Catégorie : Videodrome

  • The Crown, splendeur, politique et solitude d’une grande reine

    The Crown explore avec une somptueuse gravité, les coulisses du règne le plus long de l’Histoire. A travers le destin d’Elisabeth II, la série dévoile la tension entre devoir monarchique et élans personnels. Une splendide leçon de politique, mâtinée de tragique et de comique.

    Réalisation : Peter Morgan | Genre : Historique | Année : 2016-2023

    Les superlatifs ne manquent pas pour décrire le long règne d’Elisabeth II. C’est le plus long de l’Histoire humaine, tout devant celui de la reine Victoria, et plus ancien, celui de Louis XIV le Roi Soleil. Son nom est déjà emprunt de grandeur et de gravité, puisqu’il succède à une autre reine fameuse de la Renaissance anglaise, Elisabeth Ière, investigatrice de l’Âge d’Or. Et rien à redire dessus, le règne d’Elisabeth II ne manque pas d’aventure, de rebondissements et de drames humains dignes d’un véritable roman. Car la Reine Elisabeth, c’est plus qu’une simple reine avec une couronne, c’est un symbole vivant, un mythe représentant la puissance et la force du Commowealth. C’est la politique écrasante et implacable, le sacrifice personnel pour le bien du peuple, la tristesse voilée, la force de caractère, et la faiblesse humaine bien sûr. De toutes les séries historiques, The Crown représente un cas d’école dans la description des événements de ce long règne. Il évite superbement le simple documentaire pour nous transporter dans une surprenante odyssée intime où se mêle tour à tour et avec élégance l’ivresse du pouvoir, la politique froide et les tourments émotionnels. La reine n’est pas en reste et se permet même d’être en retrait face à d’autres membres de sa famille. Ce qui renforce cette histoire tentaculaire où les destins sont glorifiés, usés, voire brisés par cette royauté toute puissante. The Crown est exemplaire de ce fait, et se permet de montrer les visages les plus noirs du beau tableau blanc royal qu’on nous tend. Car au fond, ces personnages royaux sont des êtres humains, qui doutent, qui trébuchent, et qui se relèvent, ce qui nous les rapproche, pendant un temps, d’eux, avant de disparaître sous le voile de la monarchie. Ce qui fait la force de la série, c’est de parler également de bouleversements sociaux, de fracture politique, d’éloignement d’une certaine vision d’une royauté face aux soubresauts d’une société qui bouge. Le roman national The Crown, déjà tentaculaire, devient inextricable. Avant de peu à peu se dénouer au fur et à mesure que le temps passe. Un vrai pari remporté de haute volée, aux nombreux ingrédients secrets.

    Saison 1 : naissance d'une reine

    The Crown partie 1 : naissance d’une reine

    La saison 1 de The Crown se concentre avec passion et abnégation sur les commencements de la jeune Elisabeth, fille aînée du roi George VI et Elisabeth Bowes-Lyon, « Queen Mum ». Fière, polie, pleine de volonté et sachant son futur rôle de reine arriver, elle sait se montrer digne de ses ancêtres. Sa soeur Margaret est son exact opposé : une femme séductrice et caustique, plus préoccupée par le tabac et les hommes, qui noue bientôt une liaison tapageuse avec Peter Townsend, pilote d’avion et écuyer du roi. Mais Winston Churchill est réticent à voir une femme monter sur le trône, et le peuple est encore attaché au vieux roi qui meurt doucement d’un mal des poumons. Le prince Philip de Mountbatten épouse Elisabeth et rumine la perte de ses titres dans la famille royale pour ne devenir que « prince consort ».  Mais l’histoire étant chafouine, tout s’accélère : George VI meurt d’une thrombose coronaire à l’âge de 56 ans, Elisabeth apprend la nouvelle lors de son séjour au Kenya. La jeune femme fan de corgis, de courses de chevaux et de réflexions piquantes monte sur le trône à l’âge de 25 ans. Tous les regards sont braqués sur elle. Comme ses prédécesseurs féminins avant elle (Victoria, Elisabeth 1ère justement), elle n’a pas été préparée à l’énorme tâche institutionnelle qui l’attend. Et contre toute attente, la jeune femme apprend, assimile, discute, rend son jugement sous l’égide de Churchill, son « second » père. Côté famille, Elisabeth a fort à faire pour calmer les élans romantiques de sa soeur, son mari aigri par sa position, un gouvernement sceptique, une société d’après-guerre en pleine mutation et un vilain brouillard meurtrier dans Londres. C’est donc le baptême du feu pour Elisabeth. Autant dire que la naissance d’une reine, c’est fort compliqué.

    Naissance de la reine Elisabeth - Alworld.fr

    Dès les premiers épisodes de The Crown, le scénariste Peter Morgan dévoile doucement et sûrement la recherche d’équilibre entre l’émotionnel et le politique. Il se permet des choix esthétiques jouant sur la surprise pour mieux tromper son spectateur. Ainsi, le premier épisode, dépeignant l’union entre Elisabeth et Philip, sonne comme un enterrement. L’ambiance est sombre, papa est malade, maman tire la tronche et petite soeur n’est pas emballée par son beau-frère, issu de la maison de Battenberg (anglicisée en Mountbatten) d’origine bâtarde aux nombreux membres… nazis, aux abonnés absents.  Le second épisode voit la mort de son père chéri, le deuil, et son futur avènement, une naissance. Le chant bouleversant de l’enfant kényan à la fin sonne autant comme l’évocation d’une tristesse profonde que le glas d’une vie simple. La normalité dans The Crown n’existe pas, elle semble toujours être accompagnée d’une forme de lourdeur. Le poids du pouvoir, le sacrifice personnel pour l’entité monarchique, est écrasant. Côté esthétique, la série déploie une large palettes de couleurs qui définissent les avantages et les contraintes inhérentes à ce « métier » de roi. Ainsi, les robes Dior sont construites comme des armures, les tiares et bijoux sont lourds et clinquants, les intérieurs luxueux ressemblent à des prisons dorées, les extérieurs sous forme de jardins anglais bien entretenus sonnent faux. Le bleu royal des scènes intimes se frotte à la chaleur du jaune et de l’orange, comme pour plus appuyer sur la balance émotionnelle. La scène du couronnement en est un parfait exemple. On y voit une magnifique démonstration de la puissance britannique, avec ses décorations flamboyantes, ses sourires bienveillants et cette certitude qu’Elisabeth sera une grande reine. Toutefois, elle est contrebalancée par des œillades qui sautent, des mouvements de mains fugaces, des tons de voix qui trahissent une incertitude infinitésimale. Pour ces petits soubresauts de vie, la série est impressionnante.

    La beauté de The Crown réside aussi dans l’interprétation des acteurs et actrices dans leur rôle respectif. Claire Foy (Timbré, Wolf Hall, Millénium 5) est impressionnante en jeune Elisabeth fraîchement couronnée. Sa figure juvénile est contrebalancée par un caractère rigoriste, perfectionniste, parfois sec par moments, mais qui peut s’avérer chaleureux voir même drôle en privé. On la voit parfois hautaine et dure envers ses proches, mais n’est ce pas une façon de maintenir l’ordre? Que dire aussi de Margaret jouée par Vanessa Kirby, (Napoléon, Everest, Mission Impossible) une jeune plante étouffant sous le protocole royal, n’aspirant qu’a vivre une histoire d’amour avec Townsend, réduite à un rôle de faire-valoir. Ou encore Matt Smith (Game of Thrones, Doctor Who) en Prince Philip qui souffre de sa position bâtarde de prince consort.

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    Outre le côté relationnel, la série ouvre les portes de l’Histoire avec un grand H. On voit défiler de grands personnages qui ont marqué durablement l’Angleterre d’alors. Les figures historiques entourant la jeune Elisabeth ne sont pas en reste. Difficile d’oublier le père spirituel et père de la Nation Winston Churchill, qui donne à Elisabeth ses premières grandes leçons de politique. Ou encore l’austère Mary de Teck, sa grand-mère, femme de caractère et d’honneur qui rappellera constamment à Elisabeth son devoir monarchique au risque de froisser ses propres enfants. L’arrogant duc de Windsor, oncle de la reine, est le miroir déformant de cette dernière, un homme mangé par son orgueil et son désir. Tout cela rend l’histoire plus passionnante qu’une encyclopédie sur la famille royale, pour sûr. Mais ce qui frappe la série, c’est en filigrane une certaine condition féminine. Entre Victoria et Elisabeth, il n’y a que 120 ans…et l’on se rend compte que la formation des dames de l’aristocratie n’a pas varié d’un iota, réduisant celles ci dans un rôle de décoration. Margaret est piégée dans une société conservatrice en ne pouvant se marier à sa guise, le remariage d’une personne divorcée étant interdit dans l’anglicanisme. Sans oublier les mutations d’une Angleterre d’après-guerre bouillonnante mais encore sonnée, régnant sur un Commonwealth gigantesque aux aspirations d’indépendance vivement condamnée. 

    La naissance d’une reine n’est pas sans heurts. On voit avec douleur une femme muter, devenir petit à petit cette créature royale indescriptible et inaccessible. Son rôle d’épouse et de mère sont secondaires, ce qui est mal perçu dans une société encore attachée à ses valeurs. Pourtant Elisabeth ne faiblit pas, et fait preuve d’un grand sens de l’esquive et d’acuité. Malgré son amour pour sa soeur, elle lui rappelle ses droits princiers et met fin à ses rêves. Face à son manque d’éducation, elle engage un précepteur pour se former. A son peuple, Elisabeth se montre attentive, tout en cultivant une certaine froideur qui l’empêche de voir la vérité en face (le fog de Londres de 1952). Face à ses ennemis, elle choisit la diplomatie et la répartie, quitte à froisser quelques esprits chagrins. Entre patriotisme, évolution sociétale et devoir royal, une reine est née. La petite « Lilibet », comme l’appelait son grand-père, s’est transformée en « Gloriana », la reine des fées, la protectrice de l’Angleterre.

    2e partie : doutes et solitude d'une reine

    The Crown 2e partie : doutes et solitude d’une reine

    La deuxième saison couvre la période entre 1956 et 1964, cela fait une petite décennie que la reine est reine. Les problèmes s’accumulent : la crise du canal de Suez de 1956, son ministre Harold MacMillian la lâche en 1963 suite à l’affaire Profumo, et en plus son désir de maternité est quelque peu contrarié par un mari fuyant et autoritaire, se révèlant être un fort mauvais père envers Charles, le prince héritier, qu’il reproche d’être trop sensible. Sa soeur Margaret se rapproche dangereusement du photographe Anthony Armstrong-Jones, séducteur et flambeur qui fait tomber la belle princesse dans ses filets. Le prétentieux duc de Windsor est toujours aussi remuant et faux-jeton, et un petit nobliau sans importance, Lord Altrincham, écrit une critique cinglante envers elle. On lui reproche sa froideur, son manque de jugeotte et son apparence physique jugée peu attirante. Elisabeth aux abois s’inspire alors du jeune couple Kennedy, incarnant un renouveau dans la représentation politique et l’image du pouvoir. Le prince Philip est plus que jamais tourmenté par ses démons intérieurs et son enfance malheureuse, faisant difficilement la part des choses. Ses amis fréquentent des milieux troubles et débauchés qui risque de faire vaciller l’image bien lisse que Philip veut se donner… Face à ces problèmes, Elisabeth joue un fragile et dangereux exercice d’équilibrisme, au risque de tomber parfois du mauvais côté. Elle semble parfois maîtriser la situation, mais comprend bien vite qu’elle doit parfois laisser faire. Sa devise sera « never explain, never complain » (ne jamais expliquer, ne jamais se plaindre). Quitte à briser la fameuse « muraille autoritaire » que la famille royale doit incarner depuis des millénaires… Elisabeth l’admet difficilement, mais le poids de la couronne est parfois lourd à porter. Peut-on survivre si aisément à la trahison, l’orgueil et l’intransigeance des gens qu’on déteste et aussi qu’on aime ? 

    Doutes et solitudes d'une reine

    Dans The Crown, être un souverain n’a jamais été aussi périlleux et ingrat. Chaque pas de côté se transforme en désastre. Une petite parole déplacée se mue en raz-de-marée. Des relations douteuses provoquent l’indignation nationale. Bien qu’Elisabeth n’est plus la Lilibet des débuts, elle comprend que le métier de reine s’apprend… durant toute une vie. The Crown se surpasse dans la reconstitution historique avec des extérieurs toujours plus crédibles et des scènes toujours plus intenses. Le poids de l’Histoire présente et passée se fait davantage sentir durant cette saison. On y parle de l’inextricable nœud d’intrigues autour du canal de Suez ou l’autorité royale est mise à mal à des aspirations d’un gouvernement sans concession. On parle franchement et tristement du passé de Philip, son enfance traumatique durant la guerre. On étale sans retenue le passé nazi et déroutant du duc de Windsor et de la scandaleuse Wallis Simpson. Plus étonnant, la série dévoile le vrai visage des personnes que l’on côtoie dans cet univers royal. Mark Philips, ami noceur de Philip, et bien sous tous rapports, est un débauché qui risque de mettre en péril l’union entre Elisabeth et ce dernier. Billy Wallace, fiancé de Margaret, est un loufiat sans honneur qui la ridiculise, tandis que son futur époux est un coureur de jupons invétéré ayant mise enceinte une maîtresse avant son mariage. Les membres du gouvernements apparaissent tantôt comme des alliés, tantôt comme des brutes égoïstes. Quant au couple Kennedy, on critique aisément Jackie et ses tirades franches quand c’est plutôt JFK qui est à blâmer avec son arrogance et son orgueil. L’on critique les aspirations du Ghana vers l’URSS quand il s’agit simplement de survie et non de « caprice » comme l’aurait fait remarquer un ministre! La société d’après-guerre a évolué, le Commonwealth se raréfie, la puissance britannique est bouleversée. Même Buckingham Palace, sous ses belles dorures, apparaît comme dépassé et ringardisée par sa propre grandeur. L’essor de la presse, et de la télévision, rendent caduques cette idée d’une royauté inaltérable, intouchable, inaccessible. L’époque à changé pour sûr. Bref, ce jeu de dupes ne risque pas de faciliter la tâche d’Elisabeth pour le maintien de l’ordre et de la souveraineté. 

    Doutes et solitudes d'une reine

    Elisabeth, parlons en. Elle paraît plus humaine, plus fragile dans cette saison 2 de The Crown. Mais elle se sait consciente de son pouvoir et déploie des talents de diplomatie et de pirouette politiques fascinants. Ses décisions déplaisent de plus en plus, alors que la reine sait qu’il n’y a pas d’autres solutions. Désireuse d’avoir d’autres enfants, Elisabeth sent que Philip lui échappe. Pire, des rumeurs de tromperies et une photo compromettante d’une ballerine, trouvée dans son sac, semblent plus catastrophiques qu’une énième guerre. Son ego de femme mariée en prend un sacré coup, mais la reine surpasse bientôt (et malgré elle) cette douleur logique. Etant gouverneure suprême de l’Eglise d’Angleterre, Elisabeth ne peut envisager le divorce, le scandale serait trop grand. Elle prend les devants et fait preuve, d’une certaine dureté. Dans un épisode tragi-comique façon comédie de boulevard, elle force Philip à s’habiller de façon romantique style chevalier servant en chapeau et cravate, pour venir la recevoir devant les caméras. Son gouvernement ne la respecte pas toujours mais elle doit faire avec et prendre des décisions nécessaires qui lui font horreur. Alors qu’elle se sait timide, elle observe avec envie le charme et l’accessibilité du couple Kennedy, pour trouver une solution contre le Ghana se rapprochant de l’URSS. Il suffira d’un fox-trot enlevé avec le chef du pays pour réconcilier le pays avec le Commonwealth. Et la presse l’adoube. Elle est bouleversée par le passé sexuel de son beau-frère mais n’en dira rien à Margaret pour ne pas la blesser et éviter la crise. Elle accepte sans sourciller les requêtes de Lord Altrincham, en fréquentant davantage le peuple et de plus se montrer à la télévision pour une meilleure « visibilité ». Sa mère fustige dans un orgueil de vieille classe la fin d’une monarchie muraille, pour se dévoiler davantage et craindre d’en exposer trop.  C’est en ça que la saison 2 de The Crown est aussi réussie. Le compromis passe par un apprentissage douloureux de faire face à une réalité implacable. La leçon de politique de cette saison rend l’histoire toujours plus complexe. Finalement, la conclusion de la saison 2 de The Crown est illustrée par cet adage bien connu : au sommet, on est toujours seul(e).

    Saison 3e partie : confirmation d'une reine

    The Crown 3e partie : confirmation d’une reine

    Plus de vingt-cinq ans ont passé depuis l’accession au trône. Bienvenue dans les seventies ! Mais point de disco ou de chansons joyeuses et tapageuses, l’heure n’est pas trop à la fête. L’Angleterre est moribonde financièrement et souffre du choc pétrolier de 1975. Winston Churchill décède, c’en est fini des conseils bienveillants du Vieux Lion. Une page se tourne. Mais pas le temps de ruminer, Elisabeth à fort à faire avec sa propre famille, encore. Son meilleur ennemi le duc de Windsor se meurt d’un cancer du larynx, Margaret n’aime plus son mari et le fait (très bien) comprendre en s’affichant avec des jeunots sur son île Moustique. Le prince héritier Charles de Galles souffre d’un gros manque de reconnaissance et (on peut le dire) d’amour et se rapproche d’une certaine Camilla Shand. Mais Elisabeth ne peut compter sur son entourage politique. Face au désastre, le très à gauche Harold Wilson prend la décision très impopulaire de dévaluer la livre sterling. Pire, un espion de l’URSS est suspecté de vivre dans son entourage royal et de semer la zizanie. Lord Mountbatten montre les premiers signes inquiétantes d’une rébellion politique qui risque sérieusement de mettre en péril la couronne. Comble de l’ironie, son budget personnel est mis à mal par la conjecture économique (l’histoire se répète!) et se voit dans l’obligation de réduire son train de vie royal. Son dernier ennemi, le duc de Windsor, est à l’article de la mort, ce qui la touche plus qu’elle ne le pensait. Mais c’est une dernière catastrophe humaine qui va définitivement faire vaciller l’impassible caractère de la reine. Si en apparence la monarchie britannique semble immuable, à l’intérieur c’est une explosion de changements intimes, politiques et financiers qui s’imposent à Elisabeth…

    The Crown, splendeur, politique et solitude d'une grande reine

    La 3e saison de The Crown voit un changement de casting du à la temporalité des événéments. Bonjour à la merveilleuse Olivia Colman (la Favorite, The Lobster, Fleabag) qui interprète une reine quadra, mère et épouse établie, volontaire et disposée à faire de son mieux dans un contexte social morose. Olivia Bonham Carter (Harry Potter 5, Chambre avec Vue, Sweeney Todd) campe une Margaret coquine et fantasque dont les réparties lubriques font rire de bon coeur quand ses doutes et sa dépression nous font pleurer. Tobias Menzies (Outlander, The Night Manager) joue un Philip plus apaisé, mais toujours en proie aux doutes quand à sa mère en pleine crise mystique ou face aux désordres sociaux. La révélation de cette saison de The Crown est sans nulle doute Josh O’Connor, (Challengers, La Chimère, Lee Miller) jouant un prince Charles gauche et touchant. Celui-ci cherche sa place dans une famille royale guère empathique qui ne lui tolère aucun écart, et ne lui laisse aucun répit. On peut également citer la jeune Erin Doherty (Le Jeu de la Reine, Chloé, Adolescence) épatante en princesse Anne piquante et caustique. Cette créature n’hésite pas à porter des pantalons, monter comme une virago, rabrouer père, mère et frère, écouter du disco en nouant une relation de passage avec… Andrew Parker Bowles, futur mari de Camilla Shand. Hé oui, fini le temps des jeunes filles en fleur, l’époque a changé. Mais la reine dans tout ça ? Toujours sur le qui-vive, Elisabeth a mûri. Son âge avancé lui a permis d’apprendre longuement sur la politique et ses rouages les plus tortueux. Mais elle ne peut empêcher sa mécanique bien huilée de sauter de façon parfois dramatique. Son conservateur royal fait partie des 5 de Cambridge, épatant chapitre de l’histoire anglaise  (très bien raconté) où des espions anglais pour le compte de l’URSS ont sérieusement mis à mal la monarchie britannique. Son train de vie se voit grippé par les coupes budgétaires, et l’éboulement d’Aberfan (144 morts donc 116 enfants) fait craquer la surface. Le plus terrifiant épisode de The Crown, avec une reconstitution dramatique et précise des événements, où l’on verra la reine laissant (enfin) couler des larmes d’impuissance. Elle décidera par la suite de se rendre sur les lieux de la catastrophe, faisant preuve d’humanité dans cette machine monarchique. Mais en voyant la façon dont elle s’occupe de sa soeur Margaret, à la vie de plus en plus décousue, l’on comprend qu’Elisabeth sait faire preuve de douceur et de compassion.

    The Crown, splendeur, politique et solitude d'une grande reine

    La troisième saison de The Crown esquisse la transmission envers le jeune prince Charles. Mais aussi, de révéler les vieux démons de la Couronne comme l’épisode sur le pays de Galles dont il est le prince. Raillé par son prof de langue et les élèves pour son rôle fantoche et son caractère gauche, Charles se fait chantre de la culture galloise en s’intéressant sérieusement à la vie de ces gens. Avant de sérieusement découcher en voyant l’indifférence de ses proches et la froideur de sa mère sur ses préoccupations. La vieille école se heurte à la Nouvelle Vague, les vieux contre les jeunes, les anglais contre le monde entier, les femmes contre leurs maris trompeurs, les ministres contre le gouvernement, les enfants contre leurs parents. Jamais les confrontations n’ont été aussi tristes et prenantes que dans cette saison. Autre chose : le monde change plus fortement dans cette saison. La puissance britannique perd de sa superbe. La reine veille toujours au grain, au risque de paraître dépassée. Son documentaire censée réhabiliter la famille; A Royal Family, est un fiasco légendaire et ne sera plus rediffusé. Le budget royal coupé, la monarchie britannique ne peut plus rayonner comme elle le veut. Le comble. Mais sous les dorures, un coeur bat. Margaret reprend un temps goût à la vie au bras d’un nouvel amant plus jeune. Charles découvre l’amour avec la vive Camilla Shand, peu appréciée des Windsor. La réconciliation entre Philip et sa mère Alice de Battenberg, c’est la réconciliation définitive envers l’Ancien Monde et le Nouveau. Cet Ancien Monde mort avec le duc de Windsor, vaincu par un cancer incurable, dont l’orgueil, le ressentiment et la grandeur n’auront jamais connu la paix. Le clair-obscur des scènes, où la lumière victorienne des bougies est  remplacée par de l’électricité, est bien le symbole de cette passation forcée vers le futur. Décidément cette célébration des 25 ans de règne est douce-amère. 

    Pour la première fois depuis son règne, Elisabeth voit son armure se fissurer. Mais il lui en faudra plus pour la déstabiliser. Rodée par l’exercice monarchique, madame la reine en a vu d’autres. Mais sous le vernis, la vérité d’un monde britannique craquèle : chômage massif, flambée de l’immobilier, scandales intimes et sexuels. Elisabeth sait capituler quand il le faut, ses larmes silencieuses sur Aberfan et son chagrin de voir sa soeur malheureuse sont sincères. Gloriana en a pris un sacré coup mais la vieille garde n’est pas encore morte !

