{"id":39643,"date":"2021-05-06T14:31:12","date_gmt":"2021-05-06T12:31:12","guid":{"rendered":"https:\/\/alworld.fr\/?p=39643"},"modified":"2021-05-06T14:31:12","modified_gmt":"2021-05-06T12:31:12","slug":"20-ans-de-gorillaz-2-lunivers-de-gorillaz-zombies-cartoons-et-humour-noir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sonologysm.fr\/?p=39643","title":{"rendered":"20 ans de Gorillaz &#8211; 2 : l&rsquo;univers de Gorillaz, zombies, cartoons et humour noir"},"content":{"rendered":"<h3  > Un univers graphique bigarr\u00e9, aux allures de cartoon zombifi\u00e9 \u00e0 la sauce manga. Un carrefour d&rsquo;influences asiatiques et am\u00e9ricaines, o\u00f9, sous ses airs dr\u00f4les, se cache une critique acerbe de la soci\u00e9t\u00e9 et beaucoup d&rsquo;humour noir.<\/h3>\n<p>20 ans de Gorillaz, 20 ans d&rsquo;exp\u00e9rimentations graphiques de qualit\u00e9. D\u00e9jant\u00e9 est un mot faible pour d\u00e9crire l&rsquo;univers graphique de <b>Gorillaz<\/b>. Mais ce serait r\u00e9ducteur de d\u00e9finir leur monde comme quantit\u00e9 n\u00e9gligeable. Car l&rsquo;identit\u00e9 visuelle du groupe constitue son \u00e2me. Elle constitue un plus d&rsquo;une qualit\u00e9 et d&rsquo;une richesse rarement vue dans le monde de la pop, qui est plut\u00f4t aseptis\u00e9 et lisse. Cet univers complexe nous marque par le biais d&rsquo;hommages nombreux aux films d&rsquo;horreur, \u00e0 la culture <i>anime<\/i> et aux comics am\u00e9ricains, tout en y injectant une bonne dose d&rsquo;humour noir tr\u00e8s <i>british.<\/i> Mais loin d&rsquo;\u00eatre purement d\u00e9coratif, cet univers t\u00e9n\u00e9breux et bizarro\u00efde aime aussi remuer le couteau dans la plaie des douleurs modernes : guerre, \u00e9cologie, violence soci\u00e9tale, place de l&rsquo;Homme dans le monde. L&rsquo;\u00e9clate pourrait constituer d\u00e9j\u00e0 un int\u00e9r\u00eat en soi, mais Gorillaz arrive aussi \u00e0 faire r\u00e9fl\u00e9chir sur nos d\u00e9fauts et nos travers, avec une vitalit\u00e9 et une force novatrices. Une force d\u00e9coup\u00e9e en phases (le groupe en est sa cinqui\u00e8me) qui est toujours en mouvement, \u00e9voluant comme leur musique \u00e9volue au gr\u00e9 des exp\u00e9rimentations du duo <b>Albarn\/Hewlett<\/b>.<i>\u00a0<\/i>Avec ce fourre-tout d&rsquo;influences notables, Gorillaz popularise l&rsquo;art de la r\u00e9bellion pop avec classe, mais aussi avec une candeur qu&rsquo;il est difficile de d\u00e9tester compl\u00e8tement. Apr\u00e8s avoir critiqu\u00e9 <a href=\"https:\/\/sonologysm.fr\/20-ans-de-gorillaz-1-gorillaz-lalbum-precurseur-des-annees-2000\/\">leur premier album<\/a>, attaquons \u00e0 leur autre arme de destruction massive : leur univers graphique.<\/p>\n<p>\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1500\" height=\"521\" src=\"https:\/\/sonologysm.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/gorillaz3.webp\" alt=\"20 ans de Gorillaz \u2013 1 : \u00ab Gorillaz \u00bb, l\u2019album pr\u00e9curseur des ann\u00e9es 2000 - Alworld.fr\" srcset=\"https:\/\/alworld.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/gorillaz3.webp 1500w, https:\/\/alworld.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/gorillaz3-300x104.webp 300w, https:\/\/alworld.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/gorillaz3-1024x356.webp 1024w, https:\/\/alworld.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/gorillaz3-768x267.webp 768w\" sizes=\"(max-width: 1500px) 100vw, 1500px\" \/>\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<\/p>\n<h3  > Gorillaz, phase 1 : la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 tue.<\/h3>\n<p>De nos jours.\u00a0Humanz\u00a0et\u00a0The Now Now, malgr\u00e9 une cr\u00e9ativit\u00e9 r\u00e9elle, ont montr\u00e9 des signes d&rsquo;essoufflement. Le d\u00e9luge de guests a plong\u00e9 la machine dans un \u00e9tat de veille. Les critiques \u00e9taient alors mi-figue mi-raisin, se fendant m\u00eame d&rsquo;un \u00ab\u00a0Gorillaz-been\u00a0\u00bb pour la blague. Incoh\u00e9rents, errants, tels furent les adjectifs. Et puis le Covid a frapp\u00e9, bouleversant nos vies humaines \u00e0 jamais. Encore une fois, Albarn fait fort en baptisant l&rsquo;album \u00ab\u00a0Song Machine : Season One, Strange Timez\u00a0\u00bb comme une pr\u00e9monition de la situation actuelle. Boost\u00e9 par la pand\u00e9mie, il plie l&rsquo;album en temps record, avec quelques guests tri\u00e9s sur le volet et un temps record de fabrication de nouveaux design. Musicalement, l&rsquo;album renoue avec la folie foutraque du premier opus, et l&rsquo;on retient la phrase de Russel sur l&rsquo;\u00e9laboration de\u00a0Song Machine : cette \u00e9trange machine se nourrit de l&rsquo;inconnu, voire du n\u00e9ant et fonctionne en pur chaos. Il n&rsquo;y a plus de lendemain, ni m\u00eame de pr\u00e9sent ou de pass\u00e9, le Covid ayant brouill\u00e9 toutes nos fronti\u00e8res temporelles.