Blog

  • Les 10 meilleurs albums de 2018

    Délicats, joyeux, parfois hystériques, un peu rentre-dedans : voici la liste des meilleurs albums de 2018.

    Les 10 meilleurs albums de 2018 - Alworld.fr

    10/ Angèle – Brol

    Label : Angèle VL Records, Initial Artist Services | Genre : Pop

    C’est plus fort que moi. Dès qu’un artiste chante en bon français, mon poil se hérisse et je me roule en boule en râlant contre ces minots qui chantent pas assez fort. Imbécile que je suis. La Loi de Murphy (officiellement chanson beaucoup trop écoutée) fait déjà partie de ma Golden List 2018. Cette Belge blonde aux yeux rêveurs, est dotée d’un sacré talent pour l’écriture. De plus, elle est la sœur de Roméo Elvis, OK? Alors je me laisse transporter par la pop touchante, faussement naïve, de cette brindille qui balance ses doutes sur l’argent, la fame, le pouvoir de l’argent d’une voix suave. Tout est raccord : arrangements musicaux (merci au frérot), aspect graphique (10/10 sur la pochette), vidéos (clips à se fendre la poire). On peut pester contre la surexposition de ce genre d’artistes mais il faut se rendre à l’évidence, Brol (« bordel » en belge) est un bien joli ramdam ! On en revient secoué de cette grâce belge, parfait pour commencer cette liste des 10 meilleurs albums de 2018 !!

    Les 10 meilleurs albums de 2018 - Alworld.fr

    9/ The Carters – Everything is Love

    Label : Parkwood / Sony / Roc Nation | Genre : Hip hop

    C’est officiel, Beyoncé s’est lancée sur le bon chemin. Beyoncé et Lemonade avaient opéré un virage à 360° dans sa discographie bien fournie et elle est bien décidée à continuer sur sa lancée. Grand bien lui en fasse ! Elle récidive, cette fois, avec son mentor / Pygmalion / époux Jay-Z dans un duo intitulé The Carters pour sortir le beau et mystérieux Everything is Love. La pression médiatique, la rentabilité n’auront pas raison de la créativité du duo qui explose ici dans un feu d’artifice de maîtrise. D’une rare beauté, parfois un peu trop bien orchestrée, l’opus déroule ses chants fabuleux sur la fierté d’être Noir, l’amour, la religion sans trop en faire des tonnes. On notera le fabuleux APESHIT et son clip impressionnant tourné au Louvre aux sous-entendus politiques lancés à la trogne de Trump. Et rien que pour ça on ne peut qu’applaudir et encourager le duo à continuer.

    Les 10 meilleurs albums de 2018 - Alworld.fr

    8/ Neneh Cherry – Broken Politics

    Label : Smalltown Supersound | Genre : Trip hop

    On remerciera beaucoup (trop) le producteur légendaire Kieran Hebden, alias Four Tet (Aphex Twin, Lana Del Rey, Sia) d’avoir produit le magique Broken Politics. Un album surfant dans les eaux troubles d’un engagement politique sincère d’une femme blessée par l’actualité et l’avenir qui s’annonce sombre. Sans fard, de sa douce voix rocailleuse, Cherry nous livre ses incertitudes sur le monde cassé qui s’offre à elle. Mais sans violence, l’opus préfère célébrer un apaisement et une volonté d’unir plutôt que de diviser. Le lancinant Kong, à la délicatesse douloureuse, est à l’image de l’album. Le chemin a été long pour cette jeune métisse originaire de Stockholm, rappeuse effrontée, puis jazzwoman inspirant Lara Croft, et enfin mère de famille trip-hop. A 54 ans, Cherry nous prouve qu’elle a encore beaucoup de choses à dire sur elle-même et sur le théâtre de l’existence… Et nous, dans ce top 10 des meilleurs albums de 2018, on aime les comebacks réussis.

    Moodoïd - Cité Champagne - Alworld.fr

    7/ Moodoïd – Cité Champagne

    Label : Because Music | Genre : Electro-Pop

    Cela faisait un certain temps que j’écoutais d’une oreille lointaine (mais attentive), ce jeune Parisien à l’imaginaire surréaliste rappelant vaguement le meilleur de Daho dans les années 80. Mais inutile de les mettre dans un tel cliché, car Moodoïd est bien plus que ça. S’affranchissant sans problèmes des modes actuelles, Cité Champagne est frais, insouciant et pétillant comme cette boisson qui fait la joie des wannabe. Mais la folâtrerie a son revers, et on finit vite par vomir sur le gazon après s’être trop abreuvé de cet alcool. Le mélange entre synthpop japonaise des années 80 dont Moodoïd est friand, et la classe à la française marche à merveille. S’ensuit un large choix de sons dansants et festifs qui respirent tour à tour la joie (Langage, Reptile) , le danger et la pénombre (Planète Tokyo). Un petit plus pour les excités de Spotify : Miss Smith, à écouter un milliard de fois.

    Les 10 meilleurs albums de 2018 - Alworld.fr

    6/ cupcakKE – Ephorize

    Label : Auto-produit | Genre : Hip hop

    Que les gens de bon goût quittent cette chronique sur le champ et ne se laissent pas avoir par l’aspect Furby de la pochette de l’album. Car ici, point de finesse ou d’atermoiements sur un lascar infidèle : Ephorize est un uppercut féminin et barré en pleine poire. Fini les ballades roucoulantes et ennuyeuses, et bonjour au rap égrillard avec une sacrée dose de courage et de mauvais goût qui frôle le génie. On retiendra l’hilarant et sexuel Duck Duck Goose où l’on peut voir médusé la rappeuse montrer ses prouesses buccales sur un jouet (clip censuré sur toutes les plateformes vidéo), ou bien LGBT où madame fait la fête avec des travestis. Le tout en assumant des formes plantureuses et une trogne qu’on ne verra jamais dans le milieu straight du rap US. CupcakKe enchaîne avec un naturel désarmant ses réflexions tragi-comiques sur ses bourrelets, son vagin, le sexe, les hommes. Un véritable coup de maître pour un album 100% homemade. Si vous aimez les blagues lourdes sur le pénis et les allusions franchement lourdes avec du son qui tache, alors vous allez adorer Ephorize. Est ce que ce top des 10 meilleurs albums de 2018 s’en relèvera ? Pas si sûr 😀

    Les 10 meilleurs albums de 2018 - Alworld.fr

    5/ Django Django – Marble Skies

    Label : Because Music | Genre : Pop Rock

    Après un album éponyme sorti en 2012 et qui a fait la fortune de Because Music, Django Django continue son petit bonhomme de chemin sur la route tortueuse de la « nouvelle pop ». Les Beach Boys sous acide ont un peu grandi, sont un peu inégaux, mais l’ensemble fonctionne bien. En un mot, un gros bazar d’où émerge quelques charmantes pépites comme Surface To Air, avec en prime une voix féminine venue adoucir le monde un peu trop masculin du groupe. Si les bobos de Metronomy vous ont lassé, peut-être vous laisserez vous tenter par Marble Skies. La douce mélodie du premier opus semble s’être muée en une pop aérée et douce, jamais casse-pieds même si l’on peut lui reprocher un côté routinier un peu hors sujet. Certes, c’est un peu difficile de surpasser le beau Born Under Saturn, mais l’on est pas toujours obligé de dépasser d’insurmontables frontières ! Parfois, la beauté se cache tout près de nous, ce serait sans doute le message de Marble Skies. A noter pour cette liste des 10 meilleurs albums de 2018.

    L'Impératrice - Matahari - Alworld.fr

    4/ L’Impératrice – Matahari

    Label : microqlima | Genre : Disco Pop

    Après une flopée d’EP tous plus géniaux les uns que les autres, l’Impératrice devient officiellement impériale avec l’impétueux Matahari. Les références au futurisme, à l’avenir de l’homme, au disco 70’s et l’imagerie irréelle du groupe font que l’album est un objet précieux, une météorite tombée aux pieds révélant les secrets les plus profonds de notre futur. Peu de paroles, mais beaucoup de ballades rétro délicieuses au palais, qui vous feront danser jusqu’au bout de la nuit. L’hommage appuyé aux « cosmovisions » à la Barjavel, saura vous faire chavirer : le swinguant Matahari, le splendide Dreaming of You (meilleure chanson de l’année certainement!), tout est là pour vous faire passer du bon temps. Pour peu que vous êtes plus adepte de Galaxy Quest que de Solaris. La mystérieuse Mata Hari, l’espionne mythomane, n’aurait certainement pas renié cet hommage farfelu. Hey ! On peut aussi parler d’histoire et de classe, dans cette liste des 10 meilleurs albums de 2018 longue comme le bras, que diable.

    Les 60 meilleurs albums des années 2010 – Inclassables - Alworld.fr

    3/ SOPHIE – Oil of Every Pearl’s Un-Insides

    Label : MSMSMSM / Future Classic / Transgressive | Genre : Electro

    Attention à vos yeux et vos oreilles, vous n’êtes pas prêts à ce que vous allez entendre. Nous entrons officiellement en zone étrange. Tous vos repères seront brouillés, comme annihilés par cet ouragan force 1000. Trop difficile de décrire cet album extirpé du néant et qui vient d’atterrir sur Terre, qui n’est pas prête à affronter cet alien. Oil of Every Pearl’s Un-Insides est un trop rare exemple de ce que l’avant-garde musicale peut produire de mieux. Plus proche de l’art contemporain que de la musique, l’artiste écossaise queer SOPHIE nous propose sa version de la pop moderne : un environnement éthéré (It’s Okay To Cry) ou l’étrange n’est jamais loin. Le métallique et déconcertant Faceshopping et son clip sous acide, le prouve. Pourtant, une cohérence presque impossible s’articule entre chaque chanson méticuleusement exécutée. Une curiosité qui vous secouera.

    Les 10 meilleurs albums de 2018 - Alworld.fr

    2/ Kali Uchis – Isolation

    Label : Rinse / Virgin / Universal | Genre : R&B / Soul / Reggaeton

    Dans un décor luxueux de soie bleu marine, une étrange et sensuelle créature aux longs cils et à la voix caressante comme une brise matinale nous fixe du regard. La douce ballade Body Language nous achève déjà. Puis la tiédeur nous enveloppe, cotonneuse et rassurante. La fée Uchis, ayant collaboré avec Snoop Dogg, Vince Staples, Tyler The Creator et Gorillaz (rien que ça), a beaucoup de choses à dire sur son opus. On est transporté d’un univers à un autre : le charme R’n’b hispanisant de Miami, le reggaeton subtil de Nuestro Planeta ou l’impressionnant de maîtrise After The Storm, hommage aux divas soul. Kali Uchis glisse avec une facilité déconcertante de ses origines colombiennes à son âme américaine, comme son corps souple semble glisser sur cette précieuse soie bleue. Cette soie qui nous enveloppe, tout comme l’album nous enveloppe de sa chaleur protectrice. Cette langueur emporte au loin la difficulté de faire une liste digne de ce nom des 10 meilleurs albums de 2018 sans souci.

    Jeanne Added - Radiate

    1/ Jeanne Added – Radiate

    Label : Naïve Records | Genre : Electro

    Dans la blancheur de l’hiver, un album à la beauté surnaturelle nous interpelle. Aux antipodes des sorties de cette année, un digne successeur, ou plutôt une réponse féminine et sincère à Process de Sampha. Jeanne Added n’a pas pu choisir de nom plus signifiant que Radiate. Tout dans l’opus respire la lumière et ses rayons ardents: le poétique Remake, le précieux Falling Hearts, et enfin la pépite de l’album : le foudroyant Mutate qui a valu à l’artiste son succès amplement mérité. Quel ne fut pas mon étonnement lorsque j’ai découvert qu’il s’agissait d’un troisième album et que la chanteuse était française ! Lumineux, transcendant, solaire, puissant, Radiate nous inonde de son halo bienfaiteur. D’une voix limpide, claire comme de l’eau pure, Jeanne Added nous parle sans détours de ses peurs de façon toutefois apaisée et rassurante. Un album à la pureté sincère, qui fait un bien fou.

    Mention spéciale 2018

    Les 10 meilleurs albums de 2018 - Alworld.fr

    Tommy Ca$h – ¥€$ (Yes)

    Label : Autoproduit | Genre : Techno / Rap / Electro

    Je ne connaissais pas grand chose de l’Estonie, à part la soupe de lentilles, leur pain noir, Michael Sittow le peintre de la Renaissance ou encore Piotr Szut, l’idiot dans « Coke en Stock » de Tintin. Alors un rappeur estonien… mais quel rappeur ! De l’audace, pas mal d’inventivité, beaucoup de courage, et une incroyable musicalité C’est sûr, c’est foutraque, bruyant, assourdissant. Le tout avec un flow à l’accent slave bien sale. Tout s’enchaîne comme une course de quad sibérienne : l’intro pétaradante WAIT A MINUTE, le lunaire MONA LISA (Rick Owens en guest star, tout un programme), le technoïde et splendide X-RAY, l’encore plus fou BRAZIL avec MC Bin Laden, VEGETARIAN et son chant désincarné, le tordu HORSE B4 PORSCHE. La machine s’emballe : bruits de laser dans DOSTOYEVSKY, clavier en berne dans BLACK JEANS, et plus on s’enfonce plus on n’en revient pas. C’est sûr, impossible d’oublier une galette pareille. Une grosse claque auditive et un talent à suivre c’est sûr. Pas étonnant que NME et Pitchfork l’ait porté au nues ! A écouter d’urgence.

