{"id":36130,"date":"2020-06-13T13:33:52","date_gmt":"2020-06-13T11:33:52","guid":{"rendered":"http:\/\/alworld.fr\/?p=36130"},"modified":"2020-06-13T13:33:52","modified_gmt":"2020-06-13T11:33:52","slug":"the-last-broadcast-1998-ou-la-peur-du-reel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sonologysm.fr\/?p=36130","title":{"rendered":"The Last Broadcast (1998) ou la peur du r\u00e9el"},"content":{"rendered":"<h3  > The Last Broadcast : une curiosit\u00e9 imparfaite mais courageuse, pr\u00e9curseur du found footage nouvelle g\u00e9n\u00e9ration qui allait faire table rase du pass\u00e9 et tenter des id\u00e9es qui feront date. The Blair Witch Project lui doit beaucoup, inconsciemment&#8230;<\/h3>\n<p>Contrairement \u00e0 ce que l&rsquo;on pourrait penser, le genre du&nbsp;<i>found footage<\/i> est plut\u00f4t ancien. On note l&rsquo;excellent&nbsp;<i>Punishment Park<\/i>, film\u00e9 avec les m\u00eames codes que le genre dans les ann\u00e9es 70 par <strong>Peter Watkins<\/strong>. Le <a href=\"https:\/\/sonologysm.fr\/category\/videodrome\/\">film<\/a> fit grand bruit \u00e0 sa sortie en d\u00e9peignant une uchronie <i>(peinture d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement historique qui n&rsquo;a jamais eu lieu)<\/i> : un \u00e9tat d&rsquo;urgence a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 apr\u00e8s la guerre du Viet-N\u00e2m visant \u00e0 arr\u00eater tous les opposants au conflit. Ils devront traverser pendant 3 jours sans ressources le \u00ab\u00a0Punishment Park\u00a0\u00bb, un d\u00e9sert grouillant de flics arm\u00e9s jusqu&rsquo;aux dents. Un film essentiel sur les d\u00e9cisions politiques, la libert\u00e9 d&rsquo;expression et la question centrale du voyeurisme. Car voyeurisme, il en est question dans le&nbsp;<i>found footage<\/i> : quel est notre r\u00f4le, nous, en tant que spectateur, dans une histoire pr\u00e9sent\u00e9e comme r\u00e9elle alors que tout est faux ? Si cette question \u00e9tait embryonnaire dans les ann\u00e9es 70, les ann\u00e9es 80 en rajout\u00e8rent une couche avec&nbsp;<i>Cannibal Holocaust,<\/i>&nbsp;\u00e9pop\u00e9e dans une tribu amazonienne vers\u00e9e dans la cruaut\u00e9 et les actes de torture. Ici, la politique avait laiss\u00e9 place \u00e0 l&rsquo;horreur. Ce c\u00f4t\u00e9 horrifique resta longtemps associ\u00e9 au genre, et l&rsquo;est encore aujourd&rsquo;hui malgr\u00e9 quelques exceptions (<i>Chronicle, Projet X&nbsp;<\/i>voire m\u00eame&nbsp;<i>Rachel Se Marie<\/i>).<\/p>\n<p>En 1999, le genre rena\u00eet brusquement avec le c\u00e9l\u00e8bre&nbsp;<i>Projet Blair Witch<\/i>, r\u00e9alis\u00e9 avec un budget ridicule de 25 000 dollars et qui en rapporta pr\u00e8s de 100 millions&#8230; sous cette promotion marketing se cache un bijou d&rsquo;\u00e9pouvante, jouant avec nos nerfs et questionnant notre rapport \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 avec une rare acuit\u00e9. Si j&rsquo;admets volontiers que seule la fin constitue pour moi un sommet d&rsquo;angoisse et de terreur,&nbsp;<i>Le Projet Blair Witch<\/i> d\u00e9montre en l&rsquo;espace de 88 minutes toute la puissance de la cr\u00e9ation cin\u00e9matographique. En gros, faire grand avec peu.