à Montréal au début des années 2010, un événement revenu brusquement à la mode. Puis, il est découvert en 2015, durant la Rebel Heart Tour de Madonna, et qui est plus JEUNE QUE MOI DE DEUX ANS. En 2016 au culot, il signe un album chez XL Recordings intitulé 99.9%, d’une rare beauté, et qui a réussi son pari de percer le milieu. Il enchaîne alors avec l’EP de Nick Murphy, Missing Link, qui avait ravi mon coeur en 2018. Depuis, il suffit de prononcer ce nom pour que tout le monde explose et déchire ses vêtements. Après tout ce charivari, Kaytranada est-il toujours Kaytranada? Bien sûr. Une salve de moments épiques, plus soul et « black » que son prédecesseur :  2 To Music en duo avec Iman Omani, le virevoltant GO DJ, le mystique Gray Area, l’imparable 10% avec la voix ensorcelante de Kali Uchis, le salsa-like Midsection en duo avec Pharrell Williams. Moins cher qu’un billet d’avion et plus rentable, BUBBA risque de déplaire aux fans d’électro, mais comblera les gens comme moi à la recherche de sensations fortes.

    Les 60 meilleurs albums rap r'n'b des années 2010 - Alworld.fr

    1. Frank Ocean – Channel Orange

    Année : 2012 | Label : Def Jam | Genre : R’n’B / Soul

    Qui aurait cru qu’un événement céleste de renom serait apparu pour ces 12 meilleurs albums des années 2010 Rap/R’n’B ? Un nom en diamants apparu dessus : Channel Orange. Si l’on devait retenir un album qui résumerait cette nouvelle décennie que furent les années 2010, Channel Orange mérite cette place, gravée dans le marbre. C’est non seulement le meilleur album de R’n’B de tous les temps, mais c’est la découverte extraordinaire d’un artiste sensible, extrêmement talentueux, bosseur, génie de son état. Tout comme sa musique d’ailleurs. Amenée des cieux sur Terre, tout transpire la grâce, la beauté et le spleen foudroyant d’une rupture amoureuse, d’un deuil impossible, d’une tragédie personnelle. Tout est beau comme dans un rêve : le fabuleux Thinking About You (qui a fait pleurer Beyoncé), le princier Sweet Life et son flow imparable, le suprême Super Rich Kids en duo avec Earl Sweatshirt, le spectaculaire Pyramids et sa seconde partie à tomber raide qui me ferait presque balbutier, le chant angélique Bad Religion ou Frank Ocean terrasse son auditoire de sa voix aux multiples possibilités, qui emmènent toutes vers une autre dimension. Un véritable choc que cet album, et qui mérite amplement d’être catalogué album de la décennie. Vive le R’n’B. Vive Odd Future. Et longue vie à toi, Frank Ocean.

  • Les 10 meilleurs albums & EP de 2019

    Mystérieux & envoûtants, crispants mais toujours intéressants : c’est la liste des meilleurs albums de 2019. (Petit cadeau à venir : les 60 meilleurs albums des années 2010 mais chut!)

    Les 60 meilleurs albums des années 2010 – Inclassables - Alworld.fr

    10/ Billie Eilish – When We All Fall Asleep, Where Do We Go?

    Label : Darkroom / Interscope | Genre : Pop

    Pour ces 10 meilleurs albums & EP de 2019, je ne sais pas par où commencer en réalité. C’est difficile de croire qu’une si jeune personne ait pu sortir un album d’une telle maturité. Et pourtant c’est le cas. Anti-commercial, froid, glacial, frustrant, merveilleux et touchant à la fois, l’album ne ressemble en rien à ce qu’on pourrait attendre d’une jeune Américaine de 17 ans. Aucun manuel de survie n’existe pour survivre à cette nappe phréatique de sensations étrangères et stimulantes. Malgré une ambiance volontairement inhospitalière, Billie Eilish montre son talent sans fioritures, avec un sens du timing parfait. La pochette flippante ne nous rassure pas, on se retrouve en plein mauvais rêve. Le très célèbre Bad Guy et son clip sous acide, la ballade écorchée Xanny, ou encore le beau Bury A Friend font de cet opus un cadeau inestimable, une fantastique conclusion à cette décennie. Vivement le futur !

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    9/ Tyler The Creator – IGOR

    Label : Tyler The Creator – IGOR | Genre : Rap / Hip hop

    Après le délicat mais inquiétant Flowerboy sorti en 2017, Tyler The Creator récidive avec encore un autre album, et encore une fois c’est beau. Très beau même. Tout commence fort avec IGOR’S THEME, une longue ballade mélancolique et entraînante avant d’enchaîner sur EARFQUAKE et ses chants d’adolescents profonds et mélodieux. Un album qualitatif avec une pléthore de guests : La Roux, Solange, Kanye West, CeeLo Green. Tout ce joli monde gravitant autour d’un Tyler très inspiré, plus surréaliste que jamais avec ses paroles sortant d’un bad trip sous acide. Après ses raps furieux, place à l’amour avec IGOR. Car Tyler fut amoureux fou, au point d’en mourir, et il décrit précisément ce qu’il a ressenti à ce moment là. S’ensuit des chansons d’une douceur chaude et féminine, avec un Tyler toujours aussi fascinant, montrant plus son côté hip-hop électro que rap. En d’autres termes, je suis conquise.

    Les mentions honorables des années 2010 - Alworld.fr

    8/ Nick Cave & the Bad Seeds – Ghosteen

    Label : Ghosteen Ltd | Genre : Pop

    Tristesse. Le génie Nick Cave perdait tragiquement son fils adolescent, à cause d’une chute de falaise à cause de LSD. Inconsolable, déchiré par le chagrin, l’artiste mit de côté la biture pour expurger sa peine immense dans le très beau Ghosteen. Malgré un côté liturgique, très épuré, il n’est pas rare qu’à l’écoute d’un son l’on retrouve tout le talent de songwriter et de compositeur. Car Nick Cave & The Bad Seeds, c’est plus de 30 d’existence dans la musique, une éternité faite de coups d’éclats et d’albums merveilleux, toujours avant-gardistes, sublimés par Nick Cave et ses talents de magicien. Ici, la fureur n’est pas complètement disparue, elle ressurgit dans un éclat de voix, un son qui vacille, une guitare stridente. Ghosteen est l’histoire d’un deuil impossible, une apparition fantomatique d’un être cher trop tôt disparu. L’agneau de la pochette, symbole religieux, semble insaisissable, mais si proche…

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    7/ Liam Gallagher – Why Me ? Why Not.

    Label : Warner | Genre : Pop Rock

    Pourquoi continue-t-on toujours à aimer autant Liam Gallagher? Difficile à dire. Celui qui a 46 ans est apparu tour à tour agaçant, drôle, furieux, et indécrottablement talentueux, renaît ces dernières années grâce à des albums solos subtils et très bien exécutés. Car Liam a encore quelque chose à dire dans une époque dominée par les albums formatés pour Spotify, la trap bas de gamme et les chants de gamins esseulés. Et il ne se prive pas pour enfoncer dans le lard quand quelque chose ne lui plaît pas. Et le mieux, c’est que cela ne prenne pas le pas sur la musique, ce qui n’est pas le cas avec Why Me ? Why Not. Un retour en grâce, avec des inspirations gospel et toujours cet attachement viscéral au rock des sixties et cette voix sineuse, portante et nasillarde impossible à oublier. Le splendide Shockwave, le gospel-like One of Us, ses beaux riffs de guitare sur Now That I Found You. Et je retrouve mon adolescence. Pour cette liste des 10 meilleurs albums & EP de 2019, un peu de nostalgie ne fait pas de mal !

    Thom Yorke - ANIMA - Alworld.fr

    6/ Thom Yorke – ANIMA

    Label : XL Recordings | Genre : Electro

    Dans la galaxie Radiohead, impossible d’oublier cette géante bleue qu’est Thom Yorke. Comme libéré de ses chaînes, il récide cette année avec ANIMA (âme en latin). Dans le concept de l’anima, Jung expliquait que cela regroupait tout l’imaginaire de l’homme, ses rêves, ses tourments intérieurs, ses craintes. Yorke, obsédé par les rêves,  se lance à la poursuite de ses rêves perdus. Produit par le talentueux Nigel Godrich (Air, Pavement, Natalie Imbruglia), ANIMA est un chef-d’oeuvre de retenue et de sons parfaitement maîtrisés. Longeant plus du côté de Kid A, l’album laisse découvrir sous sa brume électrique des longues ballades sinueuses où éclatent l’orage. Le beau Last I Heard, avec son prolongement hypnotique, le sombre Twist, le voyage est à la fois souterrain et aérien, avec des bruissements de vie dans cette âme tourmentée. Inquiétant, mystérieux, déroutant, un magnifique album. Rien à faire, un parpaing m’est tombé dessus à l’écoute d’ANIMA, alors que je fignole cette liste des 10 meilleurs albums & EP de 2019…

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    5/ Lizzo – Cus I Love You

    Label : Nice Life / Atlantic | Genre : R’n’B

    Trop rares sont les chanteuses à avoir des formes dans une industrie aussi dure pour les femmes que la musique. Combien de starlettes passées sur le billard à coup d’acide hyaluronique et de régimes crash pour un résultat tout pourri? Trop. Alors arrêtons le massacre voulez vous ? Voici la douce et charmante Lizzo, au bagou aussi souple et large que ses formes absolument inconnues dans le milieu de la musique. Dans cet album salvateur, Lizzo parle de ses déboires sentimentaux mais d’un espoir naissant, de l’acceptation de soi et des garces qui en veulent à à son intégrité. Ceux qui se moquaient d’elle ont la mâchoire qui tombe en apprenant que Juice et Truth Hurts sont restés près de 4 semaines dans le BillBoard US, détrônant même une certaine Cardi B… De belles chansons en perspective, beaucoup d’humour et de la positivité, et en cette fin d’année politique, on en a bien besoin !

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    4/ The Chemical Brothers – No Geography

    Label : Astralwerks / Virgin / EMI Records | Genre : Dance / Électronique

    Je l’ai attendu toute l’année. Ce fut long. J’ai écouté le premier single. Ce fut beau. Et enfin, j’ai écouté l’album. Ce fut magistral. Oui je me répète haha. Et bien mes chers amis je vous offre deux albums n°1 cette année. Le nouvel opus de nos faux frères a encore une fois fait des ravages. Après 25 années d’électro de qualité, les « frères chimiques » sont toujours dans le sens du vent, et ne cessent de se renouveler. Le parfait album pour danser en rave ou bien l’écouter chez soi confortablement. Le clinquant Eve of Destruction nous renvoie au temps béni des fêtes de la Haçienda, tandis que la ritournelle foutraque de Bango et sa conclusion bucolique, l’énergique No Geography, ou encore le magnifique Got To Keep On, ou bien We’ve Got To try, et son clip de chien dans l’espace, suffisent à mon bonheur. Je n’en espérais pas tant. Deux excellents albums pour clôturer cette riche liste des 10 meilleurs albums & EP de 2019 qui ne fut pas de tout repos. L’électro des 90’s n’est pas encore morte, et je décroche une petite larme à cette pensée.

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    3/ Doja Cat – Hot Pink

    Label : Kemosabe / RCA Records | Genre : R’n’B

    Ca fait un moment que je vous tanne avec Doja Cat, à juste titre d’ailleurs. Après nous avoir complètement déboussolé avec Mooo !! ou elle raconte qu’elle veut devenir une vache, Doja Cat récidive dans ses délires visuels et sonores. Hot Pink, « rose chaud » pour les non-anglophones (gni), porte bien son titre. L’album est un large éventail de chansons à caractère sexuel chanté d’une voix suave, avec samples de country, pop et électro savamment mélangés. Le style Doja Cat? Des tenus WTF, des clips fous où elle est camgirl avec un robot à gros engin ou se prend pour une femme chat les fesses à l’air… C’est beaucoup de kawaii et de tendresse, pas mal de crêpage de chignons et de blagues grivoises. Un peu comme une Lil Kim sans la chirurgie esthétique… Quid des chansons ? Le bien nommé Cyber Sex, agréable et virevoltant, le plus sérieux Rules, ou encore l’étrange Bottom Bitch. La belle Amala est décidément partie pour devenir la prochaine diva du R’n’B et du rap américain, et nous on ne peut qu’applaudir face à cette évidence.
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    2/ Charli XCX : Charli

    Label : Asylum / Atlantic | Genre : Electro Pop

    Comme c’est étrange de voir évoluer un artiste dans le temps. J’ai l’impression que c’était hier que je découvrais cette étonnante créature de 16 ans sur MySpace, encore balbutiante, chanter des paroles équivoques surmaquillée et bondissant tel un lièvre. Aujourd’hui, Charli XCX a 27 ans, a enchaîné les albums à succès, les collaborations à succès, bref le succès tout court. Elle a su, chose rare, sauter dans l’indépendant comme dans le mainstream, servant de passerelle entre des genres totalement différents sans que cela vire de bord. Après POP 2, un chef d’oeuvre de rage teen, ou encore le méconnu N°1 Angel, sa fantastique mixtape, Charli est son album le plus personnel, et le plus abouti. Ici, point de Taylor Swift, mais des hits en pagaille : l’étonnant Gone en duo avec Christine And The Queens et son impressionnante danse, 1999 en duo avec Troye Sivan, gros carton sorti l’année dernière. Un vrai feu d’artifice !

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    1/ KAYTRANADA : BUBBA

    Label : RCA Records | Genre : Electro / Soul / R’n’B

    Je l’ai attendu toute l’année. Ce fut long. J’ai écouté le premier single. Ce fut beau. Et enfin, j’ai écouté l’album. Ce fut magistral. Que dire ? KAYTRANADA est devenu en l’espace de quelques années mon artiste fétiche, celui me fait pâlir, qui me retourne dans tous les sens avec ses samples choisis avec soin, ses collaborations féminines de qualité (Kelela, Kali Uchis, Estelle), et son amour du mélange des genres. Quoi penser ? C’est splendide, merveilleux tout simplement. De l’intro magique Do It, ou encore le superbe 10%, le foudroyant Go DJ, le mécanique Gray Area et son électro R’N’B déroutant. C’est un album parfait aux rouages bien huilés, où le Montréalais confirme ses talents de créateur & d’arrangeur. L’équilibre parfait entre l’ancien & le nouveau, le vintage & le neuf, le jazz & l’électro, les étoiles d’avant & celles de demain. Clairement LA révélation de cette fin de décennie. Gloire à toi, KAYTRANADA. C’est sur une déflagration que s’achève cette liste des 10 meilleurs albums & EP de 2019.

    Mention spéciale 2019

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    DeathByRomy – Love U To Death

    Label : Capitol Records | Genre : Electro Pop

    Billie Eilish peut se féliciter d’avoir semé dans son passage des personnalités comme DeathbyRomy (dont elle est proche d’ailleurs). Ces filles, surnommées les « goth girls » ou encore « monsters », se considèrent comme des outsiders et chantent la mort, le suicide, la célébrité, les garçons avec une douceur cruelle. Bien leur en fasse, car Love U – to Death est un EP prometteur, annonciateur d’un futur album qui sera tout aussi bon. La ballade douceâtre Problems, perle de l’album, s’enfonce dans la tête. Le flippant I Feel Like a God, ou s’écharpe des voix robotisées, ou encore Love U to Death, lancinante chanson de désespoir aux sons électroniques sorties d’un cimetière de fantômes. Sa « terror pop » comme elle l’aime à la nommer est un chant de démone qui n’a peur de rien, et qui affronte ses craintes sous un vernis féministe et gracieux. Déroutant mais définitivement attachant.

  • Les 10 meilleurs clips de 2019

    2019, l’année des comebacks. De grands artistes sont revenus, tandis que les existants confirment leur talent. Ni une ni deux, voici les 10 meilleurs clips de 2019.