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    The Crown 4e partie : guerre d’égo, guerre des sentiments

    Années 80, Angleterre. Le soleil n’est plus au beau fixe. Les désordres sociaux arrivés dans la décennie précédente ont mués en catastrophe : le chômage explose, la misère grandit, le gouvernement est sur les rotules. Une créature politique du nom de Margaret Thatcher fait son apparition et s’oppose à la reine. Shocking. Celle-ci n’est pas en reste en sommant son fils de se marier pour perpétuer la dynastie. Une toute jeune Diana Spencer lui fait de l’oeil et semble convenir pour freiner les ardeurs du prince. Mais celui-ci ne lâche pas ses rêves et s’obstine à faire ce qui l’entend, au risque d’inverser les rôles de la victime et du bourreau. Quand a la jeune promise, il est évident qu’elle ne comprend pas les durs rouages monarchiques, et personne ne s’en soucie. Lord Mountbatten décède tragiquement dans un attentat revendiqué par l’IRA laissant le royaume traumatisé. Le conflit diplomatique entre Argentins et Anglais se mue en guerre des Malouines. Margaret, toujours dépressive (décidément), fait une découverte horrifiante sur des membres oubliés de la famille royale. Un soir de 9 juillet 1984, un inconnu, résigné et pauvre, se glisse au palais de Buckingham, détruisant pour le coup la certitude d’un palais inviolable. Plus que jamais la presse britannique s’acharne sur la famille royale. Un monde s’effondre, encore une fois. Si Elisabeth se sait intouchable, elle rencontre deux fortes résistances sous les traits de Spencer et Thatcher. Deux caractères opposés aux siens comme jamais, qui ne semblent pas comme tous ses sujets, courber l’échine devant elle. La guerre d’égo dépasse le cadre institutionnel et explose la société, la guerre des sentiments éclate entre le couple princier et semble sourdre d’une profonde colère. La reine serait-elle arrivée à la fin de son modèle royal ?

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    La saison 4 de The Crown est marquée par deux forts caractère qui illustrent la complexité et la différence d’opinion face à une monarchie viellissante et balbutiante. A ma gauche, l’excellente et bluffante Gillian Anderson (X-Files, le Dernier Roi d’Ecosse, Sex Education) en Margaret « Maggie » Thatcher. Ce monstre politique né pour conquérir et vaincre, affiche politesse et profonde (et ridicule et inutile) révérence envers la Reine, contenant mal une franche ambition dévorante. Ces deux femmes nées la même année sont diamétralement opposées en tout : milieu ouvrier pour l’une, dorure victorienne pour l’autre. Le « Kedgeree« , consistant plat ouvrier, se heurte au saumon poché royal en croûte de délicatesse. Le droit du sang royal se bastonne violemment à la méritocratie de Thatcher. A ma droite, Diana Spencer, jouée par la douce et convaincante Emma Corrin (Nosferatu, Deadpool/Wolverine) dont la ressemblance physique avec la princesse est bluffante. C’est une jeune et belle aristocrate issue d’une lignée ancienne (les Spencer remontent à la conquête normande) que la famille a choisi pour Charles, comme on choisit une vache pour s’accoupler au taureau. Terrifiantes (et bouleversantes) images d’une jeune femme atteinte de boulimie, dont le rêve d’émancipation se brise face au protocole. Le « conte de fées » n’en est pas un, et ne le sera jamais. Les rôles s’inversent. La reine et son entourage style barbons des Muppets se muent en bourreaux, Charles devient le grand méchant de la saison. Camilla Shand aussi fait preuve d’une certaine dureté et de lucidité en exposant clairement à Diana sa place de maîtresse indéboulonnable dans un épisode dérangeant, l’un des plus horribles de The Crown, dans le restaurant « Ménage à Trois » où toute une vie intime est exposée façon compte-rendu d’entreprise. Thatcher aussi fait les frais de ce système royal dépassé. Buckingham et Balmoral deviennent le théâtre d’une guerre des clans, et d’un enfermement digne d’une prison. On pourrait s’attendre à de la résignation, or il n’en est rien. Thatcher riposte par la rigueur, la dureté et l’intransigeance, tandis que Diana s’expose en public avec douceur et humilité, montrant un visage royal plus populaire et compatissant. The Crown leur fera connaître à toutes deux leur seul moment de joie : le défilé de la victoire des Malouines pour l’une, un anniversaire chantant et dansant sur Uptown Girl et l’amour de James Hewitt pour l’autre. Du scandale pur et simple pour Elisabeth, qui ne sait faire que ce qu’elle sait faire de mieux : se raccrocher à son rôle, encore et toujours. Décidément, dans cette saison, personne n’est sympathique.

    The Crown, splendeur, politique et solitude d'une grande reine

    Cette saison 4 de The Crown ne nous ménage pas côté émotion. Et là encore, la série se surpasse dans l’écriture et la narration d’une histoire britannique toujours plus tortueuse. Les épisodes où Diana est choisie avec en parallèle ce cerf mourant qu’on chasse, symbolisent la mort d’un être pour l’accouchement difficile d’une créature monarchique née dans la douleur et l’injustice. L’épisode de Michael Fagan est narré de façon franche et dramatique aussi, où l’on voit tout l’envers du décor d’une Angleterre  ravagée par le néo-libéralisme et le thatchérisme. Avec ces HLM sombres et vétustes, ces murs grisâtres, la pauvreté enfle, faisant la queue pour une aide de misère dans une vie misérable et un climat misérable. Quelle opposition à la cage dorée et cliquante de Buckingham ! L’épisode dramatique de l’attentat de l’IRA contre lord Mountbatten reflète cette colère idéologique et religieuse qui éclate au milieu des gens sourds. La Guerre des Malouines sonne le glas d’un Commonwealth colonisateur et dictatorial, réprimant dans le sang toute velleité d’indépendance. Buckingham Palace apparaît comme un bateau au bord du naufrage noyé dans l’obscurité. L’épisode de Nerissa et Katherine Bowes Lyon, déficientes mentales enfermées contre leur gré dans une institution psychiatrique, en dit long sur la compassion zéro des membres de la famille royale. Sacrifiées elle aussi, sur l’autel de la gloire et du laisser paraître. Et même face au marasme, la reine surprend encore et toujours. Au dernier épisode, elle écoute avec gravité le volte-face du gouvernement de Thatcher. Conscience de son importance dans son combat politique et même sil elle ne partage pas les mêmes idéaux politiques, réellement attristée de l’évincement de celle-ci par son propre parti, elle la gratifie de l’Ordre du Mérite. Pour la première fois, la bête royale se courbe un peu. A la Guerre des Malouines, elle feint l’ignorance pour éviter un massacre. Envers l’intrusif Fagan, elle fait preuve de bonté, de bon sens et d’écoute. Mais son flegme aristocratique et son attachement à la couronne la laissent peu compatissante face à une jeune Diana qui n’en fait qu’à sa tête. Le système élisabéthain connait sa plus grosse erreur, qui n’est pas comprise du tout par l’entourage. 

    Face-à-face tendu niveau sentimental, la saison 4 de The Crown ne ménage pas la reine. Elisabeth rebondit, encore et toujours, mais son éloignement et sa dureté ne seront pas sans conséquence. Son attachement presque pathologique à ses valeurs, la réserve, le sens du devoir, la gloire du Royaume, est complètement dépassé. Pour la première fois de sa vie, le colosse monarchique laisse voir ses limites…

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    The Crown 5e partie : force de l’héritage monarchique

    Nous sommes enfin dans les années 90. Le pays connaît un petit essor économique bienvenu soutenu par le conservateur John Major, puis les Travaillistes et Tony Blair. Ce qui n’efface pas totalement les sombres heures du thatchérisme. Ce pays qui souhaite que la reine abdique, et qui veut la remplacer par son fils Charles. Ce dernier, toujours entiché de Camilla, comprend que son union avec Diana est terminée. Malgré la tempête médiatique, il semble enfin s’imposer avec ses activités caritatives et ses relations parfois conflictuelles avec ses deux fils, William et Henry dit « Harry ». Les deux fils souffrent de l’image déplorable de leurs parents dans la population, et tentent d’avoir une vie normale. Les autres enfants de la reine sont malheureux dans leur vie maritale et le font savoir. Un nouvel obstacle fait son apparition sous les traits de Mohammed Al Fayed, milliardaire arriviste égyptien propriétaire des magasins Harrod’s, qui n’hésite pas à pousser son fils Dodi Al Fayed dans les bras d’une Diana toute puissante au bord du divorce. Elle aussi tente de survivre dans le radeau « people » qu’elle a malgré elle contribué à lancer en s’amourachant du docteur Hasnat Khan puis de Dodi Al Fayed, dans l’espoir d’y trouver la sérénité. Margaret trouve la paix en revoyant son amour de jeunesse Peter Townsend, mourant, pour une ultime réconciliation. Un incendie ravage le château de Windsor détruisant une centaine de pièces de grande estime. Quant au prince Philip, il noue une relation amicale et paternelle avec la comtesse Pénélope Knatchbull, endeuillée par la disparition de sa fille de 3 ans. Face au raz-de-marée médiatique, Elisabeth ne se soucie que de son cher Britannia, un yacht royal fleuron de la monarchie, désormais vieillissant et hors d’usage. Problème : la remise à neuf d’un tel engin coûte beaucoup trop cher, et le gouvernement se renvoie la balle pour financer de tels travaux. Il semblerait que le peuple anglais ait opposé une fin de non-recevoir en ce qui concerne la reine. Une première. Mais Elisabeth a-t-elle dit son dernier mot?

    The Crown, splendeur, politique et solitude d'une grande reine

    Saison 5 de The Crown, cinquième coup de force. Bienvenue dans la modernité des années 90. Les coups du sort, les désastres sentimentaux, politiques et royaux pleuvent sur la reine comme la grêle en mars. Mais la monarchie britannique en a vu d’autres c’est sûr. Imelda Staunton (Harry Potter, Vera Drake, Nanny McPhee) incarne une Elisabeth vieillissante face au destin qui s’acharne contre elle, avec une certaine grâce. C’est une dame âgée, qui sait au fond qu’elle incarne un monde qui n’existe plus. Pourtant, le cas Diana, et les chambardements politiques la forceront pour la première fois de sa vie à faire de lourdes concessions. Le Prince Philip, incarné par Jonathan Pryce (Brazil, Demain Ne Meurt Jamais, les Deux Papes), est un délicieux mélange de nostalgie vieux-jeu, de bonhomie et de sagesse dans un monde qui ne tourne plus rond. Fataliste, il admet que les liens avec son fils Charles n’ont pas été chaleureux, et trouve dans sa relation tendre avec Knatchbull la paternité qui lui faisait défaut autrefois. Que dire de l’impériale Diana interprétée par Elizabeth Debicki (Tenet, les Veuves, Maxxxine) au sommet de son art, qui n’est plus la jeune fille naïve mais une femme séduisante cherchant à devenir maîtresse de son destin. Les très bons Salim Daw (Avanti Popolo, Gaza mon Amour, Oslo) et Khalid Abdalla (The Square, Green Zone) sont très convaincants en Mohammed père, puissant et implacable et Dodi le fils, touchant et fragile. Dominic West (300, Colette, Tomb Raider) campe un Prince Charles d’âge mûr qui n’aspire qu’à épouser l’unique amour de sa vie et à avoir une bonne relation avec les gens qui l’aiment. Même si l’on sent poindre une blessure d’orgueil jamais vraiment réparée… Margaret est jouée par la merveilleuse Lesley Manville (Harlots, Another Year, Mum), dont la vieillesse et la maladie n’ont pas entériné sa joie de vivre, et ses excès. Mais le restes de l’histoire devient un marasme sentimental. La reine est impuissante face au démantèlement du Britannia en attraction touristique, la larme à l’oeil face aux caméras. Elle est contrainte d’accepter les divorces de sa famille, puis de cohabiter avec ce trop moderne Tony Blair qui ne lui plaît guère. Là ou l’orgueil et la vengeance pouvaient apparaître, elle continue de traiter Diana avec déférence, respect et tolérance, car elle reste la mère des héritiers au trône. Elisabeth épate par son sens de la répartie et de l’adaptation. Mais à l’heure de la « people-isation » de la monarchie, de telles manoeuvres semblent difficiles à soutenir. The Crown saison 5, nous le fait bien savoir.

    the crown season 5

    The Crown, saison 5, se positionne donc sur la puissance révolue d’une époque révolue. Cette force monarchique, toute puissante, entière et pleine, connaît ici un profond essoufflement, un vrai cette fois. La sonnette d’alarme est tirée. La dichotomie vieille garde/avant-garde n’en est que plus éclatante ici. A l’austérité d’une reine implacable (du moins en apparence), se dessine une modernisation et une médiatisation parfois agressive d’une certaine royauté britannique. Sa papesse Diana, en saisit l’importance mais rarement l’ambivalence, comme lorsqu’elle craint un attentat contre sa vie ou qu’elle se confie durant l’interview célèbre de 1995 qui détaille de façon très directe les problèmes de la famille royale et l’adultère de Charles. Pour la première fois dans l’humanité, une princesse de Galles parle sans état d’âme et sans peur de maladie mentale, de boulimie, de sexualité, d’adultère ou de doute quand à la possibilité d’un roi Charles. Ce coup de poignard envers la reine et tout ce qu’elle incarne n’en est que plus violent. Survivent des bribes d’humanité dans ce marasme, tant bien que mal. D’abord Margaret, qui trouve la rédemption avec un dernier baiser à Townsend, ultime conclusion à une vie tourmentée. Camilla tente de se contenter de parler à son amour de toujours au téléphone, fataliste. Citons aussi les adorables William et Harry, souffrant d’être les rejetons d’un couple dysfonctionnel. Autre dysfonctionnement dans la relation amour-haine entre Mohamed Al Fayed et son fils Dodi, qui tente de mener sa vie comme il l’entend. Mais pris en étau par un père à l’ambition et l’orgueil dévorants, il peine à s’imposer. Son amour pour Diana pourrait changer la donne. Et chacun tente de se réfugier dans des causes qui leur sont chères : Diana et les mines anti-personnel en Bosnie (première aristocrate à s’en soucier), Charles avec la création du Prince’s Trust (devenue depuis King’s Trust) qui continue encore aujourd’hui à sauver des enfants et adolescents du Royaume-Uni, de la misère.

    Des éclats d’humanité dans un monde de brutes, de presses à scandales et de dramas factices. Un monde ou Elisabeth pleure face à son Britannia démantelé, la fin d’un monde. Un monde qui s’arrête pendant un temps à l’année 1992, annus horribilis selon les termes de la reine qui fait enfin un aveu de faiblesse devant ses sujets. Une première dans l’histoire de la royauté. Gloriana n’est toujours pas la bête agonisante qu’on décrit parfois, même si elle a un peu perdu de sa superbe.

    The Crown, splendeur, politique et solitude d'une grande reine

    The Crown 6e partie : nécessité de la transmission royale

    1997. Charles et Diana divorcent. C’est le second divorce royal depuis la séparation entre Henri VIII et Anne de Clèves en 1540… Diana savoure difficilement sa soudaine libération et ses liaisons sans lendemain. Sa relation avec Dodi Al Fayed, au départ thérapeutique, se transforme en amour. Mais le père de Dodi est du genre forceur et ambitieux pour sa progéniture. De plus l’ancienne fiancée de Dodi souhaite faire payer ce dernier sa faiblesse et son abandon avec force articles dans les journaux. Puis le drame survient. L’humanité entière pleure la mort violente de Diana et Dodi dans un accident de voiture survenu dans le tunnel du pont de l’Alma à Paris. La reine décide de ne pas sortir de sa réserve. Le peuple en colère gronde contre ce manque de sensibilité et ne peut plus se contenir. Le temps passe, inexorablement. Tony Blair n’est plus en odeur de sainteté depuis la guerre du Kosovo et ses manigances pour moderniser la Couronne, et son discours est chahuté à l’Institut des Femmes. Une page d’histoire se tourne. La « dianamania » fait place à la « willsmania« , faisant du prince William la coqueluche des ados de l’époque. Mais le rejeton aîné reste traumatisé par la mort violente de sa mère et de cette soudaine popularité. Ses relations avec son père sont difficiles, et il en pince pour une jolie roturière, Kate Middleton. Toutefois, sa popularité envahissante et leur entourage respectif étouffant risquent de mettre à mal cette idylle naissante. Son frère Harry, déconneur et noceur, se perd dans des beuveries sans lendemain. Le couple Charles-Camilla connaît son ultime soubresaut dans un mariage qui célèbre enfin près de trente ans de passion commune. A l’aube de son 80e anniversaire, Elisabeth et aussi Philip se positionnent bientôt comme les passeurs officiels d’un pouvoir monarchique qui a connu bien des aventures mais qui est toujours aussi vivace. Alors que les fantômes du passé errent dans Buckingham, serait-il enfin temps de faire la paix avec le passé et les autres ?

    The Crown, splendeur, politique et solitude d'une grande reine

    Nous voici donc arrivé à la fin d’une de des plus épatantes épopées du 20è siècle. L’émotion est encore une fois plus vive dans cette dernière partie qui ne sonne pas totalement comme une fin. Il semble que les désordres politiques et les crises institutionnelles ne sont qu’anecdotiques, voire inexistantes dans cette saison 6. Diana apparaît comme une seconde reine, une femme blessée, trompée et humiliée par sa longue procédure de divorce, et qui cherche à se venger de la famille royale. Mais le piège se renferme sur elle au vu des titre dans les journeaux. La première partie, terrifiante, dramatique et traumatisante retrace avec précision les derniers instants de la « princesse des coeurs », puis la retombée de sa mort. C’est plus qu’un pays endeuillé, c’est un monde choqué, une famille détruite et une politique à l’arrêt face à une telle tragédie. Elisabeth se compromet une fois de plus dans son choix de ne rien montrer, mais l’époque n’est plus à la retenue, et l’Angleterre attend. Retour express à Londres où, les yeux parfaitement secs et la mine droite, la reine rend hommage à Diana devant les caméras du monde entier. Point d’orgue dans sa carrière d’équilibriste, et image saisissante, la reine s’incline devant le cercueil de Diana. Du jamais-vu en 1000 ans de monarchie – le roi ou la reine ne s’incline jamais devant un sujet, aussi aimé soit-il. Philip fait preuve de beaucoup de ténacité en préparant les jeunes princes à cet enterrement qui met fin à la vie d’une créature céleste. Cette dernière saison fait la part belle aux images saisissantes, en faisant preuve d’éclats émotionnels qui provoqueront des larmes par moments. Margaret, vaincue par la maladie s’éteint, c’est un ancien monde qui n’existe plus qui disparaît alors, avec ces jaillissements du passé incarnés par la merveilleuse confrontation des deux soeurs en 1955 dans un club de jazz. La seconde partie est tout aussi réussie et touchante avec le teen-movie romantique entre William et Kate, dont l’histoire résonne comme une revanche. Plus étonnant, la saison 6 se permet dans cette tragédie à faire preuve de comique avec l’épisode à la fois drôle et sarcastique sur les déboires de Tony Blair, en sérieuse chute de popularité. Dépeint comme un simulacre de roi, il découche sérieusement en voyant son discours et son envie de « serrer » la monarchie, conspuée de toute part. Ce qui montre une fois de plus, qu’on ne rigole pas avec la Reine. Le peuple anglais semble lui aussi, avoir fait la paix avec leur monarque…

    The Crown, splendeur, politique et solitude d'une grande reine

    La monarchie, cette entité superbe et animale qui n’a cessé de mute au cours du long règne d’Elisabeth. Toujours droite et debout face à l’adversité, elle a résisté à toutes les pires avanies que l’humain peut provoquer. Les ennemis d’autrefois sont morts, ou bien retournent à leurs ténèbres, comme Mohammed Al Fayed se noie dans son orgueil en parlant de complots imaginaires. Les amants d’antan se retrouvent, et se marient. Les amitiés se font et se défont, mais cohabitent. Le palais de Buckingham se mue en havre de paix avec mamie reine et papy prince consort pour le jeune William campé par un formidable Ed McVey, dont la jeunesse rend justice aux tourments typiques d’un adolescent de 15 ans. Troisième dans l’ordre de succession, il supporte mal sa popularité et qu’il est l’aîné dans cette histoire antique de droit du sang. Son jeune frère, incarné par le sensible Luther Ford, prend la mauvaise tangente et préfère l’alcool et les joints, comme pour mieux cacher une immense tristesse légitime. Son déguisement de nazi, décrié par tout le monde dans une fête minable d’ados en mal d’attention (très bel épisode par ailleurs), aurait pu sonner le glas de sa réputation. Or, l’épisode sera vite oublié, et Harry, malgré son jeune âge et son orgueil, comprend qu’il a fauté, et rentre doucement dans le rang, aidé par ses proches. L’amour de William et Kate, dépeint comme un teen-movie romantique, laisse présager une ouverture d’esprit pour le futur de la monarchie. Mamie Angleterre sera d’un bon secours pour William et Harry dans leur recherche du bonheur, montrant là qu’elle a compris la leçon, et ne souhaite en aucun cas que l’histoire se répète. Cette partie de la série est d’ailleurs très réussie. Elisabeth adoube le mariages de Charles et Camilla comme on adoube un chevalier, et fait preuve de drôlerie en insérant des blagues dans son discours. Elisabeth accepte l’entrée de Kate dans la famille royale, ce qui est une première pour une roturière. Les dernières en date était Elizabeth Woodville, fille d’un chevalier du XVe siècle, puis Anne Hyde, épouse de Jacques II, issue de la gentry et non de la royauté… en 1660. Une éternité, mais une goutte d’eau dans cette monarchie. Elisabeth échange des derniers paroles qui serrent le coeur à sa soeur Margaret, évoquant des souvenirs lointains. Les décès de sa mère, de cette soeur chérie et de Porchey, son ami de toujours et potentiel fiancé fusse tantôt, montrent que la fin est toujours proche. Même pour une reine.

    Gloriana est revenue de loin. Elle laisse une image de matriarche accomplie dont la droiture et la force de caractère ont triomphé de toutes les épreuves. Elle sait que son temps touche à sa fin et qu’il sera le moment de transmettre son pouvoir, le jour venu. Le dernier plan du dernier épisode, merveilleux et qui arrache quelques larmes, montre l’Elisabeth du début, et celle quadragénaire, faisant face à la reine actuelle. Comme un rappel unique qu’une Couronne doit aussi bien puiser dans son passé et dans son présent pour envisager un futur solide. Une belle conclusion en forme d’adieux à la Reine.

    The Crown, splendeur, politique et solitude d'une grande reine

    Conclusion en note royale.

    Colorimétrie et costumes de la royauté

    D’une classe folle, la série déploie une large palette de couleurs et de décors tous plus fabuleux les uns que les autres. L’envie de sentir toute cette richesse et cette opulence plus palpable en est renforcée. La colorimétrie se marie à merveille avec les aspirations ou déceptions des personnages : la Reine est montrée sour une lumière orangée durant les représentations, ou dans un clair obscur bleuté dans une idée de huis clos. La scène de proposition de mariage entre Margaret et Armstrong-Jones est montrée dans des tons de gris, de noir et de blanc. Des contrastes violents et profonds qui décrivent mieux qu’un dialogue le futur désastre d’une telle union. Les face-à-face de Thatcher avec la reine sont plongés dans l’obscurité qu’une fenêtre blanche vient à peine d’éclairer, comme pour montrer une furieuse envie de s’enfuir. La colorimétrie glacée de Diana pendant la saison 6 fait d’elle une reine des neiges que rien ne peut ébranler. Les costumes en disent long sur les aspirations des uns et des autres. Couleurs criardes flashy pour la reine, qui doit être vue pour être crue (ses propres mots). Couleurs bleues, blanches ou furtivement décorées pour Diana Spencer renforçant son innocence, puis robes noires de « vengeance » sexy en diable pour montrer son évolution en femme fatale. Costumes sombres, pesants et à peine décorés pour Charles, mais plus clairs pour son père Philip. Certains détails anodins jouent leur jeu comme le rouge à lèvres de la reine jeune. Ni trop rouge ni trop fade pour paraître présentable mais pas trop « sexy » en tout circonstance. Quant Margaret utilise elle un ton plus rouge et plus franc pour souligner son caractère sensuel et fantasque. Dans l’épisode du rapprochement du Ghana avec l’URSS, la reine pâle aux yeux bleus et ruban azur détonne dans un environnement chaud bariolé de motifs ghanéens, soulignant un contraste social et culturel. Le col lavallière des blouses toujours bleues de Thatcher, son éternel collier de perles et ses sacs à main en cuir noir verni sont autant d’éléments féminins que la panoplie d’un guerrier. Les tiares lourdes, les colliers de diamants infinis sont vus comme des apparats magnifiques du pouvoir, mais aussi un poids difficile à (sup)porter. C’est aussi un pan d’Histoire qui défile sous nos yeux : robes taille de guêpe Dior, manteaux sixties molletonnées aux teintes pastel, épaulettes 70s aux imprimés géométriques, robes Laura Ashley fleuries des années 80.