<br \/>C\u00f4t\u00e9 graphisme, les traits s&rsquo;\u00e9tirent, les couleurs s&rsquo;\u00e9claircissent, on r\u00e9utilise des design anciens sous forme de stickers coll\u00e9s dans un coin de page, on recycle les fringues du d\u00e9but. On voit m\u00eame une \u00e9trange cr\u00e9ature, \u00e0 la fois marine et terrestre (le fameux Leee John, membre du groupe Imagination), pulv\u00e9riser la Plastic Beach d&rsquo;un flash de feu sortant des yeux. Si ce geste est symbolique &#8211; on tue le pass\u00e9 pour avancer, en substance &#8211; on se surprend \u00e0 voir Murdoc verser une larme sur cette fin brutale en voyant des cadavres de sous-marins (entr&rsquo;aper\u00e7us dans Plastic Beach) et des restes de Cyborg Noodle. Puis un vortex appara\u00eet, les trois membres apparaissent, laissant un instant Murdoc sur le banc de touche. Dans l&rsquo;horreur de cette seconde, 2D ressort du vortex pour le reprendre avec lui. Signe que malgr\u00e9 les erreurs pass\u00e9es, Gorillaz forme toujours une sacr\u00e9e famille, soud\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;os.<\/p>\n<figure>\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"480\" height=\"695\" src=\"https:\/\/sonologysm.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/20_ans_gorillaz_2-2.jpg\" alt=\"20 ans de Gorillaz \u2013 2 : l\u2019univers de Gorillaz, zombies, cartoons et humour noir - Alworld.fr\" srcset=\"https:\/\/alworld.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/20_ans_gorillaz_2-2.jpg 480w, https:\/\/alworld.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/20_ans_gorillaz_2-2-207x300.jpg 207w\" sizes=\"(max-width: 480px) 100vw, 480px\" \/><figcaption>Consid\u00e9r\u00e9 comme le tout premier dessin Gorillaz, une \u00e9bauche de groupe avec une guitariste femme \u00e0 la base, Paula Cracker et d\u00e9j\u00e0 Russel Hobbs pr\u00e9sent dans l&rsquo;image et une obsession certaine pour les singes.<\/figcaption><\/figure>\n<p>\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"780\" height=\"585\" src=\"https:\/\/sonologysm.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/20_ans_gorillaz_2-3.jpg\" alt=\"20 ans de Gorillaz \u2013 2 : l\u2019univers de Gorillaz, zombies, cartoons et humour noir - Alworld.fr\" srcset=\"https:\/\/alworld.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/20_ans_gorillaz_2-3.jpg 1024w, https:\/\/alworld.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/20_ans_gorillaz_2-3-300x225.jpg 300w, https:\/\/alworld.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/20_ans_gorillaz_2-3-768x576.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 780px) 100vw, 780px\" \/><br \/>\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"780\" height=\"585\" src=\"https:\/\/sonologysm.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/20_ans_gorillaz_2-4.jpg\" alt=\"20 ans de Gorillaz \u2013 2 : l\u2019univers de Gorillaz, zombies, cartoons et humour noir - Alworld.fr\" srcset=\"https:\/\/alworld.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/20_ans_gorillaz_2-4.jpg 1024w, https:\/\/alworld.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/20_ans_gorillaz_2-4-300x225.jpg 300w, https:\/\/alworld.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/20_ans_gorillaz_2-4-768x576.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 780px) 100vw, 780px\" \/>\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<\/p>\n<p>Les premi\u00e8res \u00e9bauches du style Gorillaz p\u00e9riode phase 1, le Kong Studios s&rsquo;appelait \u00e0 la base Navarone, et encore et toujours les singes et d\u00e9j\u00e0 (oui) un premier dessin de Murdoc Niccals<\/p>\n<p>Si Tank Girl crachait ses influences \u00e0 la fa\u00e7on d&rsquo;un marin chalutier crache son tabac, Gorillaz d\u00e9ploie ses origines avec franchise et agressivit\u00e9 sans penser au qu&rsquo;en-dira-t&rsquo;on. La cr\u00e9ation du groupe reposait toujours sur une m\u00eame recette : un batteur transparent, presque oubli\u00e9, un chanteur charismatique, une bombasse un peu conne et surtout bonne, un bad boy de circonstance et c&rsquo;\u00e9tait pli\u00e9, vous aviez votre groupe de pop manufuctur\u00e9 ! Sauf que Hewlett, jamais avare d&rsquo;un\u00a0<i>twist<\/i>, y ajoute son humour coutumier : le batteur est s\u00e9rieux, hant\u00e9 par des fant\u00f4mes rappeurs appel\u00e9s <b>Russel Hobbs<\/b> (oui comme le grille-pain), le bad boy est bassiste et obs\u00e9d\u00e9 par Satan et les d\u00e9mons, <b>Murdoc Niccals <\/b>(oui comme le d\u00e9mon Mordoch), d\u00e9crit comme \u00e9tant une parodie d&rsquo;<b>Alex James <\/b>de Blur, <b>2D<\/b>, le chanteur un peu con au cerveau en \u00ab\u00a0feuille blanche\u00a0\u00bb, et enfin la guitariste <b>Noodle<\/b> (oui comme les nouilles) dont l&rsquo;\u00e2ge (dix ans) et la pr\u00e9sence dans ce fatras