    10. Missy Elliott – Throw It Back

    Réalisation : Daniel Russell

    Pour les 10 meilleurs clips de 2019, une revenante. On la croyait disparue dans les limbes. Et elle est revenue en force. Sa désinvolture la fait mâcher du chewing gum en usant ses tresses comme corde à sauter. En se grimant en rose ou en parcourant la lune en survêt’alu. Et moi comme une imbécile, je marche. Big up à toi, Daniel Russell.

    9. Matoma ft. MNEK & Kiana Ledé – Bruised Not Broke

    Réalisation : Jeff Desom & Carlos Lopez Estrada

    Un peu de macabre, pour ces 10 meilleurs clips de 2019, ça vous dit ? Et bien on peut dire que Matona et ses sbires n’y vont pas par quatre chemins. Pourtant, malgré un début éprouvant, un twist inattendu (que je ne révèlerai pas) change la donne et donne de l’espoir. Enfin !

    8. Angèle – Toi ou Moi

    Réalisation : Brice VDH

    La plus brindezingue des Belges nous offre un éventail de parodies de pubs critiquant avec verve et ironie le sexisme inhérent de certaines campagnes. Angèle y apparaît tantôt coquine, tantôt vengeresse. Et étrangement, semble toujours aussi merveilleuse même en moustache.

    7. Lizzo – Juice

    Réalisation : Quinn Wilson

    Parce que c’est pas fréquent de voir une belle plante avec des formes à la télé ou sur Youtube. Parce qu’on a besoin de bonnes ondes. Parce que j’aime cette chanson. Parce qu’on n’aime pas toujours voir les mêmes filles partout. Parce que le très plein, c’est parfois mieux que le super vide.

    6. Joywave – Obsession

    Réalisation : Laura Gorun, Cooper Roussel & Dimitri Basil

    Si vous êtes fans des films dit « suédé », ce clip va réveiller votre âme d’artiste. Un bel hommage aux cinéastes Brian de Palma, Paul Verhoeven, Sergio Leone ou encore Dario Argento. En bon cinéphile que vous êtes, vous en aurez pour votre compte….

    5. FKA Twigs – Cellophane

    Réalisation : Andrew Thomas Huang

    A peine remis des électrochocs que furent Mutual Core et The Gate de Björk, Andrew Thomas Huang nous offre une rêverie de danse, d’or et de créatures phantasmagoriques. Mélangez cela avec la grâce légère de FKA Twigs, et vous obtiendrez un trésor. Pour ce top 10 des meilleurs clips de 2019 on ne boudera pas ce plaisir !

    4. Mitski – A Pearl

    Réalisation : Saad Moosajee & Art Camp, avec Danae Gosset

    On continue dans la rêverie la plus totale avec A Pearl, un clip réalisé par les génies d’Art Camp, qui réalise une invitation à nous perdre. Dédales infinis d’écrans 3D, de villes à la perspective parfaite, de fenêtres ouvertes et de mers en plastique, laissez vous aller. Tout va bien.

    3. Lil Nas X ft. Billy Ray Cyrus – Old Town Road

    Réalisation : Calmatic

    Oui je sais, vous en avez bouffé toute l’année. Mais bon. Un duo avec une star du rap et Billy Ray Cyrus, ça se fête non? Et puis bon, la musique est pas trop mal. Et puis ça fait danser. Et puis c’est pas souvent qu’on voit des cowboys. Alors flûte.

    2. Doja Cat feat. Rico Nasty – Tia Tamera

    Réalisation : Roxana Baldovin

    Allez je vous aime bien les mecs. On aime bien les filles avec du caractère. Un duo Doja Cat avec Rico Nasty n’allait pas accoucher d’une chanson simplette, c’est certain. Les amateurs de couleurs criardes, de la série Sister Sister et de la vibe 90s seront contentés, c’est certain.

    1. The Chemical Brothers – We’ve Got to Try

    Réalisation : Ninian Doff

    Navré, ça a été difficile de les départager. Mais le meilleur clip de cee 10 meilleurs clips de 2019 est certainement celui avec un sens. La formidable épopée d’un toutou parcourant l’espace dont l’histoire ressemble furieusement à celle de la pauvre Laïka, morte pour la science. Mais le final est plus optimiste que pour la chienne russe. A la fin, vous comprendrez alors que, comme toujours, les chiens assurent.

    Alworld.fr - Portfolio de Tolita Carrera
  • « Whitney : Can I Be Me », famille, je vous haine

    Le destin hors du commun d’une Afro-Américaine issue d’un milieu défavorisé, qui triomphera du racisme et du sexisme pour devenir une des plus grandes voix de son temps. Mais derrière le masque, un gouffre intérieur où vivent l’avidité de sa famille et un constant besoin d’amour.

    Année : 2017 | Réalisateur :  Nick Broomfield

    Impossible d’oublier la légendaire ballade kitsch qui a servi de BO au film The Bodyguard. Difficile d’oublier cette frimousse métisse, au visage aux traits harmonieux encadrés par une moisson de cheveux bouclés. Dans l’église baptiste de Newark, une fillette terrasse son auditoire avec des chants bibliques chantés avec une capacité vocale hors normes pour un enfant de son âge. On s’extasie sur sa voix hors du commun, son allure de petit elfe un peu peu perdu dans la marmaille familiale, chapeautée par une mère envahissante et un père qui se révélera laxiste avec le temps, jusqu’à la trahison. Une trahison qui plongera Whitney dans un abîme de désespoir. Car Whitney : Can I Be Me est avant tout l’histoire d’une tragédie familiale, donnant tout son sens au terme « phagocyter ». Le titre est d’ailleurs évocateur : « puis-je être moi-même », et qui sonne comme un mantra sombre qui va enrober toute la vie de Whitney jusqu’à ses derniers instants. Instants sordides d’une jeune femme qui fut l’incarnation de la « chanteuse à voix », terrassée par les drogues dures, immortalisée dans une photographie surréaliste d’une salle de bains crasseuse jonchée d’immondices et de seringues d’héroïne. Une cruelle fin qui fut le point final à une aventure douloureuse d’une jeune femme enfermée dans la pression de la famille et de la célébrité, choisissant toujours le mauvais chemin pour s’enfuir loin de tout.

    Avec Amy transparaissait un gouffre intérieur causé par la célébrité et les blessures de l’enfance, avec Freedom laissait éclater la recherche désespérée de liberté. Avec Whitney : Can I Be Me se pose la question d’être soi-même, une interrogation furieusement d’actualité pour les stars en devenir, encore aujourd’hui à l’ère des réseaux sociaux.

    Whitney : Why I Can Be Me, famille je vous haine - Alworld.fr

    Qui suis-je ?

    Le début de Whitney n’est pas des plus roses. Elle naît à Newark, dans le New Jersey, dans les années 60. C’est le ghetto. Les affrontements entre Noirs et policiers sont fréquents, le quartier a des allures de Bagdad après un raid des talibans. 1967 est l’année des heurts de Newark, où des morts sont même à déplorer.  Les noirs sont les pestiférés, n’ont pas accès à une éducation égalitaire, ne peuvent prétendre à de meilleurs postes. Résignés dans l’obscurité et la pègre au pire, au gospel et à Dieu au mieux. C’est ce chemin blanc que Whitney choisit, de confession baptiste. On entend sidéré Whitney à 12 ans haranguer la foule et le choeur de sa voix parfaite. Dès lors, la jeune fille sent que les regards sont tournés vers elle, qu’elle arrive à dégager de l’énergie positive, de la passion, de l’originalité. Whitney chante avec son coeur, dira sa mère Cissy Houston. La petite « Nippy » souffre tout de même de sa vie désargentée, de cette mère à la fois mystérieuse, distante et pressante. Trop même. Car Cissy est une excellente chanteuse, mais au fait, nourrissant une rancoeur sur sa carrière avortée. La petite Whitney se rapproche de son père, plus par fragilité que par colère.

    On ne peut pas en dire autant de ses frères. Milieu pourri oblige, manières pourries. Ils découvrent l’héroïne. A l’époque, se défoncer est une manière de fuir une réalité agressive. Whitney l’expérimente, avec ses frères. Ils sont inséparables, ils connaissent tout ensemble. C’est à cette époque qu’elle connaît la personne la plus importante de sa vie : Robyn Crawford. Entre les deux filles, c’est un coup de foudre amical. Robyn trouve Whitney étrange, discrète mais intelligente. Whitney, plus jeune que Robyn, trouve en elle un réconfort certain, la considère presque comme une soeur spirituelle. Cette intense amitié va la pousser à devenir la confidente de la chanteuse, jusqu’à la cassure…

    A 19 ans, Whitney est repérée par Clive Davis, directeur d’Arista Records. Il est considéré comme l’un des grands noms de la production pop. Le documentaire ne se prive pas de souligner que Davis voulait surtout modeler une chanteuse pop, noire ou blanche, plutôt rare à l’époque, pour ne pas dire impossible. Pour Whitney c’est inespéré, en effet les chanteuses noires préfèrent le blues, le jazz, des musiques « typiques » faites pour elles, et connaissent un succès tout relatif.

    Heureusement, la chanteuse peut compter sur ses proches, du moins le pense-t-elle. Cousine de Dionne Warwick d’ailleurs, qui sonne comme un argument marketing infaillible. Tant qu’elle chante de la pop, tout va bien. Mais les producteurs sont sévères. Tout ce qui sonne trop noir, trop gospel, est renvoyé. L’idéal c’est une jeune fille qui puisse passer sans problèmes, sans fioritures. On fait table rase du passé, on oublie l’héroïne et on lisse le tout. Voilà le résultat. La petite Whitney chante ce qu’on lui donne à chanter, répond ce qu’on lui demande de dire, honore gentiment ses contrats. Son premier album se vendra à 25 millions d’exemplaires. « The Greatest Love of All » sera un méga hit connu sur la terre entière. A à peine 23 ans, Whitney a déjà un Grammy, 5 American Awards et est millionnaire. Elle est partout, ce qui représente un sacré challenge pour une jeune femme noire comme elle, car l’époque n’est pas à Beyoncé et son empowerment en bas résille. Whitney : Can I Be Me est d’une douloureuse lucidité à ce sujet.

    Sans le savoir, et malgré elle, Whitney sera considérée comme la première chanteuse noire de pop music. Un étonnement pour certains, mais une hérésie pour d’autres. En effet, une partie du public noir lui reproche d’être trop blanche dans sa façon d’être, sa façon de chanter, son registre trop « WASP ». Elle se fera d’ailleurs huer au Soul Train Awards en raison de cette « trahison ». C’est un premier choc pour la chanteuse, qui ressort accablée de ce scandale. Dès lors, elle presse Davis de revenir aux sources de la musique. Mais il ne l’entend pas de cette oreille. Elle insiste. Sort alors son 3ème album, I’m Your Baby Tonight.

    I’m Your Baby Tonight ressemble à la Whitney des années 90. Un disque glissant de la pop vers du R’n’B décomplexé, de la soul, même un brin de gospel quelquefois, au détour d’une chanson. Elle s’entoure du duo de producteurs L.A Reid (le légendaire label Def Jam) et Babyface (Madonna, Phil Collins, Mariah Carey), Stevie Wonder, de Luther Vandross et d’un tas de collaborateurs noirs. Finie la poupée de sucre modelée selon le goût ricain. Whitney s’épanouit dans ce qui semble être un renouveau et le début d’une seconde consécration. L’album se vendra moins que les autres, mais deviendra tout de même 4 fois disque de platine.

    Le premier acte de rébellion avait commencé. Whitney se demande qui elle est, tiraillée entre son succès construit par des blancs, et ses racines noires, ciment de son passé. A présent, elle pouvait enfin commencer à se préoccuper de l’avenir.

    Mais l’ombre d’une famille commençant à prendre son envol devenait de plus en plus inquiétante…

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    Ou vais-je ?

    Whitney a reconquis sa liberté, du moins le pense-t-elle. Sa famille dépend financièrement d’elle. Et tout le monde s’improvise régisseur, conseiller, gestionnaire, comptable. Robyn tient bon, elle sait que sa famille ne l’aime pas, mais elle reste tout de même aux côtés de Whitney. Tout ce battage effraie les producteurs ou les personnes voulant travailler avec elle. Mais le pire n’était pas cela. La presse commençait à comprendre qu’elle ne connaissait pas Whitney. Surtout ses relations intimes. En effet, on ne la voit jamais au bras d’un bel inconnu ou susurrant des mots doux à un petit ami de circonstance. Son homosexualité supposée commençait à poser problème dans une Amérique très homophobe, et surtout dans le milieu noir. Son rapprochement avec Robyn était jugé scabreux par la presse, étrange par ses proches, surtout par sa mère. Celle-ci, doyenne de l’église à ce moment là, n’aurait jamais toléré que sa fille puisse être gay, et s’en épanchera longuement dans ses mémoires sans état d’âme. Whitney, très éprouvée par ses rumeurs, sombre dans la dépression.

    En 1989, Whitney fête son anniversaire. Elle fait la rencontre du flamboyant Bobby Brown, venant du « hood » (ghetto) comme elle. Exubérant, créatif, mais aussi inconstant que passionné. Ayant déjà eu trois enfants de deux femmes différentes avant elle, Bobby est impressionné par la jeune femme, sa voix, son assurance sur scène, sa beauté. Il tombe sous le charme. Whitney aussi succombe. Tous deux s’engagent dans une relation passionnée et orageuse. Malgré les rumeurs de tromperies, et des quolibets de la presse, Brown et Houston forment un couple uni. Bientôt, un enfant naît de cette union : Bobbi Kristina. « La plus gentille fille du monde », selon Brown,et « la fille la plus méchante du monde ». C’est un mauvais garçon, il le reconnaît et l’assume, et entre deux phrases prononcées avec émotion, on sent que leur vie n’est pas toujours rose. Sous les sketches de films qu’ils improvisent, les embrassades entrecoupées de rires, et leur passion pour la chanson, leur existence semble sur le qui-vive.

    On découvre parallèlement à cette histoire d’amour, la genèse de Bodyguard, sorti en 1992, film culte quoiqu’un peu trop sucré (à mon goût). Il s’inspire en partie de l’expérience personnelle de Whitney avec son fidèle garde du corps David Roberts, formé à la Scotland Yard Protection Unit, et c’est loin d’être un rigolo. A la question de savoir s’il pourrait mourir pour elle, il répond oui sans détour. Son soutien infaillible va lui permettre d’être à défaut d’un amant un véritable ami pour la chanteuse. Roberts restera formel jusqu’à la fin, avec un humour typiquement britannique : il n’a jamais été victime d’une balle et n’a jamais couché avec Whitney…

    Qu’importe. I Will Always Love You devient le symbole du style Whitney et l’un de ces singles qui vous suivront jusqu’à la mort. Titrée bien plus tard chansons la plus énervante du monde par des Redditers aux oreilles fragiles, elle se vendra tout de même à 45 millions d’exemplaires ! La BO la plus vendue de tous les temps… qui n’était à la base qu’une reprise de Dolly Parton. Celle-ci, émerveillée, dira que sa version était bien meilleure que la sienne !

    Toutefois, si Bodyguard a assis la popularité de Whitney, sa vie intime est un enfer. Il n’est plus question comme avant de sortir faire du shopping, sans être poursuivi par des hordes de fans. La drogue sera encore une fois, un refuge. Mais un refuge dangereux. En 1995, durant le tournage de Waiting To Exhale, Whitney survit à une overdose de cocaïne. Elle n’aime même pas la drogue, la prend plus par nécessité que par plaisir. La célébrité la rend plus paranoïaque. Sa vie ne semble pas aussi parfaite que les gens veulent croire. Durant les interviews, Whitney avoue elle-même que l’argent ne la rend pas heureuse, mais ce sont plutôt les choses qu’elle créé qui la rendent heureuse. Seul Dieu et sa solide foi chrétienne la sauvent. Elle peine à finir sa tournée de 1999, et entre deux chants, improvise un gospel d’une beauté éclatante, émouvante, qui rappelle avec ironie que le Jesus Is King de Kanye West n’a rien invité… Sur scène, la jeune femme semble en transe, avec son choeur de chanteuses et la guitare très douce qui l’accompagne. En un mot, elle est épatante. Et ne se rend peut-être par compte de ce qui se passe en coulisses, et notamment la jalousie de Bobby Brown envers Robyn.