    The Crown, splendeur, politique et solitude d'une grande reine

    L’art étendu de l’emphase comique & tragique

    The Crown n’est pas tant la célébration d’une puissance toute britannique, que ce qu’on appelle la « petite phrase ». Bien connue pour son humour cinglant, caustique, mais jamais insultant, la reine est passée maîtresse dans la petite remarque claquante comme un fouet. Face à un Churchill moulin à paroles dans les années 50, elle aurait déclaré « Je vois que je n’ai pas besoin de vous poser de questions, monsieur le Premier ministre. Vous vous y êtes déjà répondu. » Son discours de « capitulation » face au mariage de Charles et Camilla est édifiant :  » Ils sont partis à cheval sous la pluie et sont revenus sous un soleil éclatant. Je pense que c’est une métaphore excellente pour ce qui s’est passé. » Le Duc de Windsor parle de Philip comme d’un « orphelin » et de la reine comme d’une « Shirley Temple », Margaret n’est jamais avare de blagues déplacés : « Ma soeur la reine encore en meeting ? Avec qui ? Dieu? » ou « Je bois, je fume, je jure, je couche avec des hommes mariés. Mais pas tous en même temps.« . Le prince Philip n’est pas en reste : « 10 poignées de main, 4 courbettes et 2 faux rires. Et ce n’était qu’à l’aéroport. » A côté de ces moments divertissants, le comique côtoie le tragique.  La période d’enfermement de Diana est un sommet de dérangeant et de douleur : rollers dans les palais de Buckingham, puis phases boulimiques et dépressives, le tout dépend comme un huis clos. La mort de Lord Mountbatten, commence comme un film de vacances, et se termine en boucherie hors champ avec un plan sur la barque du bateau. La scène du cerf mourant au moment ou Diana débarque est lourde de symbolique. La vie de Michael Fagan est dépeinte de façon triste, sombre, grisâtre et en ruines tout comme le thatchérisme est poussiéreux et destructeur face aux « pauvres inutiles ». Tout l’épisode du mariage entre Margaret et Armstrong est d’une hypocrisie totale où le sexe débridé et la tromperie ne font qu’un, et sonnent le glas d’une union vouée à l’échec. Mais les beaux moments, sont eux, magnifiques, euphorisants et pleins d’espoir. Il faut voir ce moment bouleversant ou Elisabeth devient reine au Kenya dans une ambiance crépusculaire, ou bien la scène où elle danse le fox-trot avec le président du Ghana où son sourire est réel et sa joie communicative. La relation entre Kate et William, dépeinte en couleurs chaudes, met du baume au coeur dans une vie complexe. La tentative maladroite de réconciliation entre Charles et Diana laisse place à une danse un peu gauche et touchante. La scène de fin, où les Elisabeth du passé font face à la reine, puis le plan final de la porte baignée de lumière, laissent une impression de grandeur et de … majesté. 

    The Crown, splendeur, politique et solitude d'une grande reine

    The Crown ou le poids de la couronne

    The Crown est bien plus qu’une série historique ; c’est une fresque intime et nuancée du pouvoir, de la tradition et des sacrifices personnels. À travers le regard de la reine Élisabeth II et des membres de la famille royale, la série explore les tensions entre devoir et sentiment, modernité et tradition, tout en offrant une reconstitution soignée des événements marquants du XXe siècle. Portée par une écriture raffinée, des performances d’acteurs remarquables et une mise en scène élégante, The Crown parvient à captiver tout en amenant le spectateur à réfléchir sur la complexité de la monarchie et son évolution dans un monde en perpétuel changement. Porter une couronne est d’une lourdeur sans nom, et nécessite d’avoir un port de reine, littéralement. Elle permet de montrer aux autres la pleine conscience d’un pouvoir remontant à Æthelstan en 834. Elle ouvre toutes les portes, et toutes les consciences. Mais cette couronne presque céleste, divine même, n’empêche pas le flot de la vie humaine d’avoir des tempêtes et des accalmies. Au fil des saisons, The Crown interroge la légitimité, la pertinence et l’avenir de la monarchie. Elle ne prend jamais parti de manière évidente, mais pose des questions profondes sur le rapport au pouvoir, à l’image publique, à la modernité et à la mémoire collective. C’est une profonde réflexion sur la condition royale, au féminin qui plus est, ce qui rend la chose plus délicate, et aussi plus passionnante. Les parallèles avec ses prédecesseures sont nombreux : comme Elisabeth Ière et Victoria, elle n’était pas destinée à être reine si tôt. Comme elles, elle a souffert de son sexe et de sa légitimité. Exactement comme elles, Elisabeth n’a pas eu l’éducation politique qui sied à un dirigeant et a du tout apprendre elle-même. Tout comme elles, Elisabeth s’est révélée être une élève assidue dans la tâche monarchique. De la même façon qu’elles ont échoué, et réussi, la reine a fait de même. Le temps, les horreurs, les tristesses, les bonheurs aussi, ont rebondi sur sa personne. Cette personne qui a vu passer des modes, des époques, des images d’elles-même : jeune épouse reine encore balbutiante, puis souveraine chevronnée et dure à la tâche, pour finir grand-mère Angleterre, la reine d’un royaume étendu qui est aussi la « reine » d’un ordre familial plus qu’international. 

    En somme, The Crown est une série ambitieuse et élégante, qui offre une lecture à la fois critique, respectueuse et profondément humaine d’une institution qui fascine le monde entier. Une institution incarnée par une personne de chair et de sang qui n’est que le support d’une image sanctifiée, détachée d’elle-même. Une image immuable, volatile, dépourvue d’attaches. Cela renvoie à quelque chose de plus profond qu’un reflet d’ordre et de tenue, mais à une appartenance à un ancien monde qui disparaît pour mieux renaître dans un nouveau monde. Le vrai pouvoir royal, en somme.

    The Crown, splendeur, politique et solitude d'une grande reine

  • Les 10 meilleurs clips de 2024

    Voici les 10 meilleurs clips de 2024. Etranges, distendus, loufoques ou grinçants, ils auront emprunt l’année d’une douce folie. 

    10. Lady Gaga – Disease

    Réalisation : Tanu Muino

    Pour commencer les 10 meilleurs clips de 2024, un cauchemar viscéral représentant une certaine violence psychologique. Lady Gaga arrive le pari à allier son sens du bizarre et à rester étonnamment sexy et attirante. Mais sous le côté surréaliste propre à la chanteuse, se terre une sensation de malaise de plus en plus profond. Le message est clair pour Gaga : sous l’apparence faussement tranquille des banlieues américains se cache une réalité toujours plus sombre…

    9. JADE – Angel Of My Dreams

    Réalisation : Aube Perrie

    Prenez vos aspirations cinématographiques préférées, un soupçon d’irrévérence et une bonne dose de gêne et vous obtenez Angel Of My Dreams. Un conte tordu et violent sur la rage de vaincre et l’enrichissement personnel. Ajoutez à cela des looks iconiques : ce manteau de fourrure bleue, ce costume d’ange déchu ou ce look tout denim déchiré et c’est la bombe mode de l’année 2024. Bonne pioche pour JADE !  

    8. Lee Young Ji feat D.O. – Small Girl

    Réalisation : Hanbago

    La jeune rappeuse prometteuse coréenne Lee Young Ji réussit le pari de réaliser un charmant clip style drama coréen. La chanson, furieusement addictive, raconte les déboires d’une jeune fille qui se sent peu attirante. Ajoutez à cela un conte initiatique amoureux soigné un brin amer et vous obtenez une vraie bombe à retardement qui a été un méga hit dans son pays d’origine. Et c’est plutôt mérité!

    7. Taylor Swift feat. Post Malone – Fortnight

    Réalisation : Taylor Swift & Rodrigo Prieto 

    Notre Américaine pop préférée laisse de côté ses rêves de jeune fille pour nous plonger dans un monde noir et blanc léché à l’extrême à la Metropolis de Fritz Lang. Au programme, rêveries contrariées par des lanières de cuir, des instants oniriques où volent sensualité, papiers et espérance. Taylor Swift au sommet comme toujours et un Post Malone en mode douceur mais étrangement mélancolique.

    6. Charli xcx feat. Billie Eilish – Guess

    Réalisation : Aidan Zamiri

    Si vous aimiez la lingerie fine et les discours frappants, cela pourrait vous intéresser. Avec en prime, une Billie Eilish survoltée et une Charli XCX envoûtante, comme toujours. En regardant le clip, vous faites une bonne action : l’ensemble des culottes non portées a été reversé à l’association caritative I Support The Girls qui vient en aide aux femmes victimes de violences conjugales et de précarité menstruelle. Et qui a dit que pour ces meilleurs clips de l’année 2024, on ne ferait pas preuve d’un peu de solidarité ?

    5. Salvatore Ganacci feat Tommy Cash – Ass Titties

    Réalisation : Mistre Tesfaye & Joel Nkímyá

    Quand le Suédois Salvatore Ganacci, et le vrai faux rappeur provocateur estonien Tommy Cash se rencontrent, c’est la déflagration. Voici donc : Ass & Titties, au titre volontairement provocateur. Dans une caverne a l’aspect… vaginal, dorment deux loustics aux drôles de coiffures qui tentent de faire leur trou dans un monde incompréhensible. Décidément une sacrée bizarrerie assez addictive et parfois charmante. Oui !

    4. DPR IAN – SAINT

    Réalisation : DPR IAN (Christian Yu)

    Le musicien coréen australien DPR IAN nous plonge dans un univers envoûtant de fantasy et de science fiction colorée. Sous ses dehors froids et mécaniques, se cache un conte baroque sur les troubles bipolaires et sur le trouble dissociatif de l’identité représentés par deux personnages : Mito et Mr. Insanity. L’EDM mêlée de R’n’B revisité de l’artiste arrive à nous immerger dans une ambiance unique en son genre. 

    3. Sabrina Carpenter – Taste

    Réalisation : Dave Meyers

    Les meilleurs clips de 2024 seront décidément ceux de l’année de l’amour contrarié. Dans ce clip revisitant sans peur La Mort Vous Va Si Bien, Sabrina Carpenter crève l’écran avec un subtil mélange de sensualité et de gore. Avec en prime, une fin hilarante ou Carpenter et la merveilleuse Jenna Ortega décident peut-être de se laisser tenter par l’une… un pied de nez assez peu commun dans un milieu pop plutôt formaté, chapeau!

    2. Ariana Grande – we can’t be friends (wait for your love)

    Réalisation : Christian Breslauer

    Ariana Grande (décidément bonne actrice) ouvre son petit coeur à une merveilleuse histoire d’amour avec un Evan Peters en grande forme. Problème : tout ceci n’est qu’une simulation informatique qui ne laissera personne indemne. Un poème fragile et triste, au rythme prenant et lancinant, sur la recherche désespérée du grand amour…

    1. Lil Nas X – JCHRIST

    Réalisation : Lil Nas X & SixTwentySix

    Si vous pensiez qu’une controverse sur un symbolisme religieux trop poussé pouvait briser une carrière, vous avez peut-être vrai. Mais Lil Nas X n’a pas dit son dernier mot. Dans J CHRIST, le rappeur ose le blasphème avec son humour outrancier coutumier. Enfer, Paradis, purgatoire, qu’importe, l’enfer c’est les autres. Une arche salvatrice surgit des flots comme pour susciter une fragile espérance. Un peu d’espoir pour clôturer les 10 meilleurs clips de 2024.

    Alworld.fr - Portfolio de Tolita Carrera
  • Le paradoxe du biopic musical

    Le paradoxe du biopic musical est un océan d’imprévus. Reconnu genre cinématographie à part entière, le biopic musical s’est bien installé. Quoi de plus vibrant au fond que de voir la vie de sa star préférée portée à l’écran ? Mais une complaisance voire de l’ennui peut se faire sentir. Un biopic musical est-il forcément un mauvais film ?

    L’idée d’une hagiographie mouvementée et pleine de peps est tentante pour un artiste à dépeindre. Tout un univers en mouvement, souvent condamné à resté scellé sur papier, devient alors palpable, réalisable, montrable. On se plaît à voir défiler littéralement sous nos yeux la vie incroyable de nos artistes préférés. Toutefois, malgré de rares occasions, l’exercice s’avère périlleux et rarement réussi. Certains assument sans complexes leurs délires (Elvis, Rocketman), un peu moins leur fragilité à fleur de peau (Back to Black), voire frôlent la crise de foi (Bob Marley One Love), ou pire, gomment des éléments peu reluisants pour le grand public (Bohemian Rhapsody). Des exemples réussis ont tout de même fait leur chemin, mais curieusement en insistant sur l’intimité tragique (Tina), ou bien la rage contenue (The Rose), ou la mélancolie vénéneuse (Ray, Walk The Line). Aussi charmants et délicieux soient-ils, les biopics musicaux posent une question plus légitime qu’il n’y paraît : est-ce réellement nécessaire de tout montrer, divulguer d’un artiste qu’on avait toujours adulé comme tel? On pourrait se poser l’autre question : est ce que expliquer une existence célèbre, aussi merveilleuse soit-elle, n’est ce pas au final la corrompre? La dissoudre ? Oui on va loin dans l’explication philosophique, mais la plupart du temps ce qui veut être une célébration devient rapidement un miroir déformant de consensuel, ou de statu quo. Un comble, lorsqu’on veut retranscrire une ballade symphonique et visuelle pleine de bonnes attentions. A l’heure du consumérisme, de la guerre de l’image et d’un marketing de plus en plus agressif, on doute fortement de la bonne volonté d’une telle opération. Le tiroir caisse va sonner plein à ras bords, les kids du millénaire auront leur bande son TikTok et les anciens pleureront de joie devant une énième peinture de Paul McCartney en prothèses plus vrai que nature. Complaisance, ennui, mauvaise énergie, le biopic musical souffre encore d’écueils. Mais le problème est plus large qu’on ne le pense.

    Le paradoxe des biopics musicaux - Alworld.fr

    Paradoxe du biopic musical : Une récit en pilote automatique, tu raconteras

    Biopic : contraction de « biographical motion picture ». Un biopic est un genre cinématographique, sous forme romancée, qui retrace la vie ou le parcours d’un personnage qui a réellement existé. A ne pas confondre avec le documentaire, qui raconte le réel, celui n’a pas été trafiqué (on l’espère). La version gentille de la définition du biopic serait la suivante : une histoire (souvent incroyable) d’une personne partie de rien (en général) devenant l’un des plus grands artistes qui soient. En n’oubliant pas de saupoudrer de quelques anecdotes croustillantes (et pas forcément utiles) sur son parcours (forcément) retors et (toujours) parsemé d’embûches. Dans le pire des cas, cela se finit en mariage (la vis comica en plus américain) ou pire avec une mort (forcément) tragique. Et emphasée si la personne est jeune (toujours un plus).  On se surprend à aimer le fait de savoir à quelle sauce l’on sera mangé en fonction des aspirations du réalisateur chargé de l’affaire. Comme toute aventure cinématographique en somme. A force d’abnégation et de volonté, le biopic musical est devenu un genre cinématographique à part entière. Et aussi fou que cela puisse paraître, un genre reconnu et assez populaire. Avec ses détracteurs et ses défenseurs. Ses chefs-d’œuvre et ses nanars. Et tout ce qui tourne autour de l’éthique, le voyeurisme, les zones d’ombres. Au risque au final, d’être en pilote automatique, avec une formule bien pensée, et assez interchangeable. Comble de l’ironie, le magazine anglais étudiant indépendant The Boar se fend d’un article équivoque « la formule familiale du biopic musical ». Comme l’écrit Dennis Bingham dans Whose Lives Are They Anyway: The Biopic As Contemporary Film Genre,

    Il ne jouit d’aucune des gloires du cinéma de genre, mais souffre tous les pièges.

    Dennis Bingham

    Le biopic musical a connu ces dernières années une impressionnante renaissance, avec tout ce qui implique de succès financier surtout. Pensez donc, réaliser un biopic musical ne nécessite pas tant d’argent que ça comme pour un film de super-héros. Pour n’importe quel studio, le film musical est un pari sûr. Le budget, même s’il est conséquent, n’arrive jamais à la cheville d’un Marvel par exemple. On utilise les effets spéciaux, la 3D et autres, en dernier recours, pour reconstruire des lieux, des ambiances. Pour le rôle principal, un acteur débutant peut faire l’affaire, moins cher  qu’un Brad Pitt ou un George Clooney. Il n’y a pas d’obligation d’acheter les droits aux artistes, puisque l’histoire peut être montrée, en toute filouterie, comme une « représentation artistique ». Comprenez une interprétation. Certes les droits musicaux sont conséquents, aussi l’accord de la famille ou le budget avocat en cas de procès pour diffamation. Le retour financier est à mesurer sur la base de fans de l’artiste. Comprenez, pour quelqu’un comme Bob Marley, c’est tout bénef… puisque les fans de Bob Marley veulent voir Bob Marley sur l’écran. Un autre point de taille : la curiosité morbide. L’humain est une espèce qui ressent ce besoin de savoir la vérité, surtout sur les choses qui le touchent. Le biopic musical s’intéresse davantage sur les puissantes connexions émotionnelles entre le fan et l’artiste. En soi pas vraiment un crime, mais étant donné que le talent du réalisateur varie beaucoup, cette connexion n’est pas toujours évidente. Pire même, dans le milieu, on se gausse du biopic musical lié au cinéma comme la techno sur l’électro : un mal nécessaire. Voire même, dans une version insultante, comme « appât à récompense ». Il faut voir les résultats qu’Elvis a eu : 3 Golden Globes du Meilleur Acteur, Meilleur Réalisateur, Meilleur Film Dramatique, ou Bohemian Rhapsody qui remporte l’Oscar du meilleur acteur. Une vérité il faut le dire.

    Mais qu’est ce qui plaît sincèrement au public à qui le biopic musical s’offre sans retenue? Comment expliquer un tel engouement ?

    Une pelletée de clichés tu ajouteras

    Le plus douloureux dans le biopic, c’est le cliché. Ne nous voilons pas la face, notre vie est remplie de clichés. Cela est plus problématique pour un genre codifié que le biopic. Codifié le biopic? Etes-vous aveugle? Il n’existe aucun biopic sur Terre ne parlant pas de sacro-sainte rédemption, de drogues et autres paradis artificiels, d’enfance malheureuse ou de succès monstre. Bien entendu, ces informations ne sont pas nouvelles elles se trouvent dans tous les films de tous les genre du monde. Cela devient plus retors lorsqu’ils sont vendus comme « plus-value » comme un objet marketing comme les autres. Surtout pour un biopic. Au risque d’être répétitif, même dans un bon biopic. C’est le cas pour Rocketman, flamboyante biographie d’Elton John, qui commence par une réunion des Alcooliques Anonymes. Celui-ci déroule alors dans une rythmique ultra-calibrée, son enfance difficile auprès d’un père absent (il partira refaire sa vie ailleurs) et une mère fuyante, son ascension jalonnée d’embûches, sa rencontre avec Faust, pardon, son producteur et amant John Reid. Enfin arrivent le succès foudroyant, les ballades musicales, les problèmes d’addiction, et le sexe. Bah oui faut bien vendre! Et autant le dire tout de suite, cela fonctionne plutôt bien. J’ai même pleuré durant certaines scènes et les musiques d’Elton John sont assez iconiques pour se laisser porter par le film. Réalisé en plus par le tâcheron Dexter Flecher qui finira Bohemian Rhapsody, et bien l’ensemble est plaisant, dynamique et réussi. Pourtant, le film n’a rien d’exceptionnel. C’est une rengaine qu’on va déjà vu, voire revu avec plus ou moins d’ardeur. Et des acteurs plus ou moins convaincants. Il n’est pas difficile de faire un bingo de biopics musicaux,  de cocher la fameuse case « enfance trouble » et de constater que votre pauvre grille est déjà noircie. Oups.

    Suivre la vie des artistes que l’on aime est une chose, voir le même chemin recommencer encore et encore en est une autre. D’ailleurs il n’est pas difficile de constater que c’est toujours les mêmes clichés qui reviennent. Enfant abandonné (Get On Up, Rocketman, Ray, Bob Marley One Love) ou ignoré (I Wanna Dance With Somebody, Cloclo, Dalida) ou bien enfant incompris (Back To Black, Bohemian Rhapsody, The Rose, Elvis), voire carrément exploité (Respect, Selena, La Môme, Judy). Bref, y’en a pour tout le monde. Et quand cela grandit, pas mieux. L’adolescent est furibard et commence ces petits concerts à la va-vite avant de rencontrer comme par miracle (cela existe hein), la ou les personnes qui flatteront son égo. Puis la valse des producteurs et de l’argent commence. Avec toujours les mêmes attentes. Et les mêmes résultats. Un frisson d’amertume me secoue. Surtout quand on sait que les acteurs et actrices, ont toute la force du biopic qui repose sur leurs frêles épaules. Quand ils savent jouer. C’est le cas pour la majorité des biopics, même dans un film décevant comme Bohemian Rhapsody, avec un Rami Malek en Freddie Mercury plus vraie que nature en dépit de fausses dents proéminentes risibles. Austin Butler dans Elvis, est impérial et m’a arraché des larmes à la fin du film avec l’interprétation de Unchained Melody en mode fin de vie. Bette Midler est vibrante et magnifique dans le vrai-faux biopic The Rose en fausse Janis Joplin tarée mais touchante. Le film se laisse voire par la simple magie d’un jeu d’acteur convaincant qui pourrait fournir l’excuse de voir un biopic. Seulement ce n’est pas le cas pour tout le monde. On zappera vite sur le téléfilm odieux Man in the Mirror: The Michael Jackson Story avec un Flex Alexander aux fraises. Et que dire de Bob Marley One Love avec un Kingsley Ben-Adir complètement pété, la bouche constamment ouverte et un acting absent (sauf vers la fin). Ou encore Back To Black avec Marisa Abela qui souffre de la comparaison et qui n’arrive pas à porter les épaules de la chanteuse écorchée au point d’en faire une pâle copie destinée aux costumes d’Halloween les moins inspirés. Quand cest parfois même la ressemblance qui fait défaut comme pour I Wanna Dance With Somebody ou l’actrice Naomie Ackie, pourtant convaincante, passe pour être une intermittente du spectacle tentant vainement de ressembler à Whitney… Re-oups.