alerterait n&rsquo;importe quelle DDASS digne de ce nom (et qui pour la petite histoire, devait \u00eatre la \u00ab\u00a0salope de service\u00a0\u00bb !). Tous sont des facettes distinctes du style Gorillaz et y apportent leur loufoquerie et se d\u00e9clinent dans tout ce qui peut \u00eatre graphique et visible : fonds d&rsquo;\u00e9cran, planches de skate, figurines, stickers, livrets, tee-shirts, pochettes de disques, animations sur grand \u00e9cran durant les concerts, clips vid\u00e9o l\u00e9ch\u00e9s diffus\u00e9s en boucle sur les cha\u00eenes musicales. L&rsquo;obsession d&rsquo;Hewlett pour ce qui touche \u00e0 l&rsquo;\u00e9pouvante (films, s\u00e9ries, BO, jeux vid\u00e9o) se fait encore plus pressante dans le c\u00e9l\u00e8bre <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=1V_xRb0x9aw\"><i>Clint Eastwood<\/i><\/a>: \u00e9cran de bienvenue sinistre venant du <i>Jour des Morts-Vivants<\/i> de George Romero, zombies gorilles dansant <i>Thriller\u00a0<\/i>de <b>Michael Jackson<\/b>, tee-shirt T-Virus de 2D en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0\u00a0<i>Resident Evil<\/i>, Murdoc se faisant agripper les bijoux de famille comme dans <i>Braindead<\/i> de <b>Peter Jackson<\/b><i>. <\/i>L&rsquo;hommage est r\u00e9el et sinc\u00e8re, et permettra alors au groupe de collecter leurs premi\u00e8res r\u00e9compenses amplement m\u00e9rit\u00e9es.<\/p>\n<p>Les r\u00e9f\u00e9rences n&rsquo;arr\u00eateront pas de sit\u00f4t. Gris\u00e9 par le succ\u00e8s, Hewlett multiplie les petites allusions \u00e0 ses oeuvres pr\u00e9f\u00e9r\u00e9es : tee-shirt <i>The Brood<\/i> (<i>Chromosome 3<\/i> de&nbsp;<b>David Cronenberg<\/b>) sur une jaquette de disque, pull Mojo Jojo, m\u00e9chant des <i>Super Nanas<\/i>, panneaux Crystal Lake et Amityville, jaquette de&nbsp;<i>Hunky Dory<\/i> de&nbsp;<b>David Bowie<\/b> dans le r\u00e9troviseur&nbsp;dans <i>19-2000<\/i>, ou d\u00e9cors tout droit sortis d&rsquo;un giallo italien des ann\u00e9es 70 pour l&rsquo;ambiance du site web de l&rsquo;\u00e9poque, tout en Flash. Ce qui \u00e9tait alors, consid\u00e9r\u00e9 une raret\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, et le site web fut m\u00eame r\u00e9compens\u00e9 aux EMA Awards 2001 pour meilleur site web de l&rsquo;ann\u00e9e. Si vous disposez encore d&rsquo;un ordinateur avec Flash, voici <a href=\"https:\/\/web.archive.org\/web\/20020206220417\/http:\/\/www.gorillaz.com\/index_N_mie45.html\">un lien<\/a> pour le visiter. En 2002 sort le DVD <i>Phase One : Celebrity Take Down<\/i>, qui compile tout leur univers \u00e0 la fa\u00e7on d&rsquo;un menu Maxi Best-Of, enti\u00e8rement interactif et ludique (nouveaut\u00e9 pour l&rsquo;\u00e9poque). On y trouve jeux Flash, clips vid\u00e9o, fonds d&rsquo;\u00e9cran et images \u00e0 t\u00e9l\u00e9charger, le <a href=\"https:\/\/vimeo.com\/21726417\">faux documentaire<\/a>&nbsp;<i>Charts of Darkness<\/i> (les \u00ab\u00a0classements musicaux des t\u00e9n\u00e8bres\u00a0\u00bb) et des courts-m\u00e9trages d&rsquo;animation absurdes intitul\u00e9s <i>Gorillaz Bites<\/i> (litt\u00e9ralement \u00ab\u00a0morsures\u00a0\u00bb) dont voici la <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=eMm07YDy6RM\">playlist<\/a>. Puis le groupe dispara\u00eet sans laisser de trace. Mais quelle est la raison ? Un RDV avec Dreamworks, propri\u00e9t\u00e9 de <b>Steven Spielberg<\/b>, sur un projet de film d&rsquo;animation, appel\u00e9 <i>Celebrity Harvest, <\/i>qui ne fera pas long feu. La cause ? Un budget trop \u00e9lev\u00e9, mais surtout un sc\u00e9nario jug\u00e9 trop sombre, absolument pas Disney-like, o\u00f9 Murdoc devient fou et ses amis doivent se cacher de lui alors que les zombies s&#8217;emparent de leur studio. Gorillaz entre officiellement en hiatus. Fini pour un temps le r\u00eave de 20 ans de Gorillaz.<\/p>\n<p>Persuad\u00e9 que le groupe constituerait un one-shot, Albarn change brusquement d&rsquo;avis apr\u00e8s les attentats du 11 septembre qui le marquent profond\u00e9ment. Il s&rsquo;accorde une parenth\u00e8se blurresque avec <i>Think Thank<\/i>, puis se remet au travail, \u00e9chaud\u00e9 par Bush et la guerre en Irak. L&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 d\u00e9voratrice r\u00e9appara\u00eet douloureusement dans cette phase 1 mouvement\u00e9e, mais il semblerait qu&rsquo;elle fut un terreau fertile pour aborder une seconde phase plus mature et plus subtile.