  • Kaiser Chiefs Employment, le travail c’est la santé !

    2005. La musique s’améliore enfin. Le rap et le r’n’b redevient écoutable. Le rock reprend des couleurs grâce à aux groupes White Stripes ou The Strokes. Forcément, une renaissance de la « britpop » allait logiquement bientôt apparaître.

    Année : 2005 | Label : B-Unique | Genre : Indie Rock

    Les hostilités commencent en 2000, avec la sortie de l’expérimental et intriguant Kid A de Radiohead, qui montre que la première vague Britpop a bel et bien disparu, laissant Blur et consorts à leurs expérimentations, et les autres à la casse. Coldplay n’est pas encore un groupe à stade, et Placebo allait rendre le Khôl et l’ambiguïté sexuelle à la mode. Et pour les autres ? Ceux qui étaient friands de bière tiédasse et de chants de stade? Ils n’ont plus les frères Gallagher pour leur remonter le morale, enchaînant les albums plus mauvais les uns que les autres. Finis les singles accrocheurs à la radio quand les stars de télé-crochet envahissent les charts. Finis les journées au pub à fredonner The Universal ou Wonderwall entre deux gorgées de bière.

    Mais pas d’inquiétude. Une petite poignée de groupes cool, jeunes et plein d’entrain allaient tous les rassurer. Le très prometteur Franz Ferdinand allait sortir un album qui allait frémir le classement britannique et assurer au groupe une belle notoriété. Plus brut et plus méchant, Kasabian préférait ajouter de la noirceur avec le beau Empire. Et surtout, les petits malins d’Arctic Monkeys, profitant du boum de MySpace, sortait Whatever People Say I Am, That’s What I’m Not, un title horriblement long pour un disque qui allait ouvrir la voie aux artistes du Web… Sans compter Keane et son Hopes & Fears, et enfin, un groupe originaire de Leeds, dont nous allons parler aujourd’hui : Kaiser Chiefs et Employment.

    Kaiser Chiefs Employment, le travail c'est la santé ! Alworld.fr

    Gravir les échelons

    Nick Hodgson n’a que 11 ans lorsqu’il rencontre Nick Baines (claviers) et Simon Rix (basse) à l’école catholique St. Mary’s Catholic High School de Menston. Le village, situé en banlieue de Leeds dans la région montagneuse du Yorkshire de l’Ouest est petit mais à l’origine de deux événements suffisamment intéressants pour que tout Anglais puisse s’en rappeler. Sait-on simplement que Matthew Lewis, le Neville Londubat de Harry Potter, y a étudié, et que le psychiatre John Todd y a écrit le syndrome d’Alice aux Pays des Merveilles.

    A l’université, Rix et Baines croisent les fameux trublions du futur groupe : le taiseux Andrew White et le flamboyant Ricky Wilson, roux dodu amateur de bières et allergique au chocolat. Ils fondent alors Parva, un groupe dont les débuts seront logiquement difficiles, mais dont la réputation arrivera tout de même à franchir les limites de Leeds et arriver aux oreilles d’un petit label appelé Mantra Recordings. Plutôt heureux que l’on s’intéresse à eux, Parva signe un contrat et enregistre un album, 22, qui malgré une certaine qualité musicale, rejoindra bientôt les notes de bas de page de l’histoire de la pop. Comble de malchance, Mantra Recordings ferme ses portes, c’est le retour à la case 0.

    Mais le flegme britannique allait encore faire mouche. Conscients qu’ils sont à un tournant de leur carrière naissante, ils décident de tout plaquer : le groupe change leur répertoire, radicalement. Leur amour du foot fait qu’ils se rebaptisent Kaiser Chiefs en hommage au club sud-africain du même nom, où le capitaine de l’équipe de Leeds dont ils sont fans, Lucas Radebe, a joué. De clubs en clubs, de concerts en concerts, les Kaiser Chiefs se distinguent déjà par une pop festive et irrévérencieuse, bien loin des expérimentations glaçantes de Radiohead ou du son baggy d’Oasis. Ricky Wilson, chanteur fort en gueule (avec une sacrée descente), se distingue par ses tenues élégantes et recherches, et par une fâcheuse tendance à monter sur les enceintes.

    Il n’en fallait pas plus pour se faire repérer par l’agent artistique James Sandom, responsable de groupes comme Franz Ferdinand ou encore Interpol… Il fut mis au courant par son ami Sean Adams (leader de Drowned in Sound) de leurs exploits sur scène. Curieux, celui-ci est vite impressionné par le potentiel à singles de leurs chansons.

    J’ai assisté à quelques concerts et j’ai été bombardé par une série de tubes potentiels. C’était une évidence !

    James Sandom, futur manager du groupe Kaiser Chiefs

    Sandom devient aussitôt leur agent et leur fait signer un contrat sur le label B-Unique, où l’on peut retrouver des pointures comme John Newman ou Kodaline. Sa succession de choix va favoriser la popularité du groupe : premier live dans un festival musical à Moscou couronné de succès, et leur ouverture du NME Awards Tour, un début plein de promesses dans les médias, tout comme Coldplay ou Franz Ferdinand dans le passé. L’histoire se répète, pour le meilleur pourrait-on dire dans leur cas… 

    Kaiser Chiefs, Employment ou la quintessence britannique

    Histoire de ne pas marcher sur des charbons ardents, Kaiser Chiefs pour Employment, sait s’entourer de personnes de confiance. Pour cela, ils décident d’engager les services de Stephen Street, un nom bien connu dans la pop britannique… car il est le producteur historique de Blur, ayant accompagné le groupe pendant trois albums (à succès) et joué le rôle de père de substitution dans les bons comme dans les mauvais jours. Celui-ci les invite dans un sous-sol du Studios Olympic. Considéré comme le second studio le plus important du Royaume-Uni après les mythiques studios d’Abbey Road, les plus grands groupes des années 60 et 70 y ont enregistré tels que Led Zeppelin, Jimi Hendrix, The Small Faces, et bien entendu les Beatles. Un alignement des planètes parfait pour l’éclosion d’un single à gros potentiel.

    Et il ne tarde pas à arriver. Peu après leur installation, le groupe enregistre « I Predict a Riot ». Etonnante chanson parlant d’un éminent ingénieur civil nommé John Smeaton, considéré comme le père de l’ingénierie civile. Cette chanson a la particularité d’utiliser le dialecte du Yorkshire avec les fameux « thou » et « thee », variantes anciennes signifiant « vous », le « you » moderne exprimant le vous et le tu (pour les nuls en anglais occupés à dormir au fond). On en retiendra deux clips ébouriffants : une bataille de polochons qui dégénère, et au autre plus abouti visuellement, où le groupe déambule dans une ville edwardienne et rencontre un étrange directeur de troupe de cirque. Puis « Oh My God » et « Everybody I Love You Less and Less » suivront avec le même succès. Le roublard Employment sort le 7 mars 2005, prêt à tout casser avec son charme désuet et ses paroles accrocheuses.

    L’album Employment de Kaiser Chiefs récolte une pluie de louanges. On lui prête un charme so british incontestable. Le Rolling Stones, malgré une certaine réserve, affirme que c’est l’album parfait pour les amateurs d’énergie virile et de chorus na-na-na, Spin rigole des blagues du groupe et de leur humour débonnaire… s’enchaînent les acclamations de Yahoo Music, Mojo, NME Magazine… le succès populaire est immédiat. Dès sa sortie, l’album devient le quatrième album du Royaume Uni le plus vendu de 2005, tous ses singles se classent dans le Top 10 des charts britanniques. Employment devient 6 fois disque de platine et se vend en tout à 3 millions d’exemplaires. Employment de Kaiser Chiefs écrase la concurrence et remporte les prix les plus prestigieux : 3 Brit Awards, le NME award du meilleur album. Un record inespéré dans une industrie du disque de plus en plus moribonde et avec un public jeune plus porté sur le iPod que sur les concerts… Concerts où le groupe laisse éclater sa vitalité, surtout Ricky Wilson, jetant des baudruches dans le public, n’hésitant à jeter de la bière et à monter sur les enceintes, ou encore faire le petit train au milieu de la foule ! La fête est bien partie pour durer. Quoique …

    Arrogance et pénombre

    Employment n’a pas fait que des heureux. Certains critiques lui reproche la facilité de leurs arrangements, le pompage plus que douteux sur certains autres hits britanniques comme « Girls and Boys » de Blur. On peut aussi se questionner sur l’intérêt de certaines chansons, quoique très bonnes, sur l’opus, ou bien que les solos de guitare n’existent finalement que pour être repris en chanson! On notera une certaine lourdeur sur des titres comme « Saturday Night » ou le curieux « Na Na Na » qui résume à lui seul une certaine arrogance ; une chanson sans grandes paroles dans un album un peu facile, comme un geek boutonneux au milieu d’adolescents un peu attardés… Les ronflants Time Honored Tradition ou Caroline, Yes (un joli hommage aux Beach Boys) peuvent faire hérisser le fan hardcore des années 70 mais plairont davantage à la génération X (dont je fais partie) qui n’ont pas connu les élans ouvriers d’Oasis ou la pop arty de Blur. Autre époques, autres moeurs, et autre musique. On se rend compte qu’Employment de Kaiser Chiefs agit un peu comme un bonbon à l’acérola : une énergie festive qui explose dans la bouche, puis une sensation pesante sur le mental sans comprendre ce qui s’est passé.

    On ne peut pas vraiment dire que la modestie soit l’une des qualités du groupe. Ricky Wilson a longtemps dit qu’il désirait créer un groupe à stades et conquérir le monde (rien que ça)… Sur le premier point on ne leur en voudra pas d’avoir donné envie à leurs fans de chanter à tue-tête leurs refrains entre deux coups de tête de Beckham, sur le second on peut se l’avouer : Kaiser Chiefs et Employment n’ont pas révolutionné le genre. Nous n’avons pas affaire à des militants d’originalité intrépides et fougueux mais plutôt à des fils de bonne famille intrépides et fougueux ne voulant pas trop se salir mais ajoutant une petite touche de fun et d’évasion dans une pop aux abois, à la manière d’une pincée de piment dans un ragoût trop fade. Mais à force de trop en rajouter, cela ne risque-t-il pas de faire tourner la soupe? L’overdose est évitée de justesse, et l’on se surprend à aimer ces compositions sucrées et colorées…

    Cependant l’esprit de fête est-il toujours présent ? Pas sûr. Derrière la fête de façade, on devine un sentiment amer et un certain cynisme… « Toucher les seins » dans Born To Be A Dancer, vraiment ? Les paroles sont assez négatives malgré l’effet sautillant : les multiples références aux beuveries, à la stupidité humaine, la dureté de l’amour (Everybody I Love You Less and Less) ou à une légère critique sociale (Oh My God). Cela pourrait ajouter un peu de profondeur à l’ensemble, mais l’on sent bien que la fête vire parfois au charivari. La joie sautillante se teinte d’une mélancolie typiquement britannique. On se retrouve pris entre deux étaux, malgré nous : on est compatissant devant ce premier exercice de style plutôt bien maîtrisé mais sceptique devant ce déploiement survitaminé de guitares et de crème glacée. L’égocentrisme est-il volontaire ou assumé? Le mystère reste entier.

    On louera toutefois la sincérité un peu maladroite du groupe, de mettre en avant la guitare dans un de millénaire dominé par les synthétiseurs crachant du dubstep bientôt usé jusqu’à la corde. Le chant y occupe, chose intéressante à noter, une place importante. Fini le chant anémique et fluet de Thom Yorke sur ses expérimentations glaçantes, et bonjour aux chœurs endiablés et inspirés. La dureté du monde s’efface petit à petit, laissant place à un après match de foot Manchester-Leeds en pleine descente de bière. On se surprend à chanter les chansons sans trop de cohérence, on finit par se laisser transporter par tant de bonne volonté.

    Certes, l’album n’est pas inoubliable, mais cela est fait avec tellement d’énergie, que l’on ne peut totalement rejeter leur engouement pour les syllabes et les riffs un peu décoratifs. L’héritage des Doors semble loin. Entre deux fêtes de Fluo Kids fans des Klaxons, Kaiser Chiefs ne renie pas cette héritage. Le groupe parvient à le détourner de manière amusante sans oublier un fond de réalité plutôt étonnant dans ce genre de contenu.

    Les années 2000 n’allaient pas produire de mirifiques groupes pop-rock avec une sincérité toute relative. Kaiser Chiefs et Employment sait qu’il n’est pas un monument d’originalité mais il tente quelque chose avec un enthousiasme certain. Certains ne seront pas convaincus, d’autres comme moi se laissent tenter. Un excellent souvenir d’apprentissage de l’anglais me revient alors un tête, provoquant dans mon corps une enveloppe cotonneuse de nostalgie. Qu’importe s’il manque une identité forte pour le groupe qui pourrait leur donner un peu plus de légitimité, qu’importe si on écoute une version un peu grossière de Supergrass ou Blur, qui ont sans doute fait mieux en 1993. L’écoute est un régal, l’ensemble est plaisant.