    Cela prouve bien que même si les clichés existent et pullulent dans le biopic, le charme du film repose en grande partie sur l’acteur principal. En gageant qu’il joue bien et se démarque. Ce qui fait, parfois (voire presque toujours) effondrer l’édifice de l’incrédulité. Je ne dis pas que faire étalage d’une vie difficile n’est pas une bonne chose. Elle est problématique lorsqu’elle est simplement cosmétique… au point de rendre le film ennuyeux. Les décors reconstitués ne sont que de vagues décors sans âme, les personnages importants de l’histoire ne sont là que pour faire de la figuration, les problèmes sociétaux sont passés à la trappe. S’attarder sur des problèmes de fonds, voire politiques, est toujours risqué, mais plus convaincant que de faire une grosse et bête hagiographie sans saveur. Certains films y parviennent, comme All Eyez On Me ou le sulfureux Straight Outta Compton parlant de bavures policières dans les années 90 avec férocité et violence. Mieux, ces récits s’imbriquent dans une réelle prise politique s’entremêlant logiquement avec un parcours musical engagé et fort. Citons Selena, qui malgré son caractère film pour ados sur Selena Quintanilla, parle de la communauté latino avec une rare profondeur et une douloureuse lucidité. On y critique Reagan et sa politique raciste, on parle de la difficulté des latinos à percer dans la musique, surtout les femmes. Ce qui rend le film moins inoffensif qu’il n’y paraît. On peut parler de Lady Sings the Blues, vibrant hommage à Billie Holliday par Eartha Kitt qui raconte sans fards des rafles policières sur des Noirs, de la ségrégation et du militantisme. Même The Rose se permet de montrer le New York crapoteux des années 70, avec ses peep-shows, ses cinémas porno et ses drag queens un peu trop avinées, montrant un instant, l’envers du rêve américain. Même un film comme Tina, avec l’excellente Angela Bassett, parle de violences conjugales avant MeToo, voire de manipulation mentale et de viol conjugal, une première. Mais à côté de ça, un trop grand nombre de films se complaît dans une surenchère dispensable de clichés fumeux n’existant que pour servir leur but : émouvoir. Si le baroque et l’excès peuvent être réussis et même aider le récit comme c’est le cas pour Elvis, l’inverse est possible. Citons Love & Mercy sur les Beach Boys et son rythme lancinant et mélancolique, qui sied parfaitement à ce génie qu’est Brian Wilson. Un chef d’oeuvre du genre comme Control sur Joy Division est le parfait exemple de la mesure et de la minutie dans sa mise en scène en noir et blanc épurée. Une leçon qui hélas, sonne dans le vide, au vu des résultats moyens que l’on a recueilli ces dernières années. Mais le pire reste à venir.

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    Autre paradoxe du biopic musical : la réalité tu transformeras

    Autre point fâcheux, une tendance trop vive à modifier la réalité. C’est un comble quand on vise à montrer de façon « véridique » la vie de notre artiste préféré. La encore, de nombreux griefs extérieurs s’ajoutent aux problèmes. Straight Outta Compton, produit par Dr Dre et Ice Cube enjolivent la genèse de leurs hits pour mieux coller aux violences policières montrées à l’écran, ou bien la reformation de NWA qui en réalité n’a jamais eu, Eazy-E décédant trop tôt pour cela. Il ne faut pas oublier que la famille de l’artiste, si elle existe encore, a un inébranlable droit de regard sur le patrimoine artistique de l’artiste. L’ennuyeux Back To Black ose dépeindre Mitch, le père d’Amy comme un type formidable, alors qu’il n’a jamais été que le pauvre idiot et le père absent dont Amy souffrira longtemps. Et qui d’une certaine manière, a conditionné sa relation avec les hommes. Et bien il est producteur du film pardi. Et que dire de la relation extrêmement problématique entre Blake et Amy, dépeinte comme un film romantico-gothique, alors qu’il s’agit d’un rapport de force toxique et dégénéré où la drogue et l’alcool coulent à flot au point d’avoir tué Amy. Non. On se permet d’enlever des moments tout bonnement essentiels pour laisser une copie pâle et dangereuse comme Bohemian Rhapsody ou l’homosexualité de Mercury est cachée, voire omise par « pudeur ». Pardon? Je pense que toute personne saine d’esprit à qui on demande ce que signifie gay vous répondra Freddie Mercury sans hésiter. J’ai envie de hurler, mais ce n’est hélas pas la seule chose problématique dans ce film, ni dans les autres d’ailleurs. Get On Up sur James Brown ne parle que très peu du caractère violent, dominateur et psychopathe de James Brown sur les femmes. Parce que vous comprenez, il fut abandonné enfant par ses parents et par sa mère, et on a un beau biopic tout frais à vous proposer, ce serait bête de dépeindre le sujet du film comme un monstre. Ajoutons-y une auto-censure très gênante sur les fêtes alcoolisées dont il a été l’investigateur et vous avez un cocktail malsain de masculinité toxique. Cela devient pire lorsque cela parasite le processus créatif et les chansons produites par l’artiste dont on parle. Dans Back to Black, on réussit l’extraordinaire exploit de montrer très peu de scènes musicales pourtant fondamentales pour Amy qui a su remettre au goût du jour la soul des années 60 ! Tout cela au profit d’historiettes familiales et sentimentales pas franchement passionnantes. 

    Ce qui aurait pu aider à une certaine compréhension de la vie d’un artiste brise littéralement cette volonté de montrer la « réalité« . Et se permet même de tordre vicieusement le propos du film en proposant une version complètement à côté de la plaque. On peut tout de même remercier cette tendance de « réhabilitation » qui permet de remettre à leur place beaucoup de choses oubliées importantes. Notons la première épouse de Johnny Cash dans le magnifique Walk The Line, Vivian Liberto, dépeinte comme une femme BLANCHE hystérique refusant toute vie normale à Cash. Et réduite à une tache d’encre dans le futur couple June Carter et Cash. Triste quand on sait que cette femme a énormément aidé son mari, qu’elle était d’origine NOIRE métisse et militante, et qu’elle souhaitait vivement que son époux ait du succès. Le documentaire « Vivian & Johnny » réalisé par Matt Riddlehoover et sorti en 2020, réhabilite enfin le premier couple Cash. Les nombreuses interviews des collaborateurs, proches, voire anonymes sur le véritable visage de nos idoles contribuent à démystifier leur aura et les rendre plus humains, et plus problématiques. Pour un Dr Dre, un Eazy-E ou un Ice Cube, combien de femmes humiliées, battues, saignées à blanc ? Le témoignage déchirant de Michel’le, chanteuse de hip hop, à Gawker en 2015, sur ses affrontements physiques avec Dr Dre et Eazy-E, en est la preuve. Son personnage n’est pas présent dans le film par ailleurs, bien qu’elle ait tenu une place importante au sein de NWA. Encore une fois, preuve que la réalité l’emporte toujours. Même si elle contient des vérités pas toujours à dire ou entendre. Ceux qui sont encore vivants peuvent témoigner mais ceux disparus ont emporté avec eux leurs vérité et leurs propos. Ce qui rend la réalité du biopic musical tordue et forcément remaniée. Donc un film qui était au final, toujours prévu pour se planter ?

    Un succès certain, tu remporteras

    Malgré tous ces écueils, le biopic est populaire. Encore plus maintenant ou les technologies évoluent et permettent des univers plus vrais que nature. Mais le retour sur recette peut parfois s’avérer épineux. Exemple : le studio indépendant anglais GK Films, en charge de Bohemian Rhapsody (responsable de Tomb Raider, Victoria ou encore Dark Shadows) bénéficie de 55 millions de dollars de budget pour le film. Un budget très inférieur à un Marvel, mais conséquent pour un studio de cette envergure. Malgré un succès record de 288 millions de dollars aux USA et près de 910.8 millions de dollars ans le monde, le studio n’a eu aucun bénéfice net en raison de ses innombrables dépenses. S’ensuivra d’ailleurs un procès entre le scénariste Anthony McCarten et le studio, pour une perte de 51 millions de dollars. Cependant, le procès semble perdu d’avance car selon le studio, Mc Carten n’est redevable d’argent que via sa définition de “produit net”. On pourra donc compter sur le merchandising et la réédition OBLIGATOIRE (et presque risible) des albums de Queen. Qui de toute façon connaîtront le succès : le groupe n’a jamais été aussi riche qu’à la sortie du film. On peut toujours compter sur le merchandising, les goodies et autres symboles de la consommation pour amortir les coûts. Bob Marley : One Love a remporté dès sa première semaine près de 700 000 dollars et a même dépassé Rocketman en terme de recettes : 96,9 millions de dollars rien qu’aux Etats-Unis. Que dire des films cités plus haut, nuls ou pas nuls, ils ont (presque) tous franchi la barre des 30 millions voire des 50 millions de recettes. Avec parfois des records absolus comm Elvis et ses 280 millions de dollars de recettes dans le monde. Les articles de presse ne tarissent pas d’éloges sur la formule « bankable » du biopic musical, n’hésitant pas à parler de « poule aux oeufs d’or » ou de « machine à cash ». A voir les scores dithyrambiques de ces films, on ne peut que leur donner raison.

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    En revanche l’accueil critique est plus mitigé. Voire carrément tiédasse. Des films comme Bohemian Rhapsody ou Back To Black n’ont pas fait l’unanimité. Télérama parle du premier comme d’un « biopic taillé pour le culte » contenant un « chapelet d’inexactitudes et d’omissions ». Ecran Large se fend d’un « portrait qui Queen » et descend logiquement le film pour sa paresse scénaristique. Les Inrocks parlent d’un film « beaucoup trop officiel » pour faire vrai, Libération d’une « vacuité sidérante » ou le Monde d’une « biographie sans audace ». Quand Back to Black souffre de « d’un récit indigne » (le Figaro), ou d’une « Amy édulcorée » (le Devoir) et « d’un récit à l’eau de rose indécent ! » (la Presse). Oui, la critique n’est pas tendre car la critique n’est pas dupe. Et ce n’est ni une choucroute factice ou des dents de carrelage fausses qui vont arranger les choses. La presse indépendante de Net se fend d’articles laconiques sur la surenchère de biopics musicaux à venir. Pire, elle se montre complètement indifférente aux nombreuses sorties déjà prévues par les studios en date, prophétisant une mauvaise critique mais un succès certain : le biopic de Bob Dylan avec Timothée Chalamet, les 4 films sur les Beatles, ainsi qu’un futur film sur Michael Jackson. Et pas d’inquiétude à avoir sur la réception du milieu du cinéma, elle sera de toute façon établie. Il faut voir les nombreuses récompenses du cinéma qu’a obtenu Elvis : 4 Oscars Australiens (AACTA), Golden Globe du meilleur acteur, 2 BAFTA, 8 nominations aux Oscars. Bohemian Rhapsody rafle 4 Oscars, 2 BAFTA, et 2 Golden Globes. Le biopic musical n’est pas qu’une machine à cash, elle est aussi une usine à prix. Et ça, tout le monde dans le milieu l’a bien compris. S’ensuit alors une pelletée de nouveaux documentaires, mixtapes inédites, témoignages rares et précieux, bref n’importe quoi pour alimenter le mythe et attirer les spectateurs. Et le pire c’est que tout le monde s’y est mis, des anciens pontes de la série moderne comme HBO comme le streaming légal comme Netflix ou Amazon Prime ! Et vu le « peu » de moyens demandés, ce serait bête de s’en priver…

    Un biopic musical discutable, tu auras crée ?

    On ne le sait que trop bien, le biopic musical a le vent en poupe. Décrié, conspué même par certains médias mainstream, le genre connaît malgré lui une étonnante apogée. Etonnante, oui, à cause de tous les points que j’ai cité auparavant. Malgré les écueils évidents dont tombent la plupart des biopics, le genre est aussi populaire que les films Marvel, à en croire The Guardian dans un article instructif. Dans un marché aussi concurrentiel que le marché américain, le biopic est une bouée de sauvetage bienvenue qui cumule prix, honneurs, argent et renommée. Et la source n’est pas prête à se tarir, on cite les adaptations des vies de Grateful Dead, Billy Joel, Boy George, Maria Callas, Linda Ronstadt, Fred Astaire, Carole King, George Michael, les Bee Gees, et Keith Moon à venir. Et tant pis si l’on vient à gommer des contours peu reluisants pour rendre le tout plus glamour. Et pourtant, malgré tous ces mauvais points, il n’est pas toujours nul. Des exceptions confirment la règle, mais curieusement, le biopic est plus intéressant quand il n’est pas biopic, comme c’est le cas de The Rose, ou le génalissime Walk Hard : The Dewey Cox Story, parodiant le genre du biopic avec intelligence, humour et gravité.

    Discutable, oui, le biopic musical peut l’être. Mais c’est oublier le travail formidable de la machine hollywoodienne. Les acteurs sont dans leur grande majorité talentueux. Le délire fatiguant de folie visuelle qu’est Elvis est incroyable d’inventivité et de recherche. Rocketman n’est poignant que lorsqu’il lâche les rênes de son parcours calibré et qu’Elton parle aux fantômes de son passé. Ray émeut quand Ray Charles retrouve sa mère dans une autre temporalité où ils se parlent enfin. Même le décevant Bohemian Rhapsody, arrive à plaire dans ses trop rares scènes intimistes ou Mercury se retrouve face à lui-même. La déchirante scène de fin de The Rose me hante encore, même si dans un parcours fracassé, c’était inévitable. Même l’indifférent Kingsley Ben-Adir dans Bob Marley One Love réussit à émouvoir dans une séquence onirique ou il croise le héros de son enfance, Haïle Sélassié Ier. Les seconds rôles sont pour la plupart inoubliables : l’excellent Gwylinn Lee joue un Brian May plus vrai que nature, Richard Madden est machiavélique en John Reid, amant retors d’Elton John. Même les compositions de Forest Whitaker ou Audra McDonalds dans Respect sur Aretha Franklin sont à noter. Et que dire du rôle de la douce June Carter interprété par une Reese Whiterspoon bluffante et magnifique.

    Le biopic musical n’a jamais été aussi paradoxal. Se voulant grand et original, il ressort calibré et policé pour le grand public. Se rêvant fiévreux et insolent, il est souvent consensuel et aseptisé. Prouvant qu’il est un genre à part entière, il n’évite pas les écueils propres à tout genre cinématographique. Mais comme tout genre, il a ses nanars et ses réussites. Et comme tous les genres, il est fascinant, irrécupérable, parfois intéressant, souvent décevant. Et je préfère disparaître que de vivre dans un monde où Love & Mercy, The Rose, Control, Tina ou Ray n’aient pas existé.

  • Les 10 meilleurs clips de 2023

    Voici les 10 meilleurs clips de 2023. Démoniaques, sirupeux, piquants ou légèrements surannées, ils auront marqué l’année de leurs folies. 

    10. Rebecca Black – Crumbs

    Réalisation : Luke Orlando

    Une sacrée surprise pour commencer des 10 meilleurs clips de 2023… Un comeback en forme de rédemption, Rebecca Black. Elle a su rebondir efficacement avec son album Let Her Burn et une pelletée de clips barrés et esthétiques. Crumbs narre une histoire tordue d’emprise et de désir violent refoulé, avec force rouge et cuir déchiré. Belle tentative !

    9. Troye Sivan – One Of Your Girls

    Réalisation : Gordon von Steiner 

    On n’aurait jamais pensé voir un chanteur pop grimé en femme? Ah bah c’est pas Justin Timberlake ou Justin Bieber qui oseraient un tel « affront » hein !! Derrière la blague à la Britney Spears se cache une réflexion sur le genderfluid, la sexualité trouble et multiple. Et en jeune femme, Troye Sivan est toujours aussi adorable, quand même ! Certainement le clip le plus queer de ces 10 meilleurs clips de 2023, et le plus « queen » de l’année !

    8. Yaeji – For Granted

    Réalisation : Yaeji

    Le charme du clip 2023 fait maison par la talentueuse Yaeji, chanteuse coréenne qui défie les stéréotypes. Sous une ballade furieusement addictive et envoûtante, une introspection dans un univers stérile ou se mêle la douleur, la recherche, la douceur, jusqu’à l’explosion finale. Tout vole en éclats, la monotonie se brise, la musique se fait plus agressive, Yaeji respire enfin. 

    7. Ashnikko – Worms

    Réalisation : Raman Djafari

    Notre Anglaise bleutée s’offre un sacré trip tordu où cohabitent créatures marines, volantes, minérales. Tout ce monde grouille des entrailles d’une Terre dévastée, à la fois ocre et marron terne. Subsiste cette étrange machine que pilote Ashnikko pour survivre, et s’ensuit un incroyable combat échappé d’un Evangelion avec force cornes et épées fantasy. Un vrai bijou.

    6. Melanie Martinez – VOID

    Réalisation : Melanie Martinez, Carbon

    Björk n’a pas de soucis à se faire quand à une éventuelle descendance artistique. Melanie Martinez est toute trouvée. VOID propose d’incroyables visions organiques, mentales, physiques. Yeux géants, coeurs en fusion, nerfs en furie, créatures effrayantes à la peau rose translucide. Au milieu, une fée aux multiples yeux qui chante d’une voix enfantines des rythmes d’un nouveau monde. Fascinant, vraiment.

    5. The Beatles – Now & Then

    Réalisation : Peter Jackson, WingNut Films Productions Ltd

    Si vous pensiez que les Beatles étaient mortels, détrompez-vous. Peter Jackson réussit l’incroyable pari de littéralement « ressusciter » les membres disparus. Mais plus fou encore, grâce à un algorithme d’intelligence artificielle, la WingNut Films Productions Ltd termine enfin l’enregistrement inachevé de Now & Then, de 1978. Et voici le résultat. A pleurer de joie !

    4. Rita Ora feat. Fatboy Slim – Praising You

    Réalisation : Taika Waititi

    (Nota bene : c’est la seconde partie d’un clip coupé en deux, voici la première partie). Rita Ora échappée d’un monde de fous habillée en léopard grrr, atterrit dans un drôle de village paumé uniquement peuplé de… mannequins inexpressifs. Alors que la chanson entraînante et plutôt engageante donne envie de danser, l’atmosphère est particulière, entre mauvais êve et lendemain de cuite. 

    3. The Rolling Stones – Angry

    Réalisation : Francois Rousselet 

    Les briscards des Rolling Stones sont de retour. Ajoutez à cela la brûlante Los Angeles, une photographie parfaite, les courbes merveilleuses tout en cuir de la merveilleuse Sydney Sweeney d’Euphoria et vous avez votre clip revival à consommer tout de suite. Mention spéciale aux effets graphiques retraçant le parcours musical du groupe, magnifiques et très réussis !

    2. Gorillaz feat. Adeleye Omotayo – Silent Running 

    Réalisation : Jamie Hewlett & Fx Goby 

    Pauvre 2D ! Dans quel pétrin s’est-il encore retrouvé? Une obscure secte tente bien de transformer son joli corps en steak haché pour démon caché dans un puits obscur… Mais c’est sans compter ses amis de toujours, Noodle, Murdoc et Russel pour le sortir de ce mauvais pas. Ouf ? On n’en dira pas plus. Bel hommage aux films d’horreur de la Hammer et une splendide photographie avec une 3D très réussie.

    1. Doja Cat – Demons

    Réalisation : Christian Breslauer & Doja Cat

    Un véritable bijou d’horreur avec en guest-star s’il vous plaît, la merveilleuse Christina Ricci ! Grimée en démon grisâtre franchement effrayant, Doja Cat s’amuse à tourmenter sa victime. Pure vision d’horreur couplée à un maquillage et une ambiance très réussis. On compte également des hommages appuyés à des oeuvres horrifiques du 7e art comme Shining, Sinister ou l’Exorciste. A ne pas regarder seul.

    Alworld.fr - Portfolio de Tolita Carrera
  • The Idol, critique série : une catastrophe intéressante ?

    The Idol, C’était la promesse d’un conte sur la célébrité. Mais l’orgueil et la déroute artistique en décidèrent autrement. Résultat : une catastrophe intersidérale avec toutefois, quelques morceaux de bravoure. Et une réflexion parfois intéressante sur la pop culture.

    The Idol, critique de la série événement. On pensait naïvement que HBO était sorti d’affaire sur les flops en règle générale. Comment dire? Sex & The City, Game of Thrones, The Soprano, Six Feet Under, la liste des chef-d’oeuvre est trop longue. Et lorsque la chaîne tente un virage millenial sur une pop star pour ados sur le retour, on était frétillants. La douche n’est pas froide, elle est glaciale comme un iceberg. C’est un désastre à tous les niveaux : acteurs à la ramasse, histoire mal fichue, découpage plus que détestable, histoire contradictoire. Mais pourquoi diable la sauce n’a pas pris ? Qu’est ce qui explique ce four tellement énorme que même les plus méchants tweets sur l’affaire sont presque gentils et touchants ?  Les travers sont légion : une dénonciation du machisme ? Du voyeurisme à tout va. Une découverte musicale ? Une soupe de préjugés. The Weeknd acteur ? Grossière erreur. Un regard intelligent sur la féminité ? Une piscine de clichés obscènes. 

    Gêne et déception sont les maîtres mots de cette fable inaboutie sur les affres de la célébrité. De quoi s’arracher les cheveux. Alors que garder de The Idol ? Lily Rose-Depp, injustement désignée de « nepo baby » (comprenez rejeton de célébrité à qui tout sourit), est pourtant celle qui sauve l’histoire avec un talent évident. Mais sa blondeur juvénile et son aura ne suffiront pas à faire oublier les faiblesses du scénario. On peut citer quelques piques intelligentes qu’on voit entre deux cut, noyées par une ambiance plus que malsaine. La réalisatrice principale, Amy Seimetz fut virée sans raison apparente (ou à cause de son supposé féminisme décrié par The Weeknd) à 80% du déroulement de l’histoire pour Sam Levinson d’Euphoria. Raison de plus pour comprendre ce four embarrassant qui a le mérite tout de même de tenter une timide réflexion sur la célébrité…

    ATTENTION SPOILERS.

    https://www.youtube.com/watch?v=BvrUxpPeEWQ&ab_channel=FilmsActu

    La certitude d’une impasse

    Nous sommes le 29 juin 2021, The Weeknd alias Abel Tesfaye annonce à tout le monde qu’il va créer, produire et co-écrire une série dramatique pour HBO aux côtés de Reza Fahim et de Sam Levinson. Ce gros projet c’est la série The Idol, critique virulente d’une certaine pop culture. Ce nom doit vous dire quelque chose puisqu’il s’agit du créateur d’Euphoria, série phare adolescente des Millenials. Autant dire que tout se profilait bien à l’horizon. On y ajoute Amy Seimetz, réalisatrice autrice de The Girlfriend Experience la série, et Simetierre, donc pas franchement une débutante qui en plus à un ton féministe revendicateur dans ses créations. Elle sera également productrice exécutive. Le 22 novembre 2021, HBO a donné à la production un ordre de série pour une première saison de six épisodes. Tout semble bien se dérouler, déjà 80% du travail est fait. Sauf que.

    C’est la que tout bascule. En interne, bataille d’égos entre Tesfaye et Seimetz, qui ne s’entendent pas sur l’ambiance générale de la série. Une rumeur tenace affirme que le sous-texte féministe de Seimetz dérangeait Tesfaye. Toute l’histoire de Seimetz est remaniée : une starlette en difficulté devient victime d’un prédateur de l’industrie et se bat pour récupérer sa popularité. Tesfaye insiste plus sur la domination sexuelle et le côté « gourou » de son personnage. Au printemps 2022, Seimetz est officiellement remerciée de la série, alors que le projet touche à sa fin. Levinson reprend les devants, et l’ambiance devient aussitôt toxique. Répliques grasses, scènes salaces mal appropriées, fantasmes de viol, bref tout l’univers semble avoir changé de couleur. 