<\/p>\n<p>https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=cd-Pp4tN_2g\t\t<\/p>\n<h3  > Gorillaz, phase 2 : une barque vers l&rsquo;ab\u00eeme<\/h3>\n<p>2004. Le clip\u00a0<i>Rock It<\/i> r\u00e9sonne sur gorillaz.com, jusqu&rsquo;alors ferm\u00e9. On y voit <b>Pazuzu<\/b>, dieu m\u00e9sopotamien des d\u00e9mons du vent, r\u00e9f\u00e9rence \u00e0\u00a0<i>l&rsquo;Exorciste<\/i>, ainsi qu&rsquo;un design plus adulte pour les personnages. Un concours d&rsquo;animation et de dessins, <i>Search For A Star<\/i>, est lanc\u00e9 afin de r\u00e9compenser les plus beaux fan arts et hommages au groupe. Une nouveaut\u00e9 aussi dans le milieu de la musique, et une preuve que les cr\u00e9ateurs s&rsquo;int\u00e9ressent au travail de ses fans. Mais l&rsquo;innovation fait partie de l&rsquo;ADN de Gorillaz d\u00e9cid\u00e9ment. <i>Demon Days<\/i> &#8211; les \u00ab\u00a0jours d\u00e9moniaques\u00a0\u00bb &#8211; jure avec le pr\u00e9c\u00e9dent album et est beaucoup plus sombre, et mature. Des th\u00e8mes comme la guerre en Irak, le conflit humain, les enfants-soldats, la politique y sont abord\u00e9s. Le ton y est plus noir, plus d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 m\u00eame si quelques touches d&rsquo;espoir pars\u00e8ment le disque (<i>All Alone, White Light, Demon Days, Don&rsquo;t Get Lost In Heaven<\/i>). C\u00f4t\u00e9 design, le ton a chang\u00e9. Les couleurs sont d\u00e9satur\u00e9es, rappelant les comics des ann\u00e9es 70. Les contours sont plus fins et plus cubiques, les cernes se font plus profonds et les cheveux se d\u00e9taillent plus.<\/p>\n<p>Noodle parle anglais et se d\u00e9couvre un pass\u00e9 d&rsquo;espionne, Russel a surv\u00e9cu \u00e0 son exorcisme, Murdoc s&rsquo;est \u00e9chapp\u00e9 du Mexique dans des circonstances douteuses, et 2-D vit \u00e0 Los Angeles apr\u00e8s avoir fraternis\u00e9 avec <b>Shane Lynch<\/b>, chanteur de\u00a0<b>Boyzone<\/b> ! Le groupe n&rsquo;est plus le m\u00eame, leurs attitudes sont plus lourdes, la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 les a un peu cram\u00e9, et ils ont explos\u00e9 tous les compteurs. L&rsquo;humour est l\u00e0, m\u00eame si celui-ci a laiss\u00e9 place \u00e0 une atmosph\u00e8re cr\u00e9pusculaire envo\u00fbtante proche des films de <b>Fassbinder<\/b> ou de <b>Paul Thomas Anderson<\/b>. Le merveilleux <i>Feel Good Inc<\/i> en est l&rsquo;exemple le plus frappant.<\/p>\n<p>https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=HyHNuVaZJ-k<\/p>\n<p>Le cartoon s&rsquo;est rigidifi\u00e9 dans une sorte de rigueur plaisante. Les hommages \u00e0 la culture pop n&rsquo;ont pas cess\u00e9. Le single phare <i>Feel Good Inc<\/i> exploite l&rsquo;imagerie des films Ghibli avec ces \u00eeles dans le ciel dans une ambiance d\u00e9l\u00e9t\u00e8re. <i>DARE<\/i> se tourne vers les corbeaux de Hitchcock en mode <i>Le Cerveau qui ne voulait pas mourir <\/i>(film de 1962 avec une t\u00eate maintenue en vie!), des r\u00e9f\u00e9rences \u00e0\u00a0<i>Cannibal Holocaust, <\/i>aux jeux vid\u00e9o Atari, et au film <i>Ring.<\/i>\u00a0<i>Dirty Harry<\/i> rend hommage \u00e0\u00a0<i>Easy Rider<\/i> et\u00a0<i>Mad Max<\/i> avec son d\u00e9sert sans fin et son style <i>Full Metal Jacket,\u00a0<\/i>quand\u00a0<i>El Ma\u00f1ana<\/i> se transforme tout simplement en pub pour Amnesty International contre la guerre et les enfants maltrait\u00e9s&#8230; Le discours a chang\u00e9, l&rsquo;\u00e9poque aussi. Plus violente, plus impr\u00e9visible, touch\u00e9e par le terrorisme de masse, l&rsquo;\u00e9poque est plus incertaine, le groupe montre des failles bienvenues dans leur univers. Le duo r\u00e9el en montre aussi, entre probl\u00e8mes techniques au Apollo Theater de New York o\u00f9 leur \u00e9cran ne fonctionne plus, et quand un second projet de film d&rsquo;animation \u00e9choue encore avec <b>Harvey Weinstein<\/b> en producteur. Malgr\u00e9 ces revers, Gorillaz sort son DVD <i>Slowboat To Had\u00e8s<\/i>, au titre \u00e9trangement cynique. Une barque vers l&rsquo;Enfer ? Il est vrai que le groupe a roul\u00e9 sa bosse, l&rsquo;innocence des d\u00e9buts a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 par la rentabilit\u00e9, les affres de la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9, et un monde bris\u00e9.<\/p>\n<p><i>Demon Days<\/i> est peut-\u00eatre l&rsquo;album le plus pessimiste de leur carri\u00e8re, la pr\u00e9sence d&rsquo;orchestres philharmoniques et de choeurs adoucissent le propos et d\u00e9livrent un message de paix et de tol\u00e9rance. Comme toujours chez Gorillaz, la noirceur laisse enfin place \u00e0 la lumi\u00e8re, mais pour un court instant. Un second documentaire,\u00a0<i>Bananaz<\/i>, sort pour expliquer plus en d\u00e9tail la gen\u00e8se du groupe. Un vrai concentr\u00e9 de b\u00eatises, de recherches, de doutes, et de succ\u00e8s et d\u00e9convenues, expos\u00e9 pendant plus d&rsquo;une heure pour le grand bonheur des fans.