<\/p>\n<p>Mais tout le monde a plus ou moins oubli\u00e9<i> The Last Broadcast<\/i>. Surfant sur des sites parfois \u00e9tranges, je tombe sur ce qui est pr\u00e9sent\u00e9 comme le pr\u00e9curseur de&nbsp;<i>Blair Witch<\/i>, avec une histoire microscopique : une \u00e9mission style \u00ab\u00a0chasseurs de fant\u00f4mes\u00a0\u00bb veut r\u00e9aliser un reportage sur le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Diable_de_Jersey\">Diable de Jersey<\/a>, cr\u00e9ature d\u00e9moniaque du folklore am\u00e9ricain, en compagnie d&rsquo;une \u00e9quipe technique, de deux pr\u00e9sentateurs et d&rsquo;un m\u00e9dium. L&rsquo;histoire, comme on le devine, tournera court. Le film sort en 1998, et pour un budget ridicule de 900 dollars en rapporta 4 millions. Imparfait mais courageux, <i>The Last Broadcast<\/i>, malgr\u00e9 son g\u00eanant cousin fan de sorci\u00e8res, avait des choses int\u00e9ressantes \u00e0 nous raconter.&nbsp;<\/p>\n<p><b>ATTENTION. Cet article contient des spoilers sur la fin de l&rsquo;intrigue.<\/b><\/p>\n<p>\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1400\" height=\"700\" src=\"https:\/\/sonologysm.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/The-Last-Broadcast-1998-ou-la-peur-du-reel-Alworld.fr-copie.jpg\" alt=\"The Last Broadcast (1998) ou la peur du r\u00e9el - Alworld.fr\" srcset=\"https:\/\/alworld.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/The-Last-Broadcast-1998-ou-la-peur-du-reel-Alworld.fr-copie.jpg 1400w, https:\/\/alworld.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/The-Last-Broadcast-1998-ou-la-peur-du-reel-Alworld.fr-copie-300x150.jpg 300w, https:\/\/alworld.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/The-Last-Broadcast-1998-ou-la-peur-du-reel-Alworld.fr-copie-1024x512.jpg 1024w\" sizes=\"(max-width: 1400px) 100vw, 1400px\" \/>\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<\/p>\n<h3  > Myst\u00e8res de The Last Broadcast<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 une qualit\u00e9 approximative (grain de l&rsquo;image sale, filtre 90s typique, mouvement de cam\u00e9ra rude),\u00a0<i>The Last Broadcast<\/i> sait faire preuve d&rsquo;ing\u00e9niosit\u00e9 dans son style \u00e9pur\u00e9. Tout commence par un monologue sur fond noir de David Leigh (le r\u00e9alisateur du film), citant la cruelle histoire de cette \u00e9quipe de t\u00e9l\u00e9vision partie filmer le Diable du New Jersey et qui a termin\u00e9 en bain de sang. La personne regarde fixement le spectateur dans les yeux, parlant d&rsquo;un ton monocorde o\u00f9 ne trahit aucune \u00e9motion. Une sensation pesante se fait sentir avec des fondus au noir, ainsi qu&rsquo;une musique stridente du meilleur effet.\u00a0L&rsquo;intrigue est banale. Deux jeunes gens en qu\u00eate de frisson veulent faire un dernier coup d&rsquo;\u00e9clat pour faire monter l&rsquo;audience de leur programme \u00ab\u00a0Fact of Fiction\u00a0\u00bb <i>(V\u00e9rit\u00e9 ou Fiction, la<\/i> TNT n&rsquo;avait d\u00e9cid\u00e9ment rien invent\u00e9), consid\u00e9r\u00e9 par le cr\u00e9ateur lui-m\u00eame comme l&rsquo;une des meilleures \u00e9missions du genre. Si le propos est convenu et racont\u00e9 avec simplicit\u00e9, l&rsquo;on