    Le premier épisode sort durant le 76e Festival de Cannes en grande pompe, et l’accueil n’est pas des plus chaleureux. Petite standing ovation de 5 minutes, interprété dans le milieu comme littéralement « tiédasse ». Bientôt, les critiques négatives pleuvent sur la série, sans pitié. « Abjecte », « Trop calibrée », « abîme de vulgarité », le ton est donné. Et pourtant, malgré une réception unanimement mauvaise, certains comme Télérama ou les Inrocks tentent de défendre leur vision. Certes, on peut citer une écriture à la ramasse et un style plus convenu qu’autre chose, mais est mis en avant une tentative de dépeindre un certain star system avec en prime une actrice principale tout bonnement renversante. Après plusieurs visionnages, je ne peux que me ranger à cet avis et même si la série déborde de défauts et de situations fausses, on peut reconnaître que l’on a vécu la naissance d’une future star. Dans un bordel sans nom comme la série critique The Idol, cela a le mérite d’être souligné.

    Ces signes avant-coureurs peuvent certainement expliquer déjà tout un temps d’évidence sur le non-succès critique de la série The Idol. Plus grave à mon sens est ce que les producteurs et créateurs du projet ont certainement vu trop gros et trop fort. Qu’il ont bâclé une histoire déjà bien fichue de base en y rajoutant des éléments dispensables. C’est du moins mon avis. Le premier épisode est une sorte de mauvaise surprise en forme d’oeuf géant. L’on voit très peu de tissu couvrir le corps de la pauvre créature, des dialogues aussi intéressants qu’une tranche de pain et une caméra totalement aux fraises.

    Je ne peux m’empêcher de soupirer d’effroi face à ce spectacle. Les critiques n’avaient donc pas au final, exagéré (c’est parfois un peu le cas) en parlant de l’étalage obscène de scènes sexuelles. Que dire de l’histoire, y’en a-t-il vraiment une ? C’est évident de voir ces pauvres acteurs se débattre comme ils le peuvent avec un script fauché, tenter d’ajouter un peu de matière sur un morceau de vent. Malgré l’effroi, je ressens une certaine compassion pour eux car leur bonne volonté n’arrive pas à transformer la série The Idol en véritable monument de pop culture qu’il aurait trop souhaité être. Les audiences sont mauvaises, le replay n’aide même pas au score final (comble de l’ironie!). HBO ne renouvellera pas officiellement la série à l’échec critique après le battage médiatique. 

    Certes, j’aurai pu passer outre le bad buzz de début et toute la suite de critiques horribles à son sujet. Le pire restait à venir. Si le début s’annonçait laborieux, la suite, elle, allait être pire. J’allais l’apprendre à mes dépends.

    Pourquoi The Idol est-elle une catastrophe intéressante ? - Alworld.fr

    Des contradictions à la pelle

    On nous vendait un produit provocant, dérangeant, glamour et sexy. Voici l’histoire de Jocelyn, pop star pour ados fragilisée par la mort de sa mère, tentant de faire un brillant comeback. Manque de pot dans le monde d’Hollywood, elle jette son dévolu sur Tedros, un obscur gourou gérant d’une boîte de nuit de Los Angeles. Les deux s’invectivent, s’intoxiquent, s’aiment malgré tout sous le regard médusé des fans et du staff de la jeune femme. On y parle désir féminin, fantasmes tordus au féminin (toujours non?), recherche intime et dérèglement psychologique, ça promettait.

    Mais en réalité tout s’effondre. Il ne faut pas attendre les premières scènes de l’épisode 1 de la série The Idol pour que l’on comprenne vite que l’on s’est trompés de série. Le découpage des scènes est charcutée, les scènes s’enchaînent n’importe comme, copiant vaguement le style Gaspar Noé. Quand aux acteurs… roulette russe gigantesque à celui qui aura le moins de charisme. Exit Eli Roth, qui passe son temps à jurer et dire « fuck » »shit » à tout bout de champ. La mère de substitution Da’Vine Joy Randolph est trop peu présente. Ou cette épouvantable caricature de juif séfarade riche Chaim incarné par Hank Azaria, qui n’a pas grand chose à foutre là. La palme de l’inaction revient à The Weeknd, qui hélas, est plus que nul dans cette série. Être un bon chanteur ne permet pas de dire que l’on est forcément un bon acteur. Car pour une bonne Lady Gaga, combien de mauvais films avec Prince, Vanilla Ice, Mick Jagger on s’est tapés pour en arriver là? Un bon paquet.

    Malheureusement The Weeknd n’arrive pas du tout à la cheville de ce qu’il aurait aimé être. Pire encore, il est encore plus horrible que ce que l’on s’imaginait. Tedros est un méchant caricatural, avec en prime une queue de rat risible, une façon cliché de fumer, de parler de cul comme on change de chemise. On le voit effaré essayer de se battre avec un mec en couinant comme une souris. Stop. Les seconds rôles au pire indifférents : Rachel Sennott, meilleure amie de Jocelyn, transparente et sans goût, au mieux prometteurs comme l’étrangement excellent Troye Sivan. C’est assez désagréable de voir tous ces acteurs et actrices inégaux s’invectiver, se hurler dessus, essayer de faire quelque chose de potable. Palme d’or aux adeptes de la secte de Tedros, sorte de clichés sur pattes de débiles californiens accros à Coachella. 

    Bien entendu, dans la série The Idol, on critique beaucoup le jeu d’acteur. Mais Lily-Rose Depp joue à la perfection. Elle est tout à fait crédible dans la peau d’une star pour ados torturée. Son parcours tortueux et violent la rend d’autant plus touchante que l’histoire ne fait pas grand chose pour la sauver. Ses interactions avec les personnages sont trop brèves et sèches pour entrevoir un semblant de relation. Son duo avec The Weeknd est tout bonnement risible. Une certaine dignité ressort de son jeu, ce qui n’est malheureusement pas suffisant pour sauver la mise. Les moments « sexy » ressemblent plus à du déballage de fesse et de sein sans grande passion, et les scènes de sexe ne sont pas franchement réussies. Sauf peut-être la rare bonne scène de la série, où l’ex de la starlette revient. Les deux s’invectivent, se toisent (avec en arrière plan The Weeknd pitoyable), puis s’unissent dans un moment d’intense partage physique. La seule bonne scène de sexe vraiment crédible et passionnée mais qui, noyée dans l’indifférence, n’apporte rien de neuf.

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    Mais le summum du foutage de gueule revient certainement aux intentions du scénario. Vous vouliez un brûlot sexy féministe sur une star à la dérive ? Bienvenue dans le fantasme du viol, avec pelletée de scènes problématiques et de séquences vraiment choquantes. Etrange de parler d’une libération sexuelle féminine lorsqu’on s’acharne à dévêtir le plus possible Lily-Rose Depp. On la traite comme une poupée gonflable et on la ridiculise plus que de coutume dans des moments de tension mornes. Et avec un parangon de paresse d’acting comme The Weeknd, c’est encore pire. Le festival de scènes épouvantables fait son apparition : un coordinateur d’intimité littéralement enfermé dans les toilettes, un cunnilingus sauvage dans une bagnole sur-éclairée. Une masturbation de The Weeknd sur Jocelyn devant un crew et certainement des téléspectateurs écoeurés par la gratuité de cette scène, du SM pour gosses avec manque d’expression à la clé…

    Sans parler du « scandale » sexuel du début de la série, où l’on voit crûment le visage de Jocelyn, recouvert de liquide séminal. Vous êtes sérieux ? Mais qu’est ce que diable tout cela signifie ? On sent que l’histoire a passé son tour et qu’elle s’est michée en monstre de contradictions. Exit les belles envolées sur une rédemption de la part des « méchants »  de l’histoire. On préférera encore insister sur ce cliché pourri de la jeunette tordue qui a, en fait « spoiler alert » tout manigancé depuis le début. Pas franchement la belle fable de revanche qu’on aurait souhaité. 

    La question qui brûle les lèvres au final est : que garder de tout ce désastre ? Car désastre critique, la série The Idol l’est assurément. En dépit des efforts de certains comédiens, et d’une envie de faire de la provocation intelligente, la série rate complètement sa cible et se vautre dans l’auto-complaisance. Mais sous la couche d’un moment trop appuyé, se niche une toute petite réflexion qui mérite qu’on s’y penche.

    Sous l’excès, la fragilité d’une intention

    La simplicité n’est pas vraiment le mantra de The Idol. La critique de la série The Idol s’annonce ardue.Dépassée par ses envies, elle déborde continuellement de faux-semblants et de contradictions en tout genre. En forçant trop sur le conte, la série se perd. En cause ? L’écriture complètement claquée de Sam Levinson, qui nous avait pourtant chaviré avec Euphoria… et sa fâcheuse tendance à dénuder toute personne de sexe féminin sans raison apparente. C’était irritant dans Euphoria, c’est carrément insupportable dans The Idol. L’écriture n’aide pas non plus, et l’on sent dans le montage de la série que les intentions sont contradictoires. Si vous vouliez que Jocelyn soit la vraie méchante de l’histoire, il aurait fallu plus d’épisodes et de scènes clé pour accenteur l’ambiguïté du personnage !

    On note quelques coups d’éclats. La splendide villa de Jocelyn apparaît comme une prison. Ses « amis » donnent l’impression d’être avec elle pour sa célébrité. Les agents semblant soucieux d’elle sont surtout soucieux de l’argent qu’ils perdent à « cause » de sa fragilité psychologique. Une brillante idée fait son apparition dans l’épisode 2 où l’on voit Jocelyn avoir toutes les peines du monde à tourner un clip vidéo qui vire à la foire d’empoigne. Remarquablement filmée en clair-obscur, avec des acteurs pour une fois inspirés, la scène navigue entre rêverie et cauchemar. Sous le corset serré de Jocelyn ressemblant plus à une armure qu’à un vêtement, l’on sent un corps de femme enfermé dans ses doutes. On a froid dans le dos quand on voit les pieds en sang de la chanteuse qui finit par s’effondrer en pleurs, vaincue par le chagrin, réclamant sa mère morte. Une image franche de la culture pop, prête à broyer des individus pour toujours plus d’argent et de fesse sans se soucier du reste. Ou encore la scène surréaliste du dîner entre amis, qui se transforme en règlement de comptes sanglant les amis de Jocelyn. Avec un flux d’émotions négatives (orgueil, jalousie, indifférence) qui rend le moment franchement désagréable et fascinant. On préfère s’attarder sur le manque de talent d’acteur évident de The Weeknd, qui lui, ne fait rien pour améliorer son sort.

    Sauf peut-être vers la fin, étrangement douce et amère, où l’on comprend que le méchant de l’histoire était Jocelyn. Il tente vainement d’intervenir une nouvelle fois dans sa vie mais se heurte au mur du staff. Forçant un peu, il livre peut-être la seule bonne tirade de la série en se confrontant à Jocelyn. Problème : l’écriture paresseuse et la caméra moribonde ont rendu l’âme et c’est sur un concert à la Taylor Swift que s’achève le désastre. Et lorsqu’un peu d’âme tente de respirer dans ce foutoir, elle est aussitôt aspirée par le mauvais goût. Dommage.

    Pourquoi The Idol est-elle une catastrophe intéressante ? - Alworld.fr

    Le style n’aide pas non plus. La caméra fait n’importe quoi, l’enchaînement des scènes est plus qu’hasardeux. Cela donne une impression d’enfumage de cerveau, qui embrouille davantage une série déjà brouillonne. Pire, à certains moments, il semble même que la mise en scène porte aux nues voire érotise des comportements scandaleux. Et là il faut mettre le hola. Non, frapper une femme avec une brosse, la « prendre » littéralement comme on le veut et éjaculer dans une cabine d’essayage, ce n’est pas sexy bon dieu. Des tirades tout droit sorties des pires films porno font leur apparition. Mention spéciale à celle, abjecte, où l’on entend Troye Sivan proposer au producteur la photo du scandale de Jocelyn comme prochaine pochette du disque. Pour, je cite « montrer qu’elle a des couilles ». Mais comment peut-on parler de libération féminine après de tels propos ?

    Surtout que Jocelyn n’est pas la seule victime, toutes les femmes de la série en prennent pour leur grade. La bonne copine Leia (Rachel Sennott) s’amourache d’un noir baraqué et bien membré et se fait prendre façon Pornhub, la fragile Chloé (Susanna Son) à la voix sucrée est si évaporée qu’elle en est invisible, Destiny (Da’Vine Joy Randolph) l’assistante est trop peu mise en avant pour plaire et la pauvre Dyanne (Kim Jennie de Blackpink) est mise au rebut au bout de trois épisodes. Tirent leur épingle du jeu la froide Talia (Hari Zef, bluffante), et la sèche directrice de label Nikki (convaincante Jane Adams) mais dans un laps de temps trop court pour marquer les esprits. Leur présence fantomatique ne fait que renforcer l’aspect rêve et cauchemar de la série et surtout, que le monde de la musique reste encore, un monde d’hommes.

    Cela rend la critique de la série The Idol d’autant plus frustrante. Au lieu de dénoncer un patriarcat étouffant et un machisme des plus évidents, la série se vautre dans ses contradictions. On préfère promener Jocelyn en petite tenue en la montrant vulnérable, mais ça ne suffit pas à crier au pamphlet. A certains endroits, l’apparence « clipesque » de The Idol permet l’émergence de certaines scènes réussies (le tournage de clip, le retour de l’ex, la fin). A d’autres, c’est-à-dire la plupart du temps, les femmes sont soumises à un regard masculin des plus malaisants.

     Le script en devient bavard et insupportable, magnifiant plus que dénonçant, la misogynie évidente du milieu musical. Autre élément énervant, c’est que The Idol connait son sujet. Et c’était à première vue, prometteur. The Weeknd n’est certainement pas un inconnu dans ce milieu, et aurait pu montrer qu’il pouvait en faire une critique plus poussée. Lily Rose Depp, avec ses tenues surréalistes et ses chansons classe, rivalise de beauté avec ces pop idols comme Britney Spears, Charli XCX ou Ariana Grande. Le staff de la chanteuse, très ambivalent, semble proche de la réalité, entre coups bas, obsession du fric et indifférence aux traumas de leurs poulains. En ce sens, la série dévoile un peu d’humanité et d’auto-critique. Seulement voilà, l’orgueil démesuré de The Weeknd, l’écriture foirée de Levinson et la production problématiques aura eu raison de The Idol.

    Après la tempête…?

    Plein d’entrain avait été déployé pour sortir en grande pompe de The Idol. L’accueil à Cannes fut plus que froid. La critique assassine, The Weeknd en prend pour son grade. Alors que la réception est plus que catastrophique, HBO décide d’annuler un sixième épisode et la série dans la foulée. Exit la saison 2, exit Jocelyn. Restera cette fin étrange avec ce concert hors normes ou Jocelyn se dévoile dans toute la splendeur de la pop culture. Une fin étrangement prémonitoire, qui résume bien le désastre de The Idol : une forte poussée, une esthétique parfaite mais un trop plein d’orgueil qui rend le tout indigeste. Et qui se casse à la fin. Restera peut-être, comme une blague, des articles exaltés de Harper’s Bazaar ou de Vanity Fair sur les tenues extra de la série (elles le sont quelquefois), ou le maquillage so années 2000 de Lily-Rose Depp, en omettant la mollesse de The Weeknd. Des tas de questions nous taraude, assez violemment : The Idol aurait été d’un autre calibre si toutes ces polémiques n’avaient pas eu lieu ? Aurait on assisté à l’éclatement d’un chef-d’oeuvre, d’une véritable réflexion solide sur les affres de la fame? The Weeknd aurait-il été autre chose qu’un acteur nul ? Au lieu de ça, on a l’horrible sensation d’avoir assisté à une oeuvre mort-née, au goût amer.

    Si l’on devait critique grossièrement la série, elle est au pire effroyable, au mieux ennuyeuse. Les petites éclaircies ne parviennent pas à sauver l’ensemble d’un naufrage artistique évident, pour toutes les raisons citées. On en vient à s’énerver tout seul devant l’écran, entre aberration et incompréhension. Pourquoi foutre un coordinateur d’intimité aux toilettes parce que Jocelyn veut montrer ses seins? Qui a eu cette idée folle d’engager The Weeknd comme producteur et acteur? Qu’est ce qui prend Sam Levinson de faire du cul de thriller érotique 80’s parce qu’il a travaillé avec Adrian Lyne (le scénario d’Eaux Profondes) ? On soupire d’agacement, car n’est pas Verhoven qui veut.

    On ressent alors une empathie évidente pour Jocelyn, jetée en pâture à des regards concupiscents, entourée de vautours affairistes parlant de fric plutôt que de soins médicaux. On imagine le public en attente, choqué par le revenge porn dont elle fut victime. On comprend parfois les efforts de The Weeknd de déniaiser tout cela pour éviter de livrer une énième copie de Britney Spears. Entre vanité et vulgarité, The Idol ne laisse pas indifférente pour tous les éléments nommés. La critique de la série The Idol, forcément négative, est le reflet de son arrogance. Une catastrophe, certes, totale, mais pas dénuée d’intérêt. Il ne nous reste plus qu’à attendre le prochain disque de The Weeknd pour nous conforter à l’idée qu’il reste encore un bon chanteur. 

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  • Les 10 meilleurs clips de 2022

    Voici les 10 meilleurs clips de 2022. D’un côté, douceur, volupté, désir et de l’autre, distensions, torsades dans le temps et mélange de l’esprit, de la chair et de l’âme. Fous, passionnés mais aussi attachants et généreux.

    10. 5 Seconds of Summer – COMPLETE MESS

    Réalisation : Lauren Dunn

    Pour ces 10 meilleurs clips de 2022, vous en avez marre des clichés de boys bands à grand renfort de chemises en satin et Central Park en arrière-plan ? Clip réalisé par l’artiste plastique Lauren Dunn, COMPLETE MESS parle de désarroi et de doutes adolescents. Avec en fond un désert mélancolique, de renversants effets de lumière et de halos qui feraient pâlir n’importe quel étudiant en art…

    9. Post Malone (feat. Doja Cat) – I Like You 

    Réalisation : child.

    Vous aimez la peinture? Check. Vous aimez Doja Cat nue ? Oui bien sûr. Vous aimez les fleurs ? Les hommages pétés à Van Gogh et aux Smileys de l’Acid Culture? Bien entendu. Gentillesse et bizarreries comme du miel léché sur un mec hilare, un cupcake écrasé sur un visage, et balades kink dans les fourrés pour un après-midi tordu thé et broderie avec un twist rap plutôt bien amené.

    8. Chance The Rapper – Child of God

    Réalisation : Troy Gueno

    Calme, volupté et créativité sont à l’honneur dans Child of God. Avec en fond sonore un rap précieux et ronronnant, aux beats immanquables, l’on peut voir la création d’une toile à l’engagement évident par l’artiste gabonnaise Naïla Opiangah. Un vrai morceau de douceur et de beauté irréelle qui mérite clairement d’être cité. Bravo à toi, Chance.

    7. Gorillaz feat. Thundercat – Cracker Island

    Réalisation : Jamie Hewlett & Fx Goby

    Vous avez toujours pensé que Vol Au Dessus d’Un Nid de Coucous était un film d’horreur caché ? Cracker Island répondra à cette question. On est happés dans un univers hospitalier inconfortable avec moult personnages étranges et sinistres. Un bel hommage aux films des 70s avec un featuring pop et entraînant signé Thundercat. Bonus pour la fin, très inconfortable !

    6. Meshuggah – Broken Cog

    Réalisation : Acacia Visuals, Valentine Unix, Arkadiy Grigoryants, Petr Boroda, Sergey Unix, Alexander Rybashov, Luminokaya

    Et si la fin du monde se traduisait en un géant doré aux veines aussi éclatées qu’un volcan en éruption ? Hésitant entre cauchemar et rêverie à la Aronofsky, Broken Cog dévoile l’artillerie lourde en symbolismes mentaux et physiques. On est plongés au coeur d’une machinerie humaine surchauffée qui n’attend que la dernière seconde pour tout envoyer bouler.

    5. The Crystal Method, Hyper & Iggy Pop – Post-Punk

    Réalisation : Margaryta Bushkin, Anna Chocholi

    Et un bonbon de nostalgie pour ces 10 meilleurs clips de 2022 ! Quand de vieux barbons des années 70 et 90 se retrouvent, on s’attend à une promenade de santé. Grossière erreur. Ici, beats lourds, boucle hypnotique et voix d’outre-tombe dans un revival electro du plus bel effet. Ajoutez à cela une animation stylisée extrêmement bien détaillée et rythmée, et vous obtenez un combo nostalgique parfait.

    4. Mitski – Love Me More

    Réalisation : Christopher Good

    Pour faire court, Love Me More, c’est un peu ce qu’on ressent quand on aime beaucoup et qu’on reçoit peu. Encore une fois, Mitski se surpasse dans l’étrange et le fantasmagorique avec ce clip aux faux accents de vaudou. Trahison, symboliques, passions, vieux délires à la Lynch, le tout dans une lumière bleutée à la fois cruelle et mélancolique, Love Me More est une claque dans la face

    3. Mastodon – Teardrinker

    Réalisation : Lorenzo Diego Carrera

    Due dire face à pareille chose ? Géants de sable, verre de larmes, explosions violettes, Teardrinker est une longue contemplation mélancolique dans les méandres d’un esprit perdu. Des éclats de beauté ça et là – mention spéciale aux petits bonshommes (merveilleux) – du spleen, des questionnements en suspens et on ressort groggy. La marque des vrais bons artistes?

    2. Animal Collective – We Go Back

    Réalisation : WinstonHacking & Michael Enzbrunner

    Voici le résultat entre un bad trip et un rêve qui a mal tourné. Point d’explications logiques dans We Go Back, titre bien trouvé pour le vrai retour d’Animal Collective qu’on n’espérait plus. Collages numériques, envolées lyriques, couleurs saturées à l’extrême accompagnent formidablement bien la voix aérienne et alien de Panda Bear. Un beau n’importe quoi qui reste dans la mémoire.

    1. Max Cooper – Exotic Contents

    Réalisation : Xander Streenbrugge & les Intelligences Artificielles VQGAN et CLIP

    Je vous présente, Mesdames et Messieurs, le futur réalisateur de clips qui enterrera tout le monde d’ici quelques années : VQGAN + CLIP. Ces programmes d’intelligences artificielles ont été développées dans ce clip par le chercheur Xander Streenbrugge. Il s’est associé avec l’artiste pour nous proposer la toute première vidéo réalisée par une IA par génération d’images et de vidéo dans un style pictural précis. Résultat : une véritable prouesse technologique et un beau mal de tête dans un monde dominé par le vert, ou chaque recoin bruisse d’une vie intérieure et où la logique a disparu. A la fois splendide et un peu flippant… Parfait pour conclure ces 10 meilleurs clips de 2022, non ?

    Alworld.fr - Portfolio de Tolita Carrera
  • Les 10 meilleurs clips de 2021

    Colorés à l’extrême, comblés d’extase ou de bouleversements intimes, sucrés ou aigres. Fiers ou bien dans la dénonciation, éclatants et sombres, voici les 10 meilleurs clips de l’année 2021.

    10. Camilla Cabello – Don’t Go Yet

    Réalisatrices : Philippa Price et Pilar Zeta

    Et un peu de mignonnitude dans ces 10 meilleurs clips de 2021, c’est bien aussi. Camilla Cabello mise sur la légèreté. Fière de ses origines cubaines et mexicaines, Cabello mise sur les clichés latino mis en scène de façon savoureuse. Voix vaporeuse, salsa à donf, couleurs pétaradantes, boucles d’oreille défiant la gravité, Don’t Go Yet c’est le moment de respiration qu’on rêve tous d’avoir. L’intro en stop-motion, tout simplement adorable !