<\/p>\n<h3  > 20 ans de Gorillaz, phase 3 : l&rsquo;oc\u00e9an de plastique fou<\/h3>\n<p>Un second hiatus commence alors pour le groupe. Et on devine clairement qu&rsquo;une reformation s&rsquo;av\u00e8re compliqu\u00e9e. Albarn et Hewlett travaille sur\u00a0<i>Monkey : A Journey To The West,\u00a0<\/i>un op\u00e9ra en chinois parlant du singe Su Won Kong en qu\u00eate de sagesse (Songoku en japonais \u00e7a vous dit quelque chose?) dans un long p\u00e9riple juch\u00e9 d&rsquo;obstacles. Le temps passe. Albarn d\u00e9couvre atterr\u00e9 vers la place du Devon des monceaux de plastique et des documentaires alarmants sur la grande barri\u00e8re de corail. Son esprit fait tilt. Il est temps de reprendre le travail. Albarn produit lui-m\u00eame le disque, appel\u00e9 un temps <i>Carrousel<\/i>. Le groupe se reforme. A court d&rsquo;argent, Murdoc a vendu des armes pour survivre, et a br\u00fbl\u00e9 le Kong Studios pour toucher l&rsquo;argent de l&rsquo;assurance. C&rsquo;est en voguant vers le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Point_Nemo\"><b>Point Nemo<\/b><\/a>, qu&rsquo;il d\u00e9couvre une \u00eele jonch\u00e9e de plastique.<\/p>\n<p><i>Carrousel <\/i>devient <i>Plastic Beach<\/i>. 2D ne veut pas revenir mais Murdoc, obs\u00e9d\u00e9 par une reformation, le kidnappe et l&#8217;emm\u00e8ne sur l&rsquo;\u00eele. Il fait venir une baleine pour ne pas que 2D s&rsquo;enfuit, ce dernier \u00e9tant c\u00e9tophobe. Noodle est pr\u00e9sum\u00e9e morte et est remplac\u00e9e par une copie Cyborg aussi adepte des guitares que des pistolets. Quant \u00e0 Russel, il aurait \u00e9t\u00e9 en contact avec des contenus radioactifs, perdu dans l&rsquo;oc\u00e9an. Le style se fait plus p\u00e9taradant, avec une d\u00e9bauche de couleurs rouge, jaune, orange o\u00f9 se m\u00eale le noir le plus profond et le blanc le plus pur. La technique change aussi, fini le 2D et bienvenue aux effets sp\u00e9ciaux num\u00e9riques et aux personnages en 3D. On invite Bruce Willis et c&rsquo;est un vrai remake de <i>Boulevard de la Mort<\/i><b><i>\u00a0<\/i><\/b>ainsi que de\u00a0<i>L&rsquo;Inspecteur Harry<\/i> qui se joue devant nous :\u00a0<i>Stylo<\/i> est le premier single du groupe. On opte pour une pop synth\u00e9tique efficace avec un refrain de R&rsquo;n&rsquo;B avec ce bon Bobby Womack. Vrai carton en Angleterre, succ\u00e8s plus confidentiel dans le reste du monde. Un vrai souvenir du funk des ann\u00e9es 70 et 80, coupl\u00e9 \u00e0 une intrigue polici\u00e8re,\u00a0<i>Stylo<\/i> est une \u00e9ni\u00e8me preuve de la mue du groupe.<\/p>\n<p>https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=nhPaWIeULKk<\/p>\n<p>Le point d&rsquo;orgue de cette phase 3 est la glorification d&rsquo;une nature sauvage et inhospitali\u00e8re, fragilis\u00e9e par les d\u00e9g\u00e2ts environnementaux. A une \u00e9poque o\u00f9 le terme d'\u00a0\u00bb\u00e9cocide\u00a0\u00bb n&rsquo;existait pas et que les manifs pro-environnement \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme des rassemblements de hippies, \u00e7a tenait de l&rsquo;originalit\u00e9. A l&rsquo;image de ce message lourd \u00e0 porter, <i>Plastic Beach<\/i> fut un gouffre financier pour Albarn, un album tr\u00e8s co\u00fbteux \u00e0 produire. La pluie de guests de qualit\u00e9 (<b>Snoop Dogg, Little Dragon, Mos Def, Bobby Womack, Lou Reed)\u00a0<\/b>n&rsquo;avait s\u00fbrement pas aid\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie. Mais qu&rsquo;importe ? Sauf qu&rsquo;apr\u00e8s plusieurs recherches sur Internet, cette phase 3 n&rsquo;est pas tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9e par ses fans, elle est parfois qualifi\u00e9e de \u00ab\u00a0trop\u00a0\u00bb. Trop color\u00e9e. Trop cacophonique. Trop \u00e9vidente dans son message \u00e9cologique. Trop grandiloquente. Trop \u00ab\u00a0hors cadre\u00a0\u00bb quoi. Le design s&rsquo;en ressent. On m\u00e9lange la phase 1 dans la rondeur et la 2 avec son style plus r\u00e9aliste, avec pl\u00e9thore de d\u00e9tails encore plus \u00e9vidents, le tout dans un d\u00e9luge de couleurs \u00e9clat\u00e9es. On remarque de nouveaux personnages (Cyborg Noodle, le Grim Reaper \u00ab\u00a0Faucheuse\u00a0\u00bb) un peu trop all\u00e9goriques, on tente un m\u00e9lange de 3D, de 2D et de vrais acteurs pour les clips vid\u00e9o (le publicit\u00e9 Converse, <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=Nf_PmmlCiso\">DoYaThing<\/a>, en est un exemple).<\/p>\n<p>Ce m\u00e9lange entre la r\u00e9alit\u00e9 et le virtuel est intriguant, on sent que le groupe nous semble proche, mais finit par s&rsquo;\u00e9loigner. Il nous \u00e9chappe une fois de plus, se noie peut-\u00eatre dans un trop-plein d&rsquo;\u00e9motions et de textures, mais il parvient encore \u00e0 surprendre. L&rsquo;\u00eele de plastique \u00e9voque un double mirage : vue comme un paradis terrestre, elle n&rsquo;est qu&rsquo;une montagne polluante de plastique. Le groupe nous semble proche, mais dispara\u00eet lorsqu&rsquo;on parvient \u00e0 presque le toucher. Jamais l&rsquo;univers de Gorillaz n&rsquo;avait atteint un tel point de f\u00e9erie, plus proche d&rsquo;un documentaire gothique que d&rsquo;un Seigneur des Anneaux en mode Livre de la Jungle.