remarque qu&rsquo;une certaine critique se fait sentir : sur les deux hommes, l&rsquo;un d&rsquo;eux,\u00a0Stefan Avalos, appara\u00eet comme le plus loquace et le plus inventif. Mais pas le plus intelligent, son programme bat de l&rsquo;aile et il le cache \u00e0 ses amis en r\u00eavant de dollars. Il d\u00e9cide de faire participer les gens dans l&rsquo;\u00e9mission. Un myst\u00e9rieux appel, parlant avec une voix \u00ab\u00a0flippante\u00a0\u00bb selon l&rsquo;un des ing\u00e9nieurs du son, leur conseille d&rsquo;aller enqu\u00eater sur le <b>Diable de Jersey<\/b>. Une cr\u00e9ature du folklore am\u00e9ricain, au corps de reptile, volante, avec la t\u00eate d&rsquo;une ch\u00e8vre ou d&rsquo;un cheval. Si l&rsquo;on peut rire en tant que n\u00e9ophyte \u00e0 cette b\u00eab\u00eate somme toute assez originale, l&rsquo;ambiance est d\u00e9j\u00e0 teint\u00e9e d&rsquo;\u00e9trange.<\/p>\n<p>On poursuit la qu\u00eate du myst\u00e8re. Ils partent pour les Pine Barrens dans le New Jersey, mais cette exp\u00e9dition est d\u00e9j\u00e0 vue comme un \u00ab\u00a0fiasco\u00a0\u00bb. Ils rencontrent un m\u00e9dium reconnu dans la r\u00e9gion pour les aider dans leur qu\u00eate :\u00a0Jim Suerd, d\u00e9gaine de fan de Nirvana qui appara\u00eet comme original au comportement bizarre. Peu loquace, il instille une angoisse diffuse, qui monte brusquement lorsqu&rsquo;on le voit deviner des cartes ou se rouler par terre de douleur en exhibant des chiffres grav\u00e9s sur le bras. Ambiance.<\/p>\n<p>Il sera d&rsquo;ailleurs le seul survivant de cette qu\u00eate.<\/p>\n<p>\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1280\" height=\"720\" src=\"https:\/\/sonologysm.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/the-last-broadcast.webp\" alt=\"The Last Broadcast (1998) ou la peur du r\u00e9el - Alworld.fr\" srcset=\"https:\/\/alworld.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/the-last-broadcast.webp 1280w, https:\/\/alworld.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/the-last-broadcast-300x169.webp 300w, https:\/\/alworld.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/the-last-broadcast-1024x576.webp 1024w\" sizes=\"(max-width: 1280px) 100vw, 1280px\" \/>\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<\/p>\n<h3  > Tension(s)<\/h3>\n<p>On pourra reprocher certains effets de zoom faciles sur de pauvres articles de journal, ou des choix d&rsquo;encha\u00eenement discutables, malgr\u00e9 tout l&rsquo;ensemble tient, n&rsquo;oublions pas que l&rsquo;on est en 1998 et que les moyens sont encore rudimentaires. Si le sort de ces pauvres gens semble d\u00e9j\u00e0 sceller, on peut saluer la formidable \u00e9conomie de moyens dont fait preuve le film. Une tension palpable se cache au d\u00e9tour d&rsquo;un interview, d&rsquo;un plan de cam\u00e9ra ou d&rsquo;un commentaire personnel. Via un seul plan, le r\u00e9alisateur nous fait vite comprendre que l&rsquo;enqu\u00eate a pi\u00e9tin\u00e9 (la police soup\u00e7onne m\u00eame un canular), mais que deux corps ont \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9s. Les deux comp\u00e8res n&rsquo;auront pas fait long feu. Les acteurs sont merveilleux de cr\u00e9dibilit\u00e9 : le policier