    9. Tyler, The Creator – LUMBERJACK

    Réalisation : Wolf Haley (Tyler, The Creator)

    Niveau étrangetés, Tyler the Creator nous a habitués à tout. Ici, manucure pastel au fin fond de l’Utah, critique du racisme avec des maquillages grossiers, tempêtes de neige avec des mamies pour un mauvais remake de Shining. Passé le côté WTF de l’ensemble, un univers cynique et grinçant, aux nombreuses connotations politiques de la part de Wolf Haley, l’alias de Tyler.

    8. SEVDALIZA – Rumors

    ATTENTION CONTIENT DE LA VIOLENCE GRAPHIQUE.

    Réalisation : Willem Kantine & Sevdaliza

    Ce n’est pas tous les jours qu’on peut voir une femme enceinte condamnée à se battre contre des méchants qui en veulent à son petit. Injections de produits louches, des hélicoptères agressifs et un double en forme d’androide et tous les ingrédients sont là pour faire un sombre court-métrage lourd de sens. L’ultraviolence laisse parfois place à un sentiment d’impuissance larvée.

    7. Dua Lipa – We’re Good

    Réalisation : Vania Heymann & Gal Muggia

    N’avez vous jamais souhaité une belle romance pour Dua Lipa qu’on ne présente plus ? Quel amant plus merveilleux qu’un… homard ? Oui vous avez bien entendu. We’re Good signe une romance doucereuse à la Titanic entre la jolie Anglaise et un crustacé aux pinces enrubannées. Une bizarrerie rétro qu’on savoure sans peine, sans sauce rouille bien sûr.

    6. Doja Cat – Need To Know

    Réalisation : Miles Cable & AJ Favicchio

    Doja Cat nous offre une relecture féminine d’un Star Wars sous acide. Peau verte ou bleue, crâne allongé ou non, fringues dernier cri, vaisseaux, la chanteuse ne s’interdit rien dans son trip galactique. Et se paie au passage, une discrète apparition de Grimes en personne en fêtarde rose fluo. Need To Know (j’ai besoin de savoir) si ce merveilleux clip était réel ou non…

    5. Angèle – Bruxelles je t’aime

    Réalisation : Partizan

    Il s’en passe des choses bizarres dans des trains parfois. Et je parle pas de gens qui vomissent… Angèle, pris d’un accès de mélancolie, repense au passé et à sa ville chérie. On pourrait trouver kitsch cette nostalgie mais Angèle s’y montre si convaincante et charmante, qu’on finit par adorer Bruxelles aussi. J’ai envie d’aller maintenant c’est malin! Et l’envie de grignoter une gaufre de Liège en faisant ce top 10 des meilleurs clips de 2021, tiens.

    4. Megan Thee Stallion – Thot Shit

    Réalisation : Aube Perrie

    Longtemps victimes de discriminations diverses de la part d’hommes racistes qui n’ont que ça à faire de leur vie, les femmes noires se rebellent. Megan Thee Stallion n’y va pas par quatre chemins et se venge avec une mauvaise foi jubilatoire de ses haters : un WASP, condamné à subir les moqueries de la grande Megan. Avec en guise, une fin très… spéciale. 

    3. Radiohead – If You Say the Word

    Réalisation : Kasper Häggström

    Chassé comme du gibier dans de profondes forêts hypnotiques, l’Homme est enfermé dans un container sale où, nourri de maigres sandwiches et habillé en costard-cravate, il est lourdement lâché dans un environnement urbain, où les autres humains semblent ne pas exister. Une réflexion puissante sur la tristesse du capitalisme actuel et une bonne dose d’humour très noir.

    2. Arca – Prada/Rakata

    Réalisation : Frederik Heyman et Arca

    Prada/Rakata est le conte bigarré et retors sur la transidentité, la recherche de soi, où l’on aperçoit une créature équine en pleine mutation, une roue de feu, des aliens et des mutants aux dents longues sur fond de chauve-souris accouchant de crânes. Un fascinant aperçu du cerveau sans fond d’une grande artiste dotée d’une incroyable inventivité.

    1. Lil Nas X – MONTERO (Call Me By Your Name)

    Réalisation : Tanu Muino & Lil Nas X 

    Lil Nas X casse cette année tous les codes machistes et éculés du rap/hip-hop US en vivant à fond son homosexualité, ses désirs morbides et tordus. MONTERO est autant inscrit dans le passé que le futur, repousse les limites, s’inspire du baroque français, des contes grecs ou de la mythologie biblique en y insufflant un queer power à fond la caisse. Un véritable chef-d’œuvre, idéal pour conclure ces 10 meilleurs clips de 2021…

    Alworld.fr - Portfolio de Tolita Carrera
  • Les 10 meilleurs clips de 2020

    Voici les 10 meilleurs clips de 2020. Intimes, dépressifs, pleins d’espoir, bigarrés, colorés, exprimant une souffrance intérieure ou un désir de vivre.

    10. Lady Gaga – 911

    Réalisation : Tarsem Singh

    Même si pour ces 10 meilleurs clips de 2020, la logique est à la règle, on parle franchement de déroute psychique. Dans cet océan de douceur et de fête qu’est Chromatica, subsiste le doute. Ici, Tarsem Singh (Les Immortels, The Cell, The Fall) réalise une incroyable épopée symbolisant la douleur mentale de la chanteuse. Le clip montre Lady Gaga en reine, alien, soumise, dominatrice avant de finir à l’hôpital. Une histoire douloureuse et personnelle.

    9. Tame Impala – Lost In Yesterday

    Réalisation : Kevin Parker

    Imaginez un merveilleux mariage romantique, avec force cotillons, dentelles et ballons roses à en vomir. Et puis, boum, sans savoir pourquoi, vous vous retrouvez coincé dans une boucle temporelle où tout recommence, avec une conclusion abrupte. On traverse le temps en étant hypnotisé par les sons de la chanson qui symbolise ce sentiment : « perdu dans l’hier » ! Un romantisme un peu écorché pour ces 10 meilleurs clips de 2020…

    8. Doja Cat – Say So

    Réalisation : Hannah Lux Davis

    Si vous êtes un fana de Boogie Nights et que vous ne jurez que par les paillettes, les pattes d’eph et la soul chaude comme du sable californien, Say So est une formidable madeleine de Proust. Doja Cat, charmante panthère à la voix douce, tombe amoureuse d’un réparateur sexy et au lieu de virer au porno aigre, se transforme en soirée à la Saturday Night Fever. Un peu de disco dans ce top 10 des meilleurs clips de 2023, ça vous fera pas de mal !

    7. Rina Sawayama – XS

    Réalisation : Ali Kurr

    Une nouvelle tempête musicale s’est imposée cette année comme une référence : Rina Sawayama. Cette Japonaise ayant vécu en Angleterre change de peau dans ses clips comme on change de vêtements. Ici, elle incarne une vendeuse de télé-achat un brin hystérique qui ne croit pas du tout à ce qu’elle vend, avant de finir… dans une poubelle. Un clip complètement barré, mais fichtrement bien fait.

    6. DaBaby fea.t NBA Youngboy – JUMP

    Réalisation : Reel Goats

    On va pas se mentir, le confinement en a usé plus d’un. Pourquoi ne pas faire de blagues salaces et infantiles sur ce sujet actuel ? Un peu de légèreté n’a jamais fait de mal. Ici DaBaby s’amuse à nettoyer son appartement de 55026 m2 aux 8800 chambres car il n’a rien d’autre à faire. Un montage rapide, des éléments hilarants et un certain sens de la comédie. Vous vouliez être propre ? Dansez plutôt sur la table !!

    5. Arca – NonBinary

    Réalisation : Frederik Heyman 

    Vous pensiez que SOPHIE était l’artiste le plus bizarre du moment ? Et bien un autre OVNI vient de débarquer sur Terre et il s’appelle Arca. Vous n’êtes pas prêts. Ici, on parle non-binaire, robots en gelée, coquillages et rêves humides où il ne fait pas bon traîner. Au final un objet hybride rappelant les folies d’Autechre et Björk durant ses meilleurs moments. Une curiosité à l’étrangeté venimeuse.

    4. The Weeknd – In Your Eyes

    Réalisation : Anton Tammi

    Et pour ajouter un peu de variété dans ces 10 meilleurs clips de 2023, un peu d’horreur ! In Your Eyes ou le cauchemar d’une blonde prise dans les filets d’un tueur psychopathe. Ici, on cite autant John Carpenter, Thriller de Michael Jackson ou les slasher des années 80. Les plans (magnifiques) sont entrecoupés de lumière rouge et verte criarde, aveuglante. On notera un spectaculaire retournement de situation gore et comique où la fille triomphe.

    3. Bad Bunny – Yo Perreo Sola

    Réalisation : Stilz & Benito Martinez

    Si j’avais su qu’un jour je verrai un chanteur de reggaeton grimé en femme pour lutter contre les violences sexistes, je ne l’aurai pas cru. Ici, point de finesse ou de remise en question : Bad Bunny ose tout. Habillé en stéréotype féminin de chanteur latino aux seins hypertrophiés, il devient victime, battu, moqué, recouvert de danseurs en fleurs. Avec une force qui provoque le respect. 

    2. Dua Lipa – Hallucinate

    Réalisation : The Mill

    Sur la planète pop, débarque la princesse des fleurs Dua Lipa. Non contente d’être la chanteuse la plus bankable de sa génération, elle s’invente des univers toujours plus fascinants. Le dernier en date ? Un trip hallucinatoire à l’image de la chanson, où fleurs, oiseaux, licornes, des pots de miel disco se mélangent dans une folle danse aux accents 50’s mais à la sauce moderne. Splendide !

    1. Taylor Swift – The Man

    Réalisation : Taylor Swift 

    Et pour conclure ce top 10 des meilleurs clips de 2023, une bonne question ! N’avez-vous jamais rêvé d’être dans la peau d’un homme blanc, hétéro, riche et profondément méprisable ? Encore une fois, Taylor Swift fait fort en incarnant un mâle au brushing impeccable mais à l’égoïsme aussi flamboyant que son sexisme. Un magnifique travail de travestissement, une réflexion intéressante sur les rapports homme/femme.

    Alworld.fr - Portfolio de Tolita Carrera
  • RuPaul’s Drag Race, autant en emporte le drag

    Ou comment une bande de joyeuses nanas à poutre habillées comme des voitures volées et maquillées comme les plus beaux lampadaires me réconcilièrent avec le drama classe et la real TV.

    Je vais être claire,, je déteste la téléréalité. De toutes les forces de mon être. Voir des gens plus jeunes que moi à la télévision se comporter comme des enfants de 5 ans pour des coucheries sans intérêt ou des conflits qui sont aussi profonds que la moisissure du frigo ou les culottes, je dis non. Et c’est une fin de non-recevoir. M’être faite entourlouper par des émissions bas de gamme dans l’adolescence parce que je n’avais pas le recul nécessaire ce n’était pas une expérience agréable j’avoue. Mais après tout, n’avons-nous pas le pouvoir de prendre la télécommande, appuyer sur le bouton « éteindre » et oublier tout ce bordel ? Je vous le demande. A présent, c’était fini, pensais-je naïvement. Je me contentais de ne plus acheter de télévision (non merci la redevance) pour voir hurler en permanence des pâles copies de Nulle Part Ailleurs sur des chaînes de la TNT occupées à rediffuser des téléfilms profonds comme Le Templier ou Battlefield Earth (c’était ironique). Enfin bon, inutile de préciser que la télévision n’était pas la bienvenue, le replay suffisait amplement pour regarder des trucs de vieux comme Secrets d’histoire ou encore du téléachat (soyons fous). Et puis Netflix est arrivé. Sans vraiment de conviction, je regarde des palettes de maquillage Alyssa Edwards d’Anastasia Beverly Hills (promis, la suite est logique) et je m’interroge, mais qui diable est Alyssa Edwards ? Puis je retombe sur une ancienne chanson de ma playlist Spotify : Supermodel, de RuPaul un vieux hit 90s comme on n’en fait plus avec name-dropping à gogo et clips hommage aux Supermodels de cette époque (Linda, Naomi, Claudia, Christy entre autres). Je remarque alors que ces deux personnalités sont connectées. Alyssa Edwards, que j’avais confondu avec une femme, était une drag queen, tout comme RuPaul. L’une était une participante de l’émission RuPaul’s Drag Race et le second, logiquement, l’investigateur.

    Drag queen, bon. Je ne connaissais que RuPaul, et Divine bien sûr, pour ses films d’auteur à haute teneur en caca (vous êtes assez grands pour chercher par vous même sur Google je crois), et dans un autre registre plus…adulte dirons-nous, ChiChi LaRue, une drag queen réalisatrice de films…d’adulte quoi (me demandez pas comment je suis tombée sur ces films s’il vous plaît, ce blog est tout public merci). Intriguée par ces infos, je clique sur le macaron « nouveauté » de Netflix avec écrit « téléréalité » en tout petit. Eurk. Bon. Je lance le premier épisode de la première saison de RuPaul’s Drag Race sobrement intitulé « Drag Discount ». Pour une raison que j’ignore encore aujourd’hui, j’étais persuadée d’avoir affaire à quelque chose de gros dès les premières minutes. Etait-ce à cause des couleurs criardes parfois de mauvais goût ? Les tenues discutables de certaines candidates et leur maquillage outrancier ? Les chansons catchy et le générique en mode 24h du Mans ? Les nombreuses références au sexe à un, deux ou trois en riant comme des baleines ? Les challenges improbables qui pouvaient être des occasions pour une hétéro comme moi de se rincer l’oeil sur de beaux Portoricains ? Peut-être tout ça à la fois.

    Mais une chose était sûre. RuPaul’s Drag Race allait changer ma vie à tout jamais. Tout comme durant un froid matin de mars 2001 sur MTV Clint Eastwood de Gorillaz avait cassé le quatrième mur et m’avait emmené dans un monde lointain ; 19 ans plus tard, par une chaude soirée d’été, RuPaul’s Drag Race m’ouvrit les portes d’un univers cosmique dont j’ignorais tout. Une fan était née.

    RuPaul’s Drag Race, autant en emporte le drag - Alworld.fr
    En haut en partant de la gauche : Jan, Widow Von Du, Gigi Goode (♡), Heidi N’Closet, Brita, Jackie Cox, Crystal Methyd, Jaida Essence Hall

    Un peu d’histoire avec des paillettes

    Sachez-le, j’ai beau être quelqu’un de très intelligent (ça va les chevilles qui enflent au fait?), je n’étais pas au fait du monde caché des drag queens. Leur univers, leur façon de parler, leurs règles me semblaient presque aussi hermétiques que le régime Dukan. Un peu d’histoire pour commencer déjà. Une légende tenace voudrait que « drag » soit l’acronyme de dressed as a girl, parole inventée par Shakespeare himself (on n’est pas sûr) pour désigner ses acteurs hommes qui se grimaient en femme sur les planches du Théâtre du Globe. Ou bien c’était l’expression to drag qui désignait les travestis laissant tomber leurs jupes derrière eux. Quant à « queen », il désigne depuis longtemps en argot britannique les homosexuels ou les femmes légères – le mot ayant été déformé en « queer » selon certains. Vous saurez pourquoi Freddy Mercury a baptisé son groupe ainsi, porteur d’un double-sens qui pourrait presque passer pour une revendication LGBT. Mais je m’égare. L’interdiction de représentation des femmes sur scène avait poussé les hommes à s’habiller en femme. Toute une faune rejetée de la société – les acteurs et actrices étaient considérés comme des outsiders par leurs moeurs et leur travail – allait s’épanouir et donner naissance aux drag queens d’aujourd’hui. Elles furent nombreuses à se remarquer dans des cabarets et des boîtes de nuit, à une époque où l’homosexualité était taboue et très réprimée par la police (interdiction de boire ou de danser avec un homme !!). Attention cependant à ne pas confondre avec trans, travestis ou transformiste. Une personne trans c’est une personne qui a changé de sexe, et qui en bave déjà suffisamment dans sa vie pour s’assumer telle qu’elle est, alors laissez-la tranquille. Un travesti est un homme qui se déguise en femme parce qu’il aime ça, point. Quant aux transformistes, ce sont des hommes qui s’habillent exclusivement comme leurs stars préférées (femmes dans la majorité des cas), chantent leurs chansons tout en changeant très rapidement de costumes durant leur show. On oublie tout de suite les adjectifs peu glorieux comme travelo, péjoratif, qui désigne les travestis mais aussi les personnes se prostituant dans des endroits glauques pour se payer leur changement de sexe. Laissez-les tranquilles je vous ai dit !

    Drag Ball organisé par William Dorsey Swann - Alworld.fr
    Un bal drag organisé par William Dorsey Swann

    La drag queen est une artiste, ne n’oublions pas. Elle chante, danse, amuse le public, et surtout porte des costumes extravagants et du maquillage outrancier, et très coloré. Son but est de divertir le public avec son propre style, ses propres chansons parfois. Elle peut aider à pimenter une soirée, elle se balade dans une boîte de nuit, un cabaret pour ajouter un peu de fun, ou même, suprême honneur de l’hipster parisien ou new-yorkais, dans des restaurants servant le brunch le week-end. On la voit aussi dans certains endroits à la mode avec des tenues que l’on remarque tout de suite. Plusieurs drag queens se sont démarquées dans l’histoire. Parlons en détail de la première de toutes, William Dorsey Swann. Né esclave, gay et pauvre, il entreprit d’être un activiste LGBT à une époque où l’on vous jetait en prison pour cela, et organisa des bals drags où des hommes habillés en femmes dansaient entre eux. Il fut souvent inquiété par la police, menacé de bannissement, et vu par le Président des Etats-Unis comme une « problématique », le faisaint passer même pour un proxénète en qualifiant ses soirées de divertissement de « maison désordonnée » (bordel). Ambiance. Il s’autoproclama « queen of drag » et vécut sa vie aussi librement qu’il l’avait voulu. Ses bals drags lui survécurent et vous pouvez y aller encore de nos jours à New-York, Londres, Paris ou Berlin. Jusqu’à aujourd’hui son nom a une résonnance toute particulière. Il ouvrit la voie à d’autres pionnières : l’Anglais Douglas Byng, la Française Coccinelle (première trans de l’histoire française), l’Irlandaise Pandora Panti Bliss, l’Allemande Conchita Wurst (qui gagna l’Eurovision en 2011), l’Australienne Edna Everage, l’Américaine Marsha P. Johnson (sa vie fut retranscrite dans un documentaire Netflix poignant), l’Américaine Lady Bunny au brushing impeccable et sa copine de beuverie qui nous intéresse aujourd’hui : RuPaul.

    RuPaul’s Drag Race : It’s a Drag’s World

    Ah RuPaul. Une destinée à lui tout seul. Si son nom ne vous dit rien, il mériterait d’être plus connu. Né RuPaul Andre Charles le 17 novembre 1960 à San Diego dans une famille pauvre dysfonctionnelle, son début d’existence ne fut pas rose. Ses parents se séparent laissant sa mère et ses trois soeurs dans une grande précarité. Il entreprit à sa majorité d’être musicien à Atlanta (passion qui ne l’a plus quitté) puis joue quelques rôles dans des films indépendants. Il réussit à faire un caméo en danseuse groovy dans le clip Love Shack, de The B-52’s. Il débarque à New York, devient ami avec Lady Bunny, va dans les bars branchés danser et chanter, et sa carrière explose. Son physique avenant, sa grande taille – 1m92 – sa façon de danser, ses dents parfaitement blanches et son flow attirent vite tous les regards. RuPaul a réussi non pas à devenir célèbre, mais à casser l’image autrefois très négative des drag queens, souvent assimilées à la drogue et à la prostitution, considérées comme laides et agressives. Car RuPaul est amicale, grande gueule, très sexy et bon chic bon genre. Il préfère s’inspirer des mannequins comme Cindy Crawford ou Christy Turlington, arbore un maquillage impeccable de femme fatale, est toujours superbement coiffée et parée, porte des robes de haute couture Yves Saint Laurent ou Azzedine Alaïa. RuPaul devient alors une véritable icône de la mode et tout le monde se l’arrache : radio, télévision, soirées privés, événements VIP. Mieux encore, il parvient même à se faire pote avec les plus grandes stars du rap de l’époque, lui qui fut toute sa vie rejeté pour ses origines noire et son homosexualité. Il fut également la marraine de Frances Bean Cobain, fille de Kurt Cobain, qui avait une grande admiration pour RuPaul, faisant fi du milieu musical largement homophobe. Il devient la drag queen la plus populaire de son temps et certainement la seule de son époque à collecter contrats publicitaires – Covergirl, Mac, L.A Eyeworks -, mannequinat, succès musical – Supermodel Of The World, cartonne en plein vague grunge – et télévisuel : le RuPaul Show sur VH1 est un monument de modernité où tout le gratin de l’époque s’y presse.

    RuPaul’s Drag Race, autant en emporte le drag - Alworld.fr
    RuPaul, égérie Mac en 1994, pour le rouge à lèvres « Viva Glam », dont les ventes financent encore aujourd’hui le MAC Aids Fund (fondation de luttre contre le SIDA)

    Mais RuPaul sent que le vent tourne. Les années 2000 sont moins flamboyantes, les clubs à la mode ferment en raison du tapage nocturne, la gentrification fait flamber les loyers, et le 11 septembre a mis un sacré coup au moral des Américains. 2009 sera l’année de tous les dangers. Il réfléchit à une idée un projet de téléréalité où des drag queens s’affronteraient jusqu’à devenir la plus grande drag queen d’Amérique. RuPaul pense pour le titre à un jeu de mots équivoque : RuPaul’s Drag Race : « drag queen » et « drag racing » (course de dragster) (le générique fait référence à cela). Logo, chaîne TV LGBT du groupe Viacom (MTV, VH1, Showtime) accepte de faire une saison test de 10 épisodes. Le principe est simple : durant des challenges de chant, de danse, de comédie et de mode, les drag queens s’affrontent selon des thèmes abordés (science-fiction, vintage, western), jusqu’à ce qu’il n’y en ai plus qu’une, face à un jury de stylistes, écrivains, socialites. La gagnante devient le titre, gagne 20 000 $, des partenariats avec des marques et un an de maquillage offert. Une sorte de Nouvelle Star en stiletto 12 cm en somme. Sauf que… ce n’est pas tout à fait ça. C’est même mieux que ça. Chez RuPaul’s Drag Race, la drag queen est toute puissante. Ce métier méprisé, victime des préjugés et d’une certaine méconnaissance, trouve ici sa raison d’être sous la lumière des spotlights. On y découvre les pros et cons, le vocabulaire tout particulier. Pour commencer, on s’exprime au féminin quand on parle d’une drag queen « elle s’appelle, etc ». Fish désigne la femme, voire le vagin (l’odeur) – on dira d’une drag queen féminine qu’elle est fishy pour la complimenter, kai kai signifie deux drag queens ensemble, to gag est « s’étouffer » et utilisé pour dire que l’on « s’étouffe par tant de beauté ». Une drag mother est une « maman drag », ce qui signifie qu’elle apprend à sa « progéniture » les rudiments du métier. Par exemple, pour la remercier, « l’enfant » prendra le nom de sa mère comme hommage. Alexis Mateo a une « fille » du nom de Vanessa Vanjie Mateo, un véritable vivier à mèmes dont je parlerai en détail plus tard. Dans RuPaul’s Drag Race, on apprend les pratiques du métier. Comme le tucking, opération délicate qui consiste à cacher les organes génitaux masculins dans le but de recréer un vagin à l’aide de trucs collants, le padding, le rembourrage pour recréer une silhouette féminine, le death drop, figure complexe du voguing (danse 70s de Harlem), où l’on évoque une chute mortelle de façon gracieuse… Je vous laisse la vidéo pour apprécier.