    C’est dans les plus vieux pots qu’on fait les meilleures soupes c’est certain. Mais un peu de légèreté et de fantaisie, et on rajeunit le potage un peu trop épais que l’on a sous le nez…

  • Les 10 meilleurs albums de 2017 (et plus si affinités)

    2017, l’année de tous les dangers. Méga-forts, méga-politiques, méga-fous, méga-importants, méga-merveilleux, voici la liste des meilleurs albums de 2017.

    Les 10 meilleurs albums de 2017 (et plus si affinités) - Alworld.fr

    10/ Nick Murphy – Missing Link EP

    Label | Interscope – Genre | R’N’B / Trip Hop

    Adieu Chet Faker, bonjour Nick Murphy ! Une telle mue pouvait annoncer un album de qualité variable… Mais heureusement, non. Car Missing Link est un EP majestueux, étincelant, qui a le mérite de remettre le producteur Kaytranada sur le devant de la scène après un très bel album, 99,9%. A l’écoute de la première chanson Your Time, on se rend bien compte que ce EP a quelque chose dans le ventre : dès les premières notes, on sent qu’une force inconnue nous happe. Durant toute la durée de Missing Link, on a le droit au parfait mariage de la basse et de la batterie avec de l’électro de qualité. Malgré une production sans défauts, l’album est sombre, parfois inquiétant, prenant et dérangeant. Des notes stridentes laissent apparaître la voix moelleuse et profonde de Chet Faker qui n’a jamais aussi bien chanté que sur ce disque. Une beauté brute, parfaite pour débuter ces 10 meilleurs albums de 2017, assurément.

    Les mentions honorables des années 2010 - Alworld.fr

    9/ Father John Misty – Pure Comedy

    Label | Bella Union / Sub Pop – Genre | Indie Rock

    Pure Comedy est la preuve que l’on peut passer le cap du troisième album sans trop de difficultés. On peut dire que pour Father John Misty, cela ne représente pas un gros challenge, pour cause de talent immense évident. Josh Tillman de son vrai nom, décide de quitter Fleet Foxes et se consacre donc à la production d’un troisième opus. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Tillman arrive encore à se surpasser par rapport à ses albums passés. Pure Comedy marie à merveille la pop la plus pure, inspirée d’Elton John ou de Billy Joel, avec des touches féeriques légères d’électro, de folk et d’un peu de rock. L’ensemble se révèle parfaitement équilibré, cohérent, doux et parfois amer, comme un beau songe qui glisse tout doucement vers une mélancolie qui finit par vous envahir. D’une beauté foudroyante, Pure Comedy nous transporte dans un univers merveilleux où l’on voudrait rester pour toujours. Mais comment se finirait cette liste des 10 meilleurs albums de 2017 ?

    Les 10 meilleurs albums de 2017 (et plus si affinités) - Alworld.fr

    8/ Charli XCX – Number 1 Angel 

    Label | Asylum  – Genre | Electro Pop

    S’ennuyant entre les tournées et les interviews, Charli XCX, nouvelle coqueluche des ados, décide de faire un melting-pot de chansons qu’elle a réalisé avant son troisième album. Surprise, cette mixtape est décidément meilleure que l’album en question, et répond au doux nom de Number 1 Angel. Si l’on s’intéresse à Charli XCX, c’est parce qu’elle n’est pas une énième petite pousse fragile à la Ariana Grande ou une lionne vengeresse bitchy à la Nicki Minaj. L’artiste anglaise d’origine indienne se permet de mettre un peu d’intelligence et de qualité dans ses productions musicales, quitte à dérouter ses fans de la première heure. Une sorte de pop classe pour ados, sans le sempiternel refrain débile qui reste dans la tête… Alignant les guests pointus (MØ, Uffie, ABRA), Number 1 Angel est un délicieux entremets dans la discographie de la chanteuse. Malgré le sujet de la rupture amoureuse, l’album est joyeux et dansant. Parfait pour une boom entre teenagers.

    Les 10 meilleurs albums de 2017 (et plus si affinités) - Alworld.fr

    7/ Drake – More Life

    Label | OVO Sounds / Cash Money / Young Money / Republic  – Genre | R’n’B

    Ne vous laissez pas bluffer par l’air bouffon du père de Drake sur la pochette : More Life est un excellent album de plus dans la discographie déjà bien remplie du chanteur originaire de Toronto. Après un Views ayant laissé KO tout le monde l’année passée, Drake revient vers des sonorités plus funky et soul au détour d’un freestyle ou d’une basse profonde. Toutefois, les obsessions afro-trap, dancehall et house de l’artiste ne disparaissent pas complètement. On retiendra le splendide Passionfruit, le dansant Get It Together, que n’aurait pas renié Laurent Garnier, ou encore le magnifique 4422 en featuring avec le petit prodige Sampha. Un album très chargé en guest, très long (22 chansons !), déroulant la grande galerie de talents que Drake a déniché et réuni dans une fête perpétuelle où chacun excelle dans ses compositions. Une fête sans fin qui célèbre sa place dans cette liste des 10 meilleurs albums de 2017, c’est sûr.

    Les 10 meilleurs albums de 2017 (et plus si affinités) - Alworld.fr

    6/ Steven Wilson – To The Bone

    Label | Caroline International  – Genre | Pop

    Assez de noirceur dans une actualité 2017 bien chargée en désastres politiques ! Steven Wilson propose pour les esprits chagrins une pop progressive à forte influence 80’s que n’aurait pas renié Tears for Fears ou Genesis. Le musicien britannique, malgré la bombe Brexit, ne se laisse pas impressionner et continuer de toucher un public de plus en plus réceptif à sa musique d’inspiration King Crimson ou Pink Floyd. Pourtant, malgré une carrière riche de 25 années d’expérimentations et d’albums prestigieux, Steven Wilson mériterait une meilleure reconnaissance. Car To The Bone est un spectaculaire feu d’artifice de maîtrise et de spleen typiquement british dont on peut difficilement se débarrasser. Mention spéciale à l’élégiaque To The Bone, le tragique Blank Tapes avec Ninet Tayeb, ou bien le noir Song of I en duo avec Sophie Hunger. Résolument pop mais flirtant parfois avec le trip-hop de Bristol ou la britpop des années 90, To The Bone est un album à écouter d’urgence.

    Les 10 meilleurs albums de 2017 (et plus si affinités) - Alworld.fr

    5/ St Vincent – MASSEDUCTION

    Label | Loma Vista  – Genre | New Wave / Pop / Electro

    Qui avait dit qu’il n’était pas possible de faire une album joyeux, dansant et grinçant ? Et bien voilà que St Vincent répond à la question avec le canon chargé Masseduction, rempli à ras bords de références new wave avec un soupçon de Garbage, où St Vincent flirte parfois avec Shirley Mason mais sans les yeux verts. Au détour d’un son sexy (Masseduction, Savior) on retrouve le single détonnant Los Ageless, son beat entêtant que n’aurait pas renié toute popstar débutante, et qui possède un clip très graphique et piquant. La recette du bonheur certainement, et du succès, puisque St Vincent a réussi à truster la 10ème place du Billboard sans trop d’embrouilles, une première pour une artiste longtemps relayée parmi les artistes « bizarres ». Malgré son enrobage pop et brillant, l’artiste déverse des torrents de rage sur des sujets tels que la mort, le sexe, le pouvoir, les drogues dures ou encore la solitude. Une masse-séduction qui a réussi à toucher en plein coeur mais dont les explosions colorées laissent longtemps sur le poitrail.

    Les 10 meilleurs albums de 2017 (et plus si affinités) - Alworld.fr

    4/ Tyler, The Creator – Flower Boy

    Label | Columbia – Genre | Hip-hop / Rap

    Est-ce que Tyler a décidé de devenir le Kanye West de son époque ? Avec une carrière commencée à 20 ans, Tyler est déjà adoubé par la quasi-majorité des critiques pour ses compositions, la découverte de Frank Ocean, ses featurings impressionnants tels que Pharrell Williams ou Eryka Badu. Le tout sur une durée de sept ans… une éternité ! On a failli frôler la crise de foi(e) avec l’étrange Cherry Bomb, mais Flower Boy est bien la « renaissance » du jeune rappeur. On y retrouve avec joie ses obsessions pour les sonorités soul, les tonalités mélancoliques et enragées, parfois haineuses, qui s’apaisent avec un chant d’inspiration gospel salutaire (le foudroyant Foreword, en duo avec Rex Orange County), ou bien du R’n’B (Where This Flower Blooms avec Frank Ocean). Cependant, la boule d’énergie Tyler semble s’être un peu calmée et enrobe d’une légère couche de miel rassurante ses chansons sans oublier son flow dévastateur admiré par ses pairs. On retient également la présence de voix féminines comme Kali Uchis et Anna of The North qui viennent ajouter un peu d’humanité dans un monde grisâtre.

    Les 10 meilleurs albums de 2017 (et plus si affinités) - Alworld.fr

    3/ Gorillaz – Humanz (Deluxe)

    Label | Parlophone  – Genre | R’n’B / Electro / Hip hop

    On n’y croyait plus et comme d’habitude, Gorillaz, le groupe simiesque de Damon Albarn a surpris. Et dans cette liste des 10 meilleurs albums de 2017, on aime les surprises. Sorti en éclat d’obus en mai, Humanz est le cinquième album du groupe entre deux remix, mixtapes ou semi-albums (The Fall). Cette volonté de se transformer, de muer, de tout changer, au risque de dérouter, a toujours été la priorité du groupe. Même si Humanz n’atteint pas les sommets de Demon Days, il préfère continuer sur la voie d’un hip-hop éclectique avec une masse d’invités (Vince Staples, Kelela, Popcaan, Grace Jones ou Jean-Michel Jarre). On regrette toutefois la présence fantomatique de Damon Albarn, plus spectateur que chef d’orchestre, moins présent que sur les autres albums. On retient toutefois le très beau Ascension, le tordu Saturnz Barz et son Autotune tournée en dérision, le disco Strobelite. Prière de choisir la version Deluxe de l’album, et son superbe the Apprentice en duo avec Rag’n’Bone Man.

    Liam Gallagher - As You Were - Alworld.fr

    2/ Liam Gallagher – As You Were

    Label | Warner  – Genre | Britpop

    On croyait la Britpop morte, juste bonne à vendre une pelletée de groupes jetables et des polos moches… Finalement, Liam Gallagher tente de nous montrer qu’il n’est pas encore mort. Après une passade honteuse avec le groupe tiédasse Beady Eye, Liam a pris les devants et s’entoure de producteurs anglais prestigieux tels que Greg Kurstin, à qui on doit Hello d’Adele, Beck, Sia (rien que ça). La fin fracassante d’Oasis n’aura pas eu raison du frère maudit de Noel, et c’est avec sa plus belle voix et sa plus belle guitare qu’il nous livre As You Were, son tout premier album solo, après bien plus de 25 ans de carrière…! A peine sorti, l’album est déjà disque d’or la première semaine, est resté n°1 plusieurs jours, et est devenu le neuvième album le plus rapidement vendu de toute l’histoire de l’Angleterre. Un sacré exploit. Alors que vaut l’album dans tout ça? De la pure Britpop, raccrochée sans cesse aux charmes Oasis, sans défauts, le parfait raccord entre les années 90 et les années 60 (noyau dur du style Gallagher), et qui contentera le fan hardcore. Une réussite totale. Cette liste des 10 meilleurs albums de 2017 est pleine de surprises !!

    Rone - Mirapolis - Alworld.fr

    1/ Rone – Mirapolis

    Label | In Finé – Genre | Electro / Dance

    Mirapolis fait partir du cercle très fermé des opus stellaires rappelant les douces sensations du monde. D’une beauté céleste, toujours en lévitation, l’album nous fait naviguer dans un sillage cosmique apaisant et planant. Au loin, nous apercevons le miroir déformant de la réalité, et un spleen qui nous frappe en plein coeur. De l’audace toujours de l’audace, une solitude qui crève le coeur, rehaussée par des nappes sonores foudroyantes de mélancolie. On pense au merveilleux Lou, avec des babillements d’enfants, rappelant les nappes sonores du groupe Air, ou encore le geek Faster en duo avec Saul Williams, ou bien le précieux Brest. Véritable alchimiste musical, Erwan Castex, alias Rone découpe, dissèque, filtre, mesure chaque son susceptible de mettre au point la composition parfaite. Sous les claviers robotiques se cache une humanité profonde et sincère. Aussi, des souvenirs douloureux atténués par un léger bien-être. Un album d’une rare splendeur, véritable étoile électro de 2017. Rien de tel qu’un spleen nostalgique pour conclure ces formidables 10 meilleurs albums de 2017.

  • Les 10 meilleurs clips de 2017

    A l’ombre des mèches blondasses tiédasses de certains présidents outre-Atlantique, au milieu des déceptions et des obus, voici la lumière divine : les 10 meilleurs clips de 2017.

    10. Dua Lipa – New Rules

    Réalisation : Henry Scholfield

    Grosse révélation de l’année, New Rules de Dua Lipa n’a pas pu vous échapper. Débardeurs et chaussettes en laine, cheveux brushés et moues boudeuses, un pur concentré teenage. Un smoothie frais mais aigre sur les amours contrariées , cocktail de bienvenue de ces 10 meilleurs clips de 2017.

    9. Perfume Genius – Slip Away

    Réalisation : Andrew Thomas Huang

    Un joli conte de fées qui se transforme en cauchemar. Anti-Trump, le réalisateur symbolise le nouveau président américain sous le trait de lutins démoniaques poursuivant un jeune couple en quête de liberté.