joue parfaitement son r\u00f4le de cart\u00e9sien face \u00e0 l&rsquo;horreur, l&rsquo;ing\u00e9 du son un brin caustique, ou bien les proches des victimes jouant la carte de la tristesse avec conviction. Etonnant lorsque l&rsquo;on sait qu&rsquo;ils sont tous amateurs. Les lieux sont aussi bien repr\u00e9sent\u00e9s : arrestation de la police, commissariat, maisons cossues, paysages sauvages et inqui\u00e9tants. Cette cr\u00e9dibilit\u00e9 rend le film bien plus r\u00e9aliste et ne fait que jouer avec nos nerfs.<\/p>\n<p>En filigrane, quelques critiques viennent s&rsquo;ajouter : le jugement exp\u00e9ditif du pauvre Suerd que l&rsquo;on juste \u00ab\u00a0d\u00e9moniaque\u00a0\u00bb \u00e0 l&rsquo;issue du proc\u00e8s, une r\u00e9\u00e9lection du parti r\u00e9publicain tomb\u00e9e \u00e0 l&rsquo;eau pour le procureur \u00e0 cause de l&rsquo;affaire, et le vid\u00e9aste charg\u00e9 de v\u00e9rifier les vid\u00e9os compl\u00e8tement d\u00e9pass\u00e9 par les \u00e9v\u00e9nements. Le r\u00e9alisateur d\u00e9cide d&rsquo;y mettre son grain de sel avant de nous exposer ses recherches : cadres serr\u00e9s, mouvements de corps d\u00e9sorganis\u00e9s, regard fuyant de Suerd. Celui-ci, sous les vid\u00e9os tourn\u00e9s, change compl\u00e8tement. Il n&rsquo;est plus le gentil gars timide, mais une cr\u00e9ature effrayante, dont les probl\u00e8mes mentaux et la recherche vaine d&rsquo;un monstre imaginaire vont bient\u00f4t le rendre vuln\u00e9rable. Une incroyable tension se fait sentir, plus forte que les pr\u00e9c\u00e9dentes. On apprend que Suerd, apr\u00e8s avoir d\u00e9voil\u00e9 des indices, se suicide en prison. Mais l&rsquo;auteur du meurtre de Steve et de son comparse reste introuvable, malgr\u00e9 la trouvaille d&rsquo;un chapeau et d&rsquo;une carcasse de voiture sur un bas-c\u00f4t\u00e9. On devine, progressivement, une piste farfelue : et si c&rsquo;\u00e9tait le fameux Diable ? Au regard de l&rsquo;enregistrement, quand on aper\u00e7oit une trace de sang dans la nuit alors que l&rsquo;\u00e9quipe perd petit \u00e0 petit l&rsquo;esprit, on peut s&rsquo;en douter.<\/p>\n<p>Puis <i>The Last Broadcast<\/i> bascule dans une autre dimension.\u00a0Si l&rsquo;on regrettait les nombreux copies de plans d\u00e9j\u00e0 utilis\u00e9s dans le film pour compl\u00e9ter l&rsquo;enqu\u00eate, un retournement de situation s&rsquo;op\u00e8re violemment. Le r\u00e9alisateur s&rsquo;av\u00e8re \u00eatre l&rsquo;une des \u00ab\u00a0ombres\u00a0\u00bb de la vid\u00e9o et sans crier garde, tue la vid\u00e9aste Michelle qui pourtant l&rsquo;avait aid\u00e9 dans son enqu\u00eate ! Il s&rsquo;agit d&rsquo;une sc\u00e8ne de strangulation assez bien ex\u00e9cut\u00e9e (je rappelle que le film a \u00e9t\u00e9 fait avec 900 dollars), et se permet m\u00eame dans son horreur d&rsquo;\u00eatre esth\u00e9tique au milieu des b\u00e2ches de papier transparent. Sans trahir d&rsquo;\u00e9motion, le r\u00e9alisateur d\u00e9sire continuer sans \u00ab\u00a0\u00eatre importun\u00e9\u00a0\u00bb et se d\u00e9barrasse du cadavre. Le grain VHS des ann\u00e9es 90 rend les sc\u00e8nes encore plus horribles. Et nous, spectateur, on commence \u00e0 craindre le pire.