    RuPaul’s Drag Race : Sous la Drag, la Queen

    Mais résumer l’émission à sa découverte d’un monde aux antipodes du nôtre, serait réducteur. Ce qui fait le sel de toute bonne émission de téléréalité digne de ce nom (hélas), c’est bien entendu les fortes personnalités, les rebondissement et surtout : le dieu Drama. Vous savez, ce truc chiant qu’on faisait quand on était gamins quand notre tartine de beurre était trop brûlée. Et accessoirement, la raison de vivre de pas mal de gens entre nous… Si si si ! Vous les croisez en magasin, ou bien sur les réseaux sociaux où ils sont particulièrement virulents, pleurer sur tout et n’importe quoi, distillant le venin de la discorde avec une mauvaise foi assumée. En bien, ce Drama chez RuPaul’s Drag Race, prend une tout autre saveur. Plus pailletée, plus épicée dirons-nous. Et carrément, le gros plus de l’émission. On se tire dans les pattes, on pleure beaucoup, on s’insulte. Les noms d’oiseau rivalisent de poésie, les coups bas ne sont pas loin. Le tout servi à la sauce hollywoodienne, avec force cadrage émouvant et lumière saturée. Les moqueries sont quotidiennes, la pression énorme. C’est également un régal pour les yeux avec des costumes bigarrés qui parfois défient la gravité, des jeux d’acteur à faire pâlir Brad Pitt, des concours de chant qui mettraient sous terre tout télé-crochet de base. Et des fous-rires en cascade, à cause de mimiques inimitables et de déhanchements improbables. Et que dire du Snatch Game. Mon dieu. Pour les néophytes, le Snatch Game est une épreuve culte dans l’émission qui advient toujours à l’épisode 5, où chaque drag queen imite la célébrité de son choix (femme généralement). Parfois c’est très bien exécuté et c’est à se plier de rire, parfois c’est nul et c’est très malaisant (mais toujours drôle). Il faut voir certains cas comme Ben DelaCreme grimée en Maggie Smith pincer ses lèvres en imitant un accent british de toute beauté. Ou au contraire, voir cette pauvre Kenya Michaels en Beyoncé de pacotille gesticuler sans grâce, au risque de nous tuer de rire. Voici la compilation des meilleurs moments du challenge.

    Ce qui fait le seul de cette émission, c’est bien entendu l’univers des Queens et les Queens elles-mêmes. De tout âge et de toute religion, qu’elle soit pauvre ou riche, bien portante ou malade, orpheline ou rejetée, elles ont toutes en commun la beauté de leur art et son héritage. Dans cette faune à chignons, on croise les « pageant queens » – drag queens plus intéressées par la mode et le physique, les « comedy queens » – douées en comédie, les plus âgées qui rouspètent contre les plus jeunes et leur dictature d’Instagram et ses followers, les plus jeunes un peu creuses (parfois), les drama queens (impossible à oublier) et les « weirdos », celles qui sont inclassables. Il y a les obsédées de la modernité, les fidèles aux traditions, les sexuelles, les tolérables, les timides, les splendeurs, les fortes en courbes, les danseuses, les fortiches du lip sync, une haute pratique qui consiste à chanter et danser en playback sur n’importe quelle chanson. Autrement dit une institution de l’émission, où l’on se jette à terre, on crie et pleure, voire même on prend l’adversaire et on se la met sur l’épaule (moment WTF d’or toutes catégories confondues), le tout sur fond de Jennifer Lopez. Bref, un moment fort en émotions déjà compilé sur YouTube par des centaines de fans. Attention, moment incroyable en vue. Comme je vous aime beaucoup, j’en ai profité pour vous montrer les moments fort amusants de l’émission avec des cris, des pleurs, des insultes. Bref RuPaul’s Drag Race compile tout ce qu’on aime et bien entendu des paroles de fort bon goût qui ferait pâlir Bernard Pivot lui-même. 

    Toutefois, résumer l’émission comme un bête divertissement est totalement faux. Le côté informatif, montré en direct entre les préparatifs, l’entraînement et enfin le résultat, parvient à convertir tout le monde, sauf si vous avez un coeur de pierre. Il est plutôt difficile de ne pas rester insensible à la bienveillance sincère (ou préenregistrée cela va de soi) qui se dégage des participantes. Certaines ont eu des vies que l’on pourrait qualifier de problématiques : quand les unes n’ont pas été tout simplement rejetées par leur famille en raison de leur travail et de leur homosexualité, là ou les autres ont été victimes d’abus sexuels, de violences et d’insultes, ou bien orientés dans des « camps hétéros » pour les remettre dans le droit chemin – pour celles qui ont coché la case « religion hardcore ». Les discussions entre elles (le fameux « ki ki » qui signifie « engager la conversation », argot afro-américain) prennent des airs de revendication politique et sociale, entre deux conseils de tucking et de contouring. Et que dire du brassage culturel ? Une véritable planète. Afro-américains, Asiatiques, Latinos (ou hispaniques pour les puristes), Nordiques, Juifs, Protestants, Musulmans même, sont tous ensemble pour parler de la beauté de leur métier et aussi du revers de la médaille : la pression constante, le rejet, les relations amoureuses, la famille. Dans une Amérique dominé par un magnat de l’immobilier raciste proche de la caricature WASP, cette émission sonne comme une véritable provocation. Les laissés pour compte de l’Oncle Sam, les noirs, les gays, les pauvres, les métissés, les « trop bizarres », trouvent ici une soupape de sécurité. RuPaul l’a bien compris. Et n’hésite pas à critique ouvertement dans son show les dérives de Trump avec force blagues et confettis. Car avec l’humour, le message passe mieux, et il peut compter sur ses petites soldates en talons-aiguilles pour colporter la bonne parole. Les adeptes ont trouvé leurs nouvelles Madonna, quand les rageux et autres haters se plaignent de la décadence sexuelle, en parlant de « Nouvelle Babylone ». Mais dans les deux cas, on peut dire que RuPaul’s Drag Race a réussi son pari : ne pas passer inaperçu.

    Mèmes en fusion, stars à profusion

    Comme toute émission de ce genre qui se respecte, RPDR a créé sa propre image. Le côté exubérant des drag queens, et un certain souci de syntaxe, ainsi qu’un certain talent de mimiques à crever de rire, a provoqué une véritable usine à mèmes. Difficile dans une discussion Messenger, Snapchat ou autre réseau social de votre choix, à échapper au GIFs plein d’entrain proposés à ceux qui le veulent. RPDR a compris que le Social Media était une puissance indispensable à son prestige, et a décidé de multiplier les partenariats avec Giphy, la Mecque du GIF, ou des applications comme Skillshare ou Klarna, voire des marques connues comme MAC Cosmetics, Absolut Vodka, JetBlue ou Orbitz. Les publicités sont drôles, fraîches et inspirantes, les drag queens font preuve de beaucoup de bonne foi et cela se sent. Elle se permettent même de faire de la prévention dans les écoles, parlent aux ados de sexualité et dénoncent même des méfaits du tabagisme pour This Free Life Campaign dans un sport fort amusant appelé « Be Known For Your Flawless » (« soyez plus connus pour votre perfection »). Les phrases cultes explosent et ornent mugs, tee-shirts, vestons voire capotes reprises de l’émission : shantay you stay, mot de RuPaul signifiant que la drag queen peut rester, à l’inverse sashay away est la sortie de route, le sashay évoque un pas chassé que font les danseurs de voguing, it’s time to the lipsync for your life est le moment redouté des deux perdantes dansant jusqu’à plus soif pour sauver leur peau, don’t fuck it up, « ne merdez pas », conseil de RuPaul avant le lipsync. Une jolie phrase pour conclure l’épisode de RuPaul : If you can’t love yourself, how in the hell you gonna love somebody else ? (si vous ne vous aimez pas vous même, comment pouvez-vous aimer les autres?), et il demande un Amen, et tout le monde répond en coeur. Ses squirrell friends sont les fans de l’émission). J’oubliais les qualités d’une vraie drag queen par RuPaul : « charisma, uniqueness, nerve and talent » (C.U.N.T, qui signifie « vagin » en argot américain). Le charisme, l’originalité, l’audace, et le talent.

    Le dernier mème en date qui a tout explosé online, l’intrépide Vanessa Vanjie Mateo qui se fend d’un véritable moment de télévision après avoir été éliminée. Sans heurts, elle quitte le plateau très lentement en froufrous tout en susurrant : « Miss Vanjie… Miss Vanjie… Miss… Vaaanjie ». Il n’en fallait pas plus pour casser Internet. Après la grosse lune de Kim Kardashian, survient les propos laconiques d’une drag queen en autodérision totale. Le mème est si fracassant qu’on le voit dans des films, des séries animées, voire même dans des applis comme Shining ou Grindr ! Chaque épreuve de comédie dans des challenges concoctés par la déesse RuPaul est un sommet de crise de larmes et de rires. Parmi mes préférés, je vous cite les fausses pubs pour parfums, la version drag de We Are The World, l’hommage à John Waters et Divine, Beverly Hills 9012 le remake drag, les Inconnus ou les Nuls ont de la concurrence, c’est certain. Et comme je suis sympa, je vous balance le lien d’une compilation des maxi-challenges pour vous marrer, tiens.

    RuPaul’s Drag Race, autant en emporte le drag - Alworld.fr
    Face à cette marée de succès, Logo, se sentant un peu à l’étroit, cède finalement la place à VH1 pour une meilleure visibilité à la neuvième saison. World of Wonder, société de production de cinéma gérée par Fenton Bailey et Randy Barbato, donne des moyens plus grands pour l’émission. C’est l’hallali, les épisodes deviennent instantanément culte sur le Web et les mèmes pleuvent. Des stars avouent sans honte être très fans de l’émission : Khloé Kardashian, Virginie Despentes, Andrew Garfield, Harry Styles, Margaret Cho. On trouve des références à l’émission dans les Simpson, Rick et Morty. Les drag queens sont appréciées et célébrées par le trader de Wall Street jusqu’au redneck du Minnesota avec femme et enfant, et leurs venues sont l’occasion de moments de foule et de demande d’autographes en pleurs. On crée alors le DragCon à leur gloire où chaque drag queen peut prendre la pose et rencontrer ses fans dans des meet and greet grandeur nature avec des décors recréés pour l’occasion. Toutes sont connues et deviennent instantanément des stars : la rose bonbon Trixie Mattel et son maquillage de poupée, Raven la froide créature, la fameuse Alyssa Edwards et ses bruits de bouche, la forte en rondeurs Latrice Royale dont les mèmes sont légendaires, Manila Luzon et ses yeux qui louchent, Monique Heart, Tatianna, Shangela (halleloo), Pandora Boxx, Adore Delano (ancien candidat d’American Idol), Trinity The Tuck, Valentina, Shea Couleé, Sharon Needles, Alaska Thunderfuck, Peppermint, Raja Gemini, Gigi Goode, Rebecca Glasscock, Bebe Zahara Benet, Monet X Change, Trinity K Bonet, Laganja Estranja, Katya, Milk, Courtney Act (jeu de mots avec « caught in the act », pris sur le fait), Bianca Del Rio, Morgan Mc Michaels, Vanessa Vanjie Mateo, Acid Betty, ou de stars plus improbables comme Detox Icunt au taux de silicone dans le corps supérieur à celui de Madonna, Derrick Barry, sosie officiel de Britney Spears (!!!), Sasha Velour et Ongina et leur superbe crâne rasé, Kim Chi et son zozotement chronique, Jinkx Monsoon et sa narcolepsie ! Le choix est vaste, et dans le lot, vous trouverez volontiers les drag queens qui vous plaisent le plus dans la multitude. Certaines sont meilleures que d’autres dans la comédie, d’autres excellent dans la mode, les uns préfèrent la rock attitude quand d’autres jouent la carte du manga. Aucune n’est semblable mais toutes se ressemblent sur un seul point : elles aiment leur travail, et feraient n’importe quoi pour exister en tant que tel. Une belle leçon de vie.

    … and may the best woman win !

    Il m’arrive de tant à autre de regarder, éberluée, le succès de l’émission se répandre toujours plus au fur et à mesure que les années passent. La diffusion sur Netflix a carrément fait exploser le compteur de fans dans le monde entier, en diffusant pratiquement en simultané les nouveaux épisodes. Pour ma gouverne et sans honte, j’ai regardé bien au chaud les derniers épisodes de la saison 12 et de All Stars 5 en m’amusant beaucoup, en faisant des stories de merde sur Facebook avec mon rire de girafe en fond sonore, et à voir les réactions sur Twitter en essayant de ne pas exploser de rire. Non content d’avoir créé un véritable monument de pop-culture, RuPaul s’est employé à faire fructifier cet univers haut en couleurs: RuPaul’s Drag U, une émission – annulée depuis – qui consistait à relooker des femmes dont la vie n’avait pas fait de cadeau, RuPaul’s Celebrity Race ou une célébrité devient drag queen pour récolter des fonds pour une association, ou le Holiday Special pour les fêtes de Noël !! Vous aimez le drama ? Untucked et les coulisses de l’émission vous tendent les bras ! Vous aimez l’Angleterre ? Voici RuPaul’s Drag Race UK ! Vous aimez voyager ? N’oubliez pas les nombreuses déclinaisons géographiques comme Drag Race Holland, Drag Race Thailand, Queens of Drags en Allemagne et bientôt Brazilian Drag Race et Chilian Drag Race à venir ! Vous aimez vos drag queens préférées ? Et bien retrouvez les dans Drag Race All Stars !! Sans compter les émissions « satellite », présente sur la chaîne YouTube de Logo comme la célébrissime UNHhhh avec Trixie Mattel et Katya, Tea With Tati avec Tatianna, ou même ASMR Queens avec Derrick Barry et Nebraska Thunderfuck. C’est sans fin je vous dis. Et si vous êtes encore un peu triste et avec un compte en banque bien garni, n’hésitez pas à dépenser vos derniers sous dans les marques Trixie Cosmetics ou Kim Chi Chic Beauty, marques de maquillage créées par Trixie Mattel et Kim Chi.

    Face à l’élégance arty d’une Sasha Velour, les délires macabres d’une Sharon Needles ou bien le charme du ghetto avec Latrice Royale, vous ne vous sentirez plus seul(e). On n’osera plus crier blasphème en voyant des hommes de toute origine se grimer en femme. On pleurera beaucoup devant Ongina qui révèle sa séropositivité face caméra, ou Monica Beverly Hillz son coming-out trans, quand Blair St Clair déclarera avoir été violée. On aura une tendresse infinie pour ces personnes qui ne demandent qu’une chose : être aimées pour ce qu’elles sont, et vivre de leur art. On ne pourra plus définir un « type de gay » en voyant la multitude de physiques et de visages que l’on ne verrait pas dans une fiction classique, composer le large spectre LGBTQI+. On pensera à ceux qui sont morts pour que cette nouvelle génération puisse profiter de l’existence et des possibilités infinies offertes à elle. On voit même des jeunes gens reprendre le flambeau et faire renaître la scène drag dans des villes comme Berlin, Lille, Lyon ou Paris, moribonde il y a une décennie. « Aujourd’hui, le drag, c’est tellement plus que juste les queens ! » disait Trinity The Tuck dans une interview dans Têtu Magazine. Le cadre formel autour de cette discipline a largement débordé et est en passe de devenir un véritable monde ouvert, où les erreurs du passé, la méconnaissance et les oublis pourront peut-être un jour s’estomper.

    Bref. La drag queen a enfin pu s’épanouir, hurler à la face du monde qu’elle existe juchée sur de grands talons. Le chemin à parcourir reste encore long, mais elle finira par y arriver. Bonne chance à vous toutes, et surtout, ne merdez pas.

    RuPaul’s Drag Race, autant en emporte le drag - Alworld.fr

  • American Horror Story : anthologie baroque de la terreur

    American Horror Story, un mélange de NFSW et de délire gore et grandguignolesque réalisé avec une certaine classe. Après la superficialité ado (Popular), les contes cruels de l’esthétique (Nip-Tuck), les déboires gays (The Normal Heart), Ryan Murphy propose une relecture intriguante et prenante de l’horreur.

    Il n’est pas très évident de parler d’un type comme Ryan Murphy. Il fait partie de ces showrunners audacieux et sincères apparus à la fin des années 90, et qui allaient révolutionner le petit monde de la télévision américaine. Il faut dire que Murphy n’est pas vraiment un débutant : il compte à son actif une dizaine de projets de genres différents (comédie, drame, burlesque, horreur, politique) originaux, éloquents et choquants qui n’auront pas rendu insensibles ses téléspectateurs. Ryan Murphy est un cas à part dans cette constellation de créateurs de contenus audiovisuels. Murphy ne parle pas, il déclame. Murphy ne crie pas, il s’époumone. Il ne connaît pas la demi-mesure. Dans toute sa carrière, ses sujets de prédilection sont la célébrité, le culte esthétique, la nature humaine avec une bonne dose d’effroi, de gore et d’un goût prononcé pour le clinquant… et l’absence de censure. Baroque, foutraque, obstiné, et assumant totalement son homosexualité, Murphy incarne une étrangeté et une différence déjà de mise dans le milieu aseptisé de la télévision américaine. Popular, sorti au début des années 2000, n’était que le brouillon de ses domaines de prédilection : les populaires et les non-populaires se font la guerre pour savoir qui aurait les cheveux les plus blonds et le look le plus stylé. Sous les spotlights, la vie est dure : parents divorcés, névrosés, colériques. La série sera annulée car Ryan Murphy souhaitait montrer ouvertement un personnage gay, ce qui a été refusé tout net par les producteurs.

    Mais bientôt, aux alentours de 2005, une explosion. Aux côtés de Mad Men, Dexter ou Walking Dead, Nip Tuck, sa série phare, est un conte amoral sur les travers de la chirurgie esthétique avec au passage une puissante charge contre l’Amérique superficielle. Pour la première fois à la télévision américaine, l’on pouvait voir des opérations de chirurgie esthétique dans toute sa crudité et son élégance parmi les bouts de gras, de sang et de silicones. On repousse tout ce qui peut être montré à la télévision avec des sujets tordus et inconnus à l’époque : nécrophilie, sadomasochisme, inceste, viol, triolisme, échangisme, vampirisme, fétichismes sexuels divers, morts violentes et graphiques (étouffement à la ouate, découpe de seins à la scie sauteuse!). Dans ce dédale infernal, des lumières apparaissaient entre deux liposuccions : la question de la paternité, l’amour filial, la tolérance ou la religion sont abordés sans fard. Encore une fois et malgré deux dernière saisons moins spectaculaires, Ryan Murphy a fait mouche. Nip/Tuck devient un monument télévisuel encore intact et vivace. Un nouveau génie de la télévision est né.

    Il multiple les projets ambitieux : Glee, rom-com teen enlevée aux doux airs de comédie musicale, aigre-douce, The Normal Heart, déchirant téléfilm sur les débuts du SIDA, The Politician sur les jeux piquants du pouvoir à la sauce 60s, et American Crime Story sur le procès OJ Simpson et la mort de Gianni Versace. Tous se reconnaissent par les couleurs saturées et un jeu d’acteurs parfait, et un style à la fois exagéré et précieux. A ce tableau de chasse s’ajoute American Horror Story, une anthologie folle d’histoires horrifiques composées de neuf saisons où se croisent fantômes, drag queens, sorcières, tueuses en série, prophètes et mythologies diverses non sans parler politique, racisme, homophobie avec panache. Chaque thème de saison (le cirque, l’asile, l’hôtel ou encore le « clan de sorcières ») évoque encore plus largement les ambitions de Murphy.

    …SPOILERS sur l’ensemble de la série American Horror Story sur cet article.

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    AHS Murder House / La maison qui rend fou

    Après une coucherie avec une étudiante et une fausse couche, un mari psychologue et une épouse délaissée décident de renouer les liens en changeant de maison. Problème : la seule qui rentre dans leur budget à Los Angeles est un ancien manoir qui fut le théâtre de meurtres pour le moins sordides. Malgré cette mise en garde, le couple s’y installe. Le vernis de l’étrange recouvre petit à petit leur univers : une voisine un peu trop curieuse et sa fille trisomique, un garçon inquiétant, une bonne qui cache trop bien son jeu, d’étranges combustions instantanées et des visions érotico-gores. Le passé, le présent et le futur s’y mêleront bientôt, le tout assaisonné de coup de théâtre et de fins de vie baroques. L’arrivée d’une grossesse va faire monter l’intrigue crescendo pour ne plus connaître de limites.

    Voilà comment Ryan Murphy revisite efficacement un ressort horrifique usé jusqu’à la corde : une maison hantée et ses propriétaires fous (ou du moins le cachent-ils). Ici, point de draps volés dans les airs avec des chaînes en caoutchouc secouées entre deux rictus. On penchera plutôt sur la balance mort / vie, le désir sexuel, les pulsions refoulées, les liens du sang et le sang en lui-même. La famille déchirée n’est qu’un prétexte pour tout un tas de déviances servie par un sublime casting : merveilleuse et effrayante Jessica Lange, la sensible Connie Britton, vue dans Friday Night Lights, la fragile Taïssa Farmiga ou bien la révélation Evan Peters, à la fois suicidaire et cruel, tourmenté et lucide, sexy et repoussant. Ajoutez à cela une photographie élégante et raffinée, toute en retenue quand il le faut et qui éclate de sensualité le moment venu. Mais on connaît trop Ryan Murphy pour délaisser ses envies de morbide. Ici, le désir se fait pressant au coin d’une porte, la mort est cruelle mais sublimée, la cruauté en est presque belle. On se surprend à frissonner et même à jouer le jeu face à des ressorts un peu faciles : l’étrange voisine et ses enfants « maudits », dont un difforme (forcément), la bonne au double visage de vertu et de vice qui s’assagit face à la raison, les fantômes qui volent les vivants de leur âme pour mieux les enfermer sous leur emprise. Dans American Horror Story Murder House les fantômes, comme vestiges de crimes et de vies d’autrefois, discutent un bout de gras avec les vivants tout en se jalousant. Le meurtre et la barbarie ne sont jamais loin. Avortements de masse, expérimentations douteuses, tueries dans une école, accouchement transformée en messe noire, l’anodin devient cruel, l’étrange est fascinant et la violence une pulsion de vie.

    Murphy s’amuse même à y mêler des éléments existants ou plus ou moins inspirés de la réalité: la tuerie de masse dans les lycées, rappelant l’affaire Colombine voire l’affaire Charleston (plus récemment), l’affaire irrésolue du Dahlia Noir (splendide hommage vintage avec Mena Suvari en Elizabeth Short). Mieux encore, comme souvent chez Murphy, la Grande Histoire côtoie toujours la Petite. On y retrouve ses thèmes chers : l’homosexualité, son amour des freaks, les trahisons familiales, les tendances suicidaires, l’impossibilité du deuil ou le simple fait que l’horreur, tout comme l’erreur, est humaine. Elle finit par déborder en chacun de nous à un moment de notre existence. On interprétera cette Murder House comme la juste métaphore de l’enfermement psychologique des membres de la famille. Y sont coincés le père et ses fantasmes inassouvis de sexe, la mère éplorée perdue dans son chagrin, la jeune fille perdue assoiffée de reconnaissance. L’infime et l’universel se mélangent dans un cocktail d’épouvante étonnant et innovant. Pari réussi pour cet aperçu d’AHS !