<\/p>\n<p>Et comme toujours chez Gorillaz, derri\u00e8re la beaut\u00e9 se cache souvent une laideur proverbiale.<\/p>\n<h3  > Gorillaz, phase 4 : les faux humains<\/h3>\n<p>2017. Le groupe a seize ans. Il s&rsquo;offre une mue salutaire, \u00e0 la fois graphique et musicale avec <i>Humanz<\/i>. On peut lire dans la version deluxe de l&rsquo;album \u00ab\u00a0<i>Those who fear music are dangerous<\/i>\u00ab\u00a0,\u00a0<i>ceux qui craignent la musique sont dangereux.<\/i> Apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9cologie, la guerre, les relations humaines,\u00a0<a href=\"https:\/\/sonologysm.fr\/gorillaz-humanz-humains-apres-tout\/\"><i>Humanz<\/i><\/a><i>\u00a0<\/i>s&rsquo;attaque \u00e0 l&rsquo;obscurantisme de tout poil : religieux (attaques terroristes \u00e0 Paris et Manchester), politique (l&rsquo;\u00e8re Trump), soci\u00e9tal (les th\u00e9ories du complot). La 3D se fait plus l\u00e9g\u00e8re et moins r\u00e9aliste, renouant un temps avec les rondeurs enfantines de la phase 1 : textures liss\u00e9es, v\u00eatements criards, mines joviales, on est loin d&rsquo;un 2D sortant du lit en tirant une langue ros\u00e2tre dans\u00a0<i>DoYa Thing<\/i>. Ici c&rsquo;est une f\u00eate folle qui d\u00e9marre, aux \u00e8res faussement joyeux. Les vrais humains sont de faux robots, les vrais robots sont des parodies d&rsquo;humanit\u00e9, dit en substance Albarn.<\/p>\n<p>L&rsquo;univers n&rsquo;y est pas moins riche : installation dans un manoir hant\u00e9 par des cr\u00e9ature extraterrestres ou des d\u00e9mons \u00e0 un oeil, f\u00eates endiabl\u00e9es peupl\u00e9s de gens bizarres, photomontages de geishas et de samoura\u00efs dans un penthouse de luxe, un Russel en verre de quinze m\u00e8tres expos\u00e9 dans une foule \u00e0 Pyongyang. Les visages offrent un sourire carnassier, les humains sont trafiqu\u00e9s sur ordinateur et coll\u00e9s dans des d\u00e9cors de r\u00eave ou bien apocalyptiques. Les lignes sont si fines que l&rsquo;on ne voit plus les personnages, on les ressent. D\u00e9coll\u00e9s de leurs contours \u00e9pais de comics caract\u00e9ristiques, ils pourraient passer pour des badauds sans probl\u00e8me, qui font la pub pour E.ON, Jaguar, Redbull, Converse, Sonos, The Lenz ou Casio.<\/p>\n<p>https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=DAXjiVuzlPw<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est plus qu&rsquo;un d\u00e9tail, mais les 4 membres ont tout v\u00e9cu. Ils ont ras\u00e9 des for\u00eats, travers\u00e9 des d\u00e9serts, surv\u00e9cu \u00e0 des naufrages et tout autre cataclysme sorti d&rsquo;un cerveau fou : zombies d\u00e9lirants, yakuzas, vampires, tueurs \u00e0 gage, la Mort elle m\u00eame, baleines, d\u00e9chets organiques ou humains. Seul Murdoc brille par son absence, en prison pour malversations financi\u00e8res, ce qui le pousse \u00e0 contacter <a href=\"https:\/\/www.google.com\/search?q=ace+powerpuff+girls&amp;rlz=1C5CHFA_enFR776FR776&amp;sxsrf=ALeKk01u-e13WDDqSOKo4ahJ_Z3y1Rt3-A:1628109044618&amp;source=lnms&amp;tbm=isch&amp;sa=X&amp;ved=2ahUKEwjU5onqmpjyAhVD4YUKHW4uBwIQ_AUoAXoECAEQAw&amp;biw=1440&amp;bih=703\">Ace<\/a>, le m\u00e9chant des Super Nanas pour le remplacer. L&rsquo;on apprend que Noodle a un chat nomm\u00e9 Katsu qu&rsquo;elle idol\u00e2tre, que Russel est redevenu humain et a m\u00eame un peu maigri, et que Murdoc aime le BDSM (n&rsquo;en sachons rien de plus, svp).<\/p>\n<p>Rien de bien nouveau c\u00f4t\u00e9 p\u00e9rip\u00e9ties, ces quatre l\u00e0 ont v\u00e9cu bien plus que Robinson Crusoe, Henri IV et Copernic r\u00e9unis. Le style Gorillaz se fait plus viral, plus ancr\u00e9 dans son temps : collaborations avec des marques de mode, de t\u00e9l\u00e9phone ou de services, jeux en direct sur les r\u00e9seaux sociaux (l&rsquo;op\u00e9ration \u00ab\u00a0Free Murdoc\u00a0\u00bb), comptes Instagram reconvertis en livres interactifs sur la vie des membres du groupe (les \u00ab\u00a0book of&#8230;\u00a0\u00bb), une application interactive avec Plastic Beach en r\u00e9alit\u00e9 augment\u00e9e sur t\u00e9l\u00e9phone. Bref, Gorillaz casse Internet encore une fois, sans faire appel au popotin de Kim Kardashian. La viralit\u00e9, chez eux, prend des allures de gu\u00e9rilla moderne. On applaudit la d\u00e9cision de Hewlett de cr\u00e9er enfin une marque d\u00e9di\u00e9e au groupe : G-Foot avec de designs de tee-shirts exclusifs \u00e0 des prix raisonnables.<\/p>\n<p>Les r\u00e9compenses pleuvent: Q Awards du meilleur album, BRIT Awards du meilleur groupe britannique, le Lion d&rsquo;Or \u00e0 Cannes pour leur application. Sur la pochette du disque, on les voit humanis\u00e9s, proches de nous qu&rsquo;ils ne l&rsquo;ont jamais \u00e9t\u00e9, avec leur posture distincte : air perdu pour 2D, regard p\u00e9n\u00e9trant att\u00e9nu\u00e9 par des lunettes roses pour Noodle, regard franc et inqui\u00e9tant pour Russel, ou air malicieux, voir s\u00e9ducteur, pour Murdoc. Les ravages du temps les a \u00e0 peine touch\u00e9, ils semblent immortels. \u00ab\u00a0Nous sommes toujours Humains\u00a0\u00bb semble dire en filigrane cette phase interm\u00e9diaire. Mais le groupe \u00e9tant fortiche de l&rsquo;esbroufe, ces 20 ans de Gorillaz pourront-il le prouver?