<\/p>\n<p>Sans vraiment comprendre ce qui se passe, on s&rsquo;enfonce de plus en plus dans les Pine Barrens, et quelque part, dans une zone inconsciente. Le r\u00e9alisateur est dans une autre dimension, il parle \u00e0 la cam\u00e9ra, r\u00e9p\u00e9tant sans cesse la m\u00eame phrase, un cadavre \u00e0 ses pieds, et un bourdonnement nous emplit le cr\u00e2ne sans comprendre.\u00a0Mais le film s&rsquo;arr\u00eate l\u00e0, nous laissant avec de nombreuses questions en suspens. Le Diable de Jersey aura finalement, eu raison de tout ce petit monde trop curieux \u00e0 s&rsquo;int\u00e9resser \u00e0 son sort&#8230;<\/p>\n<p>\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1200\" height=\"595\" src=\"https:\/\/sonologysm.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/the_last_broadcast3.webp\" alt=\"The Last Broadcast (1998) ou la peur du r\u00e9el - Alworld.fr\" srcset=\"https:\/\/alworld.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/the_last_broadcast3.webp 1200w, https:\/\/alworld.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/the_last_broadcast3-300x149.webp 300w, https:\/\/alworld.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/the_last_broadcast3-1024x508.webp 1024w, https:\/\/alworld.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/the_last_broadcast3-768x381.webp 768w\" sizes=\"(max-width: 1200px) 100vw, 1200px\" \/>\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<\/p>\n<h3  > Conclusion de The Last Broadcast<\/h3>\n<p>Difficile de comparer\u00a0<i>The Last Broadcast<\/i> \u00e0 son illustre rival,\u00a0<i>Le Projet Blair Witch<\/i> et ses 100 millions de dollars de b\u00e9n\u00e9fices. Mais malgr\u00e9 une qualit\u00e9 approximative, un d\u00e9but lent et un twist final assez malhabile, on se prend \u00e0 r\u00eaver ce qu&rsquo;il aurait pu donner s&rsquo;il avait eu de meilleures conditions. Au final aurait-il \u00e9tait mieux s&rsquo;il avait eu plus d&rsquo;argent ? Aurait-il pu garder ce charme brinquebalant, volontaire avec plus de moyens ? La fin aurait-elle \u00e9tait plus logique ? Les acteurs plus cr\u00e9dibles ? Lorsqu&rsquo;on voit ce que le remake atroce de <i>Blair Witch<\/i> sorti en 2016 propose comme \u00ab\u00a0relecture\u00a0\u00bb avec plus de fric (une sorci\u00e8re 3D qui court sur les murs?? S\u00e9rieux?), on se demande si c&rsquo;est vraiment une obligation&#8230; C&rsquo;est dans son \u00e9conomie de moyens que\u00a0<i>The Last Broadcast\u00a0<\/i>se r\u00e9v\u00e8le int\u00e9ressant \u00e0 d\u00e9faut d&rsquo;\u00eatre inoubliable. C&rsquo;est tout simplement fou de voir toute cette architecture \u00eatre dress\u00e9e de fa\u00e7on si cr\u00e9dible avec si peu d&rsquo;argent. On retrouve le r\u00e9el plaisir du cin\u00e9ma d&rsquo;innover, d&rsquo;essayer de trouver quelque chose, d&rsquo;essayer en somme. C&rsquo;est en \u00e7a que\u00a0<i>Broadcast\u00a0<\/i>et\u00a0<i>Blair Witch<\/i> sont fascinants. Faire peu pour provoquer beaucoup. Le temps de tournage tr\u00e8s court a \u00e9galement favoris\u00e9 une zone g\u00e9ographique pr\u00e9cise qui devait limiter les allers retours en voiture. Ce qui n&rsquo;est pas un frein en lui-m\u00eame, le territoire am\u00e9ricain regorgeant dans chaque \u00e9tat de milliers de l\u00e9gendes&#8230; la plupart des acteurs \u00e9taient de proches collaborateurs des r\u00e9alisateurs\u00a0Lance Weiler et Stefan, et l&rsquo;on retient pour la post\u00e9rit\u00e9 que\u00a0<i>The Last Broadcast<\/i> a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;un des premiers\u00a0longs-m\u00e9trages tourn\u00e9s et mont\u00e9s enti\u00e8rement sur un \u00e9quipement num\u00e9rique grand public.