    Il faut dire que la jeune femme est de toutes les sorties, de toutes les fêtes et de tous les événements. Elle préside les contrats, surveille les musiciens, est en backstage pour surveiller le moindre faux-pas, chante lorsque Whitney chante, marche avec elle, boit avec elle. Et Bobby, lui, tente de faire bonne figure, mais l’affrontement ne tarde pas. Ils en viennent aux mains. Tous deux ressemblent à deux ados qui ne se supportent pas et se disputent l’amour de Whitney. Le documentaire Whitney : Can I Be Me ne se prive pas de le montrer. La chanteuse aime Bobby, et admire Robyn pour son soutien. Elle n’arrive pas à choisir et les disputes s’enchaînent. Whitney ne savait pas trop qui elle était, et ne sait pas non plus où elle va. Entourée de tous ces égos détruits, démesurés, en souffrance, sa propre douleur semble occultée. Les chemins de traverse vont se multiplier…

    Whitney : Can I Be Me / Que dois-je faire ?

    Bobbi Kristina, son seul enfant, est son rayon de soleil. Son enfant lui manque, et elle est souvent triste. Whitney se rend compte qu’avec la naissance de sa fille, les choses ne se sont pas vraiment améliorées. Sans le vouloir, la chanteuse a mis au monde un enfant en proie à un univers délétère et violent, tout comme elle dans le passé. Bobbi grandit donc entre un père aimant mais instable et une mère qu’elle adule, mais fragile psychologiquement et en proie à la cocaïne. Davis, l’ancien garde du corps, prend peur et après une tournée partie à vau-l’eau à Singapour, alerte la famille. La santé de la chanteuse est catastrophique, à cause des produits chimiques, sa gorge est brûlée et elle n’arrive plus à chanter.

    Réponse ? L’on se fend d’un laconique communiqué où Davis est remercié dans le moindre remords, car selon Whitney, elle ne fera plus de tournées internationales. Est-ce vrai? Au regard du caractère trouble de son entourage, on peut vraiment se poser la question. La sincérité ne semble pas être d’utilité dans ce monde-là. Alors qu’un homme essayait de la sauver avec un rapport tout à fait honnête, cette réponse sonne comme une épée dans le coeur.

    La gentille famille montrée par les paparazzi n’est qu’une façade. Whitney se drogue, Bobby boit. Ensemble, ils sont terribles et font des choses terribles. C’est une relation de codépendance, brillamment expliquée par une proche de Whitney dans Whitney : Can I Be Me. La fête occupe leur temps entre deux tournées. Il est de notoriété publique que Bobby n’est pas fidèle et se « sert » volontiers chez les filles de la tournée de Whitney. Inutile de préciser que cela avait du arriver aux oreilles de la chanteuse.

    Whitney : Why I Can Be Me, famille je vous haine - Alworld.fr

    La jeune femme ne veut pas divorcer, ne veut pas trahir Dieu, sa foi, sa conscience. Leur relation devient de plus en plus toxique, chacun se hurle dessus pour mieux s’embrasser après. Le mari rabaisse sa femme, qui elle, n’en a cure, trop occupée à lutter contre la drogue. Elle commence à perdre pied, ce que Robyn devine trop bien. Autre point culminant du doc Whitney : Can I Be Me : la tournée 1999. Elle s’annonce des plus ardues, et semble être à elle seule un véritable rollercoaster d’émotions. Au détour d’une scène, on aperçoit Whitney boudeuse comme une enfant face à un grand miroir. Elle change plusieurs fois de tenues, de cheveux, de caractère, selon ses envies. Le staff s’inquiète, car ses performances vocales baissent et son corps s’effrite. Pire même, Whitney s’abandonne au doute et l’on découvre stupéfait le manque de confiance que dégage la jeune femme, pourtant bête de scène dès que les rideaux se lèvent. Son mari ne la soutient pas, trop occupé à chercher une célébrité phagocytée par celle de son épouse.

    La consommation toujours plus effrénée de drogue sera le glas de toute vie sociale pour Whitney. Les disputes avec Robyn deviennent de plus en plus violentes. Le documentaire nous brise le coeur en montrant cette chute sans fin. Nous ne sommes plus à la prise d’un petit joint d’herbe, mais à plusieurs moments de consommation parfois intenses. Whitney nie en bloc, avant de s’excuser. Mais rien n’y fait, la matriarche s’interpose et semble être la seule à contredire sa fille, qui fait régner le silence dans son staff. Robyn, contre toute attente, devient bientôt le mouton noir de la famille, symbole de tous les maux de Whitney. La famille, encore. L’entourage. Les amis. Toute cette pression, la jeune femme la ressent, et ne peut plus s’en extirper.

    Le documentaire montre un visage bien noir de cette famille, vivant aux crochets de la jeune femme. Une pause aurait été souhaitable, aurait été salutaire pour elle, mais la pression de l’argent et des charges a laissé place à un silence douloureux. Car avant d’être une star, Whitney est surtout humaine. Car il reste encore la Whitney de concert, une véritable machine à tubes, à la voix d’ange, limpide comme le ciel, qui émeut tout sur son passage. Son dos se tord sous l’effet de la voix, ses dents blanches brillent sous les lèvres rouges. Comment ne pas aimer cette « femme magnifique », comme le dit Davis, vaincue par elle-même et son environnement ? N’a-t-on pas envie de se demander ce qu’elle peut bien faire pour éviter cela ?

    Alors que le documentaire touche à sa fin, les choses noircissent, l’ambiance est lourde. Les fêtes ont des allures de chaos, les gens ont des poches sous les yeux et Cissy la maman ressemble à une sorcière des bois. La gentille Robyn se transforme en fantôme mystérieux prêt à hurler et pleurer. Bobby le prince charmant n’est qu’un homme à femmes excessif et seul. Le conte de fées se teinte de noir.

    Robyn décide de partir, la pression elle ne la supporte plus. Pour Whitney, la roue tourne.

    Après l’éprouvante tournée de 1999 aux allures d’Himalaya, Whitney continue de chanter. Il le lui reste plus que ça. Mais le résultat n’est pas toujours heureux. Sur scène avec le célèbre Burt Bucharach, elle arrive sur la mauvaise chanson et les répétitions tournent au désastre. Elle sera remplacée in extremis par Dionne Warwick, sa cousine pour le live des Oscars 2000… L’année suivante, durant le 30e anniversaire de Michael Jackson, elle arrive sur scène avec Mya et Usher sur « Wanna Be Startin’ Somethin’« . Si la reprise est dynamique et entraînante (mention spéciale à Usher et ses talents de danseur), Whitney apparaît famélique, engoncée dans une robe noire moulante laissant encore plus apparaître ses bras maigres. Elle n’est pas resplendissante. Reste encore la voix, tout à fait extraordinaire, qui fait de cette reprise de Michael Jackson l’une de mes préférées. Pourtant, si l’on tend l’oreille, sa voix a perdu de sa force, l’attitude est plus rigide, la chaleur de la voix a laissé place à une froideur clinique qui s’accorde mal avec le caractère de la jeune femme. Un souvenir entaché par cette silhouette amaigrie, comme vaincue par trop d’efforts et pas assez d’attention.

    Un drame va complètement briser la chanteuse qui n’en a jamais assez.  Voilà que Whitney : Can I Be Me nous brandit une chose effroyable. Pratiquement mourant, le père de Whitney réclamera à sa fille 100 millions de dollars. C’est le coup de grâce. Whitney ne s’en remettra pas. Durant une interview, d’une voix presque inaudible, elle coupe l’interview, vaincue par la nouvelle. Elle part pour Atlanta, démarrer une nouvelle vie et partir en cure. Loin de sa célébrité, loin de sa famille. Et quelque part, loin d’elle même.

    S’ensuivront des joies, des éclats de voix, des succès et des flops. Quelques fulgurances : le duo avec George Michael, des tournées à las Vegas. Et la solitude. Puis le souvenir d’une salle de bain jonchée d’immondices, où Whitney avait l’habitude de se droguer, comme symbole d’une célébrité déchue, une gloire évanouie, une force engloutie parles excès en tous genres. Cette dernière image, glaçante et effroyable, est pire qu’un film d’horreur. Et pourtant, elle sort d’un documentaire appelé Whitney : Can I Be Me.

    Whitney : Can I Be Me / Que dois-je faire ?

    Le sevrage en famille fatigue Bobby. Whitney redevient instable. Elle tente de se soigner, sans succès. Bien que toujours croyante, Whitney décide de divorcer de Bobby Brown, et est en proie à de sérieux problèmes d’argent. Ses concerts sont catastrophiques, car sa voix n’a plus du tout la même puissance qu’avant. Détruite par les drogues à répétition, sa voix accuse le coup, même si ses capacités techniques restent irréprochables. Son corps enfle, maigrit, au gré de ses actions. Sa tournée Nothing But Love s’annonce presque comme un appel à l’aide qui n’aboutit pas. Durant cette tournée, la presse se déchaîne, mais les fans la soutiennent toujours.

    Elle recommence encore. Mais c’est l’acte final, son corps a lâché dans la baignoire. Son assistante fera la terrible découverte. Elle n’avait que 48 ans et devait le soir même se produire durant un gala. LL Cool J fera pleurer l’assistance durant une prière, et Jennifer Hudson fera une reprise de sa chanson phare. Un malheur n’arrivant jamais seul, Bobbi Kristina succombera aux mêmes symptômes en 2016. Elle n’avait pas 20 ans.

    Les hommages pleuvent, les langues se délient. Robyn avoue avoir eu une relation avec Whitney, Bobby reconnaîtra l’importance de Robyn dans sa relation avec Whitney et affirme qu’elle serait toujours en vie aujourd’hui. Mais qu’importe ? Whitney n’est plus. Ces scoops de bas étage menacent de grignoter l’image de cet « ange au teint de pêche » qui enchantait tout le monde de son rire et de ses blagues. Que restera-t-il donc de cette splendide femme, aux dents éclatantes, qui chantait de tout son être ?

    L’héritage que laisse Whitney est non-négligeable. Elle aura donné sa définition même de « chanteuse à voix ». Ses capacités vocales, louées par la profession et les artistes, sont indéniables. Son souffle, parfaitement maîtrisé, permettait de réaliser une grande variété de nuances sur un ton chaud et puissant. Endurante, Whitney pouvait supporter de longs moments à chanter à pleine voix tout en travaillant ses aigus, qui étaient vus par les professionnels, comme « remarquables ». Le tout sans forcer. Comme une sorte de montgolfière qui enflait et désenflait avec une grâce presque divine, sa voix modulait les accélérations et les temps morts sans accro. Whitney : Can I Be Me ne se prive pas pour nous le rappeler, sans faire du rentre-dedans.

    On notera aussi que la voix accompagnait fabuleusement les sons gospel, R’n’B et pop de ses compositions. On pourra reprocher à Whitney Houston ses chansons « tubesques » à fort caractère romantique, c’était une artiste d’une très (trop?) grande sensibilité. Elle avait su conjuguer ses origines noires avec la modernité tout en y injectant un sentiment romanesque qui parfois produisait des chansons d’une qualité notable.

    On comprend mal comment toute cette force, cette beauté et ce charisme aient pu échouer aussi durement dans une baignoire crasseuse d’une maison de banlieue à Atlanta, cruel fin de chapitre de 48 années de forçage physique et mental. Une recherche éffrenée d’une douceur de vivre et de gentillesse disparue dans les paradis artificiels, les rêves de mariage et de maternité heureuse, de famille unie et compatissante, d’amitié réelle. Le miroir de la réalité avait rendu le tout plus noir que toi, obligeant la chanteuse à fuir une vie trop dure pour elle. Elle qui était à la recherche d’elle même, qui ne savait pas où aller, et qui ne savait que faire, avait trouvé un réconfort dans cette voix qu’elle considérait comme un cadeau de Dieu. Chez la chanteuse de hits de coin du feu, de films romantiques des années 90 se cachait un être fragile et d’une profondeur insoupçonnée qui révélait des éclats d’une douloureuse lucidité. C’est finalement ce versant de Whitney : Can I Be Me, qui est réellement bouleversant et prenant, ce qui fait oublier la réalisation scolaire.

    Au détour d’un mouvement d’épaule, d’un cheveu tombé sur la paupière ou d’un éclat de rire et de dents blanches, la vraie Whitney apparaissait devant nous. L’être de chair faisait son apparition pendant un bref instant, avant de redevenir la machine à tubes des spotlights.

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  • George Michael Freedom, histoire d’une tragédie pop

    Lunettes noires. Un corps athlétique et viril. Des dents d’une blancheur de nacre. Une coupe de cheveux et une barbe toujours superbement coupés. Un look cuir seyant et sensuel. Et surtout, une voix divine, d’une limpidité surnaturelle. Voici George Michael, Freedom, parlant d’une tragédie pop intime et douloureuse.

    Année : 2016 | Réalisateur : David Austin, George Michael

    Il fut un temps où George Michael s’appelait surtout Georgios Kyriacos Panayiotou et qu’il venait d’un foyer grec chypriote conservateur, dans lequel naturellement, il étouffait. Les années 80 et son ambiguïté sexuelle arrivaient à pic, et il commença Wham! en compagnie de son ami Andrew Ridgeley avec l’enthousiasme d’un lycéen. Le succès aidant, son besoin toujours grand de se libérer, il tente une carrière en solo. C’est le succès. Tout pourrait aller pour le mieux, mais George Michael, être complexe, tourmenté par ses démons et son homosexualité trop longtemps refoulée, va multiplier les échecs et les mauvaises décisions. Le chemin de la liberté sera long et difficile, jusqu’à un point culminant où l’amour fait son entrée, avant de disparaître tragiquement dans les brumes du SIDA. S’ensuit des albums d’une qualité indéniables, aux paroles provocatrices (I Want Your Sex, Fastlove p.1), tragiques (Jesus To A Child, Father Figure), voire euphoriques (Freedom 90, Amazing) ou même politiques (Shoot The Dog). New Wave, Pop, Dance, Rock,Electro, R’n’B, Soul, George Michael traverse tous ces genres musicaux avec une légèreté virevoltante. 

    Dans toutes ces festivités, George Michael a su imposer sa voix d’ange, aux partitions complexes et merveilleuses, qui d’ailleurs fera des envieux comme Elton John qui lui jalousait son piano ou même Stevie Wonder… Un grand artiste qui disparut tristement en 2016, le jour de Noël. Victime d’une crise cardiaque après une vie d’excès. Peu avant sa mort, Michael travaillait sur un documentaire autobiographique en compagnie du réalisateur David Austin qui le finalisa peut après sa mort. Comme nous l’annonce Kate Moss, c’est sa dernière oeuvre. Imparfait (aucun mot sur ses addictions ou ses frasques de tabloïd) et un peu artificiel (guests impeccables et maquillés, comédien incarnant le chanteur de dos), George Michael Freedom est le portrait d’un homme à la recherche d’une libération totale. Voici sa critique.