    8. Radiohead – Lift

    Réalisation : Oscar Hudson

    Thom Yorke revient avec un album plus mélancolique que jamais et livre ici une vision tragicomique de la solitude. Cauchemar éveillé d’une tristesse sans nom, à la conclusion glaçante.

    7. Young Thug – Wyclef Jean

    Réalisation : Ryan Staake

    Si vous pensiez que dans ces 10 meilleurs clips de 2017 on n’aimait pas l’autodérision, vous aviez tort. L’envers du décor d’un clip de rap stéréotypé. Le rire se fait grinçant : au final, Young Thug est-il sérieux ou bien veut-il réellement dénoncer quelque chose ? Le suspense reste entier.

    6. Kendrick Lamar – HUMBLE.

    Réalisation : Dave Meyers and the little homies

    Kendrick Lamar poursuit son rap engagé et furieux contre le début de l’ère Trump. En multipliant les métaphores visuelles dérangeante (esclavage, violence policière, insécurité), le clip choque, fascine, en tout cas ne laisse pas indifférent..

    5. St Vincent – Los Ageless

    Réalisation : Kevin Abstract

    Un clip sexy mais parfois dérangeant, peuplé de différentes femmes : femmes maternelles, femmes refaites, femmes Lycra… Une critique plutôt acide sur le culte du paraître de la cité des Anges.

    4. Björk – The Gate

    Réalisation : Andrew Thomas Huang

    The Gate nous raconte la rencontre ultime entre l’humain et la machine, l’animal et le végétal, l’artificiel et le naturel. Les éléments se mélangent en harmonie dans un monde où chaque chose respire et bouge.

    3. Gorillaz – Saturnz Barz

    Réalisation : Jamie Hewlett

    Les gorilles virtuels 2D, Murdoc, Noodle et Russel nous reviennent et s’installent dans une maison… hantée. Alors que chacun vaque à ses occupations, le calme est rompu par des créatures cauchemardesques et des hallucinations.

    2. Jay-Z – The Story of O.J

    Réalisation : Mark Romanek & Jay-Z

    Jay-Z est toujours aussi en colère contre le racisme et les préjugés. Dans son dernier clip, il tourne en dérision les cartoons racistes des années 40 en racontant l’histoire bien triste du pauvre O.J. Un bijou d’animation.

    1. Foo Fighters – Run

    Réalisation : Dave Grohl

    Le charismatique et barbu chanteur de Foo Fighters se met à la réalisation, et ça ne rigole pas. Dans un pastiche de Vol au Dessus d’un Nid de Coucou à la sauce Battle Royale, des papys et mamies fatigués d’être maltraités se révoltent. Grinçant et drôle.

    Alworld.fr - Portfolio de Tolita Carrera
  • Blur Modern Life Is Rubbish : La vie moderne, ça craint

    1993 est une année épouvantable pour Blur. Victime d’un producteur escroc qui les a vidé de leur argent et de leur énergie vitale, le groupe est sur les dents. Une histoire triste qui accouchera pourtant d’un des albums les plus réputés d’Angleterre des années 90.

    Année : 1993 | Genre : Britpop | Label : Food Records

    Pour éviter la banqueroute et l’anonymat après tous ces efforts, le groupe n’a d’autres ressources que d’accepter un deal avilissant : réaliser une tournée gigantesque aux Etats-Unis, signer des albums dans des centres commerciaux, faire les singes durant les interviews, enchaîner encore et encore les lives douloureux devant un public qui s’en fout royalement, et espérer rembourser leur dette de 60 000 livres… Le voyage sera exécrable, et les conséquences désastreuses : les beuveries s’enchaînent, tout le monde est déprimé et se tape dessus. Damon, Graham, Alex et Dave veulent rentrer chez eux et oublier cette horrible aventure… Blur & Modern Life Is Rubbish, c’étaient deux continents qui allaient bientôt se rejoindre.

    Mais comment quatre petits blancs-becs de Colchester, nostalgiques de bière tiédasse et du club de football Chelsea, allaient donc retrouver leur dignité perdue?

    Blur – Modern Life Is Rubbish : La vie moderne, ça craint - Alworld.fr

    Un certain flegme britannique

    Considéré comme un groupe à part dans la galaxie des pop bands de l’époque, Blur ne cherche pourtant qu’à se faire gentiment aimer depuis la sortie de leur premier album Leisure. Un opus un peu tordu, pas super bien ficelé mais convaincant dans ses efforts de réinventer une certaine pop britannique, et qui avait réussi à charmer le NME ou encore Spin, grands pontes de la la presse musicale. Une toute petite notoriété avait éclaté, leur permettant d’être au moins vus comme des gars sympas avec qui on aimerait bien boire une bière, rigoler sur les filles et parler de la politique anglaise avec humour.

    Et puis l’argent vint à manquer, stupidement. Damon Albarn, un chien sans maître et épris de liberté, se retrouva fort dépourvu lorsque l’appel du manager parut à ses oreilles, lui demandant présentement de rembourser la somme de 60 000£ (énorme pour l’époque). Le flegme britannique des futurs Beatles allait prendre un sacré coup dans le pays de l’Oncle Sam. La désillusion sera complète… l’Amérique se fout royalement d’eux, des baked beans et du black pudding, car elle subit de plein fouet la vague grunge qui sévit dans les moindres recoins de ses territoires. Le choc est terrible pour Damon qui s’aspire qu’à une chose : faire ce qui lui plaît, c’est-à-dire une pop théâtrale et arty, apprise en écoutant les professeurs d’art et en ne jurant que par les Kinks. Mais le pays du pygargue va plutôt l’enfoncer dans le purin et lui faire prendre conscience qu’il n’avait rien à faire ici. Une fois la tournée terminée, les 4 garçons pensaient enfin revoir leur mère et boire une bonne tasse de thé. Erreur fatale.

    Aussitôt arrivés sur place, Blur constate avec effarement que tous les efforts de Leisure sont tombés à l’eau : à présent, NME ne jure que par Suede et son flamboyant chanteur à la sexualité trouble : Brett Anderson. Pour Damon Albarn, c’en est trop. Lui qui aspirait à rentrer chez lui afin de se reposer, il y voit là une bonne occasion de se révolter contre un groupe qui selon ses dires « repoussait les limites de la décence humaine à chaque album ». Sans compter qu’un groupe venus des tréfonds industriels de Manchester allait tout casser l’année suivante : Oasis. Il était vraiment temps pour Blur de se ressaisir, d’oublier le pays du hamburger et ce satané grunge qui menaçait leur pays…

    Modern Life Is Rubbish : genèse en dents de scie

    Cet alignement des planètes effroyable allait grandement motiver Albarn qui sentait que le vent de la pop allait bientôt tourner en leur faveur. Cependant, les premiers tâtonnements furent difficiles. Food Records, qui ne savait plus trop s’ils devaient se séparer de leurs poulains, n’apprécie pas que Blur change leur image baggy maladroitement mise en scène avec Leisure. Pour eux, une pop anglaise authentique et classique sonnerait faux, voire kitsch. David Balfe (fondateur de Food Records), pas franchement convaincu, est bientôt harcelé par les membres pour travailler avec Andy Partridge du groupe XTC. Blur et Partridge travaillent ensemble en compagnie de Dave Stewart, un claviériste reconnu par la profession, mais l’expérience tourne court. Alex James, le bassiste, qualifiera de « désastre » cette collaboration, malgré le fait que mis bout à bout, les sons formaient une certaine cohérence artistique, mais ne sonnaient « pas du tout sexy ».

    Partridge est le premier étonné, convaincu du bien-fondé de ses capacités. Se découvrant un côté protecteur envers Blur, il est persuadé de faire son travail correctement. Cependant, sa relation avec David Balfe est quelque peu choatique… il qualifie celui-ci de connard (sic!) et lui découvre un côté « bipolaire » dans son appréciation de son travail arguant un jour qu’il adore les enregistrement – il ira même qualifier Partridge de « George Martin » avec « Les Beatles » (Blur) – puis le lendemain, dire à son associé Andy Ross que tout ça « est de la merde » …! Dans cette ambiance délétère, Blur enregistre tout de même quatre chansons, mais comprend qu’il ne peut continuer ainsi et décide d’arrêter les frais.

    Tout va basculer avec une rencontre décisive : Albarn enfonce des portes et finit par obtenir un rendez-vous avec Stephen Street. Producteur plutôt discret à l’époque, mais qui deviendra au fil des ans un véritable monstre que tout le monde s’arrachera. Il est responsable de la découverte de The Cranberries. Celui-ci, voyant le désarroi logique du groupe, va devenir un grand frère de substitution et mener Blur vers un chemin salutaire. L’ambiance est plus détendue, plus chaleureuse, le travail se passe très bien. La relation entre Street et le groupe évolue vers une réelle et solide amitié, prolifique qui plus est, car Street s’occupera de tous leurs albums jusqu’à Blur en 1997, et des albums solos de Graham Coxon.

    Décembre 1992, l’album est prêt. Balfe se montre une nouvelle fois enragé, arguant que l’album est pourri (« à chier » même) et qu’il ne sera vendu qu’aux lecteurs du NME magazine en raison de son cruel manque de tubes. Pire même, Balfe rétorque à ses poulains médusés qu’il s’agit d’un suicide artistique et ne veut en aucun cas être mêlé à ça… C’en est trop pour Street et surtout pour Albarn, qui est plus qu’épuisé par cette production difficile et qui souhaite en finir au plus vite. Furibond, Albarn, après une gueule de bois monumentale au lendemain de Noël, écrit For Tomorrow, sur le piano de ses parents…

    Enfin, l’album est finalisé. Pour augmenter ses chances de percer aux Etats-Unis (ironie de l’histoire), SBK demande à Blur d’enregistrer une chanson en compagnie de Butch Vig, producteur très demandé depuis son travail avec Nirvana… Le groupe refuse, mais enregistre quand même leur second tube, Chemical World. L’histoire devrait s’arrêter là, mais le sort en aura décidé autrement.

    Blur – Modern Life Is Rubbish : La vie moderne, ça craint - Alworld.fr

    Contrariétés de la vie moderne

    Albarn a depuis toujours en adoration les Kinks et leur leader, Ray Davies. The Jam, the Small Faces ou encore The Who sont des influences notables pour Modern Life Is Rubbish. Jamais titre n’avait été aussi révélateur d’un état d’esprit grinçant : la vie moderne craint. Dans sa composition, on comprend que Blur opère un changement salutaire : l’album se permet d’ajouter des éléments punk rock dans ses chansons (Advert), psychédéliques (Chemical World) voire carrément vaudevillesques (Sunday Sunday). Ce fut un choix très judicieux d’avoir mis For Tomorrow comme entrée pour l’opus, car c’est cet élément qui a peut-être joué dans le succès du moins critique de l’album, le NME Magazine en personne affirmera d’ailleurs que cette chanson résumait parfaitement la « quintessence » de Blur. L’héritage baggy de Leisure se fait encore sentir comme dans Oily Water, mais la mue est évidente : le groupe est désireux de remettre au goût du jour une pop anglaise qu’on pensait moribonde… non sans garder une certaine lucidité.

    Car même si les membres de Blur est content d’être revenu en Angleterre, ils n’ont jamais été aussi cyniques et sans concession une société anglaise à la fois difficile et mélancolique : Modern Life Is Rubbish est un conte désenchanté sur les turpitudes de la vie londonienne, faites de dîners guindés ennuyeux – quand on a la chance d’y être invité -, de beuveries sans fin sur les pelouses de Hyde Park, de banlieusards sordides échoués dans la City, respirant l’air pollué de la ville fait de pétrole et de bière tiédasse. On y parle de belles filles un peu éloignées des mecs sans avenir, de peeping tom (voyeurs dans l’argot anglais), et de rêves brisés sur les bords de la Tamise. L’humour grinçant britannique typique de Ray Davies rencontre l’amertume chantante de Paul Weller (guitariste de The Jam).

    L’enrobage graphique n’est pas à négliger. On voit sur la pochette de l’album une locomotive Mallard flambant neuve crachotant sa fumée à toute allure sur les rails. L’agence Stylorouge, connue pour son exellent travail sur toutes les pochettes de Blur, fut charmée par l’aspect vintage de la photo trouvée sur une banque de photos située à Halifax, et décide de la choisir pour pochette. Et c’est ainsi qu’un pur symbole de l’après-guerre anglaise devint le symbole d’une vision amère d’une existence à la sauce british.

    Blur – Modern Life Is Rubbish : La vie moderne, ça craint - Alworld.fr

    La réception de l’album fut polarisée. Ce qui entérina quelque peu un grand succès, ce fut finalement l’imagerie qui aurait pu ajouter un peu de plus-value à Blur. L’utilisation d’une vieille locomotive a priori inoffensive, ainsi que le choix malheureux de photos de presse la « British Image 1 » : On y voit Albarn et sa clique poser avec un Mastiff sur un mur délabré, dans une attitude désintéressée et vue comme arrogante. Elle fut à tort considérée comme une prise de position volontairement nihiliste et nationaliste par la presse. Ce qui poussa le groupe à sortir une seconde photo intitulée British Image 2, où l’on voit les quatre compères sirotant un thé dans un salon vieillot, engoncés dans des vêtements old school et une attitude cul-serrée. On notera l’humour du groupe.