<\/p>\n<p>Mais le film n&rsquo;est pas exempt de d\u00e9fauts. On retient un rythme assez poussif, comme un pseudo-reportage aux images d&rsquo;archive intrigantes, une tension palpable avec un point culminant compl\u00e8tement ravag\u00e9 par une fin sans queue ni t\u00eate, qui risque d&rsquo;en d\u00e9sar\u00e7onner plus d&rsquo;un. La qualit\u00e9 VHS typique des ann\u00e9es 90 ne risque pas de plaire ceux qui sont n\u00e9s avec un \u00e9cran LCD devant les yeux, tout comme le montage un brin psych\u00e9d\u00e9lique (zooms grossiers, spirales \u00e0 la \u00ab\u00a0Movie Maker\u00a0\u00bb, r\u00e9p\u00e9tition de certaines images inutile). Certains acteurs en font trop et le d\u00e9roulement de certaines sc\u00e8nes est probl\u00e9matique. La fin en elle-m\u00eame marque un s\u00e9rieux frein \u00e0 une cr\u00e9dibilit\u00e9 pourtant bien \u00e9tablie. Elle suscite beaucoup d&rsquo;interrogations qui n&rsquo;auront, on le sait bien, pas beaucoup de r\u00e9ponses. Au final, qui a manipul\u00e9 qui ? Pourquoi ces jeunes ont \u00e9t\u00e9 irr\u00e9sistiblement attir\u00e9s par une zone en particulier ? Suerd \u00e9tait-il r\u00e9ellement innocent ? Le r\u00e9alisateur \u00e9tait-il simplement fou au point de tuer ces gens ? Qui est-il au juste ? Un malade mental, un tueur en s\u00e9rie, ou bien \u00e9tait-il poss\u00e9d\u00e9 par l&rsquo;esprit du Diable de Jersey ? Est ce que cette cr\u00e9ature existe et au final, a-t-elle manipul\u00e9 tout le monde ?<\/p>\n<p>\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1707\" height=\"936\" src=\"https:\/\/sonologysm.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/The-Last-Broadcast-1998-ou-la-peur-du-reel-Alworld.fr_.jpg\" alt=\"The Last Broadcast (1998) ou la peur du r\u00e9el - Alworld.fr\" srcset=\"https:\/\/alworld.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/The-Last-Broadcast-1998-ou-la-peur-du-reel-Alworld.fr_.jpg 1707w, https:\/\/alworld.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/The-Last-Broadcast-1998-ou-la-peur-du-reel-Alworld.fr_-300x164.jpg 300w, https:\/\/alworld.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/The-Last-Broadcast-1998-ou-la-peur-du-reel-Alworld.fr_-1024x561.jpg 1024w, https:\/\/alworld.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/The-Last-Broadcast-1998-ou-la-peur-du-reel-Alworld.fr_-1536x842.jpg 1536w\" sizes=\"(max-width: 1707px) 100vw, 1707px\" \/>\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<\/p>\n<p>Mais dans le fond, est-ce si important d&rsquo;en savoir plus ?\u00a0\u00a0Cette fa\u00e7on de laisser le spectateur dans l&#8217;embarras de choisir, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 manipul\u00e9 de A\u00a0 \u00e0 Z par une cam\u00e9ra pourrie, est certainement la chose plus importante et la plus cr\u00e9dible qui ressort de\u00a0<i>The Last Broadcast.