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    Rose fuchsia, jaune clair

    Nous sommes dans les années 80. Tout jeune majeur, George est DJ et bosse dans un cinéma. Son meilleur ami est Andrew Ridgeley, qui lui, vivote au chômage. Leur précédent groupe de ska, The Executive, n’a pas très bien fonctionné. Rien de bien folichon. Pourtant, même si le documentaire survole un peu ce début très mince, les deux comparses n’arrêtent pas de travailler. Ils n’ont pas vraiment le choix, leur existence est bien morne alors ils écrivent sur le fun, l’éclate, le soleil et les questionnements politiques, sociétaux, sexuels aussi avec une étonnante fraîcheur. Il faut dire que les deux amis, malgré leur jeunesse, sont déjà très doués : George Michael chantait et composait déjà à 6 ans, et Ridgeley, italo-égyptien, était l’opposé de George, flamboyant et excentrique. La famille de George n’est pas très optimiste quand à cette envie, percevant dans cet amour de la musique un penchant pour l’homosexualité. En effet, un drame a endeuillé la famille il y a quelques années : l’oncle Colin, schizophrénique et surtout, gay, se suicide par overdose. Pas question pour les parents de George qu’il soit comme lui, et surtout, finisse comme lui. Lentement, comme du poison, ce premier « abysse » va hanter le jeune George.

    Wham! naît peu de temps après la sortie de Wham! Rap (Enjoy What You Do). Le succès éclate comme une déflagration. S’ensuit une pluie de singles à succès : Wake Me Up Before You Go-Go, Everything She Wants, Club Tropicana, Last Christmas et autres chansons qui font le bonheur des boums pour quadragénaires et des campings. La notoriété de George éclate avec Wake Me Up, et son refrain entêtant, et surtout, le style colorié et furieusement kitsch de sa tenue. Voyez plutôt, un brushing blond artificiel, un sweat rose, et des mitaines jaunes! Il n’en faudra pas plus pour le public pour les chérir plus que leurs parents, et la presse s’acharner sur ce boys-band de bas étage qui selon eux, pue le préfabriqué… Si aujourd’hui on rit de ce titre gentiment dansant mais assez efficace (j’avoue), Wake Me Up cristallise en douceur les obsessions de George Michael : musiciens noirs et un très léger soupçon de soul durant le solo de guitare (juste après le haaa, vous entendez?), une chorégraphie parfaite et un graphisme coloré et revendiqué. 

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    Le côté graphique n’est pas lésiné par George Michael, le côté coloré et sexy y est déjà présent.

    Bref, le cocktail parfait pour plaire à la jeunesse de l’époque. Les albums de Wham! se vendent par millions, et le monde découvre un George bête de scène, à la voix angélique et aux vêtements à la fois lascifs, colorés ou serrés, selon son humeur du moment. Le public adore, la presse traque les moindres faits et gestes du groupe. Le jeune corps de George rebondit avec une étonnante légèreté sur toutes ces accusations et enchaîne les concerts à guichets fermés. Le succès est immense, et Wham! devient même le premier groupe anglais à se produire en Chine communiste. Il cède même ses droits sur « Last Christmas » pour des bonnes causes. Les clips sont colorés et efficaces, légers et dansants, correspondant à la folie 80s… Malgré leur caractère joyeux, Wham! montre une véritable qualité artistique, des clips jusqu’au jaquettes de disque (écouter ci dessous Everything She Wants !). On y parle de sexe, de vacances, de farniente et de belles gosses au soleil couchant. George Michael, Freedom montre un artiste qui étouffe. Son image de jeune loup peroxydé lui pèse. Tout comme sa sexualité. Il couche avec des femmes pour se rassurer, plusieurs fois avec plusieurs femmes en même temps. Et une histoire avec Brooke Shields qui restera tout de même sa très proche amie, qualifiant George de « gentleman ». Mais le début du SIDA va freiner ses penchants féminins et il comprend, alors que Wham! se sépare en 1986, qu’il est gay. Les femmes ne seront pour lui que des créatures célestes magnifiques avec qui il sera ami, et rien de plus. Mais hors de question d’en parler ouvertement, l’époque est très homophobe et les ravages du SIDA ne vont pas arranger les choses. Alors, résigné, George Michael se tait, et décide d’entamer une carrière solo. C’est le début de la liberté.

    Gris anthracite, blanc pur

    En 1987, sort Faith, son premier album solo. C’est un chef-d’oeuvre. Le public lui fait un triomphe. Les médias suivent. 32 ans plus tard, l’album est toujours considéré comme un des chef d’oeuvres de la pop music. Difficile de contredire ce fait, tant le disque regorge de beautés sonores : Look At Your Hands parlant de violences conjugales, le magnifique Father Figure, ode à la compassion (ayant beaucoup servi dans des séries US dont Nip Tuck), le bien nommé Faith, ou même le très chaud I Want Your Sex , qui sera même banni des radios de la BBC pour son caractère « pornographique ». George Michael change son look : il retrouve ses cheveux bruns, porte une veste en cuir avec « Revenge » marqué dessus, des santiags au bout argenté, un jean troué, et porte des lunettes noires. La rockstar est en pleine mue. Et explore la liberté artistique dans ce disque, cherche la vraie « foi ». Foi aux autres, à l’amour peut-être, aux sentiments, au sexe d’une certaine façon. Loin de rebuter les gens, ce mélange détonnant de pop et de soul va littéralement faire exploser les compteurs, faisant de Faith le plus gros succès de l’artiste. Les nombreux scandales entourant l’album, l’interdiction de diffusion sur MTV du clip de I Want Your Sex ne vont que renforcer l’image décomplexée de ce disque. Dans le fond, aujourd’hui, à l’heure du porno chic et de la vulgarité assumée de certaines chanteuses comme Nicki Minaj, Faith fait presque figure d’alien. Ici, on parle franchement , on montre dans les clips des filles en guêpière, une jeune vierge aux yeux bandés faisant des galipettes imaginaires avec le beau George. Mais derrière ce côté provocateur, on sent de l’audace, et aussi de la sincérité. Ce qui fera de Faith l’album préférés de ses fans, encore aujourd’hui. Careless Whisper, et son saxophone à la fois tendre et kitsch, a été parodié bon nombre de fois, et beaucoup trop utilisée par certains vidéastes pour souligner une tension érotique involontaire ! 

    Mais si la liberté artistique est atteinte, la liberté sexuelle de l’artiste est aux abonnés absents. Il a arrêté de coucher avec des femmes. S’enfonce dans une semi-dépression, que le Faith World Tour, ses proches et ses managers ne peuvent dissiper. L’artiste se sent vide. Boit plus que de raison, s’essaie aux drogues dures. Les années Wham! ont laissé place à la foi qui s’accompagne de doute. Et le doute, George s’y noie. Personne ne peut l’aider, pense-t-il. Il préfère ne plus se montrer, arbore de grosses lunettes noires pour se cacher, mais ses fans lui trouvent un air sexy et involontairement, cet accessoire sera plus ou moins le symbole de l’artiste. Ayant les caméras en horreur, George fuit. Dans ses interviews, reste factuel. Et en live et dans sa musique, se lâche complètement. Le documentaire Freedom le montre bien.

    1990. Le documentaire s’attarde sur l’élaboration du second album de l’artiste, le splendide Listen Without Prejudice, Vol 1. Si Faith était l’album de l’envol, LWP Vol 1 est certainement l’album de la confirmation. Prayer For Time est de ces chansons inoubliables qui serrent le coeur et l’esprit. Après toutes ces années, elle garde toujours sa même force, sa même tristesse. « And it’s hard to love, there’s so much to hate ». Compliqué à contredire… Il n’en fallait pas plus pour désigner cette chanson comme l’hymne de toute une génération, et l’on se surprend à voir Ricky Gervais, Elton John l’oeil humide en écoutant cette chanson, légèrement jaloux d’une telle beauté… Beauté pour guérir les blessures de George Michael, toujours aussi perdu. Heal The Pain (« Guérir la douleur ») en est le symbole. Dans cette chanson poignante, il s’adresse à lui même. D’une façon touchante, mélancolique, il tente de comprendre le démon intérieur qui le mine de jour en jour. Alors autant purger cette tristesse dans la musique. L’album est un trésor, déborde de tubes incroyables, le dansant Freedom! 90 n’en est que le diamant le plus précieux. Dans cette chanson, pas besoin d’être psychologue pour comprendre que George Michael en a gros sur le coeur.  Voulant se préserver, il tente alors de faire un clip où il n’apparaîtra pas. David Fincher, séduit par l’idée, lui propose un clip à l’esthétique cinéma, avec une pléthore de splendides mannequins, les Supermodels, emblème des 90’s : Linda Evangelista et son adorable bob blond, Christy Turlington et ses yeux de chat tapie dans l’ombre, Naomi Campbell en panthère, Walkman aux oreilles, Cindy Crawford prenant un bain de vapeur, nue. Des images marquantes, un filtre bleu mélancolique, des femmes sublimes, et le fameux cuir « Revenge » qui brûle dans un dressing.

    Le message est clair : George veut changer et passer l’éponge. Et surtout, semble en avoir ras le bol des attentes déraisonnables de son label, et dans Freedom 90!, il ne se prive pas pour le dire. Le côté incroyablement sexy de la chanson, avec ce piano sexuel, la voix suave de George, et son clip dans l’air du temps, vont transformer la chanson en véritable carton. Le clip tourne en permanence sur MTV, la chanson se classe très bien, en Europe surtout. Avec le temps, on peut trouver un côté presque grinçant à Freedom! 90 : la bouilloire à la fin semble imploser et on voit Linda se précipiter pour l’éteindre. Mais le clip coupe brusquement au moment, où, hésitante, se demande si elle doit l’enlever où la laisser déborder. Débordement d’amour, de sexe, de sentiments, de coolitude, c’est à vous de juger…

    Heureusement, un intermède heureux arrive enfin. Durant un live à Rio en 1991, George remarque un beau jeune homme brésilien dans la foule. Son nom : Anselmo Feleppa. Le documentaire raconte alors l’incroyable histoire tragique de cette romance. Feleppa est un designer, fan de sa musique et arrive au premier plan. George doit littéralement éviter son regard pour ne pas être déconcentré, tant cet homme l’attire violemment. Ils finissent par se fréquenter, et pour George, c’est la révélation : il est gay, et a trouvé l’amour de sa vie. La relation qui unit les deux hommes est complète, ils sortent beaucoup, font la fête, s’aiment. George est aux anges, car il peut enfin souffler et s’affirmer tel qu’il est. Mais le bonheur est de courte durée. A peine quelques mois après le début de leur relation, Anselmo découvre officiellement une « grippe lourde ». Officieusement, c’est le SIDA. A l’époque, la trithérapie est à ses balbutiements et le taux de mortalité est effrayant. Malheureusement, une hémorragie cérébrale l’emporte au bout de six mois. Apprenant la nouvelle le jour même alors qu’il est à Londres, George Michael est anéanti, presque mort. Il consomme des drogues à outrance, s’enfonce dans une profonde dépression, boit trop, fume trop. Les excès de bouche et la tristesse le font enfler, la star est au plus mal. Surtout qu’il commence à se disputer avec Sony, synonyme chez lui d’un enfermement artistique. Il trouve que le label ne l’a pas suffisamment soutenu dans sa quête de changement. George Michael, Freedom le montre bien clairement et sans remords, un acte courageux. Michael accuse son label de l’enfermer trop dans une image de pop idol hétérosexuelle qu’il n’est pas et qu’il n’a sans doute jamais été. George dénonce même un esclavage professionnel…

    Il s’écoule presque 3 ans avant que l’artiste trouve enfin la force d’écrire de nouvelles chansons. Nous sommes en 1996. Curieusement, cette tragédie dans la vie de George va signer l’un de ses albums les plus intimes et les plus cyniques.

    George Michael, Freedom : Noir d’encre, rouge sang

    Noir d’encre, rouge sang

    1996, sort Older. Comme son nom l’indique, George Michael a mûri. Sa douleur et son besoin d’écrire se font plus violents, et il décide de coucher sur le papier ses questionnements sur le sexe, l’amour, la mort avec une étonnante sincérité. L’album se veut chaud et sexy, mais avec un gouffre intérieur qu’il est difficile d’occulter. Le désir se fait chagrin, le sexe est synonyme de débâcle. Sous des dehors groovy, le spectre de la fin rôde. Les chansons sont fabuleuses, entraînantes et dansantes, mais le fond de l’air est lourd.  Difficile d’oublier Older. C’est clairement, comme l’indique George Michael, Freedom, un testament, une mise en garde, un album très personnel. Jamais Michael n’a autant été sincère. Dans l’opus, il parle longuement d’Anselmo, du chagrin infini qu’il a ressenti à sa mort, de son statut de pop-star. Le documentaire insiste longuement sur l’épuisante bataille judiciaire l’opposant à Sony après la sortie de Listen Without Prejudice. Sous l’accusation officielle du manque d’entrain de Sony dans la promotion de l’album, se profile une critique plus violente : l’artiste accuse la maison de disques de l’avoir « hétérosexualisé » pour booster les ventes et de ne pas l’avoir soutenu. Sans le savoir, l’artiste signe sa perte. Personne ne le soutient, ce que George Michael Freedom montre bien (trop?). Miné par cette bataille juridique et profondément meurtri par la mort d’Anselmo, George Michael signe Older comme une thérapie salutaire. C’est dans ces moments tragiques et désespérés que George Michael : Freedom se montre humain et réel. Enfin.

    Tout commence avec Jesus To A Child (Jésus comme un enfant), clairement destiné à son amour disparu, où, d’une voix toujours limpide, il parle de ce bonheur trop tôt disparu. Une ballade déchirante qui pourrait faire fondre le plus dur des coeurs de pierre … George Michae se métamorphose physiquement. Exit le teint bronzé, les chemises ouvertes sur le torse, les couleurs criardes. Il arbore barbe taillée de façon graphique, cheveux rasés, lunettes noires épaisses, veste en cuir, chemises noires, grises, blanches. Aucun autre accessoire qu’une montre ou une discrète chevalière. Surtout, George Michael fait son coming-out auprès de sa famille qui l’accepte. Et retrouve l’amour avec Kenny Gross, un marchand d’art texan. Mais le tout dans un deuil lourd et imposant. A peine nous relevons-nous du début que Fastlove p.1 nous foudroie de son flow jazzy. Les paroles, équivoques, parlent d’une sexualité difficile après un chagrin d’amour : »Si tu cherches de l’amour rapide / S’il y a de l’amour dans ses yeux, c’est plus que suffisant / C’est de l’amour mauvais / Un peu d’amour rapide, c’est tout ce qui me vient en tête. » Comprenez par amour rapide (traduction littérale un peu laide), coup d’un soir. Difficile de revenir à de l’amour sincère après avoir connu la folle passion, dit George. Un constat cruel, sublimé par un clip pleinement érotique où l’on voit des hommes et des femmes lascifs changer de peau, couchés sur le lit après un coït un peu trop brutal. Et surtout cette chaise en cuir iconique, aux basses incrustées, où George clame ses doutes. Puis une pluie ravage un appartement, qui submerge l’artiste et les danseurs. Entre deux plans on entend « Je regrette mon bébé« . L’allusion est claire. Fini l’amour. Place au sexe rapide sur un coin de table sans grand romantisme. Les fans sont aux anges, et l’album se vend à 6 millions d’exemplaires. Mention spéciale à Spinning The Wheel, aux allusions charnelles désabusées : « Comment peux-tu m’aimer / Lorsque tu joues avec ma vie / Tu me dis de te donner du temps et de jurer de faire mieux / Donne-moi du temps & je te rendrais du désespoir / Et je ne reviendrais plus ici.

    Après la noirceur, vient le temps de la grivoiserie. En 1998, George Michael défraie la chronique avec une anecdote aussi drôle qu’improbable : il aurait été surpris en galante compagnie avec un policier dans les toilettes publiques. Loin de le dédouaner, l’artiste fait son coming-out, sort la chanson Outside et surfe sur ce petit succès pour sortir son best-of Ladies & Gentlemen. L’Amérique n’apprécie pas trop la blague, mais elle fait mouche en Europe. Conscient du vent qui tourne, George Michael part pour l’Angleterre se ressourcer. Là-bas, il fait surtout la une des tabloïds pour son addiction au crack, puis à l’héroïne. Conduit en état d’ivresse, divagations dans la presse, l’artiste se perd dans des déclarations fumeuses comme son refus de dépistage au VIH, ce qui cause sa séparation avec Kenny Gross. George Michael, Freedom montre une bête traquée. Il semble que George Michael ne sait plus qui il est. Une tache rouge sang dans cette vie bien remplie.