<\/p>\n<h3  > Gorillaz, phase 5 : \u00e9tranges machines, temps perdu<\/h3>\n<p>De nos jours.\u00a0<i>Humanz\u00a0<\/i>et\u00a0<i>The Now Now<\/i>, malgr\u00e9 une cr\u00e9ativit\u00e9 r\u00e9elle, ont montr\u00e9 des signes d&rsquo;essoufflement. Le d\u00e9luge de guests a plong\u00e9 la machine dans un \u00e9tat de veille. Les critiques \u00e9taient alors mi-figue mi-raisin, se fendant m\u00eame d&rsquo;un \u00ab\u00a0Gorillaz-been\u00a0\u00bb pour la blague. Incoh\u00e9rents, errants, tels furent les adjectifs. Et puis le Covid a frapp\u00e9, bouleversant nos vies humaines \u00e0 jamais. Encore une fois, Albarn fait fort en baptisant l&rsquo;album <i>\u00ab\u00a0Song Machine : Season One, Strange Timez\u00a0\u00bb<\/i> comme une pr\u00e9monition de la situation actuelle. Boost\u00e9 par la pand\u00e9mie, il plie l&rsquo;album en temps record, avec quelques guests tri\u00e9s sur le volet et un temps record de fabrication de nouveaux design. Musicalement, l&rsquo;album renoue avec la folie foutraque du premier opus, et l&rsquo;on retient la phrase de Russel sur l&rsquo;\u00e9laboration de\u00a0<i>Song Machine<\/i> : cette \u00e9trange machine se nourrit de l&rsquo;inconnu, voire du n\u00e9ant et fonctionne en pur chaos. Il n&rsquo;y a plus de lendemain, ni m\u00eame de pr\u00e9sent ou de pass\u00e9, le Covid ayant brouill\u00e9 toutes nos fronti\u00e8res temporelles.<\/p>\n<p>C\u00f4t\u00e9 graphisme, les traits s&rsquo;\u00e9tirent, les couleurs s&rsquo;\u00e9claircissent, on r\u00e9utilise des design anciens sous forme de stickers coll\u00e9s dans un coin de page, on recycle les fringues du d\u00e9but. On voit m\u00eame une \u00e9trange cr\u00e9ature, \u00e0 la fois marine et terrestre (le fameux <b>Leee John<\/b>, membre du groupe Imagination), pulv\u00e9riser la Plastic Beach d&rsquo;un flash de feu sortant des yeux. Si ce geste est symbolique &#8211; on tue le pass\u00e9 pour avancer, en substance &#8211; on se surprend \u00e0 voir Murdoc verser une larme sur cette fin brutale en voyant des cadavres de sous-marins (entr&rsquo;aper\u00e7us dans Plastic Beach) et des restes de Cyborg Noodle. Puis un vortex appara\u00eet, les trois membres apparaissent, laissant un instant Murdoc sur le banc de touche. Dans l&rsquo;horreur de cette seconde, 2D ressort du vortex pour le reprendre avec lui. Signe que malgr\u00e9 les erreurs pass\u00e9es, Gorillaz forme toujours une sacr\u00e9e famille, soud\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;os.<\/p>\n<p>https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=FJVV8o6vgso<\/p>\n<p>Dans cette phase d&rsquo;un nouveau genre, et \u00e0 cause du Covid, les membres sont moins pr\u00e9sents dans les clips, laissant place aux vrais humains :\u00a0<b>Fatoumata Diawar\u00e9, Leee John, slowthai, Slaves<\/b> pour ne citer qu&rsquo;eux. L&rsquo;ambiance est plus m\u00e9lancolique, les couleurs p\u00e2lottes ou franchement crues. Les photomontages sont toujours d&rsquo;actualit\u00e9, avec une agressivit\u00e9 sensuelle derri\u00e8re chaque courbe ou chaque couleur. Le chaos a laiss\u00e9 place \u00e0 une machine \u00e0 tubes d\u00e9clamant des sons joyeux ou introspectifs, allant de la\u00a0 bossa nova au funk, au rap soyeux glissant sur de la pop 80&rsquo;s. Car m\u00eame dans ces moments difficiles, Gorillaz arrive \u00e0 plaisanter sur la pand\u00e9mie actuelle : prenant la distanciation sociale tr\u00e8s au s\u00e9rieux, les membres n&rsquo;h\u00e9sitent pas \u00e0 se barricader physiquement dans leur chambre respective dans le tout nouveau Kong Studios !! Chose \u00e9tonnante que d&rsquo;avoir ressuscit\u00e9 ce vieux studio ou tout a commenc\u00e9. Symbolique d&rsquo;un nouveau d\u00e9part ? On ne saurait dire.<\/p>\n<p>Ce geste final de 2D, sortant du vortex pour sauver Murdoc et le pardonnant sur ses actions pass\u00e9es laisse songeur. Quant \u00e0 la conclusion de cette phase, elle es ambivalente : en mars 2021, un\u00a0 \u00ab\u00a0gouffre d\u00e9moniaque\u00a0\u00bb rend le studio inutilisable pendant de longues semaines. Le groupe part avec le Winnebago de Murdoc sur les routes en jouant tous les jours sur leurs instruments. Qu&rsquo;adviendra-t-il de leur \u00ab\u00a0Song Machine\u00a0\u00bb ? Leurs d\u00e9mons ext\u00e9rieurs et int\u00e9rieurs n&rsquo;arr\u00eateront-ils jamais de les pers\u00e9cuter? Le groupe est-il entre de bonnes mains? Peut-on dire que j&rsquo;ai l&rsquo;impression que ma t\u00eate va exploser apr\u00e8s toutes ces aventures que m\u00eame Tolkien n&rsquo;aurait pas os\u00e9 imaginer ? Pour couronner ces 20 ans de Gorillaz, la question reste en suspens.