\u00a0<\/i>Certes, le film n&rsquo;est pas parfait, mais il a su comme\u00a0<i>Blair Witch<\/i> et sa ribambelle de gamins, jouer avec le r\u00e9el, le distordre et le malaxer pour en faire ce qu&rsquo;il veut. Il ne s&#8217;embarrasse pas de constat ou de v\u00e9rit\u00e9, il propose\u00a0<i>sa\u00a0<\/i>v\u00e9rit\u00e9, et la donne \u00e0 un spectateur avide qui se retrouve bien emb\u00eat\u00e9 avec cette fraction de r\u00e9el compl\u00e8tement r\u00e9duite \u00e0 n\u00e9ant par son cr\u00e9ateur. L&rsquo;effroi ne vient pas de faux sang dans la neige, d&rsquo;un son distordu ou bien d&rsquo;un visage \u00e9maci\u00e9 pixellis\u00e9 sur un fond noir, mais il provient de cette r\u00e9alit\u00e9 proche de la n\u00f4tre, avec ces \u00e9tudiants en chemises moches et aux attitudes que l&rsquo;on revoit chez nos amis, de ces gens interview\u00e9s qui pourraient \u00eatre nos proches, de ces lieux que l&rsquo;on peut fr\u00e9quenter. M\u00eame ce r\u00e9alisateur, froid et implacable, pourrait nous \u00eatre familier. Au d\u00e9but, sans \u00e9motion, il d\u00e9bite le d\u00e9roulement du film comme s&rsquo;il \u00e9tait le seul cr\u00e9ateur de toute l&rsquo;histoire, on suit gentiment sa progression en ayant un peu peur, et boum, sans crier garde, nous ass\u00e8ne ce coup dans la figure, puis dispara\u00eet sans crier garde. Celui qui \u00e9tait l&rsquo;investigateur n&rsquo;\u00e9tait que le\u00a0<i>deus ex machina<\/i> de l&rsquo;histoire, ayant droit de vie et de mort sur ses semblables. Peut-\u00eatre la seule chose qui fiche vraiment la trouille dans cette histoire.<\/p>\n<p>M\u00eame si l&rsquo;ensemble s&rsquo;av\u00e8re mal ficel\u00e9 en raison de cette fin abrupte et peu logique, <i>the Last Broadcast\u00a0<\/i>m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre regard\u00e9. C&rsquo;est un \u00e9trange objet filmique, entre le <i>mockumentaire<\/i>, le thriller, le film de fin d&rsquo;\u00e9tudes et la performance artistique. Il n&rsquo;aura jamais eu le succ\u00e8s de <i>Blair Witch<\/i>, mais il aura \u00e9t\u00e9 un formidable brouillon pour ce film. Le film aura, malgr\u00e9 lui, engendr\u00e9 quantit\u00e9 d&rsquo;\u0153uvres plus ou moins imparfaites. De plus, <i>The Last Broadcast<\/i> peut se targuer d&rsquo;\u00eatre le premier film de l&rsquo;Histoire enti\u00e8rement film\u00e9 avec des cam\u00e9ras num\u00e9riques entr\u00e9e de gamme, les premi\u00e8res du genre. Par son statut d&rsquo;outsider, pour l&rsquo;avanc\u00e9e technologique, par int\u00e9r\u00eat cin\u00e9phile, et pour le pur frisson du nouveau, <i>The Last Broadcast<\/i> m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre vu.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>The Last Broadcast : une curiosit\u00e9 imparfaite mais courageuse, pr\u00e9curseur du found footage nouvelle g\u00e9n\u00e9ration qui allait faire table rase du pass\u00e9 et tenter des id\u00e9es qui feront date. The Blair Witch Project lui doit beaucoup, inconsciemment&#8230; Contrairement \u00e0 ce que l&rsquo;on pourrait penser, le genre du&nbsp;found footage est plut\u00f4t ancien. 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