    George Michael, Freedom : Transparence, disparition

    2004. George Michael est considéré comme la plus grande pop star du monde. Il a réussi avant tout le monde à faire des tubes avec des sons noirs comme le jazz, la soul, le blues, et même la bossa nova. Ses récompenses sont éclatantes et nombreuses, et surtout justifiées. On loue sa voix incroyable, son style vestimentaire, ses paroles piquantes, intelligentes, sombres mais réalistes. On admire sa justesse, sa simplicité et sa franchise. Pourtant l’artiste n’est pas heureux. Il a perdu son amour, son procès, et surtout sa mère, décédée d’un cancer. Jamais la star n’a été plus seule que maintenant. Et malgré cela, il arrive à accoucher de son dernier album, le bien nommé Patience. L’album se fait remarquer par deux hits au succès variable : Freeeek ! qui repousse franchement les limites du bon goût en affichant un George Michael en monstre sexuel de cuir rouge où l’on pourrait deviner une allusion au SIDA. Ou le très comique Shoot The Dog, cartoon grotesque et hilarant sur George Bush, Tony Blair où il parle du fiasco de la guerre en Irak. Dans ce album, George Michael semble plus critique sur le monde qui l’entoure, la jeunesse découvrant l’Internet haut débit, la politique, la presse qui ne lui épargne rien. Si l’on peut toujours admirer les talents de songwriter de l’artiste et son goût pour les arrangements parfaits, l’album est assez foutraque et déjà suranné pour les années 2000. Un certain charme brinquebalant qui sera vendu à 4 millions d’exemplaires.

    Une petite parenthèse sur Shoot The Dog : le cartoon est réalisé par 2DTV, show satirique anglais, étrillant la politique désastreuse de Bush, le laxisme de Blair et les chiens de la reine d’Angleterre. George Michael se dédouble en drag-queen, en chanteur de Wham!, en chanteur d’Older. L’artiste se fait tantôt effrayant, grivois, drôle, grinçant. Le clip est un véritable bonheur pour toute personne aimant passer du temps sur MTV. Il fut d’ailleurs censuré par la chaîne à cause de son allusion politique trop prononcé et une « fausse » érection sous des draps causée par une marionnette !

    La fin de George Michael se fera dans le silence. Il fait surtout parler de lui pour sa toxicomanie, son amour de la bouteille, ses frasques sexuelles. Il s’est trouvé un amant de dix ans son cadet, vit reclus dans sa demeure anglaise. Pourtant, le lion n’est pas encore mort. Il montre une énergie toujours intacte durant les lives. Paul Mc Cartney et Elton John le jalousent, ses fans répondent toujours présents. Patience restera son dernier coup d’éclat. Twenty Five sera un énième best of sorti en 2006, puis Symphonica en 2014. Reste le merveilleux MTV Unplugged Listen Without Prejudice avec des versions a cappella à vous arracher des larmes, et autres raretés qui nous font regretter l’incroyable performance vocale de l’artiste. On appréciera le côté réalisé du documentaire qui se refuse à toute déification de son sujet. Plus l’on se rapproche de la fin, plus les éloges de la profession se font poignantes. Kate Moss, Cindy Crawford, Elton John, sont unanimes : George Michael est un grand artiste, humain et sincère, mais qui n’a pas su supporter le poids de la célébrité, toujours à la recherche d’une échappatoire, mais qui s’est égaré dans des chemins de traverse, dont l’issue sera fatale.

    2016. George Michael succombe à une crise cardiaque. L’alcool et les médocs, dangereux mélange, ont eu raison de lui. Les fans sont anéantis. Une année bien funeste pour la musique ayant vu mourir David Bowie, Leonard Cohen et Prince… Son amant est jeté à la rue, exclu du testament, sa famille vend la villa anglaise et hérite d’une importante fortune de 100 millions de dollars dont une partie a été versée à des associations de lutte contre le SIDA. Une pléthore de rééditions ressort au moment de sa mort, et son documentaire George Michael : Freedom est diffusé. Fin du chapitre. Après les couleurs, survient le vide, la transparence. L’âme de l’artiste disparaît et s’efface, telle une feuille de calicot.

    George Michael, Freedom – Fin : multicolore

    George Michael : Freedom, testament d’un homme libre

    Que peut-on retenir d’une telle expérience… compliqué à expliquer à vrai dire. Voix d’ange, charisme hors norme, et surtout douceur humaine, George Michael fut une pop star mystérieuse et insaisissable. Sur scène, c’est une bête, dévoilant une aura et une présence inqualifiables. Ses chansons, pures merveilles comme Freedom!90 que Mark Ronson compare à la Joconde. Ses clips aussi, à l’esthétique moderne, véritable portait de son époque. Son look inconique, passant des tee-shirt larges aux vestes de motard brodées, aux longs costards cravates impeccables. Mais toute cette énergie créatrice ne pouvait venir qu’une source tourmentée. Toute sa vie, George Michael, Freedom montre un homme se battant avec ses vieux démons, apparaissant (Faith), triomphants (Listen Without Prejudice), combattus (Older) ou résignés (Songs From The Last Century, Patience). A chaque drame, l’artiste se relève tant bien que mal, animée d’une énergie du désespoir qu’il est difficile d’occulter. Son empreinte dans le monde de la musique est durable. Il a permis à la musique noire de s’émanciper et d’éclater, en récoltant au passage des louanges d’artistes noirs comme Prince, Quincy Jones ou même Stevie Wonder. Quelque chose qui a trop été passé sous silence d’ailleurs, étant donné l’importance de la soul et du funk dans ses compositions, et ses duos inoubliables avec des artistes de renom comme la légendaire Aretha Franklin ou bien Mary G.Blige. George Michael n’a pas eu d’héritier biologique, mais sa musique a engendré une myriade d’enfants reconnaissants envers leur paternel. La nouvelle génération peut le remercier d’avoir remis au goût du jour les racines noires de la musique actuelle, et de démontrer qu’avoir une belle voix n’est pas forcément has been. George Michael : Freedom est imparfait, mais il a le mérite d’incarner intact la vision artistique d’un homme intègre.

    La Foi, Faith. L’écoute sans jugement, Listen Without Prejudice. La vieillesse, Older. La patience, Patience. Des mots qui sonnent comme des mantras, illustrant l’état d’esprit de l’artiste. Son long cheminement vers une douloureuse lucidité nous serre le coeur. On y entend des sérénades, des sons disco, des éclatements et des disparitions. Le reflet d’une existence chargée en drames, rebondissements et autres joies, ressemblant plus à un roman de Daniel Dafoe à la sauce East Enders. La vie n’est pas un long fleuve tranquille, mais George Michael Freedom rendit le périple plein d’aventures.

    George Michael : Freedom, histoire d'une tragédie pop - Alworld.fr

  • Fyre Festival, la foire aux vanités des millenials

    Durant l’ère des réseaux sociaux, aussi splendides qu’épouvantables, un événement de taille devait créer la surprise et surpasser les indétrônables Coachella et Tomorrowland. Mais une succession de mauvaises décisions fit de ce pétard mouillé la plus grosse arnaque 2.0 de son époque.

    Fyre Festival et la promesse d’un gigantisme luxueux. Imaginez un peu. Une plage de rêve dans un décor paradisiaque. Les mannequins faméliques les plus merveilleuses qui soient : Hailey Baldwin, Kendall Jenner, Bella Hadid si ce n’est que ça. On vous promet les meilleures stars commerciales de la planète, les meilleurs show démesurés que vous n’ayez jamais vu de votre vie, la plus grande célébration musicale à la sauce MTV que vous n’ayez jamais vu. En plus de tout ceci, vous aurez droit à des soupers fins, le top du top de la gastronomie mondiale, tout cela en compagnie des plus grands influenceurs et des plus grandes stars people de la planète. Tout ce grand cérémonial pour faire la plus grande fête people qui soit, quelque chose de fort et de beau, un truc qui ne se passerait qu’une fois par siècle, un truc que vous raconterez à vos petits-enfants les larmes aux yeux, vous remémorant de cet instant fantastique où Jenner, vous confondant avec un plombier, vous avait demandé de changer son robinet. Impossible d’imaginer que cela aurait pu se passer autrement.

    Niveau 0 : l’ébahissement

    Janvier 2019. Je tombe sur un article sur un prétendu festival de musique qui aurait mal tourné. Une sorte de remake 2.0 de Sa Majesté des Mouches, bordel en direct sur Twitter et qui aurait diverti la Terre entière, des collines glacées de l’Arctique jusqu’à l’orbite de la Lune. J’avoue ne pas être au courant de cette magouille que je crois être une énième déclinaison d’article putaclic (les puristes diront « piège à clics » mais la définition est la même) et je commence à lire. Un peu désarçonnée, intriguée, je poursuis ma lecture, de plus en plus hypnotisée par le flot d’informations toutes plus illogiques les unes que les autres, happées par ce drama du nouveau millénaire en passe de devenir un mème gigantesque à l’échelle planétaire.

    Je voulais m’arrêter mais trop tard, j’étais atteinte. Il me fallait d’autres sources sur cet épisode. Et là encore, Internet ne m’a pas déçue. Peu de temps après, je découvre une publicité sur un documentaire Netflix, Fyre : The Greatest Party That Never Happened. Je tombe littéralement des nues. Tout ce que je vois sonne beaucoup trop faux pour être réel et pourtant, un spectaculaire gâchis se dessine devant moi, faisant apparaître à la barre graphistes, développeurs web, attachés de presse, Ja Rule (sic!) et même une incroyable histoire de « gâterie » (vous n’avez pas rêvé) pour une bouteille d’Evian. Tout a l’air trop énorme, trop tape-à-l’oeil pour coller à la réalité, non ?

    Si tape à l’oeil et improbable, qu’Hulu dans la foulée sort son propre documentaire, Fyre Fraud. Les deux documentaires d’une précision d’orfèvre, indispensable pour faire monter la pression jusqu’au point culminant de l’hébétude totale, le moment de « vide » où on ne comprend plus ce qui se passe. Autant le dire tout de suite : il faut le voir pour le croire.

    Comment diable en est-on arrivé là ?

    Exuma Island Bahamas - Alworld.fr

    Niveau 1 : le début des embrouilles

    Les contours de l’aventure se dessinent aux alentours de 2015. L’investigateur se nomme Billy McFarland. Le peu que l’on sait de lui est qu’il est né à Short Hills, un quartier de Millburn dans le New Jersey. Ses parents sont promoteurs immobiliers, une petite blague lorsque l’on sait que Millburn a le taux d’impôt foncier le plus bas des Etats-Unis. Cet environnement familial aisé et cultivé influence le petit garçon qui développe très tôt une intelligence hors normes : apprentissage de la parole et de la marche avant l’âge habituel, multiplications et divisions bambin, plongée sous-marine à 10 ans… Enfant, il répare un stylo d’une fille qu’il apprécie pour 1 dollar. En grandissant, Billy continue à l’âge de 13 ans avec une startup mettant en relation des webdesigners avec des clients potentiels. Adulte, il enchaîne trois boulots à temps plein et finit par étudier l’université de Bucknell en Pennsylvanie dans l’ingénierie informatique, alors que la bulle Internet a explosé. Université qu’il quitte neuf mois plus tard pour se mettre à son compte. Tous les charmants détails de son ascension pourraient faire sourire, mais étrangement, ils prédestinaient déjà Billy à sa plus grande qualité mais aussi son plus grand défaut : il a toujours (trop) tendance à voir les choses en grand.

    A 20 ans, se rêvant le nouveau Zuckerberg, il devient tout jeune PDG de Spling. A l’origine simple projet de concours de l’école, c’est une sorte de « décalque » de Google + et disons le franchement, de Facebook : une chanson vous plaît ? Une vidéo hilarante ? Une recette ? Grâce à Spling, vous pouvez la partager à vos amis sans bouger de votre canapé. Bonne idée… arrivée un peu trop tard malheureusement et phagocytée par les réseaux cités plus haut. D’ailleurs, tout le projet tombera rapidement dans l’oubli, hormis quelques articles prometteurs sur sa potentielle réussite. Reste alors cette étrange vidéo de présentation qui n’est pas franchement un succès (les tweets moqueurs fleuriront à la fin du fiasco Fyre) et où l’on sent les premiers éléments du « style McFarland » : discours bien rodé avec beaucoup d’esbroufe et d’audace, copie de succès existants sous une bonne couche de marketing. Vous enfournez le tout et vous avez un gâteau prêt pour les investisseurs potentiels. 

    Mais vous allez bientôt comprendre qu’il en faudrait beaucoup pour Billy McFarland pour le dégoûter. Visiblement toujours plus gourmand et prêt à avoir son siège en or, il crée Magnises une carte de crédit spéciale pouvant transformer n’importe quel citoyen lambda en nabab multimillionnaire : pour seulement 250 $ par an, une « Black Card » promettant accès VIP à des événements privés, réductions d’articles de luxe, expositions, dîners mondains, et autres évènements élitistes parfaitement Instagrammables. Le rêve enfermé dans une carte donc ? Pas vraiment. Magnises n’était qu’une bande magnétique posée sur un rectangle de métal noir, le tout bien entendu enveloppé dans du papier de soie et survendu comme d’habitude (on s’y fait avec McFarland). Un tour de passe-passe qui prête à sourire, mais qui est moins drôle lorsqu’on apprend les dessous de l’affaire. On découvrira bientôt les magouilles qu’a du faire Billy pour faire passer aux yeux de tous son petit jeu de dupes : il achetait lui-même cash des billets sur le marché noir StubHub pour les plus grands musicals de Broadway sold out comme Hamilton. Mais pour quelqu’un comme Billy, cela valait bien le coup pour avoir ses critiques dithyrambiques sur son succès dans des journaux spécialisés, entourés par Rick Ross et des influenceurs grassement payés, et rédigés par des publicistes pros du marketing pour faire passer la pilule. On notera aussi un saccage complet d’un penthouse new-yorkais censé servir de QG à Magnises, avec des dégâts estimés à 13 000$ !

    Tout aurait été parfait dans le meilleur des mondes mais un événement de taille allait tout faire capoter : l’un des investisseurs principaux, un dénommé Aubrey Mc Clendon, connu pour posséder la franchise de basket Thunder d’Oklahoma City, et être le magnat d’une entreprise de schiste appelée Chesapeake, meurt brutalement dans un accident de voiture. Le lendemain de la condamnation, il était accusé par la justice de détournements des prix officiels de concessions de schiste dans l’Oklahoma. Tout cela pour dégager la somme pharaonique de 6 milliards de dollars pour remettre Chesapeake sur les rails ! La voiture s’était visiblement crashé contre un mur, à très grande vitesse, sans aucun témoin. Le fraudeur sachant fraudeur sait frauder sans argent. Billy perd à son propre jeu… Je vous laisse cet excellent lien pour bien résumer l’histoire Magnises, qui allait inaugurer la suite.

    Nul doute que cette histoire enterre officiellement Magnises, malgré les mensonges de son patron qui revendiquait près de 100 000 membres alors qu’en réalité, juste 1500 membres s’y étaient abonnés. De plus, les membres ne sont pas choyés comme on leur avait promis. Pire, ils voyaient sans raison leurs réservations premium annulées au dernier moment. La plupart demandèrent un remboursement qu’ils n’obtinrent jamais. Mais vous connaissez bien Billy et sa capacité à muer dans un monde technologie en mouvement. Il fait la rencontre de Carola Jain, épouse du magnat Bobby Jain, connu pour être propriétaire de start-ups et socialite de qualité. Nul doute que ces détails intéressent Billy. Carola Jain s’investit alors dans Magnises dans ce qui pourrait être appelé le courage du désespoir : injecter toujours plus d’argent, appeler, réserver, supporter, bref un travail de longue haleine qui ne porta pas ses fruits. Malgré les soucis, Billy se releva et une idée vient faire « pop » dans sa tête.