<\/p>\n<h3  > 20 ans de Gorillaz, 20 ans d&rsquo;exp\u00e9rimentations<\/h3>\n<p>En conclusion, on ne le sait que trop bien, le style visuel de Gorillaz et sa musique sont devenues si fusionnelles qu&rsquo;il est impossible de les d\u00e9tacher. Durant ces 20 ans de Gorillaz, leur sens de la r\u00e9partie et leur exp\u00e9rimentation continuent forcent le respect. Le groupe s&rsquo;alimente de mythes du monde, de croyances populaires, de petits riens et de grands tous, aussi bien musicalement que graphiquement. Au fur et \u00e0 mesure que le groupe prend de la bouteille, on s&rsquo;approche d&rsquo;une forme d&rsquo;abstraction li\u00e9e aux exp\u00e9rimentations sonores, des collaborations et de l&rsquo;actualit\u00e9. Le dehors est dedans, l&rsquo;ailleurs se trouve pr\u00e8s de nous, presque palpable, tandis que la machine a fusionn\u00e9 fa\u00e7on Dragon Ball avec l&rsquo;Homme. Les vies virtuelles des membres comptent bien plus que celles, terre-\u00e0-terre, incroyablement banales des vrais protagonistes. Ce qui avait commenc\u00e9 par une farce de lyc\u00e9en s&rsquo;est mu\u00e9 en un monstre de cr\u00e9ativit\u00e9 redoutable, ayant mis au placard depuis longtemps la rentabilit\u00e9 et la honte du bizarre. Ils ont invent\u00e9 avant tout le monde, avant m\u00eame les influenceurs, le concept de \u00ab\u00a0storytelling num\u00e9rique\u00a0\u00bb, cette petite histoire que l&rsquo;on raconte autour d&rsquo;un concept pour le rendre vivant. Une chose rare \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque mais devenue banale aujourd&rsquo;hui. Dans ce cas de figure, Gorillaz l&rsquo;a d\u00e9pass\u00e9 pour inventer sa propre histoire au gr\u00e9 des vents, en choquant, bousculant, \u00e9patant toujours plus son public.<\/p>\n<p>Toute la v\u00e9racit\u00e9, la beaut\u00e9 de ce monde cr\u00e9\u00e9 de toutes pi\u00e8ces est la preuve que lorsque l&rsquo;on confie de tels projets \u00e0 des personnes comp\u00e9tentes, il pourra vivre des centaines d&rsquo;ann\u00e9es sans se d\u00e9moder. A une \u00e9poque o\u00f9 durer est de plus en plus difficile, Gorillaz fait office de cas de figure, de dinosaure des m\u00e9dias au tout d\u00e9but des ann\u00e9es 2000. Ils avaient curieusement proph\u00e9tis\u00e9 pas mal de probl\u00e9matiques aujourd&rsquo;hui pour la plupart devenues r\u00e9elles : une politique bling-bling d\u00e9tach\u00e9e de la r\u00e9alit\u00e9, une violence sourde, une m\u00e9lancolie post-attentats. L&rsquo;univers graphique de Gorillaz, c&rsquo;est plus fort qu&rsquo;une arm\u00e9e de 80 000 <i>wannabe<\/i> voulant changer le monde, plus profond qu&rsquo;un \u00e9ni\u00e8me discours de la m\u00e9thode. C&rsquo;est une th\u00e9orie en \u00e9volution, \u00e0 la fois volatile et compacte, une preuve irr\u00e9futable qu&rsquo;une simplicit\u00e9 apparente de design cache toujours quelque chose de plus profond, de plus vrai que ce qu&rsquo;on a l&rsquo;habitude de voir. C&rsquo;est la preuve r\u00e9elle qu&rsquo;une union entre l&rsquo;art et la musique est puissante si elle est ex\u00e9cut\u00e9e \u00e0 bon escient.<\/p>\n<p>Gorillaz semble ne pas vouloir se taire et l&rsquo;on peut esp\u00e9rer que le groupe continuera toujours son \u00e9trange fascination sur nos esprits endoloris par les \u00e9preuves du Temps. 20 ans de Gorillaz et notre monde nous semble moins fragile et moins corruptible. Du moins pour un temps&#8230;<\/p>\n<p>\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1920\" height=\"1080\" src=\"https:\/\/sonologysm.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/20_ans_gorillaz_2.jpg\" alt=\"20 ans de Gorillaz \u2013 2 : l\u2019univers de Gorillaz, zombies, cartoons et humour noir - Alworld.fr\" srcset=\"https:\/\/alworld.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/20_ans_gorillaz_2.jpg 1920w, https:\/\/alworld.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/20_ans_gorillaz_2-300x169.jpg 300w, https:\/\/alworld.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/20_ans_gorillaz_2-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/alworld.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/20_ans_gorillaz_2-768x432.jpg 768w, https:\/\/alworld.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/20_ans_gorillaz_2-1536x864.jpg 1536w\" sizes=\"(max-width: 1920px) 100vw, 1920px\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un univers graphique bigarr\u00e9, aux allures de cartoon zombifi\u00e9 \u00e0 la sauce manga. Un carrefour d&rsquo;influences asiatiques et am\u00e9ricaines, o\u00f9, sous ses airs dr\u00f4les, se cache une critique acerbe de la soci\u00e9t\u00e9 et beaucoup d&rsquo;humour noir. 20 ans de Gorillaz, 20 ans d&rsquo;exp\u00e9rimentations graphiques de qualit\u00e9. 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