    L’album se classe rapidement n°15 dans les charts britanniques, bien, mais pas vraiment un grand succès, et il se vendra dans un premier temps à 40 000 copies. Malgré tout, Blur respire enfin : ils ont vraiment réussi à accomplir quelque chose, et se sentent moins déprimés qu’ils ne l’avaient été jadis. Alex James affirmera, bien des années plus tard, que pour lui Modern Life Is Rubbish a été un album à succès, que tout était,selon ses termes, « merdique » autour d’eux, excepté cet album. L’accueil aux Etats-Unis fut logiquement tiède et peu amène, contrairement en Angleterre. La presse musicale britannique se montre plus réceptive, arguant que l’opus est un savant mélange de poésie, d’humour absurde et de mélancolie. Beaucoup y voient une célébration ironique de la vie anglaise, faite de rituels absurdes et de situations étranges. Bref,le groupe Blur et Modern Life Is Rubbish ne passent pas, pour une fois, inaperçus.

    Modern Life Is Rubbish : un héritage arty

    On pourrait penser que Modern Life Is Rubbishs est un pur produit de son époque. Il faut dire que la société anglaise de 1993 commence à changer. Parallèlement à la sortie de l’album, Tony Blair fait son entrée à 10, Downing Street en tant que premier ministre britannique et casse l’image guindée que pouvait avoir la politique anglaise. Il deviendra avec le temps l’un des ministres les plus populaires de l’histoire de l’Angleterre, et certainement l’un des plus télégéniques et photogéniques de son temps. Anna Wintour et Liz Tilberis décident que Londres deviendra une place centrale pour la mode, permettant à des créateurs comme Alexander McQueen et Isabella Blow d’être sur le devant de la scène, et à l’école Centrals Saint Martins à asseoir une réputation inébranlable d’école à génies de la mode. Le Britart fait son entrée dans les plus grandes galeries londoniennes. Même si le mouvement Cool Britannia lancé par Tony Blair s’avérera avec du recul n’être qu’un bon gros coup marketing, la pop allait bientôt retrouver ses lettres de noblesse et réapprendre aux plus jeunes à aimer la scène et à remplir les salles de concert qu’ils avaient déserté pendant de longues années…

    Car malgré des ventes correctes, Modern Life Is Rubbish marqua durablement les esprits et on ne prit plus de haut Blur comme dans le passé. Tous finissent par comprendre que le petit groupe de Colchester aviné et sans espoir était sur le chemin de la rédemption. Les balbutiements baggy et Madchester de Leisure allaient préfigurer un retour en force de la pop anglaise. La tournée qui s’ensuit est un succès, le point d’orgue étant le festival de Reading en 1993, où la scène est bondée de jeunes gens aux cheveux ébouriffés qui connaissent par cœur toutes les chansons de l’album !

    Mais ce que tout ignore, c’est que le gros monstre appelé Britpop allait naître en partie grâce à cet album. On oubliera hélas pendant un temps les manières glam de Suede pour embrasser de façon arrogante l’art pop de Blur. Le futur donnera raison à Albarn et ses choix risqués en matière de production. Car si Modern Life Is Rubbish ne fut pas le History de Michael Jackson en cette année 1993, il allait être le parfait brouillon pour le monstre Parklife qui sortira l’année suivante, asseyant définitivement Blur comme le groupe à sensations de son époque. L’opus est considéré comme beaucoup comme le premier d’une trilogie anglaise à succès, baptisée « Life » par certains médias, s’arrêtant en 1995 avec le théâtral The Great Escape.

    La déferlante n’allait par tarder à arriver.

  • Moby – Play : céleste in the city

    Un album de fin de décennie, boudé à sa sortie et qui connut une spectaculaire remontée grâce au cinéma et à la publicité. Depuis, Play de Moby est considéré comme un classique de l’électro.

    Année : 1999 | Genre : Electro / Breakbeat | Label : Mute / V2

    Cette fin de siècle fut étrange pour la musique. La Britpop était sous coma artificiel, la French Touch disparaissait doucement vaincue par un trop-plein de fêtes et d’argent, tandis que le rock alternatif allait connaître une embellie sans précédent. Au milieu de ces bouleversements, l’apparition des starlettes du dimanche, de boys-band fumeux ou encore l’émergence de l’électro hors de son aura underground. Et parmi cette foire d’empoigne, un jeune New-Yorkais vegan et humaniste allait vivre une des expériences les plus créatives et les plus intenses de son existence. Bientôt, Moby & Play ne feront qu’un.

    Moby - Play : Céleste in the City - Alworld.fr

    Abîme et lumière aveuglante

    Tout n’a pas commencé de façon idyllique. Cela doit faire 7 ans que Moby, alias Richard Melville, descendant d’Hermann Melville – son surnom est un hommage – est connu dans le milieu encore fermé de la musique électronique. Considéré par ses pairs comme l’enfant prodige de l’électro, Moby se sent prisonnier d’une impasse. L’échec cuisant de son précédent Animal Rights, sorte de manifeste anti-violence et contre la cruauté des animaux à la sauce métal hardcore, a désarçonné les fans de la première heure (on les comprend)… même les échos positifs de célébrités comme Terence Trent D’Arby, Bono ou même Axl Rose – il lui avouera l’écouter en boucle chaque matin – n’arrivent pas à rassurer Moby sur ses capacités.

    L’expérience a le goût amer de la défaite, comme il l’indiquera bien des années plus tard, lorsqu’il s’agira de le défendre en concert :

    J’étais assis près des petites balançoires en pneu qui avaient été rongées par les pitbulls […] et je me disais : Quand ce disque sortira, ce sera la fin de ma carrière. Je devrais commencer à réfléchir à ce que je peux faire d’autre.

    Moby jouant « Play » au Sara Delano Roosevelt Park en 1999

    Pour Moby, c’est décidé, l’album qui suivra Animal Rights sera le dernier de sa carrière. Il commence à travailler d’arrache-pied à partir de 1998, dans son studio de Mott Street à Manhattan. Selon Moby, aucun signe avant-coureur n’indique que cet album sera meilleur que le précédent. L’artiste frappe à la porte de Warner Bros, Sony, RCA mais il est constamment rejeté par les labels, arguant que l’album est trop bizarre, trop électro, trop élitiste bref, trop en avance sur son temps. Enfin, un label mineur, V2 – responsable, entre autres, de The Black Keys, Grandaddy, et Nada Surf – accepte d’en assurer la promotion. Encore une fois la poisse colle à Moby : aussitôt le disque envoyé aux journalistes, ceux-ci le méprisent en affirmant qu’ils n’ont pas que ça à faire que de l’écouter. Ce qui n’a manqué de faire une grosse publicité… Moby et Play, un vrai faux départ.

    Le but de V2 était clair : vendre au moins 250 000 copies du disque, au même niveau qu’Everything Is Wrong, sorti en 1995 et qui avait été un carton. L’objectif s’annonce ardu, d’autant que les premières ventes de Play sont décevantes, récoltant une pauvre place 33 dans les charts britanniques. La première semaine, l’album se vend mal : à peine 6000 copies. Le lancement fut à l’image de cette ouverture : décevant.

    Lorsque Play a été libéré, il a en quelque sorte échoué. Il ne s’est pas très bien vendu. Il n’a pas reçu de bons commentaires pour la plupart. La tournée était minuscule. Le premier spectacle que j’ai joué était dans le sous-sol d’un Virgin Megastore à Union Square et environ 20 personnes sont venues, et c’était gratuit…

    Moby pour le magazine Music Tech, 28 mai 2024

    Janvier 2000. Moby est au fond du trou, occupé à faire la première partie du groupe Bush pour le MTV Campus Invasion Tour. Cette expérience est dégradante pour lui, étant donné le peu d’intérêt qu’a pour lui le public. Un mois passe. Le publiciste de Moby manque de s’étrangler en affirmant à son client que Play a atteint la première place des ventes au Royaume-Uni. Sérieusement alcoolisé et déprimé, Moby met un certain temps à comprendre. Et pourtant, la vérité éclate au grand jour : Play est numéro un presque partout en Europe, et dans les pays anglo-saxons. 11 mois se sont écoulés… et déjà 150 000 copies ont été vendues… du jamais vu pour un album électro ! C’est un véritable choc pour Moby dont la seule réponse est « mais l’album est sorti il y a dix mois. »

    Moby - Play : Céleste in the City - Alworld.fr

    Humaniste, fondamental

    L’album se vendra à 12 millions d’exemplaires dans le monde, dont deux millions rien qu’aux Etats-Unis. Un record absolu pour un album étiqueté dance music. Qu’est-ce qui peut bien explique ce phénomène sans précédent? Certainement le choix très intelligent de singles à fort potentiel comme le brûlant Honey, ou encore le calibré Find My Baby. Surtout, la sortie de Porcelain, hymne dance irréel angélique et mélancolique, a permis à Play d’obtenir la reconnaissance internationale. Pourtant, le genre dance n’était pas franchement populaire vers la fin des années 90 aux Etats-Unis. Ironiquement, cet album allait permettre à Moby d’asseoir enfin sa suprématie dans un milieu qui allait bientôt devenir férocement concurrentiel…

    Ce qui a fait la force de Play, c’est tout son univers audiovisuel. D’une part, ses clips de qualité, rehaussant toute la puissance mélodramatique des singles de l’album : rêverie aérienne pour Porcelain par Jonas Akerlund (Lady Gaga, Britney Spears, Rammstein), délire orwellin dans Honey par Roman Coppola, parodie glauque de clip de rap pour South Side par Joseph Khan. Mais la palme de la réussite revient sans aucun doute à Natural Blues par David LaChapelle, où Moby, emprisonné dans un corps de vieillard, voit sa vie défiler sur un écran de télévision et tout se termine par sa renaissance en bébé. Un chef d’œuvre.

    D’autre part, Play a été l’un des premiers albums à avoir été intégralement sous licence commerciale à des fins médiatiques et audiovisuelles. Dès lors, on entendra Play plus à la télé qu’à la radio! Porcelain sera l’hymne de La Plage de Danny Boyle, Honey et Find My Baby serviront pour des pubs pour American Express, Volkswagen, Baileys Irish Cream, My Weakness apparaît dans X-Files. La critique est unanime : pour eux, Play est le chef-d’œuvre mainstream que tous les adorateurs d’électro ont un jour rêvé de concevoir. Certains affirment que Moby a su trouver l’équilibre parfait entre beauté et sérénité, et qu’il pousse ses auditeurs à aimer la musique dans son âme. D’autres disent qu’on n’avait jamais vu pareil tourment artistique intérieur se traduire de si belle façon… une remarque bien ironique, au vu du parcours tortueux qu’a connu l’album dans sa naissance. Un douloureux accouchement pour Moby, qui a été salvateur.

    Animal Rights avait été incompris dans sa radicalité et son jusqu’au-boutisme parfois étouffant. Play est la réponse placide, sèche et poétique des questionnements existentiels de Moby : l’humanisme, son véganisme, le fondamentalisme, l’importance de la religion bouddhiste. La radicalité dans les domaines amoureux, professionnels et sociétaux. Il suffit de lire le livret de l’album pour se rendre compte du cheminement spirituel et physique de l’artiste. Clair comme de l’eau de roche.

    On pourrait croire que ce débordement hippie aurait pu ruiner n’importe quel promo digne de ce nom, mais avec Play, elle prend tout son sens. C’est un album sorti du néant, resté en apesanteur pendant des mois, entré de façon vaporeuse dans les charts et qui s’est durablement ancré dans la tête des gens au point de devenir indispensable. Quelque part, Play a défoncé les portes fermées de la bien-pensance au sujet de la musique électronique. Ce domaine, longtemps redouté, pouvait également avoir sa place entre une discothèque lambda, entre deux albums de Barbra Streisand et des Beatles. De la même façon qu’il était apparu, l’opus est devenu un classique, démontrant que la techno et la dance pouvaient être des genres nobles.

    Sons sortis du néant

    On notera l’utilisation massive et extrêmement précise de samples de chants soul et funk. L’un deux, le magnifique échantillon de la chanteuse Bessie Jones, utilisé dans Honey, et surtout d’un obscur album intitulé Sounds of the South: A Musical Journey from the Georgia Sea Islands to the Mississippi Delta. Un ami de Moby lui avait fait écouter cet album, ce qui a du marquer l’artiste au point d’en utiliser la totalité dans son disque. Un étrange mélange de sainteté et d’éléments chaotiques, plus urbains comme le breakbeat ou même le rap avec Bodyrock ou South Side.

    Le talent d’arrangeur de Moby n’était plus à prouver avant l’élaboration de Play. L’artiste s’est visiblement surpassé dans cet opus où est réglé comme un parfait orchestre à l’attention des plus sceptiques. L’album se savoure comme une rêverie incandescente, entre le ciel et la terre, entre le feu et la glace. Le chaleureux Honey se succède au fulgurant Find My Baby, chanson de blockbuster idéal, puis un bond en avant vers la voûte céleste avec l’angélique Porcelain. On regrettera un petit peu la mièvrerie passé le millénaire, mais qui fonctionne sans doute mieux que l’obsolète Dreamland de Robert Miles sorti la même année. Les tubes s’enchaînent avec la mélancolie d’un adolescent en pleine crise, oscillant entre tristesse froide et colère rentrée. On n’en revient pas de tant de maîtrise, aucune chanson n’est en trop, tout a sa place, comme un Nirvana idéal musical. Que ce soit les halètements presque érotiques de Gwen Stefani dans South Side, ou les chants désincarnés de Moby dans Machete ou If Things Were Perfect jusqu’aux élégies chrétiennes de My Weakness, chaque son a son importance.