    Durant une soirée Magnises, Billy fait la connaissance du rappeur Ja Rule. Si vous êtes fan de J-Lo sur MTV devant un verre de Coca Cola Cherry, ce nom vous dit quelque chose. Il se trouve que Ja Rule sympathisa avec Billy et tous deux – je précise bien, tous les deux, vous comprendrez pourquoi – mettent au point un système de booking d’artistes via une simple application mobile : FYRE. En d’autres termes, un Uber du booking, une révolution pour millenials, le parfait concept de deux lignes qui allait changer la face du monde. Vous désiriez Ed Sheeran pour la bar-mitsvah d’un neveu juif newyorkais friqué? Ce serait chose faite avec Fyre, le but étant d’éviter les potentielles arnaques, les faux bookeurs et les soucis de logistique.

    Dans notre monde publicitaire impitoyable, une telle application se devait d’avoir une publicité digne de ce nom. L’entreprise Fyre comptait un certain nombre d’employés, et l’un d’eux, MDavid Low, directeur artistique de Fyre, proposa une idée béton : pourquoi ne pas organiser un festival pour professionnels afin de promouvoir l’application ? Billy fut enchanté de l’idée, tout comme Ja Rule, dont l’orgueil était proportionnel à son nombre de tatouages. Les deux s’improvisèrent créateurs de l’événement et mirent au point le projet FYRE FESTIVAL le plus gros événement people de la terre, située sur les terres paradisiaques des Bahamas, dans un cadre de rêve, entourés par de magnifiques femmes mangeant la nourriture la plus délicieuse qui soit, dans des tentes de luxe en écoutant les meilleurs groupes du monde.

    Des ruines d’une carte de crédit AliExpress bricolée avec trois francs six sous, allaît naître le Woodstock des années 2010.

    Fyre Festival Niveau 2 : « On vend du rêve aux losers »

    Les Bahamas, ses plages de sable blanc, son eau turquoise, ses palmiers vert feuille et son climat enchanteur. Un paradis terrestre accessible à qui veut toujours consommer plus dirons-nous. Premièrement le repérage. L’équipe se forme, composée de Billy, Ja Rule le bon pote, ainsi que d’une ribambelle de soutiens et spécialistes du festival, de la logistique, du réseau et des constructions. Dans la liste, on notera Marc Weinstein, un consultant en festival bien rodé chargé de l’hébergement du staff, des influenceurs et des VIP,  ainsi que Grant Margolin, un « marketeux » continuellement stressé, chargé d’organiser l’événement le plus hype de 2017 sans vraiment rien savoir sur la logistique d’un tel festival. Tout ce joli monde part donc tout d’abord sur Norman’s Cay, moins connu pour ses plages magnifiques que pour avoir été le lieu de villégiature d’un certain Pablo Escobar. On notera la demande express des propriétaires de ne pas citer son nom dans les publications pour ne pas attirer le mauvais oeil… promesse non tenue car Billy le mettra bien en évidence dans la vidéo promotionnelle, ce qui cassera les échéances du contrat et obligera le crew à chercher ailleurs leur Coachella 2.0. Un  certain Keith Van Der Linde, qui connaît l’île depuis une dizaine d’années, s’affole du nombre attendu de 1000 participants. Il déclare que l’île est trop petite pour accueillir tout le monde. 

    S’ensuit une discussion Ping Pong sans logique. Keith propose de louer un bateau de croisière pour emmener les 1000 participants sur l’île. Une proposition refusée par le staff dirigée par Grant, qui se métamorphose en éminence grise de Billy. Entre gens déconnectés, on se comprend. Sans être inquiet, Keith déclare toutefois qu’il est plus important de s’attarder sur les équipements sanitaires que la fiesta. Il propose alors d’acheter des toilettes plutôt que des mannequins… Il décide de dormir avec sa femme dans une des tentes prévues par le staff. La nuit est un cauchemar : une chaleur étouffante, une absence d’intimité, des intrusions de moustiques, et le confort est spartiate. Bref, le standing promis n’est pas assuré. Il pointe logiquement des problèmes, mais personne ne l’écoute. Le staff décide alors de le licencier sans aucun remords. Pour Keith, ce n’était qu’une formalité, mais pour les autres, les choses commençaient devenir étranges.

    Exit alors Norman’s Cay, et bonjour à Great Exuma, connu pour ses cochons sauvages nageant dans l’eau. Présage ? Pour sûr. L’équipe de Billy y campe tourner la splendide vidéo promotionnelle où en réalité peu de choses concrètes étaient montrées. Autant dire que la construction d’une chimère s’avérait… impossible. Les mannequins les plus cotées du moment comme Chanel Immani, Bella Hadid, Hailey Bieber, Kendall Jenner ou encore Emily Ratajkowski allaient bouger leurs courbes parfaites et faire sauter littéralement Internet grâce à des carrés orange… les gens semblent s’amuser, mais derrière tout cela, on demandait au jeune bookeur Samuel Krost de réserver des artistes comme Major Lazer ou Blink 182 avec seulement le quart de la somme versée, ou bien d’intimer les graphistes à faire une fausse carte de l’endroit sur Photoshop, en effaçant la verdure autour et en faisant croire que Great Exuma était une île privative alors que ce n’était pas le cas. De quoi rire jaune.

    Le plan du Fyre Festival - Alworld.fr
    Ici, le plan décidé par les organisateurs avec l’aspect « privatif » mis en avant, sans l’espace autour
    La réalité du terrain des Bahamas - Alworld.fr
    Enfin, le réalité : aucune infrastructure et un terrain accidenté, en colline, surplombant le tout. Un endroit « difficile à manier », reconnaîtra plus tard Andy King, le mentor de Billy.

    Comme béni par une mauvaise étoile, le Fyre Festival s’annonçait de toute façon perdant. Réaliser un tel projet nécessitait 1, voire 2 ans en avance en commençant déjà à récolter de l’argent pour le diviser par catégories : équipements, logistique, construction, nourriture. Le temps manquait, et surtout l’argent, et Billy pensait plutôt à investir dans un système de paiement cashless avec un bracelet numérique qu’à acheter 1000 toilettes à Home Depot. Tous les moyens étaient bons pour ramasser l’argent et l’utiliser dans des entreprises de plus en plus risquées et opaques, au risque de froisser les investisseurs. Grant et Billy ne tarderont pas à dresser un tableau totalement faux de retours sur investissements à des organisateurs pour leur soutirer encore et toujours plus de billets verts.

    Mais qu’importe. Ce qui comptait pour Billy, c’était les influenceurs, les réseaux sociaux, et les billets déjà sold out (nous sommes à 6 à 7 semaines de l’événement) alors qu’aucune infrastructure n’a été encore posée… Le Fyre Festival avait cassé internet, tous les billets étaient vendus, de la simple entrée à 400$ au package luxueux incluant villa pour 4 personnes, yacht, chef et même avion privé si besoin est, pour la mirifique somme de 21 000$ ! La presse s’en mêlait, les investisseurs aussi, dans une cacophonie régie par un enthousiasme réel sur un mensonge de plus en plus gros. Pendant ce temps, le coût total du Fyre Festival était estimé à 38 millions de dollars…

    On commença alors à construire l’endroit. Rien de tout ce qui avait été prévu ne fut réellement à la hauteur. Les tentes tout confort furent de simples ronds en plastiques tendu, donnés par la FEMA pour héberger les survivants de l’ouragan Matthew sur un terrain sec et friable, sans aucune eau potable et sans confort. Alors que les ouvriers venaient de plus en plus nombreux, leur gérant devenait dépassé par les événements. Il n’était plus question de revenir en arrière mais de continuer, et, comme le dira Andy King, à « faire de notre mieux ». Mais difficile de faire de son mieux sur un terrain accidenté, en colline, avec des petites falaises où un pas de travers pouvait vous envoyer à l’hôpital.

    Autre point fâcheux : la nourriture. Il fallait bien nourrir les 6000 personnes attendues ? Oh, j’ai dit 500 ? Puis 1000 personnes? Finalement ce sera bien plus qui sera attendu, étant donné que la vente des billets dépassait de loin les capacités d’accueil ! Le traiteur Star Catering exigeait 6 millions, qui au final ne sera jamais versé, rompant définitivement le contrat. Andy King, mentor de Billy, et accessoirement l’un des héros du documentaire sur le Fyre Festival, n’avait plus que 15 jours pour trouver un traiteur capable de nourrir 6000 personnes pour 1 million seulement. Grant s’énervait, exigeait monts et merveilles, la pression augmentait, mais Billy ne s’en offusquait pas outre mesure. L’important c’était l’argent et la fame, rien d’autre. Les tweets de l’équipe marketing étaient mielleux et pleins de promesse, la revue de presse était un peu plus sceptique sur le devenir du Festival.

    Le réveil allait être brutal.

    Les packages disponibles avec différents niveaux - Alworld.fr
    © Customer Contact Week Digital. L’un des exemples de logements disponibles, qui sera brutalement supprimé du site à quelques semaines du festival.

    Niveau 3 : The Hunger Fyre Games

    Pour Billy, la farniente était un bonheur. Parader avec ses équipiers en buvant quelques tequila, affirmant vouloir « baiser comme des stars du porno », répondant laconiquement des « débrouille toi » ou bien des « tu as toujours des problèmes, trouve des solutions. » Pour son équipe, c’était une autre paire de manche. Nous sommes à 17 jours de l’événement, et déjà les clients sont mécontents : aucune information sur des vols disponibles, ou bien de tickets pour la tente, aucune information sur l’accueil, des commentaires négatifs pullulent sur le compte Twitter du Fyre Festival. Grant, en génie qu’il est, décide tout bonnement de supprimer tous les commentaires pour s’autoriser un maximum de bonne publicité et de ne pas trop faire de vagues. Au même moment, un compte Twitter dénonçant les pratiques malhonnêtes du festival appelé FyreFestivalFraud (toujours en ligne) fait l’effet d’une petite bombe. Mais pour les clients, aucune information ne pourra les empêcher d’accéder à leurs rêves. Le compte Twitter poste tout de même des photos de l’endroit à peine construit. Elles resteront pour la plupart anonymes, jusqu’à l’éclatement du festival…

    Billy décide de faire un tour avec Columbo, un membre du staff de Fyre, et découvre médusé les tentes FEMA, qui ne ressemblent en rien à ses aspirations. Un peu paniqué à ce moment là, il lui demande s’ils y arriveront. Conscient de ne pas l’affoler, Columbo lui assure que tout sera prêt avant jeudi. Voeu pieu lorsqu’on voit que le désastre ne fait que commencer. Chaque jour est un calvaire. Andy King se mord les doigts et voudrait annuler, mais personne ne sait alors que Billy pour sauver ce qu’il reste, a fait des emprunts à court terme de sommes d’argent importantes pour les réinjecter ailleurs sans retour potentiel derrière. Donc, impossible de faire marche arrière. La tension s’accumule. Des membres du staff menacent de partir devant le désordre, mais Billy reste inflexible. Et bientôt intraitable, les discussions ne mènent à rien et les pétages de plomb sont fréquents. King pleure après chaque réunion, les Bahamiens recrutés pour travailler multiplient les heures supplémentaires non payés, le site ressemble plus à un campement de basse montagne qu’au festival du siècle. Il faut tenir, malgré les pleurs et les crises d’angoisse. Et malgré le fait que Marc Weinstein avait proposé d’annuler du public pour éviter la catastrophe. La réponse de Grant sera édifiante et pathétique : les gens seront rassurés par le sourire de Weinstein et ses dons de yoga. Car oui, Weinstein était censé donner des cours de Yoga. Billy s’enfonce dans une spirale infernale où s’accumulent mensonges sur mensonges, arnaques sur arnaques. Impossible d’annuler le festival car en cas d’annulation, les assurances ne pourraient pas couvrir le tout. Le miroir aux alouettes continue.

    MacFarland et la farniente - Alworld.fr
    © Vanity Fair

    Le point culminant fut sans doute cette anecdote qui aurait pu faire rire s’il n’avait été qu’une blague de collégien : l’histoire de la « gâterie »…. Laissez-moi vous la raconter, pour que vous puissiez comprendre ce qui à mon sens, inaugurait un point de non-retour.

    Andy King attendait désespérément 4 gros containers d’Evian pour ravitailler le festival, et n’était pas sur place pour le gérer pour cause d’America’s Cup aux Bermudes. Il avait donc raté la douane qui attendait alors le paiement des taxes pour entrer sur le territoire bahamien, la toute petite somme de 175 000$ en cash !! King est catastrophé, mais Billy n’en a cure (on s’y habitue)… Littéralement voilé par les artifices, Billy fait encore preuve de grand sens moral et demande à son ami de longue date, de pratiquer une… hum… gâterie au douanier en chef afin qu’il laisse l’eau entrer, jouant de façon franchement dégoûtante sur le fait qu’il est le seul responsable gay de l’assemblée. Vous n’avez pas rêvé, il s’agit bien d’un acte de sexe oral contre « rémunération » (de l’eau donc) pour gâter un égo déjà surdimensionné. Bien. Vous avez certainement quitté l’article, mais pas d’inquiétude, le douanier, visiblement ému par le sort de ce pauvre Andy, laissa l’eau entrer, et aucune peau n’entra en contact avec une bouche, la bataille était donc gagnée. Mais la guerre n’allait pas tarder à arriver.

    Weinstein est atterré, car la catastrophe est là. Un Navy SEAL rigole même de son embarras. En réalité, c’est pour mieux cacher son épouvante : les premiers invités vont bientôt arriver. Les dernières 24 heures sont atroces, on pense à Woodstock, Altamont, tous ces festivals partis à vau-l’eau, King n’en peut plus. Mais le pire arrive bientôt. Alors que le staff est littéralement submergé par la fatigue et la honte, un événement va encore creuser la tombe du Fyre Festival : la mousson. Diluvienne et sans remords, la pluie violente détruit tout sur son passage, des faibles infrastructures aux malheureuses tentes FEMA réduites à peau de chagrin après le passage du vent. La pluie se transforme en tempête, le vent plus violent. Le staff est tellement au bout qu’il se met à rire et l »un deux lancent « au moins, on sait qu’ils ne s’en sortiront pas. » Humour noir pour une situation que même Kafka n’aurait pas renié. Au lendemain, c’est un désastre, tout est trempé, le site n’est pas fini. Tout le travail effectué a été en l’espace d’une nuit réduit à néant. Le staff est hébété, alterne larmes et colères.

    Mais pas le temps de se morfondre car déjà, les premiers clients débarquent. En avance, histoire de mettre plus de pression. Et on peut voir à leurs regards que le voyage n’était pas vraiment à la hauteur de leur attente… Pensez donc ! Le jet privé tout confort fut remplacé par une boîte de fer blanc low cost avec un logo Fyre simplement collé dessus, au confort de bus de colonie de vacances. En coulisses, pas mieux. Les groupes principaux annoncés comme Disclosure, Blink 182, Lil Yachty et Major Lazer annulent tous leurs venues. Ce dernier aura tout de même argué que la scène n’était même pas montée. On apprendra plus tard que les organisateurs avaient prié les groupes de ne pas venir sur place.

    Blink 182 se fendra même d’un communiqué à double sens sur son compte Twitter, désolés de ne pas donner leur concert dans les « conditions adéquates ».

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    Arrivés sur place, les invités sont tous conviés à une parodie de Spring Break dans un bar de plage où, pour mieux les faire mijoter, on leur sert d’importantes quantités de tequila gratuite. On prévient la sympathique Maryann Rolle, cuisinière en chef – l’autre héroïne du Fyre Festival – que les clients allaient débarquer dans le restaurant dans 25 minutes. Un DJ réchauffe les cœurs, le lieu est magique, tout le monde semble s’amuser et croit que cet interlude alcoolisé fait partie de la fête. En coulisses, l’horreur. On découvre le campement trempé, saccagé, les matelas imbibés d’eau et de boue. Plus de logements, plus de voitures pour transporter les meubles. Le staff est détruit, Weinstein harcelé par les assistants, Grant pleurant dans sa chambre.