    Les délires de Moby trouvent alors leur point culminant avec Play. On y parle sans détours de religion frôlant parfois l’excès, de l’importance de l’amour, de la tristesse (Why Does My Heart Feel So Bad?), de détresse sentimentale (le culte Natural Blues). A ça se mêle des guitares acoustiques, des sons de batterie calibrés. On retient la splendide ballade technoïde appelée Inside rappelant les battements de cœur d’un fœtus. La vie, l’amour et la mort s’y mêlent avec une douleur presque suave.

    On se sent un peu comme le biologiste qui est persuadé que les mammifères portent tous leurs bébés dans leur ventre, avant de tomber sur un ornithorynque, qui possède un bec et pond des œufs. Play est l’exemple typique de l’album casse-gueule qui aurait mérité de finir dans le néant dans lequel il a été extirpé. On lui destinait un avenir restreint dans un cercle d’initiés, Play a éclaté sur les radios et dans les publicités avec une arrogance mal dissimulée. On pensait qu’il s’agirait d’un EP aux hits oubliables, Play a sorti 18 chansons d’une qualité rarement atteinte, avec du gospel et de l’ambient en prime. De quoi s’arracher les cheveux.

    Pourtant, on finit par jubiler. Car Play a non seulement marché, mais il reste encore et toujours d’actualité. Son héritage a peut-être été discret, mais il a été considérable. Toute une frange de jeunes musiciens d’électro ont compris qu’ils avaient eux aussi la chance de percer dans le milieu. Le son indémodable de l’album a inspiré beaucoup d’artistes actuels.

    Moby - Play : Céleste in the City - Alworld.fr

  • Klaus Haapaniemi, tisserand de rêves

    La broderie vous évoque quelque chose de vieillissant, tout juste bon à réaliser devant un feu de cheminée à siroter un vieux thé trop infusé ? Votre avis risque de changer radicalement à la vue de ces splendeurs de l’avenir réalisées par Klaus Haapaniemi, un finnois vivant à Londres.

    Klaus Haapaniemi est un designer et illustrateur finlandais, connu pour son style distinctif mêlant folklore nordique, art décoratif et influences modernes. Né en 1970, il s’est fait un nom grâce à ses créations dans les domaines du textile, de la mode et du design d’intérieur. A la base simple graphiste s’ennuyant fermement à l’école Lahti à Helsinki, Klaus Haapaniemi puise dans ses racines finnoises pour sublimer le monde qui l’entoure. Reprenant avec une incroyable dextérité le folklore finnois, il exalte la nature sèche et sauvage du pays des fjords : créatures païennes, animaux surchargés de fleurs aux détails inquiétants, environnements ultra-stylisés, camaïeux de couleurs complexes. Tout ce mélange donne à l’ensemble une inspiration d’hystérie visuelle où apparaît parfois des manifestations de notre inconscient : une  araignée blanche effrayante au milieu de roses rouges énormes presque sensuelles, un phoque sérieux au milieu de serviteurs crevettes, des arbres multicolores s’enroulant autour des personnages comme du lierre. La mythologie de Klaus Haapaniemi se construit au fur et à mesure de ses expérimentations graphiques. Bientôt, le support papier devient trop petit pour contenir toutes ses idées.

    Klaus Haapaniemi, tisserand de rêves - Alworld.fr

    Dans la tête du Finnois, tout devient clair : sa passion pour les arts décoratifs doit s’étendre sur d’autres supports. Sa richesse décorative et l’extrême soin apporté aux couleurs le poussent naturellement à choisir le domaine du textile. Il commence à collaborer avec des studios de design, réalise la décoration intérieure de concept-stores, travaille petit à petit avec le monde de la mode. A son contact, c’est tout un monde qui frémit, qui se meut sous nos yeux. Tout est vivant, de la petite courbe cachée dans un détail jusqu’à l’ours polaire couronné. Les partenaires prestigieux s’enchaînent : en premier Diesel où il officie dans la communication print, puis la maison Bantam où il ira même jusqu’en Italie pour devenir leur directeur artistique et illustateur.

    Haapaniemi a travaillé avec de grandes marques comme Iittala, Marimekko, Dolce & Gabbana, Levi’s, et Christian Louboutin. Puis il cofonde avec Mia Wallenius la marque Klaus Haapaniemi & Co., spécialisée dans le textile, les accessoires et la décoration intérieure où il peut s’adonner à ses passions décoratrices. Il a également collaboré sur des projets artistiques annexes, notamment pour des costumes et décors d’opéra. Tous s’arrachent son style définitivement hors normes, source de nouveaux horizons graphiques. Ses créations sont particulièrement appréciées pour leur esthétique onirique et narrative, donnant un aspect presque féérique aux objets du quotidien.

    En 2008, récompense suprême, il reçoit alors le Graphic Designer of the Year Award, puis redécore des vitres pour Selfridges à Londres, réalise de magnifiques couvertures de livres pour de grands classiques comme Le Parfum et Le Pigeon de Peter Suskind pour les éditions Penguin Books. Son univers fantasmagorique, dévoilant un côté mortuaire et précieux, se marie à merveille avec l’univers littéraire foisonnant de Süskind.

    Le Parfum

    Le Parfum

    par Klaus Haapaniemi

    Monsters

    Monsters

    par Klaus Haapaniemi

    Le Pigeon

    Le Pigeon

    par Klaus Haapaniemi

    Le déclic vient alors avec la décision d’Haapaniemi de déménager à Londres en novembre 2010. L’expérience enrichissante qu’il a pu acquérir dans la mode lui a permis de prendre la décision de s’investir dans le design textile. Il s’entoure de Mia Wallenius, directeur artistique senior à Gucci qu’il a rencontré en Italie. Mais hors de question de produire beaucoup dans des pays obscurs et ainsi assurer une rentabilité rapide mais excessive. Le designer finlandais veut ressusciter un savoir-faire unique dans sa production textile : utilisation obligatoire de matériaux de qualité comme la soie, le satin ou la laine de mouton anglaise, brocard de soie tissé aux fils de coton local, lin… Puis il décline son univers dans des écharpes en soie imprimée, serviettes, châles, tapis grand format, coussins, poufs… Enfin, Haapaniemi garnit sa collection de précieuses céramiques, de tasses, de vases précieux, et également de ventes d’imprimés originaux signés et numérotés. Du grand art, tout simplement.

    Si vous aimez les hiboux, les chats et les grosses fleurs, et que vous êtes assez fortuné pour : 1/ vivre à Londres (mes félicitations) 2/ vous payer ses créations, il est de votre devoir d’aller sur son site personnel :


    www.klaush.com

    Klaus Haapaniemi, tisserand de rêves - Alworld.fr

  • Gorillaz – Humanz : humains après tout…

    Avec son mélange unique de sonorités et de messages, Humanz de Gorillaz offre une expérience musicale inquiétante et intéressante qui continue de résonner dans le coeur endurci de certains fans zélés.

    Année : 2017 | Genre : Hip Hop / Trip Hop | Label : Parlophone

    Puis bientôt, le tableau se fissure. L’argent public qui part en fumée, l’immigration qui enrage vos concitoyens. Et puis, à l’Ouest rien de nouveau. Un golden-boy fatigué a été élu, faisant joujou avec ses petits boutons à haine et à bombe nucléaire. Au Nord, une île glacée connaît une poussée de haine contre les banques. Au Sud, à travers la Manche, pas mieux. Une bande d’abrutis a canardé des artistes au nom d’une version Berserk de Dieu qui n’existe que dans leurs rêves. Puis a tué dans l’œuf l’insouciance d’une jeunesse qui voulait juste s’amuser. Putain de camion. Des gens venus d’ailleurs hagards, et partout la guerre, la rage et l’impuissance. Vous pensez être arrivés au bout du chemin. Pourtant le cauchemar ne fait que commencer. Votre île si précieuse se craque définitivement, finie l’Union. Finis les avantages. Finie la rigolade. L’amertume vous gouverne, votre vie ne vous suffit plus.

    Il ne reste plus que vos dons naturels dans la musique contemporaine. Vous savez? Ce don qui vous a permis de vous sortir de la merde tout seul, quand vous aviez quinze ans, quand vous avez raté votre bac pour la millième fois. Ce don qui vous a permis de percer la scène londonienne avec vos quatre copains bourrés. Ce don qui vous a tout donné, et qui vous a repris pas mal de choses. Ce don merveilleux qui vous a fait rencontrer des gens formidables. Ce don qui a failli vous tuer. Ce don qui est la seule chose qui vous reste de tangible pour supporter toute cette noirceur. Alors, ni une ni deux, vous vous disputez une énième fois avec votre meilleur ami dessinateur et vous vous remettez au travail. Et vous planchez un mois, deux mois, six mois, un an, trois ans, sept ans. Enfin, l’enfant naît. Votre enfant de revanche voit le jour et vous vous sentez moins lourd… Gorillaz avec Humanz, critique déformée d’une humanité perdue?

    Gorillaz - Humanz : Humains après tout - Alworld.fr

    Une préparation humanisée

    On ne présente plus Gorillaz, groupe machine à rêves qui a vu le jour en 1998 et qui a fait une formidable percée au début des années 2000 avec leur single fantomatique Clint Eastwood. Rappelez-vous (ou plutôt, abstenez-vous) : les Destiny’s Child et N’Sync régnaient en maître sur des charts dominés par le grasdouble et le strass. La pauvreté artistique avait fait un sacré bout de chemin, où tout le monde s’était perdu. Au fil des années, les tendances ont évolué, les artistes sont restés, d’autres sont définitivement tombés, tandis que le monstre gorill-esque continuait sans rien dire son bonhomme de chemin. Et de sa sagesse de singe, Gorillaz canardait les jeunes premiers, méprisait le commercial, jetait des pierres aux ennemis de la liberté, et observait d’un air catastrophé les conséquences de la connerie humaine. Et livrait des albums poignants à la beauté délicate et émouvante, dans un joyeux fatras marqué par les influences africaines, cubaines, pop, rap, dance.

    Gorillaz a toujours été une réaction à chaud. Damon Albarn, fatigué de voir toujours la même fange sur MTV, se révolte prestement de ce star-system qui a failli l’achever : nous sommes en 1998 et il est plus que bas. Son meilleur ami Jamie Hewlett, pas plus frais, en veut à la Terre entière. De cette colère contre les paillettes, naît en 2001 Gorillaz, véritable coup de maître et album complètement à contre-courant de ce qui se fait à l’époque. L’album porte le nom du groupe, ce qui signifie en gros : « nous sommes là, nous existons et on vous enquiquine. » Le succès, bizarrement, éclate et Damon Albarn se retrouve à faire le pitre entre deux interviews, subitement dépressif les bons jours, bourré comme un coing les mauvais jours. Les prix s’enchaînent, tout se passe pour le mieux. Albarn décide d’arrêter, mais voilà qu’éclate le 11 septembre et son horreur télévisuelle, ce qui le pousse à continuer.

    De ce cauchemar terroriste, et de l’ineptie des politiques, naît Demon Days, marqué par l’échec Bush, le spectre du terrorisme, la peur de l’inconnu. Les « jours démoniaques » développent une avalanche de guests de qualité : Ike Turner, Dennis Hopper, De La Soul. Ce déploiement un poil hystérique montre la capacité d’Albarn à toujours innover, quitte à étonner. L’album est à ce jour ce qu’ils ont fait de mieux, en terme d’écriture et de beauté musicale. Encore une fois, Albarn veut arrêter, mais comme le destin est parfois tatillon, il continue.

    2010, Plastic Beach, un rêve de plastique perdu au milieu de l’océan. On sent que le groupe a traversé les sept mers et a laissé des plumes au passage, les personnages sont fracassés, un robot a fait son apparition. Le monde est en lambeaux, mais il reste toujours la musique. L’album, plus foutraque que les précédents, déroute les fans de la première heure et nous fait douter, moi y compris. 2010 n’est pas 2001, et dans un monde dominé par Spotify, les royalties maigrichonnes et la tyrannie du cool, un groupe comme Gorillaz peut-il démontrer qu’il est encore dans le courant ? La réponse tarde à arriver. The Fall, uniquement enregistré au iPad, est un complément intéressant mais n’est pas vraiment l’album salvateur que tout le monde attendait.

    Puis comme toujours, au moment où on s’y attend le moins, la réponse arrive. En 2017, en plein Brexit, dans un monde post-Trump dominé par l’appel de violence et le point de non-retour du terrorisme de masse, Albarn nous livre une réponse amère, dure et âcre, l’ironiquement intitulé Humanz. Au mot Human on y a rajouté le Z, comme de A à Z. Le Z, Gorillaz, Humanz, signature finale et peut-être la fin d’une époque… La pochette de l’album ne montre plus les débordements cartoonesques de Hewlett, mais les quatre musiciens avec une apparence humanisée. Les monstres simiesques deviennent des êtres de chair et d’os, alors que le monde est complètement en roue libre. Le digital s’est définitivement greffé avec l’humain, les genres se mélangent de façon plus malléable, les esprits sont connectés.