    Le stratagème sur la plage ne fait pas long feu, six bonnes heures se sont écoulées, et certains avinés font n’importe quoi. La tequila coule à flots, les têtes tournent, la délivrance se fait attendre. Billy, quant à lui, prend son quad, revient, prend des décisions, semble perdu, ne répond même plus aux questions. On finit par emprunter des bus scolaires de deuxième catégorie pour amener les touristes au campement. Le chauffeur, réaliste, leur dit qu’ils ne sont pas au bout de leurs peines. Il ne croit pas si bien dire. Bientôt, le spectacle se déroule IRL sous leurs yeux, une marée de tentes blanches au design et au confort plus que rudimentaires, dans un décor d’apocalypse. Trop tard pour rebrousser chemin, de toute façon, les bus s’en vont. Billy est là, toujours à prendre des décisions arbitraires, et décide de mettre la musique à fond histoire de calmer les gens. Le plus fort possible, mais impossible de faire le check-in, et on baisse le son. Billy intervient, et remonte le son, comme une mauvaise parodie de Philippe Katerine. Le check-in est un fiasco, Billy monte sur une table et annonce aux gens de prendre une tente, et oublie complètement ceux qui avaient commandé une villa. A partir de cet instant, le Festival vire aux Hunger Games.

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    C’est la débandade, tout le monde crie et s’agite, s’agrippe à une tente comme si leur vie en dépendait. A 20h36, un container décharge les bagages sur le sable à la sauvette. Pour le service de bagagerie deluxe, on repassera. Les visages sont fermés, parfois épouvantés, souvent estomaqués, quand ils ne sont pas tout bonnement en pleurs. On installe des casiers de fortune, semblables à ceux des prisons, et sans cadenas, l’organisation n’ayant pas demandé aux clients de ramener le leur. Les gens se piétinent, poussent, des bagarres éclatent, le staff est au mieux débordé, au pire inexistant. On déballe les matelas, les scènes sont accablantes. On se marche dessus, on vandalise pour mieux s’accaparer les matelas. Des personnes accumulent papier toilette et boîte d’oreillers. Dehors, le paysage est sans équivoque. Privé de lumière, il fait penser à un film d’anticipation où les Etats-Unis ont basculés dans la guerre nucléaire. Des gens hagards courent, ivres et perdus, ne sachant pas où ils sont. Weinstein découvre avec horreur que le tiers des gens est arrivé, et que toutes les tentes sont occupées. Dans le pire, est-il possible d’en rajouter une couche ? Pour le dîner, l’image d’un sandwich fromage et salade sans sauce fera le tour du monde, symbole de ce festival de carton pâte bricolé à la hâte. Pour les organisateurs, le signal est clair, cette photo a creusé la tombe du Fyre Festival.

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    Une image vaut parfois mille mots… un délicieux repas gastronomique résumé à un simple sandwich de fromage…

    Les tweets ne tardent pas à fuser. Des centaines, des milliers, des millions, en l’espace de quelques minutes. Le sandwich au fromage, les tentes, la situation ingérable, le manque d’eau, de lumière et d’électricité. La guerre des réseaux sociaux explose sous les yeux médusés du monde extérieur qui suit en direct live la catastrophe, minute par minute. Les vlogs se font plus virulents, plus désespérés, plus longs, on explique en long en large et en travers la situation sur place : chiens errants, tentes en feu, personnes évanouies ou perdues. Les retweets et les likes se font par centaines, par milliers, par millions. Le New York Times en personne fait l’article du désastre qui sera l’ultime coup de poignard donné au Festival. l’un des organisateurs avouera avec amertume que le « tweet sandwich fromage » d’un gamin aux 400 followers a fait quarante fois plus d’effet qu’une myriade de carrés orange laissés par des mannequins reines d’Instagram surpayés pour un festival qui n’en mène pas large.

    En dehors, la situation provoque l’hilarité, la colère, l’indignation. La personne lambda passe par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, mais en son fort intérieur, elle jubile. Les humains étant ce qu’ils sont, ils aiment voir s’apitoyer plus riche que soit. Le hashtag #RichPeopleProblems ne tarde pas à apparaître, où on se moque de ces influenceurs de seconde zone pleurer par manque de toilette. On a donné un bâton à la foule, et la foule s’en donne à coeur joie en battant à tout rompre sur les naufragés du festival. Grant revient alors de l’ombre, et continue de donner ses ordres. Il convoque un nouveau Community Manager, décline tout, s’enfonce dans le mensonge. Le bookeur Samuel Krost annule tous les groupes. Le festival décède dans la foulée. Billy est anéanti, l’annulation était le coup de grâce. Il se terre dans la villa, pleurant, l’air hagard, atteint par le scandale. L’accablement est total. Weinstein soupire, Grant est effondré, Carola semble avoir été enterrée vivante. Grant sort le dernier jeton : la réponse officielle d’annulation du festival, un tissu de mensonges encore une fois, qui désespère Weinstein et le staff. Le Fyre Festival rend l’âme. Il n’aura pas duré 24h.

    Et Le cauchemar continue.

    Niveau 4 : Amère délivrance

    Pour succéder à cette nuit d’horreur, l’aéroport est plein à craquer de voyageurs prêts à partir. Seul problème, aucun vol n’est disponible à cette heure-là. L’aéroport est alors cadenassé avec tous ceux qui ont pu s’enfuir. L’air est irrespirable, des gens s’évanouissent, le désordre ressurgit. Pas d’eau ni de nourriture. Le tout en temps réel, suivi par des télévisions via les smartphones et par les internautes, toujours plus nombreux,  attirés par ce feuilleton nouvelle génération. Après le temps des réseaux sociaux, celui des médias, et ceux-ci ne sont font pas prier. Le Fyre Festival tourne sur toutes les chaînes. Tous les talkshows américains s’en moquent, le parodient, l’invectivent. Jimmy Fallon, Jimmy Kimmel, Conan O’Brien, Trevor Noah… la liste est longue. Billy et son équipe sont la risée des Etats-Unis. Dans un monde ultra-connecté, cette honte est pire que la mort.

    Le lendemain ressemble à un réveil brutal. Les voitures de locations sont récupérées, tout est démonté, les gens s’en vont. Les ouvriers demandent à être payés, l’un d’eux suit Andy King pour 26 000$ en cash sur l’instant. Le cadavre du festival est à peine enterré que les ennuis s’accumulent de nouveau : le ministre des Finances, le doyen de l’Université des Bahamas et le chef de l’Office du Tourisme réclament le million qu’on leur a promis. Chez les ouvriers, une mutinerie éclate, ils tapent tous à la maison de production pour récupérer leurs paies. A l’annonce d’une réponse négative, on s’arme de branches d’arbres, de barres et on commence à franchir les barrières. Le staff, réduit à 5 membres, ne peut plus rien faire. Et pour cause, Billy est introuvable. Envolé. Sa maison a été entièrement vidée. La tension éclate, certains ouvriers menacent d’un kidnapping ou même de violences physiques pour arriver à leurs fins. Weinstein subit tout avec un calme olympien, King se cache dans un placard. Il finira par s’enfuir par l’arrière avec une voiture et quitte définitivement le village. Le staff s’enfuit, littéralement. Des ouvriers frappent l’avion, hurlent, harcèlent l’un des responsables du chantier. Lui aussi s’enfuira d’ailleurs, à bord du premier bateau, sans demander son reste. C’est d’ailleurs l’épisode le plus affreux, le plus triste et le plus déchirant de toute cette histoire : des centaines d’ouvriers sur le carreau, pleurant leur argent envolé, alors que le staff, d’abord préoccupé par sa sécurité, décide de s’en aller en laissant tout derrière eux. King aura beaucoup de mal à parler de cet épisode, et avouera par la suite avoir souffert d’un syndrome post-traumatique.

    Shutterstock parodie la vidéo du Fyre Festival avec un pack exclusif « fausse promotion de festival avec beaucoup trop de modèles ». On appréciera l’humour.

    De retour à New York, réunion de crise aux locaux de Fyre Media. Billy, penaud, s’excuse, non sans développer plus. On suggère de changer le nom de la plateforme. Ja Rule a perdu son humour de façade, et rétorque qu’ils sont devenus une blague à l’échelle planétaire. On peut lui donner raison, car les répercussions sont terribles. Fyre Media décède, sa mort étant inextricablement causée à celle du festival. Tous les employés sont laissés sur le carreau et ne peuvent prétendre au chômage, Billy ayant « oublié ce détail ». Le fait de laisser 30 personnes abattues dans la nature ne l’ennuie pas plus que cela. Un an de travail réduit à néant, un gâchis de moyens, de talents et d’argent envolé en l’espace de 24h. La furie des réseaux sociaux, comparable aux dragons de Game Of Thrones, a tout dévasté sur son passage. Les paroles de Billy ne passent plus, celui-ci jouant de manipulation pour retenir les développeurs avec lui. La confiance est brisée, même les paroles de Ja Rule sur le fait qu’aucun mort ou blessé n’a été répertorié, les gens sont abattus. L’un deux rétorque que c’est une escroquerie à ciel ouvert. La réponse de Ja Rule est édifiante : ce n’est pas une escroquerie mais une publicité mensongère. Tout est dit.

    Revenus chez eux, les clients dupés ne se laissent pas faire. L’un deux dit au revoir au festival, et lui donne rendez-vous avec son avocat Stacey Miller. Celui-ci, déboussolé, n’a jamais entendu parler du festival, et reçoit la plainte collective de milliers de clients, le tout pour réclamer la somme de 100 millions de dollars… Quant aux collaborateurs de Billy, c’est la douche froide. Le FBI les convoque et leur montre toutes les magouilles que ce dernier a fait pour maintenir à flots le Fyre Festival : une liste impressionnante d’argent détourné, de fausses promesses, de contrats non-honorés et de sommes à rembourser. Ses mensonges sur Fyre Media et les recettes du festival se sont révélés toxiques et ont contaminé tout le projet. Fyre Media, gonflé artificiellement à une entreprise à plusieurs millions, n’en valait que 60 000$. L’écœurement est total. Sans compter les sommes non remboursées par Billy utilisées du temps de Magnises via American Express, et qui devront l’être par Samuel Krost (150 000$) et MDavid Low (250 000$), qui, consternés, ne peuvent qu’affronter la réalité. La loyale et merveilleuse Maryann aura du débourser près de 50 000$ (toute son épargne) pour payer ses employés et les aider à nourrir les festivaliers, et les dernières minutes où elle regarde la caméra en pleurant sont insoutenables. Sa phrase finale symbolise finalement tout l’ensemble avec cruauté : « j’ai fini par oublier, car cela me causait trop de peine. »

    Inutile de parler des pertes d’argent, qui sont vertigineuses, car c’est surtout une aventure humaine qui plongea sans fin vers l’abysse le plus profond, entraînant collaborateurs, ouvriers bahamiens, business angels, communauté, dont on ne peut rester insensible. Le Fyre Festival fut depuis le début voué à l’échec, un gouffre sans fond où mijote la crasse de l’humanité, un capitalisme agressif et sans pitié, l’arrogance et l’égoïsme, le pouvoir de la fame, et la violence destructrice des réseaux sociaux.

    L’hilarante parodie « BRYT Festival » pour la promotion de l’application de la cérémonie de remise de prix de la musique anglaise, les Brit Awards.

    Niveau 5 : To tame the fyre (Savoir dompter le feu)

    Soigner la manipulation mentale est une difficulté de chaque instant. Dans le cas de Billy, c’est une pulsion, une névrose, quelque chose qui le pousse à exister. Il se promet dans un sourire de façade devant ses employés, collaborateurs, personnes de confiance que tout va s’arranger tout en continuant ses combines douteuses dans le dos de ces mêmes personnes. La justice américaine décide d’agir, et met Billy en garde à vue.

    Officiellement, Billy est fauché. On découvre scandalisé qu’il a payé sa caution de 300 000$ venus d’une autre dimension, qu’il a vendu son penthouse luxueux de Manhattan et sa Maserati pour vivre dans la cave de ses parents à Millburn. On pourrait alors penser à un silence radio salvateur. Point du tout. Quelques jours après, il décide de revenir à la source de Magnises : l’accueil VIP, les événements de luxe réservés à une poignée de personnes, le tout servi sur un plateau d’argent. Les mauvaises habitudes reprennent. Il s’entoure encore une fois d’une nouvelle équipe aux connexions importantes et à la réputation bien établie : Angel Roefaro, attaché de presse du sénateur démocrate Chuck Schumer (cousin germain de l’actrice Amy Schumer) et le mystérieux Frank Tribble, représentant de cette nouvelle aventure. Baptisée NYC VIP Access, elle fleure bon l’arnaque à tous les niveaux : tickets deluxe pour assister au concert de Beyoncé pourtant déjà sold out, meeting avec Taylor Swift, accès premium au Met Gala, billets pour les VIP Masters Clubs, dîner spécial avec LeBron. Et autres monstruosités. Le « Fyre shit » comme le surnomment les gens à l’écoute de l’histoire, ressurgit brièvement : Billy a utilisé sans permission la mail list du festival pour bombarder les utilisateurs d’annonces bidon ! L’entreprise est monstrueuse, tout comme la chute. Les journaliste, aux aguets, ont senti le vent tourner en leurs faveurs et annoncent les arguments aux personnes trop crédules : Taylor Swift ne fait pas de meeting avec ses fans, le Met Gala est strictement contrôlé par Anna Wintour qui donne ou non son accord à l’invitation, le défilé Victoria’s Secret n’avait pas encore de billets. Tout comme le festival, la petite entreprise fait faillite, les coéquipiers s’évanouissent, et Billy retrouve sa cellule, condamné à 6 ans de prison pour escroquerie, blanchiment d’argent, usurpation d’identité, intimidation de témoin. Il se lave dans un lavabo, a trouvé une copine qui l’a épaulé dans cette histoire (elle apparaît d’ailleurs dans Fyre Fraud), et écrit ses mémoires sobrement intitulées Promythus : The God of Fyre. Fin du chapitre.

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    Un exemple de mail frauduleux du NYC VIP Access à Seth Crossno, blogueur influent qui a couvert le Fyre Festival

    En somme, comme le dira plus tard le réalisateur de la publicité du Fyre Festival, le vrai festival était en réalité la publicité elle-même. Cette phrase sonne comme terriblement vraie lorsqu’on regarde l’ensemble avec un peu plus de précision. Avec cette gigantesque simulation d’une réalité existant uniquement dans la tête de jeunes millenials désoeuvres, le Fyre Festival est devenu le symbole d’une vanité aussi cruelle que douloureuse. Les critiques affirment que l’événement fut en quelque sorte Instagram en temps réel, et on ne peut qu’acquiescer à cette comparaison. C’est le monde dans laquel évolue la génération Z : un monde où la célébrité est le but ultime de reconnaissance sociale, où le selfie est une arme à likes, le post Instagram, un besoin d’exister. Un monde où les petits cheftaillons deviennent des messies et rêvent de voir leur entreprise cartonner comme Facebook ou Google, en piétinant la vie, la valeur et les buts des gens qui travaillent avec eux, se dévouant corps et âme dans un but qui n’est pas le leur, mais d’un dirigeant prêt à tout pour la fame. Comme le dit si bien Major Lazer dans le documentaire de Netflix, tout le monde veut son petit pouvoir, son petit espace deluxe avec une exclusivité pour se sentir vivre.