    La promotion a commencé de façon grinçante, avec le bien nommé Hallelujah Money par le spectral Benjamin Clementine, où transperçait une noirceur insoupçonnée, sorte d’hymne anti-Trump (sorti la veille de l’élection, tiens donc) âpre, aux paroles poignantes : « Quand le matin arrive / Nous sommes toujours humains / Comment le saurons-nous? / Comment rêverons-nous? / Comment allons-nous aimer? / Comment le saurons-nous? » Des interrogations qui laissaient le champ libre à un futur album forcément chargé en émotions diverses. L’album sort. Le ton y est très noir, avec des perles de lumière et d’espoir, toujours… la critique est dithyrambique. Les guests y sont plus nombreux, plus agressifs que dans les précédents opus, trop heureux qu’on leur tende un micro pour s’exprimer. La fête humanoïde peut commencer.

    Gorillaz – Humanz : Première partie

    I Switched My Robot Off nous pose définitivement dans l’ambiance entre organique et technologique, puis éclate en bouche l’entêtant Ascension et son avertissement « Le ciel nous tombe sur la tête, alors baisse bien ton cul avant de te faire écraser, bébé ». Puis le tubesque Strobelite et l’éclatant Peven Everett, qui montre tout l’amour qu’Albarn a pour la musique noire, le sombre Saturn Barz et son refrain chantée par Popcaan en slang jamaïcain parlant du tranchant d’un couteau. Un peu de récréation avec Momentz, qui rappelle le meilleur de Demon Days, en compagnie des infatigables De La Soul. La première partie de la fête s’arrête avec une Interlude sur la sempiternelle tendance des politiques à répéter les mêmes erreurs depuis plus de quarante ans.

    Gorillaz – Humanz : Seconde partie

    Le très beau Submission, avec en featuring Danny Brown, à qui on doit le clip gore Ain’t It Funny ? et Kelela, apporte un peu de douceur dans un univers de pénombre. Le canon chargé Charger avec Grace Jones s’impose à nous, comme un shot de tequila qui vous rendrait groggy, qui rend Albarn semble possédé. Puis autre interlude, toujours remplie de messages subliminaux, à peine à-t-on le temps de respirer que le fragile et émouvant Andromeda, feat. D.R.A.M, nous enveloppe de sa douceur protectrice. La nuit nous ensorcelle dans Busted And Blue, qui rappelle également qu’Albarn n’a pas son pareil en ballade mélancolique – après vingt cinq ans de Blur, cela s’entend parfaitement. Autre Interlude issue d’une radio démoniaque, on enchaîne sur Carnival d’Anthony Hamilton et sa répartie cinglante « on joue pour gagner / juste pour trouver les ténèbres / rentre chez toi encore / et nous tombons tous les deux », la communion des âmes se poursuit avec le solaire Let Me Out et le flow implacable de Pusha T et la voix suave de Mavis Staples, que demander de plus? Complètement essoufflé par ce déluge orgiaque, la dernière Interlude Penthouse, retraçant en fond sonore une fiesta qui finira forcément mal…

    Gorillaz – Humanz : Troisième partie

    Sex Murder Party a répondu à la question. De leurs voix brisées, Jamie Principle et Damon Albarn parlent d’un meurtre qui a mal tourné, peut-être pas la meilleure chanson de l’album, mais tout est pardonné avec She’s My Collar, où Albarn, plus absent sur cet opus, fait la part belle à la légèreté et le retrait avec une certaine classe. Interlude surréaliste à propos d’un éléphant, et le beau, le profond et l’inquiétant Hallelujah Money explose à nos oreilles tel un feu d’artifice. Un single plus abouti que ne l’avait été Saturnz Barz, où la voix de Benjamin Clementine fait merveille. Le troubadour venu d’outre-tombe déploie toute une nuance de variations vocales splendides dans une chanson moins drôle, narrant l’amour de l’argent dans un monde en proie au doute et aux extrêmes. Comme si cela n’était pas suffisant, Albarn nous terrasse complètement avec We Got The Power, un peu naïf sur les bords, rehaussé par la voix incroyable de Jehnny Beth de Savages, mais bienvenu après une épopée hip-hop plus dark que light. Un message d’espoir inespéré dans un océan saumâtre, une petite lueur d’espérance au milieu du chaos ambient.

    Bonus (édition augmentée)

    Après être ressorti harassé de fatigue de cette odyssée musicale, Gorillaz & Humanz nous replonge dans son univers avec 6 diamants fantastiques : une Interlude New World sarcastique, Rag’n’Bone Man et sa barbe de Merlin nous démontre qu’il est plus qu’un musicien hypé par les journaux avec le précieux The Apprentice, puis, encore du beau avec Halfway To The Halfway House et son Peven Everett remonté à bloc, l’improbable Out of Body, pas tellement abouti mais plutôt convaincant, Ticker Tape et son charme post-D-Sides où Albarn s’exprime réellement après 24 chansons, et enfin le gospel Circle of Friendz, rappellant à tous que Gorillaz n’est pas qu’une question de déferlement de guests, mais une alchimie puissante rendue possible grâce à l’amitié. Conclusion un peu innocente mais qui saura contenter les fans hardcore comme moi.

    Gorillaz - Humanz : Humains après tout - Alworld.fr

    Une humanisation imparfaite mais tenace

    Humanz n’est pas Demon Days, mais il n’a rien à voir avec Plastic Beach. Plastic Beach était solaire et brûlant dans son agressivité, avec son hip-hop cartoonesque et ses sons sortis d’un jeu vidéo, Humanz est noir et taiseux. Plastic Beach est incandescent dans sa lumière aveuglante, Humanz s’apparente à un règlement de compte d’une violence sourde remplie de désespoir. Plastic Beach brille tel un diamant dans la fange, Humanz a l’éclat hypnotique de l’onyx. La violence sociétale si bien racontée par le groupe a connu des mues diverses au fil de leur opus : pré-11 septembre dans Gorillaz, post-Bush avec Demon Days, agressivité assumée dans Plastic Beach, chaos froid et lent comme la mort dans Humanz. Belle mais triste progression de Gorillaz via leur univers de 2001 à 2017 : la Geep-Bulldozer-Caterpillar a roulé sur des autoroutes en looping pour atterrir dans un monde dominé par la peur du kamikaze, avant d’aboutir à une île de plastique. Fragile îlot dévasté par la bêtise humaine, et l’on atterrit enfin dans la maison hantée d’Humanz.

    On admire Gorillaz et Humanz et ses épopées musicales signes de sagas vikings, mais quelque chose cloche. Que faire après le désespoir? Espérer quelque chose de plus beau, de plus fort ? Lorsque nous nous réveillerons, qu’aurons-nous devant nous ? Gorillaz et Humanz n’apporte pas de réponse concrète à son cauchemar hédoniste et étale son désespoir au risque de suffoquer, non sans renoncer aux qualités d’Albarn. Celui-ci adhère toujours aux sons R’n’B, hip-hop et rap, mais aussi aux facilités musicales – ballades un peu trop longues, naïveté de certaines paroles. Les singes du cirque ont revêtu une épaisse cuirasse et se taisent, relégués au rang de simples marionnettes manipulées par le destin de l’Homme. Albarn lui-même n’est plus qu’un spectre, juste présent dans certaines chansons pour déclamer des vérités d’une voix monocorde – choix assumé par ce dernier dans les interviews. L’artiste est plus invité que chef d’orchestre, comme dépassé par cette fête foraine où chacun trouvera son compte, du fan hardcore de black music, à l’aficionado de la house et de la dance.

    On est à deux doigts de l’indigestion, on frôle parfois la crise de nerfs et on étouffe par un léger manque de cohérence dans le déroulement de cette after-party du démon. En 2001, Gorillaz apparaissait comme un îlot mystérieux où les vrais artistes trouvaient leur compte. Mais en 2017, époque marquée par la guerre du streaming, les fulgurances artistiques de Frank Ocean ou de Drake dans un R’n’B en pleine mutation, les singes peuvent-ils encore innover ? Encore une fois Humanz se défile, nous prophétise un futur bien sombre, où seul l’humain pourra s’en sortir avec ses valeurs morales. La phrase inscrite sur l’album Ceux qui ont peur de la musique sont dangereux est d’une vérité grinçante et implacable, après les événements de ces derniers temps, et résonnent bizarrement en nous.

    En 2017, l’humain a basculé dans une autre ère. Les monkey Gorillaz avec Humanz se sont transformés en miroirs de notre âme, humains fatigués, humains terrassés. Humains digitaux, humains connectés, humains désespérés, humains ragaillardis, humains artistes, humains singeurs. Mais humains après tout.

  • Les 10 meilleurs clips de 2016

    Animaliers, tragiques, comiques, colorés ou sombres, à charge contre les haters, pleins d’espoir, voici les meilleurs clips de 2016.

    10. She and Him – Winter Wonderland

    Réalisation : Josh Hittleman, Phillip & Susan Lauer

    Quoi de plus mignon pour commencer ces 10 meilleurs clips de 2019, qu’une portée de carlins ? Que l’on aime ou pas Zooey Deschanel, on peut quand même apprécier une bande de carlins bougons affublés de vêtements kitsch pour un résultat détonnant. Carrément la Palme d’or de la Mignonnerie.

    9. FIDLAR – Why Generation

    Réalisation : Ryan Baxley

    Pari plutôt risqué de faire rire avec des enfoirés d’emoji qui nous sortent par les trous de nez, mais ça marche. Sous la grosse couche de sucre apparente du clip, se cache forcément un humour grinçant. La fête colorée devient insupportable, les concerts sont l’occasion de tous les excès…

    8. Tommy Cash – Winaloto

    Réalisation : Tommy Cash / Anna Lisa Himma

    Attention contenu adulte. Après une journée passée à mater les tableaux au Louvre, le rappeur estonien a un éclat de lucidité. Il décide d’exprimer son amour de la peau humaine  avec un style… bien à lui. Déroutant, dérangeant et sexuel à souhait, Winaloto est inoubliable.

    7. Maroon 5 – Don’t Wanna Know

    Réalisation : David Dobkin

    Se moquer de Pokémon Go était facile, trop facile. Pourtant, Maroon 5 y arrive maniant l’autodérision avec finesse. Le chanteur est un gros monstre bleu poursuivi par les fans qui veulent le capturer, couchant à droite à gauche et s’enivrant toujours plus. Miroir de la vie?

    6. Coldplay – Up & Up

    Réalisation : Vania Heymann et Gal Muggia

    On peut en vouloir à Chris Martin d’enfoncer Coldplay dans le mainstream insupportable et d’aimer un peu trop le quinoa, le clip est d’une rare qualité graphique. Ca grouille de trouvailles visuelles, c’est beau, et on se prend à aimer pendant un court instant, le talent de Coldplay, et le souvenir de Mylo Xyloto revient…

    5. Baauer – Go, Go!

    Réalisation : Thomas Rhazi

    Attention contenu adulte. Probablement le clip le plus improbable, le plus surréaliste et le plus brillant de cette année 2016. Division produit un clip formidable où les lois de l’apesanteur sont comme brouillées. 

    4. Miike Snow – Genghis Khan

    Réalisation : Ninian Doff

    Pour une liste des 10 meilleurs clips de 2016, un peu de science fiction ? Un gentil héros en proie à un scientifique sadique sur la fameuse table d’opération, un rayon prêt à l’atomiser dans la seconde. Scénario classique… puis détourné dans un pastiche des films de science-fiction des années 70. Tout bascule dans un spectacle de danse de qualité où chacun se réconcilie.

    3. Beyoncé – Hold Up

    Réalisation : Jonas Akerlund

    Beyoncé se débat dans un univers aquatique, puis finit par sortir par la porte en laissant déverser l’eau. On pense aussitôt à une vengeance. Mais Beyoncé préfère casser des voitures et des bouches d’aération avec une batte de base-ball en robe safran et en se marrant comme une baleine. Avant de défoncer le caméraman en montrant les crocs. La classe ultime et un futur mème. Pour voir le clip entier (d’une durée d’1 heure!), il faudra aller sur Tidal. Hé oui ! Dans cette liste des 10 meilleurs clips de 2016, on supporte les artistes.

    2. Radiohead – Burn the Witch

    Réalisation : Chris Hopewell

    Un clip en stop-motion avec des personnages tout mignons à la Michel Gondry, pour un sujet qui l’est beaucoup moins : un village modèle est visité par un inspecteur, et bientôt tout dérape. Thom Yorke parle sans concession de la crise migratoire. Le tout exprimé dans un savant mélange d’étrangeté, de fascination et de répulsion.

    1. The Weeknd – False Alarm

    Réalisation : Ilya Naishuller

    Le chanteur tête à claque The Weeknd nous livre l’un des meilleurs clips de l’année dans un cauchemar vidéo-ludique à la Call of Duty où on assiste de façon plus vraie que nature à un braquage particulièrement violent. L’histoire finit en apothéose. Un véritable choc visuel. Rien de tel qu’un choc graphique pour conclure cette liste des 10 meilleurs clips de 2016, et quelle liste !

    Alworld.fr - Portfolio de Tolita Carrera
  • Les 10 meilleurs albums de 2016

    Nous y sommes arrivés, 2016 est bientôt finie. Cette année encore des retours gagnants, un peu de déception mais beaucoup de cool à la fin. Bref, voici le top ten des 10 meilleurs albums de l’année 2016.