    Si je devais faire la liste des choses qui me gênent d’avouer, c’est que ma peine ne se tourne pas vers les gens qui ont accepté de venir. J’avoue un peu méchamment qu’une infime partie de moi-même avait ri jaune devant ces jeunes influenceurs sortant d’une pub American Apparel lâcher quelques larmes à l’évocation d’un sandwich sec et de tente abjecte. La tristesse et la vérité venaient quelque part de tous ces collaborateurs un peu perdus qui ont cru dur comme fer à ce rêve inaccesible de beauté et de privilèges, la beauté et la sincérité venait du visage en larmes de Maryann Rolle contrainte à dépenser tout son argent pour nourrir des festivaliers imbus d’eux-mêmes. La vraie vie venait de ces Bahamiens honteusement exploités qui croyaient à un boum économique et se sont retrouvés plus bas que terre. Eux sont les réels perdants de l’histoire, ainsi que notre part d’humanité à ce festival de la hype où tout n’est qu’illusion.

    On a souvent comparé le Fyre Festival à Woodstock, mais je pense en ce sens que c’est une erreur. Woodstock se voulait un festival ouvert sur le monde et optimiste, puis s’est converti en trois jours de paix, d’amour et de musique, où les hommes et les femmes pouvaient s’unir pour un meilleur lendemain. le Fyre Festival, lui, n’est qu’un pur produit du marketing, comme une foire aux vanités faite pour et par les influenceurs, une minorité de personnes que la terre, ayant tout le barda technologique dernier cri, voulant son « petit quart d’heure de gloire », qui s’est transformé en 24h de cauchemar retranscrit en direct. A l’idéalisme et au point culminant du flower power avant sa brutale chute introduite par Woodstock, Fyre n’est que le summum de l’arrogance et de la fuite en avant, un rêve artificiel où au final, le pire de l’humanité ressort toujours. Il n’est plus question de bonté ou de couronne de fleurs dans les cheveux pour aimer son prochain, mais le nombre de likes sur un post de fausse bonté pour obliger son prochain à s’aimer, avec une couronne fleurs en plastique Wish sur la tête. Le vrai n’est plus vrai, mais une simple promesse de vrai balayée par l’opportunisme et une cage dorée.

    Il vous reste encore la liberté de ne pas vous y prendre, et de vous pose les bonnes questions : le post ou la vie ?

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    Les documentaires sur le Fyre Festival

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    Fyre, The Greatest Party That Never Happened

    Année : 2019 | Réalisateur : Chris Smith

    Disponible sur Netflix

    On peut critiquer le fait que Jerry Media (qui avaient assuré la promotion du Fyre Festival) ait produit le documentaire en question et n’y apparaissent presque pas. Mais dès les premières minutes, Fyre dévoile une véritable mine d’informations très bien restituée. On s’attarde sur le déroulement chronologique de l’histoire, et tous les intervenants qui ont travaillé dessus, des débuts prometteurs à la chute spectaculaire. Passé le stade de l’hébétude, on découvre la stupeur, la colère et l’indignation, le tout entrecoupé d’anecdotes assez drôles et d’autres plus grinçantes… On décerne également la personnalité de Billy en filigrane, sorte d’ombre malfaisante qui va toujours prendre les mauvaises décisions et fuir ses responsabilités. Une incroyable aventure très bien racontée malgré quelques placements de produits inutiles et un peu de condescendance. A ne pas manquer. Et une véritable leçon d’organisation pour tous les apprentis organisateurs!

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    Fyre Fraud

    Année : 2019 | Réalisateurs : Jenner Furst, Julia Willoughby Nason

    Disponible sur Hulu

    Le documentaire prend le parti de s’intéresser plutôt à Billy McFarland. On y découvre son enfance où pointe très tôt un désir violent de reconnaissance et déjà un genie pour l’entourloupe. Le point fâcheux du récit est le versement de la somme de 150 000$ à Billy pour l’interview. Somme gâchée par la mauvaise volonté de Billy sur toute la durée du film : sourd aux accusations, l’escroc se défend mollement et renvoie l’image d’une enveloppe vide et dénuée d’intérêt, qui s’illumine brusquement à l’écoute des mots « likes », « investissement », « argent » et « fête ». Un pur produit de la génération Z dans ce qu’elle peut faire de pire. Un complément intéressant pour apprendre les coulisses de la « fraude » en question, des systèmes de bookings opaques, et des dessous peu reluisants de l’affaire. On notera un montage dynamique mais un peu fatiguant avec ses extraits de dessins animés et séquences censées faire rire, mais un bon moyen d’en savoir plus sur cet escroc nouvelle génération.

    Les vidéos sur le Fyre Festival

    Fyre Festival COMPLETE Disaster. VLOG of Chaos !

    Austin Mills, joueur de basket à la NBA, voulait passer du bon temps avec ses amis aux Bahamas dans un beau festival. Inutile de dire que la balade a viré à la foire d’empoigne. Mention spéciale à Austin Mills et son calme olympien, dans un déluge de n’importe quoi. Une vidéo évocatrice du désastre qui lui a valu des critiques positives et une participation au documentaire d’Hulu.

    The Failure of Fyre Festival

    L’inébranlable Internet Historian tente la voie de l’humour pour raconter le Fyre Festival. On y apprend des informations intéressantes sur le peu d’éthique dont a fait preuve les gens dans cette histoire. le regard que pose l’Historian est grinçant, drôle et enlevé. Il se permet de juger de haut les influenceurs qui selon lui ont moins souffert que les locaux. Une belle leçon d’humilité.

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  • Jeanne Added Radiate : triomphe de la lumière

    Une ballade lumineuse, oscillant entre la mélancolie et la joie pure. Une énergie étincelante illuminant le second album d’une artiste prometteuse.

    Année : 2018 | Label : Naïve/Believe | Genre : Electro

    Jeanne Added, c’est déjà sept ans de carrière, et trois albums. Autant dire une éternité dans le monde de la musique. Difficile de s’imposer, d’oser quelque chose de différent, tout en gardant une certaine intégrité. La course au succès et l’explosion de l’exposition médiatique en ont fait vaciller plus d’un, et certainement plus forts et plus imposants que cette frêle créature originaire de Reims. Pourtant, Radiate, de Jeanne Added ne se laisse pas sombrer, préfère embrasser ses tripes et livre sans fards ses états d’âme…

    Jeanne Added – Radiate : rigueur et dualité

    Plutôt que de s’éparpiller dans des sons criards, Radiate de Jeanne Added préfère la sobriété, miser sur le ressenti, l’instantané avec une rare acuité. Dans son premier opus, Be Sensational, l’artiste y livrait une violence beaucoup plus crue, effrayante, sans avoir peur de choquer. Les sonorités y étaient agressives, comme l’expression d’un cri d’animal. Radiate, de Jeanne Added observait son quotidien avec une angoisse pas tout à fait étrangère à celle que nous vivons au quotidien. On sentait déjà chez elle cette obsession des équilibres, la difficile cohabitation entre le noir et le blanc, la recherche du son parfait. L’album avait surpris et séduit la critique, charmée par sa rigueur et sa vérité. Ses études dans la musique jazz expliqueraient peut-être cet intérêt pour les mélodies simples mais efficaces, l’harmonie des sons, l’importance du chant. Sans oublier son amour pour la new wave pour l’électro et les chants, le post-punk pour le côté graphique et la pop pour le côté entraînant. Des courants chauds et froids, sombres, clairs ou grisâtres selon l’humeur de la jeune femme.

    Radiate, « rayonner » en anglais, est un second et passionnant chapitre sur cette opposition entre les ténèbres et la lumière. On y sent une plus grande maîtrise, une soif de blanc et d’apaisement que le premier album ne pouvait offrir. On sent la chanteuse plus à l’aise, plus confiante, certainement galvanisée par son succès. L’aspect graphique semble à lui seul résumer cet équilibre des forces : le visage attentif de la chanteuse, au teint et cheveux clairs, les yeux grands ouverts sur un fond pur. La recherche de l’apaisement s’y fait pressante et on se surprend même à laisser notre inconscient s’imprégner de cela. Les guitares nerveuses et violentes, la couverture oppressante de Be Sensational ont laissé place à une blancheur éclatante et un éveil des sens dans Radiate.

    Vocalises célestes & charnelles

    La véritable force de l’album, c’est bien entendu la voix de Jeanne. Dure et cassante dans Be Sensational, elle se révèle incroyable, éclatante et romanesque. D’une rare beauté, elle domine majestueusement tout l’opus. Variant de la tristesse à la joie véritable, cette voix nous emporte, sublimée par l’excellente orchestration électro du duo franco-écossais Maestro (auteur du très beau Darlin’ Celsea). Tout commence comme une caresse sensuelle avec le délicat Remake, doux et fort en même temps. La voix d’Added résonne dans Falling Hearts, dont la construction parvient à nous émouvoir. A peine remis de nos émotions, que l’angoisse du premier album réapparaît, pendant quelques instants, dans le beau Radiate.

    Mais la pièce maîtresse de Radiate, plus que son single éponyme, est bien sûr Mutate. La chanson de son triomphe, d’une force et d’une splendeur indescriptibles, qui vous prend aux tripes et vous laisse K.O. Certainement l’une des plus belles chansons de l’année, qui a valu à Jeanne Added la confirmation de son talent. La première partie de l’album est conclue de belle façon par cette merveilleuse ballade, et la fée Added nous transporte vers des joies synthpop (Enemy), voire trip-hop (Both Sides) ou carrément techno (Song 1-2). Tout ceci entrecoupés de morceaux plus chaleureux, même sensuels pour certains : la douce ballade Harmless, la merveilleuse Years Have Passed. De sa voix enchantée, d’une tessiture parfaite, Jeanne Added mène tambour battant, ne faiblit jamais, nous expose ses joies et ses peines, son angoisse avec un besoin constant de rayons solaires, la rapprochant de plus en plus de l’illumination, qui finit par apparaître, irradie de toute sa puissance sur ses compositions. On se sent submergé par toutes ces ondes du ciel, ou le sensuel et le charnel cohabitent.

    Jeanne Added – Radiate : métaphysique émotionnelle

    Ce qui passionne Jeanne, presque autant que de chanter, c’est de raconter toutes les formes d’amour qui soient. Tout aussi inclassable qu’elle soit (jazz ? électro ? pop?), la chanteuse ne se contente pas de pianoter sur le clavier de son ordinateur durant les lives. C’est l’occasion de voir toute l’étendue de sa force émotionnelle, de sentir plus vivement cette maîtrise incontestable de cette voix céleste.

    Il n’y a pas seulement la force des paroles, tantôt angoissées (Radiate), tantôt positives (Falling Hearts), mais une volonté de transformer cet univers un peu mécanique en une véritable danse des sensations. La machine artificielle mute en une émotion humaine, charnelle et vivante. L’obsession est de s’élever musicalement, mais également mentalement. L’artiste adapte même un poème de John Donne, dans toute sa force émotionnelle. Et on découvre bientôt un versant presque religieux dans ces homélies rappelant des chorales d’église, avec leurs mélodies vaporeuses.

    Mais la tension n’est jamais loin. Doucement mais sûrement, la réalité refait surface, dans sa douloureuse vérité. Jeanne Added nous aura prouvé qu’avec un peu de technique mais avec beaucoup de tripes, on pouvait faire voyager les gens à travers tout un large éventail d’émotions diverses, duelles, et essentielles.

    Radiate a beau être seulement un second album, il raconte beaucoup plus de choses que bien des disques. Dans une rigueur formelle assez rare, Jeanne Added conjugue son ressenti avec une telle force qu’on est forcés d’admettre que l’on a vécu un beau voyage. Personne ne peut être réellement indifférent à un tel déploiement de bonne volonté, dans cette décision de terrasser les coeurs par la seule force d’une voix, d’une touche de clavier, d’une corde. L’ouragan Be Sensational a « muté » dans une lumière céleste aveuglante. Au milieu de cette blancheur éclatante, une voix nous rassure.

    Jeanne Added - Radiate, triomphe de la lumière - Alworld.fr

  • Les 10 meilleurs clips de 2018

    Majestueux dans leur grâce, leur délire ou leur jusqu’au-boutisme, avec de l’eau ou des escargots, voici les 10 meilleurs clips de 2018.

    10. Bully – Guess There

    Réalisation : Aleia Murawski & Samuel Copeland

    Et si pour commence ce top des 10 meilleurs clips de 2018, on préférait les animaux ? N’avez-vous jamais imaginé être dans la peau d’un escargot, soumis à l’effroyable routine ? Le cauchemar du train-train quotidien remarquablement mis à scène, avec en bande-son un chant féminin énervé et écorché, contrastant avec l’ensemble.

    9. Kali Uchis ft. Tyler, The Creator, Bootsy Collins – After The Storm

    Réalisation : Nadia Lee Cohen

    L’American Way of Life se voit ici représentée comme un doux songe à la sauce 70’s, avec des excentricités comme les oiseaux dans les cheveux et cette sueur presque érotique qui coule le long de la joue de Kali Uchis. Rafraîchissant !

    8. Little Big – Skibidi

    Réalisation : lina Pasok & Iliya Prusikin

    Le groupe le plus fou de l’histoire de la musique russe revient avec une histoire encore plus improbable : l’humanité a pété un câble et fait des rouleaux avec ses bras. Mouvement barré et un peu flippant, laissez-vous entraîner par le SKIBIDI. Déjà culte dans son pays, la Russie, elle s’est propagée partout en Europe, faisant des ravages sur les réseaux sociaux. Zinzin ? Assurément, mais un peu de folie pour ce top des 10 meilleurs clips de 2018, ne peut pas faire de mal.

    7. A$AP Rocky ft. Moby – A$AP Forever

    Réalisation : Dexter Navy

    Sample gracieux avec flow imparable, mouvements de caméra incroyables, micro-histoires imbriquées les unes avec les autres, et l’on obtient un impressionnant kaléidoscope de sensations diverses qui finiront par vous toucher.

    6. David Guetta feat. SIA – Flames

    Réalisation : Lior Molcho

    Ne vous laissez pas avoir par la facilité apparente des mélodies du roi du Do-Si-La… David Guetta rend un bel hommage aux films d’arts martiaux asiatiques des années 60 avec en prime de jeunes actrices très talentueuses et… Danny Trejo en mentor !

    5. Ariana Grande – God is a Woman

    Réalisation : Dave Meyers and the little homies

    Le réalisateur fétiche de Kendrick Lamar nous offre ce splendide livre d’image sur une femme voulant conquérir l’objet de ses désirs. Et là dessus, Grande ne lésine pas : accroupie sur la Terre, en héroïne de collages, dans un fleuve de couleurs…

    4. YACHT – Hard World

    Réalisation : Mike Hollingsworth

    Vous êtes fatigué de votre quotidien morne ? Ne vous en faites pas, vous n’êtes pas le seul. Voici l’histoire un peu triste d’un pied fracturé qui lutte contre son travail, ses amourettes, son accident, sa vie en général. Cynique, cruel et drôle.

    3. The Carters – APESHIT

    Réalisation : Ricky Saiz

    APESHIT est certainement le plus clip le plus impressionnant de la liste. Chorégraphies travaillées, costumes splendides et un couple qui assume sa puissance & son amour. Et filmé entièrement au Louvre, une véritable prouesse technique et musicale.

    2. Childish Gambino – This is America


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    Réalisation : Hiro Murai

    ATTENTION CONTENU ADULTE. Le clip qui a tout cassé cette année à juste titre : This is America. Donald Glover nous livre un portrait sans fard, cru, et noir d’une certaine Amérique, ignorant cruellement les minorités ethniques et les violences policières. Un véritable choc visuel.

    1. Charli XCX feat. Troye Sivan – 1999

    Réalisation : Réalisateur : Ryan Staake & Charli XCX

    Avez-vous déjà rêvé de repartir vers l’année 1999, celle de l’éclipse solaire et de Baby One More Time? Charli XCX et Troye Sivan vous emmène dans leurs rêveries cocasses et farfelues sur leur enfance perdue. Le plus beau revival de l’année, sans hésiter ! Concluons donc sur de la nostalgie pour cse 10 meilleurs clips de 2018.

    Alworld.fr - Portfolio de Tolita Carrera