    Les 10 meilleurs albums de 2016 - Alworld.fr

    10/ The Last Shadow Puppets – Everything You’ve Come To Expect

    Label : Domino Records | Genre : Indie Rock

    Voilà bien huit longues années qu’on attendait le digne successeur de leur premier album éponyme qui avait su se mettre dans la poche les critiques (dithyrambiques) et les fans (émerveillés). Le savant mélange de mélancolie, de noirceur, et de bandes sons des films des années 60 avait fini par prendre et avait contenté tout le monde. Mais bon, Alex Turner avait des fourmis dans les jambes et Arctic Monkeys lui manquait salement. Les années ont passé, Kane et Turner continuaient leur chemin, laissant cet album comme une sorte de rêve inatteignable. Jusqu’à ce que le couperet tombe : Everything You’ve Come To Expect sort enfin. Et c’est beau. Dès les premières secondes, on est transporté par l’incroyable maîtrise vocale et mélodique des deux Anglais qui ont bien fait de nous faire attendre tout ce temps. L’album devient rapidement entêtant, grâce à des chansons catchy et une production sans faille de la part de James Ford, ayant œuvré pour Arctic Monkeys, Klaxons ou encore Simian Mobile Disco. Pour les amateurs de pop britannique grave et sensuelle. Et une belle entrée pour les 10 meilleurs albums de 2016 !

    Les 10 meilleurs albums de 2016 - Alworld.fr

    9/ Miike Snow – iii

    Label | Downtown / Atlantic – Genre | Electro Pop

    Bon c’est vrai, tout le monde connaît Madonna, Britney Spears, ou encore Kylie Minogue. Mais personne ne connaît le nom de ceux qui écrivent leur succès ! Vous savez, ces gens qui bossent dans l’ombre pour faire en sorte que votre petite chanson de trois paroles devienne un carton mondial? … Sortis de l’école nordique (comme Röyksopp ou Robyn), le groupe s’est donc construit une réputation de faiseurs de miracles dans l’industrie de la musique. Troisième album (tout de même) du trio suédois-américain, et confirmation que Miike Snow n’est décidément pas un groupe à prendre à la légère. My Trigger est un tube que n’aurait pas refusé une starlette en manque de reconnaissance, et Genghis Khan est fait de la même matière que les rêves, une sorte de célébration de la danse avec une pincée de bizarrerie en plus. On craignait comme leurs illustres patronnes une pop sucrée et facile à oublier, mais Miike Snow prend le problème à l’envers et arrive à rendre leurs dehors kitsch presque émouvants. iii est un album qui respire le cool, et qui sous sa couche de gentillesse cache une étrangeté fascinante. Et on peut le dire, ces 10 meilleurs albums de 2016 en ressortent secoués !

    Les 10 meilleurs albums de 2016 - Alworld.fr

    8/ Frank Ocean – Blond

    Label | Boys Don’t Cry  – Genre | R’n’B

    Celui qui a réussi à faire pleurer Beyoncé avec son méga succès Thinking About You a depuis fait son trou avec les plus grands (ladite Beyoncé, Jay Z, Kanye West!), tout en cultivant un style à part. Ocean est inclassable, sautant du funk le plus pur au rap agressif en compagnie de ses potes (, Tyler The Creator), cultivant fièrement son homosexualité, et boycottant sans aucune honte les Grammy Awards où il a été sur-nominé – à juste titre d’ailleurs. Ocean a une voix d’ange, de celle qu’on n’oublie pas, qui vous fracasse. Channel ORANGE était le renouveau inespéré d’un r’n’b qu’on croyait enterré, et logiquement, réaliser un second album après tout cela était un pari risqué. Raté. Blond est une réussite totale et entière, d’une beauté fatale. Echoué à Londres pour fuir Los Angeles, Ocean décide de voir les choses en grand et produit son album lui-même dans les studios d’Abbey Road. En résulte un étincelant opus, où plane toujours sa voix suave et envoûtante, qui arrive à m’arracher quelques larmes. Qui aurait pensé qu’une bête liste de 10 meilleurs albums de cette année 2016 provoquait un tel flot d’émotions ?

    Les 10 meilleurs albums de 2016 - Alworld.fr

    7/ Beyoncé – Lemonade

    Label | Parkwood / Columbia  – Genre | R’n’B

    Jamais une artiste ne m’avait autant intrigué que Beyoncé. Que dire d’elle qui n’a pas déjà été dit ? L’une des artistes noires plus rentables de la décennie, une flopée d’albums cultes, mais qui ne récoltait chez moi qu’un intérêt assez faible malgré quelques pépites (Me Myself And I, Déjà Vu). Puis vient Beyoncé sorti en 2013. Et c’est le choc. L’artiste s’est complètement lâché pour livrer l’album le plus spontané et le plus vrai de toute sa discographie. Autant vous dire que succéder à ce monument était difficile. Pourtant, Beyoncé ne fait pas pire ou mieux, elle s’est carrément surpassée. La chanteuse se fait tantôt câline (Pray You Catch Me), tantôt tigresse (Don’t Hurt Yourself). Terminé le temps des girls bands, Beyoncé est devenue une femme, une mère, un modèle féministe, une artiste dans le sens complet du terme. Sa carrière est arrivée à un tel point qu’elle peut oser faire des featurings avec Jake White qui fonctionnent, des sons électro qu’elle avait toujours laissé de côté, des chansons parfois hors de son répertoire (Love Drought). Un résultat impressionnant et une belle conclusion à une décennie de tubes. Et certainement l’un des disques les plus fascinants de ce top 10 meilleurs albums de 2016…

    Les 10 meilleurs albums de 2016 - Alworld.fr

    6/ Suede – Night Throughts

    Label | Suede Ldt  – Genre | Pop

    Avoir été l’un des parangons de la Britpop, le symbole d’une classe anglaise n’a jamais été aussi difficile à supporter. Tant de beauté, tant de force, et tant de capacités pendant des années et puis tous ces groupes s’effondrent un par un, du jour au lendemain. Pourtant, il reste encore des petits durs qui résistent encore et toujours à l’envahisseur. Brett Anderson n’a jamais raccroché. Pire même, il se bonifie avec le temps. Depuis 1992, Suede n’a pas chômé, montrant le meilleur d’eux-mêmes, dans les concerts, leurs clips, leurs chansons, se construisant un univers chic, sombre, torturé. Une reformation qui a eu le mérite d’accoucher de Night Throughts, qui prouve que les vétérans ont encore quelque chose de neuf à proposer. Suede s’en fiche complètement et nous livre un album concept sur un homme dont la vie part en lambeaux, avec au passage des clips de très bonne qualité, noirs, mélancoliques. Pépite des pépites, Night Throughts prouve que le temps qui passe n’est pas forcément une mauvaise chose. Un retour en or pour ces 10 meilleurs albums de 2016.

    Les 10 meilleurs albums de 2016 - Alworld.fr

    5/ The Avalanches – Wildflower

    Label | Modular / Astralwerks  – Genre | Electro / Trip-hop

    Putain, 16 ans ! Si l’on accuse Drake et Frank Ocean de perdre trop de temps entre deux albums – comprenez, deux ans c’est énorme pour les jeunes d’aujourd’hui – autant vous dire que The Avalanches ne mériterait qu’une flopée d’œufs pourris de leur part sur le visage… Le renversant Since I Left You sorti en 2000 avait fait comprendre à tout le monde qu’utiliser des samples à tout va n’était pas qu’un attrape-touristes pour pubards avides de « nouveauté » ! Australiens de naissance, The Avalanches avaient affronté la tempête des ayant-droits, des labels effrayés par leur éclectisme, la soudaine et dévorante célébrité. La joie de Since I Left You n’a pas complètement disparue, mais elle se mêle à une tristesse d’enfant, à la mélancolie d’un groupe qui a du grandir vite pour se protéger. L’album se révèle vite être un roller-coaster d’émotions dessiné par des trompettes tonitruantes, des claviers inspirés, des samples soul et funk d’une chaleur bienvenue. On succombe à cette  joie communicative représentée par le beau Frankie Sinatra avec MF Doom ou encore Subways, délicat et sensuel. 

    Les 10 meilleurs albums de 2016 - Alworld.fr

    4/ Kanye West – The Life of Pablo

    Label | GOOD  / Def Jam  – Genre | Hip-hop / Rap

    Capable du pire aussi, comme écourter un concert par caprice, de foncer la porte de Louis Vuitton pour un oui ou pour un non, ou de faire irruption sur scène durant une remise de prix… Ah, Kanye. Si tu n’existais pas, il faudrait t’inventer. Peu de rappeurs arrivent à garder leur sérieux en faisant des clips à base de chevaux au ralenti et d’envies de forniquer contre un lavabo, de faire des collaborations avec des artistes d’art contemporain. Kanye West lui, y arrive. Eminem ou Dr Dre ferait la même chose et ce serait la descente assurée. C’est Kanye, quoi. On retrouve toujours ses samples d’une rare qualité, des chansons calibrées pour plaisir au fan de service, un chaos artistique un peu brinquebalant mais qui tient toujours par magie, au détour d’un son funk ou d’une voix féminine rauque et puissante. Derrière la vocation de l’artiste de faire un album célébrant Dieu par le prisme du gospel, on y décèle l’obsession du rappeur pour le tube intelligent, Famous et Feedback en sont de parfaits exemples. 

    Drake - Views - Alworld.fr

    3/ Drake – Views

    Label | Young Money  / Cash Money  – Genre | R’n’B

    En l’espace de quelques années, Drake est devenu le nouveau prince du R’n’B moderne, évitant les écueils propres au genre en n’hésitant pas à y ajouter des éléments pop, voire salsa ou reggaeton dans ses chansons. Chansons qui au passage, se transforment en véritables cartons, comme l’époustouflant Hotline Bling, parfaite chanson, célébration de la fête perpétuelle. Mais Drake sait se montrer plus secret, comme dans Keep The Family Close. Sa voix arrive à certains moments à atteindre les splendeurs célestes de Frank Ocean, son meilleur ami, mentor et collègue. Cette voix qui vous cherche, vous trouve et vous renverse… La machine à tubes tourne à plein régime, sans accrocs (élégant U With Me?, splendide Feel No Ways), durant près de vingt chansons. Denrée rare de nos jours, où on crie au scandale pour un malheureux disque de quinze chansons ! Que dire de plus? Views nous transporte dans un voyage passionnant où l’artiste se montre comme toujours passionné, attentif à la note qui saura transformer sa chanson en plat de résistance. Un quatrième album que certains qualifieront d’efficace à défaut d’être original, mais très prenant.

    Underworld - Barbara, we face a shining future - Alworld.fr

    2/ Underworld – Barbara Barbara, we face a shining future

    Label | Caroline International – Genre | Electro

    Born Slippy Nuxx est le genre de single à phagocyter une carrière. Considéré à raison comme l’hymne de toute une jeunesse, la chanson avait été brocardée comme le symbole de l’acid generation. Underworld avait depuis continué son bonhomme de chemin en albums excellents (Beaucoup Fish), bons (Two Months Off) ou mauvais (Barking). Les tubes avaient parsemé leur longue carrière dans la musique électronique : King of Snake, Rez/Cowgirl, Bruce Lee, Mmmh Skyscaper I Love. Challenge évident que de continuer à innover quand des DJ de 16 ans enchaînent les succès alors que les vieux tremblent. Mais Underworld est fait d’une matière proche de l’onyx, toujours au taquet. Il en faut plus pour impressionner deux Anglais de bientôt quarante piges, qui ont survécu à la vague trance, gabber, big beat, dubstep. Le retour se fait donc dans la célébration prudente et inspirée. Fluidité et classe évidente sont au programme. Le sombre et superbe I Exhale, ou encore le passionnant If Rah ou la perle noire Low Burn prouvent que Underworld a encore quelque chose à dire sur l’évolution de la musique électronique. Une belle façon de conclure cette liste des 10 meilleurs albums de 2016.

    Justice - Woman - Alworld.fr

    1/ Justice – Woman

    Label | Ed Banger Records / Because Music  – Genre | Electro

    Cinq années d’absence ont suffi à donner envie à Justice de remonter sur le devant de la scène. Mais peut-on encore assurer devant la face du monde après des explosions comme D.A.N.C.E, DVNO, Civilization, ou encore On’n’On? Justice répond à cette question par la prudence. Si la formule du néo disco et de l’électro française la plus pointue n’a pas pris une ride, Woman célèbre la joie et la transcendance par le biais de la musique, qui de toute façon, a toujours eu des racines noires. Point de messe satanique aux accents métal comme dans † ou de délire funk à la Audio Video Disco. Et encore moins de voix humaine sur toute la durée de Woman, on remerciera le duo pour cela. Si cette retenue risque de surprendre le fan de la première heure, le néophyte pourra apprécier la grâce un peu fragile de certaines chansons à la puissance cachée (Pleasure, Fire), ou de diamants encore bruts (Stop, Chorus, Randy).  † déballait l’artillerie lourde, tandis qu’Audio Video Disco n’était qu’une prolongation logique de l’œuvre globale de Justice. Mais la remise en question n’allait pas tarder à arriver, et Woman fit irruption dans nos oreilles fatiguées.