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    AHS II : Asylum / L’asile de l’horreur

    Lana Winters, une journaliste intrépide, atterrit dans l’obscur asile psychiatrique de Briarcliff dans les années 60. Soeur Jude, tenancière de l’endroit, est connu pour son caractère sadique et brutal, et voit dans ces malades mentaux une occasion d’expier les fautes d’un passé douloureux. Elle est accompagnée d’une ingénue, soeur Mary-Eunice McKee, d’un docteur sans scrupules et aux expérimentations illégales, et d’un prêtre à la morale douteuse. Dans ce monde grisâtre, subsiste une âme à sauver : Kit Walker, un jeune homme inculpé pour la disparition de sa femme, alors qu’un nouveau psychiatre aux méthodes révolutionnaires prévoit de revoir en profondeur la révision des cas mentaux qui s’offre à lui. Par un concours de circonstance, Lana Winters est internée de force et doit cohabiter avec cette étrange faune. Mais hélas, une force démoniaque va s’emparer de Briarcliff et causer bien du tort à ceux qui veulent échapper à ses murs épais sans issue.

    Après la maison hantée venait un autre classique : l’asile d’aliénés. Non content de pousser encore plus le bouchon, Murphy ressort les dossiers historiques du traitement épouvantable réservé aux malades à une époque où la psychologie était encore expérimentale. L’intolérance religieuse y est encore plus forte que dans la première saison. Ici le prêtre n’est qu’une grenouille de bénitier plus préoccupé par le salut de son âme que par les malades de l’asile, alors que le docteur, au nom de la science et de Dieu, se permet d’expérimenter toutes sortes d’ignominies sans état d’âme. Un exorcisme sur une nonne innocente tourne au vinaigre et invoque le Diable. Bien sûr, on y parle sexe avec une Chloé Sévigny (excellente) dévergondée et nymphomane bientôt transformée en monstre, de copulation avec des esprits, de plans à trois, de lesbianisme sans cliché. L’autre force de la saison : le thème principal du rejet. Rejet sociétal, religieux, amoureux, toutes les formes de répulsion y sont abordées. Lana Winters est une lesbienne et une femme libérée, elle est forcément enfermée dans le carcan puritain de l’Amérique des années 60, forcer de « s’hétéroiser » pour rentrer dans le moule. Soeur Jude rejette ses malades qui la renvoient à son propre gouffre intérieur, Kit Walker est abandonné par sa famille et la justice. Sans compter cette pensionnaire qui se prend pour Anne Frank, ou bien Grace (Lizzie Brocheré, française, stupéfiante !), qui est accusée d’avoir tué toute sa famille, mais qui a certainement plus de lucidité que toutes les personnes saines de l’asile.

    Dans American Horror Story Asylum, personne ne semble être ce qu’il est. Le Diable réincarné en nonne s’avère d’une logique cruelle, le prêtre un mec paumé, un garçon de ferme gentil transformé en démon ressuscité, soeur Jude apparaissant comme un monstre mais finalement tout aussi perdue que tous les personnages de la série. Même l’héroïne, à la fin de l’histoire, nous apparaît orgueilleuse lorsqu’elle raconte enfin face caméra les calvaires qu’elle a subi. Le psychiatre sympathique de premier abord s’avère être un tueur en série de la pire espèce et le principal antagoniste de l’histoire. Tout y est montré dans une photographie froide et morne, sans éclat, ou le blanc pur et le noir profond ressortent. S’ensuivent des séquences baroques d’anges noirs aux ailes géantes, de clip vidéo années 60 sous acide, où se mêle film d’horreur à la Roger Corman, thriller social, voire film de science-fiction. Asylum souffre peut-être d’un excès de zèle, et pèse parfois plus lourd que les autres saisons à cause d’effets graphiques trop poussés, mais représente certainement le meilleur de American Horror Story.

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    American Horror Story III : Coven / Le gang des sorcières

    Zoe (merveilleuse Taïssa Farmiga), adolescente banale, tue accidentellement son petit ami en lui faisant l’amour. Elle découvre épouvantée qu’elle est une sorcière et que ses ancêtres ont quelque peu cramé dans la ville de Salem… Son corps provoque une hémorragie instantanée lorsqu’il est pénétré. Son don, qui effraie sa famille, la dirige naturellement vers une école secrète située à la Nouvelle-Orléans, dirigée par la mystérieuse Cordelia Foxx. Là bas, elle y croise une star Disney Channel télékinésiste, une poupée vaudou vivante, et une handicapée mentale qui peut lire les pensées des autres. Tout se complique lorsque Misty Day, une sorcière hippie, se fait brûler vive sur un bûcher, provoquant le retour de Fiona Goode, la mère de Cordelia, la sorcière la plus puissante et la plus redoutable de sa génération. Si ses attentions sont louables – elle souhaite protéger les élèves – en réalité tout n’est que prétexte à un seul but : retrouver sa jeunesse perdue, quitte à tuer tous ceux qui se mettent en travers de son chemin. C’était sans compter l’arrivée d’un tueur de sorcières, des chasseurs de sorcières armés jusqu’aux dents, un dieu Vaudou venu chercher le sang et d’anciennes connaissances dont Fiona aurait bien aimé se passer. Le temps presse, et les sorcières doivent bientôt trouver leur chef, la Suprême, avant qu’elles ne soient toutes trucidées…

    Après la maison et l’asile, place aux sorcières. Et c’est un véritable festival de beauté, de cruauté et de sensualité féminine à peine contenue par les fils de la vengeance. Murphy est à son maximum lorsqu’il s’agit de capter les différents visages de femmes qui s’offrent à lui : la fausse ingénue Zoe, la bitchy Madison incarnée par la formidable Emma Roberts (nièce de Julia Roberts !), Queenie la poupée vaudou qui absorbe les douleurs d’autrui (superbe Gabourey Sidibe). Impossible bien sûr d’oublier les prestations des « reines » de la série : Sarah Paulson toujours au top en fille de sorcière rejetée dévorée par le mal d’enfant et le pouvoir, la toujours renversante Jessica Lange, à la beauté et à la violence toujours intacte, qui nous livre ici sa meilleure prestation dans la série. N’oublions pas la vénéneuse Angela Bassett, actrice trop rare instinctive et sauvage, incarnant la célèbre Marie Laveau, prêtresse vaudou qui a réellement existé, et l’effrayante Kathy Bates, rescapée de Misery, en Delphine LaLaurie ayant aussi existé qui était connue pour ses crèmes de beauté… à base de sang issu de cadavres… Une série foncièrement féminine voire presque féministe, tant le mâle dans la saison y est malmené : mari dominé et indolent chasseur de sorcières, amant du passé tueur de magiciennes, étudiants violeurs et alcooliques, machos en mal de femme à conquérir, quand ce n’est pas Papa Legba, dieu maléfique du vaudou, qui vient chercher sa récompense. Un female gaze d’une puissance extrême dans un contexte agressif.

    La violence y tient une place prépondérante, tant physique que mentale. On y parle sans heurts de viol en réunion et de punition vengeresse, de petit-ami zombie victime d’inceste, de décapitations violentes suivies de résurrections express, d’énucléation horrible, d’encornée par un minotaure (???), morts-vivants assoiffés de sang, bûcher de cadavres, torture de domestiques. Un peu exagéré, n’est-ce pas? C’est le crédo de American Horror Story Coven. Citons l’impeccable décor de la Nouvelle-Orléans : à la fois mystérieuse le jour et dangereuse la nuit, elle cache sous ses portes la magie vaudou et son panthéon de dieux vengeurs. On y retrouve des thèmes comme le racisme, le sexisme, l’intolérance, la trahison, et la question du groupe, de la famille : Coven veut dire « couvent », un endroit calme et serein par extension, mais aussi un lieu clos et enfermé. Ryan Murphy joue à tous les tableaux, trifouille la grande histoire avec maestria et arrive dans ce déluge à nous faire rire. Sans conteste la meilleure saison, un véritable festival d’horreur et d’humour aux accents cajun.

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    American Horror Story IV : Freak Show / Le cirque monstrueux

    Nous sommes en 1952, dans la petite ville de Jupiter en Floride. Sous le soleil du Sunshine State, une femme à deux têtes, Bettie et « Dott » Tattler, est blessée et envoyée à l’hôpital après la mort de leur mère. Au même moment, un tueur déguisé en clown devient le larbin de l’étrange famille Mott, au rejeton psychotique, Dandy Mott. Un cirque peuplé de freaks s’installe à Jupiter, dirigé par Elsa Mars, une chanteuse berlinoise fascinée par les difformités physiques. Dans ce cirque, on retrouve Jimmy l’homme-crabe ayant une malformation des doigts, sa mère, Ethel, une femme à barbe, une femme de 2 mètres avec trois seins, une autre dont le corps s’arrête au bas ventre, Ma Petite, la plus petite femme du monde, un couple microcéphale Pepper et Salty, Wendell l’homme le plus fort du monde et sa femme Desiree à trois seins. Mais leur succès s’essouffle Elsa Mars s’intéresse à Bettie et Dott. C’est alors que fait son entrée Mr. Spencer, obscur homme d’affaires et Maggie Esmeralda, une diseuse de bonne aventure qui se sent attirée par Jimmy. Bien entendu, une entité sombre surnommée Mordrake menace les habitants de poussées psychotiques.

    On reprend les mêmes et on recommence. Jessica Lange, idole et muse de Murphy attitrée, joue une chanteuse berlinoise dont il manque des jambes rescapée d’un snuff-movie où on lui a coupé les membres. Emma Roberts joue une voyante sympathique de premier abord, Evan Peters reconverti en voyou attachant aux mains en pince de homard, et l’on voit l’arrivée de nouveaux talentueux : Finn Wittrock en fils à maman dérangé et monstrueux, Michael Chiklis (le Vic Mackey de The Shield) en brute épaisse un peu flippante, Patti Labelle en bonne à tout faire et Neil Patrick Harris en meneur de revue un peu trop portée sur la chose… Si l’on retrouve la fascination toujours aussi vive et sincère de Murphy pour les monstres, il les filme avec une étonnante bienveillance et ne cherche pas à les sanctifier, quitte à montrer leurs côtés les plus sombres. A une époque où ces cirques étaient appréciés et détestés, l’on considérait ces gens comme de vulgaires objets de divertissement sans âme. Or, dans American Horror Story Freak Show, se veut le digne héritier moderne de Freaks, la Monstrueuse Parade. On prend en compte les sentiments, les peines et les douleurs de chacun de vivre dans un monde qui ne leur fait aucune place. Murphy joue habilement sur les contraires de ses « héros » : au fond, qui est le monstre dans cette histoire ? Ceux que l’on soupçonne monstrueux le sont-il réellement ? Voir Dandy, parfait petit Américain, trucider tout ce qui croise son chemin, ou encore Jimmy utiliser ses doigts de homard pour déflorer des vierges, ou bien Mr Spencer qui pense tenir l’affaire de sa vie en envoyant tout ces monstre direction le musée des Horreurs… On pense aussi à l’histoire touchante et poignante de Penny, jeune fille de bonne famille traitée comme un animal par son père. Elle se retrouve défigurée par un énorme tatouage sur le visage et rasée, condamnée à être accueillie dans le cirque au milieu de gens rejetés comme elle.

    American Horror Story « Freak Show », le titre était tout trouvé. Pourtant, la saison marque des signes d’essoufflement, et si la surenchère était convaincante dans Coven, elle est plus agaçante dans Freak Show. Tupperware Party qui vire au bain de sang littéral dans une piscine, sourire de clown dépecé porté par un fou, pauvre minuscule femme enfermé dans un bol de formol exposé au musée, cadavre outragé où l’on coud deux têtes de femme. Trop, me diriez-vous ? Peut-être. A force de partir dans tous les sens, Freak Show pâtit d’un manque de direction sérieuse. La saison se targue même de son premier crossover pas indispensable avec le personnage de Pepper. Mais si l’on devait retenir la seule chose poignante de cette histoire, c’est le thème principal de la peur de l’inconnu, et des illusions perdues. Elsa Mars, en quête désespérée de reconnaissance, doit perdre sa famille de substitution pour accéder au confort matériel dont elle a toujours rêvé mais qui ne la comble pas. Le final, logique et touchant malgré l’horreur, s’avère efficace. Malgré son caractère très brouillon, Freak Show se rattrape avec une fin étrangement positive.

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    American Horror Story V : Hotel / L’hôtel de l’angoisse

    Los Angeles, il existe de trop rares hôtels à la façade Art Déco, et l’hôtel Cortez en fait partie. Imposant, impérieux mais sinistre, il est dirigé de main de maître par l’inquiétante Comtesse, une créature aux cheveux pâles qui ne se nourrit que de sang provenant de touristes trop curieux. Des événements inquiétants et dérangeants interviennent fréquemment dans les lieux, se mélangeant à la faune du lieu : Sally, la toxicomane cynique, Liz Taylor, le barman déguisé en femme, Hazel Evers, la femme de ménage, Iris la gérante de l’hôtel, le fantôme de James Patrick March, fondateur de l’hôtel ou encore une ancienne actrice de la blaxploitation, Ramona Royale, et qui semble avoir eu un lien très fort avec la Comtesse. Tout se complique lorsqu’un détective chevronné compte bien résoudre le mystère des meurtres macabres de l’hôtel alors qu’un célèbre couturier vient d’y élire domicile pour trouver l’inspiration. D’autres mystères suivront…

    Certainement la saison la plus cérébrale et la plus insolite de l’anthologie. Peut-être pas forcément la plus effrayant et la plus gore qui soit, mais un curieux objet de vénération. Si la saison souffre un peu de l’absence de Jessica Lange, muse des muses, Ryan Murphy (sacré chanceux) a encore tiré une bonne carte. Ici, le centre névralgique de Hotel est sans conteste la chanteuse Lady Gaga, qui dévoile un nuancier d’émotions et de sensations complexes dans son jeu d’actrice. Que l’on aime ou pas sa house-pop 90 un peu filtrée, force est de constater qu’elle crève l’écran par son physique atypique : teint et cheveux blond presque blanc, vêtements haute couture dans une allure de créature céleste. Tour à tour froide, hautaine, élégante, enragée ou bien sans émotions, elle domine largement le cast qui n’a pas été laissé au hasard. On retrouve Sarah Paulson en toxicomane dépressive mais attachante (sans doute son meilleur rôle), Denis O’Hare en Liz Taylor (et avec dignité en plus), et Matt Bomer en touchant mannequin qui ne cherche que l’affection mais qui ne trouvera que l’horreur et la débauche, ou encore Wes Bentley en flic un peu paumé à la vie familiale tragique. L’on apercevra Lily Rabe en Aileen Wuornos copinant avec Ramirez et Wayne Gacy durant la Nuit du Diable, où serial killers et humains (ou non-humains) discutent gentiment autour d’un Tequila Sunrise… Que dire de la photographie du lieu : un somptueux paysage Art Deco aux moulages et aux formes complexes, géométriques, parfois agressives, souvent inquiétantes, qui collent parfaitement à l’esprit clinique de la série. Mention spéciale à la « réserve à sang frais », des enfants vampires dormant dans des cercueils d’un blanc immaculé au milieu de murs aux incrustations de Space Invaders ou Pacman….

    Hotel n’est pas aussi flamboyante que Coven ou Asylum. Tout est ici question d’ordre et de mesure, voire de démesure. Le thème principal est le temps qui passe. Ce temps qui apparaît comme un fardeau, vieillit les jeunes, détourne les uns des bonheurs de la vie ou bien plonge les anciens dans des abîmes de désespoir. Les fantômes de l’hôtel ont vécu des vies horribles et errent sans but dans des couloirs vides. On y parle d’immortalité par le biais du vampirisme, ressort éculé mais qui se révèle ici efficace. On y mêle les légendaires acteurs Rudolph Valentino et son épouse Natacha (qui ont existé, voyez le Cheikh sur Wikipédia, chef d’oeuvre muet!) voulant vivre éternellement dans leurs corps de beaux jeunes gens mais condamnés à se nourrir de sang pour subsister. On y parle de piège amoureux, familial, voire émotionnel, de chantage. La famille est ici menacée d’extinction et voit son avenir être sauvé par des enfants qui servent de réserve de sang. La barbarie n’agit plus en actes, mais en sentiments, en sensations, et l’on joue constamment sur nos nerfs. Le final, logique mais mélancolique, ne fait qu’enfoncer le clou. Peut-être pas la meilleure saison, mais un étrange et cruel moment de suspension dans le Temps, qui laisse songeur.

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    American Horror Story VI : Roanoke / Le cauchemar perpétuel

    Shelby et Matt Millers, un couple d’Américains lambda, confient leur histoire de maison hantée à l’émission du moment de la télévision américaine, My Roanoke Nightmare. Ils expliquent face caméra (avec acteurs jouant leur rôle) qu’ils se sont installés après une agression à Los Angeles, non loin d’un patelin où s’est déroulé le drame de Roanoke, une colonie puritaine qui a tourné au vinaigre. Si la maison semble accueillante, Shelby est très angoissée et appelle Lee, la soeur de son mari, à l’aide. C’est alors que des événements étranges font leur apparition : bruits de meurtres, dents jetées en l’air, communautés terrées dans les bois ou encore silhouettes inquiétantes. De mystérieux et sordides personnage apparaissent comme le leader de la communauté, appelé La Bouchère ou encore Edward Philippe Mott, fondateur de la maison où le couple vit. Le cauchemar ne fait que commencer.

    Conscient que le show commençait à fatiguer un peu, Murphy tente cette fois-ci le coup du found footage. Il se permet même de dessiner la même histoire deux fois : celle racontée par les gens « de la réalité » et celle jouée par des acteurs incarnant les personnages du réel. Vous suivez ? On se retrouve alors avec une série dans une série… Si Roanoke tente quelque chose, son côté foutraque en fait son charme et sa faiblesse. Pourtant, pour une raison que j’ignore, Roanoke est certainement ma saison d’AHS préférée, et de loin. Au début très longue et étirée comme pas possible, la saison connaît une brusque montée d’adrénaline vers le milieu, puis accélère de façon agressive. Jusqu’à nous proposer un final en apothéose où acteurs, gens du « réel » et fantômes ressuscités se tirent dans les pattes dans un déferlement de violence rarement atteint dans la série. On y retrouve les vieilles obsessions de Murphy pour les fins de vie surréalistes : décapitation, homme-cochon, famille consanguine coupant des dents, gens enterrés vivants, adolescents cramés sur un bûcher, vidange d’un chargeur de balles sur une demi-douzaine d’acteurs. Les exemples ne manquent pas. Les acteurs sont toujours parfaits et inquiétants, voire carrément repoussants malgré leur apparente normalité. On critique sans vergogne les émissions clickbait du style Chasseurs de Fantôme ou autre pot-pourri à la Hanouna où la logique n’existe que dans la tête des producteurs avides de pognon. Le personnage de Lana Winters y fait son apparition pour nous livrer une copie des pires heures d’Oprah Winfrey bas de gamme. La téléralité n’est qu’une soupe insipide, fait de coups de théâtre calculés, les acteurs sont des pâles copies des personnes du « réel » et tout ce petit monde va vite s’écharper dans un déluge de sang et d’adrénaline. On est revenus au bon vieux AHS sanguinaire et barbare…

    Une saison très étrange, parfois étirée en longueur comme un mauvais rêve qui connaît une brusque montée de violence vers l’épisode 5 en réalisant vers la fin un véritable feu d’artifice. Il est ici question des apparences, du poids du passé et des remords. La touchante histoire de Flora, fille de Lee, risque d’en faire pleurer plus d’un – à moins d’avoir un coeur de pierre. On retient une conclusion époustouflante, sauvage et forte, sous une lune rouge sang. Si les éclats de lucidité en mode Projet Blair Witch pourront en faire rire certains, on se prend à rentrer dans le jeu, et même à frissonner aux moments où il faut frissonner. Les forces du Mal sont ici impitoyables et l’on devine d’entrée que la chute n’en sera que plus cruelle. Roanoke ne révolutionne certes pas le genre, mais lui donne une fougue et une jeunesse qu’on se surprend à apprécier.

    AHS : anthologie baroque de la terreur - Alworld.fr

    American Horror Story VII : Cult / La secte démoniaque

    Enfer et damnation ! Donald Trump a été élu président des Etats-Unis. Non content de jouer l’acteur occasionnel dans Sex & The City et Maman j’ai Raté l’Avion, ou de posséder sa propre tour à New York, voilà qu’il préside sur le Bureau Ovale ! Mais je m’égare. Si bon nombre d’Américains ronge leurs freins en silence, le cas d’Ally est plus préoccupant. Malgré l’amour de sa femme Ivy et de son fils adoptif Oz, Ally ne parvient plus à réfréner ses peurs : coulrophobie (celle des clowns), trypophobie (celle des trous) et hématophobie (celle du sang). Parallèlement, Kai Anderson, un jeune homme dérangé aux cheveux bleus, jubile de cette victoire et décide de créer sa propre secte. Son lancement dans la politique (le siège du conseil municipal) arrive au même instant ou Ally est témoin de meurtres commis par des clowns tueurs. Mais personne dans son entourage, ne la croit. Elle va alors mener l’enquête malgré ses peurs et la vérité qu’elle découvre ne va pas lui plaire…

    En mélangeant l’actualité à ses fantasmes horrifiques, American Horror Story Cult s’avère être la saison la plus politique et la plus cérébrale d’AHS. Ici, les effets de peur sont dissipés dans des événements liés aux sectes qui ont pullulé dans l’histoire américaine. Sans surprise elles ont toutes échoué dans la mort et la violence : l’affaire Waco, où plus de 85 personnes se sont suicidés collectivement, Marshall Applewhite fondateur de ‘Heaven’s Gate » qui se tua avec 38 de ses disciples en Californie, ou l’épouvantable issue des membres du Temple du Peuple géré par le pasteur Jim Jones, où près de 900 membres (dont 300 enfants…) périrent après avalé du jus mélangé à du cyanure !! Comme terreau fertile, il n’y avait qu’à se baisser pour ramasser. Qui de mieux qu’Evan Peters, génie parmi les génies, pour incarner le torturé Kai ? Il incarnera successivement Andy Warhol, Jim Jones, Applewhite, Koresh (leader de la secte de Waco) voire même Charles Manson dans des séquences d’une grande intensité. La géniale Sarah Paulson en femme blessée, puis en guerrière nouvelle génération, impressionne autant qu’elle effraie. Il faut également citer l’épatante Billie Lourd, fille de Carrie Fischer la célèbre princesse Leia, qui nous montre que le talent peut se transmettre à la descendance. A la fois inquiétante, fragile et perdue face à ce frère psychopathe, elle détonne dans cet univers glauque. Ici, c’est la xénophobie pure et dure qui est le sujet de la série. Tous ceux qui ne rentrent pas dans le moule WASP voulu par Trump devront disparaître. Vous êtes une femme, vous êtes gay, vous êtes étranger, vous n’êtes pas protestant ? Et bien allez donc vous faire voir ! Révolté et dégoûté (on le comprend), Murphy préfère le biais de la secte pour dénoncer une politique affreuse. Gay et féministe, Ryan Murphy s’empare de l’affaire Valerie Solanas connue pour avoir blessé gravement Andy Warhol. Jouée par la fabuleuse Lena Dunham, cette militante féministe et lesbienne eut une existence humiliante faite de prostitution, de violences et de rejet, publia un manifeste qui gardera un écho encore de nos jours. Sans doute que son cas illustre toutes les épreuves que l’on peut vivre dans sa vie pour lutter contre ceux qui vous jettent sans fondement.

    American Horror Story Cult ne s’embarrasse pas de manières, c’est vrai. La paranoïa, centre névralgique de l’histoire, se glisse dans la tête des protagonistes encore plus rapidement que les élucubrations de Trump à ses sujets. Elle change les agneaux en loups et les poussent dans leurs derniers retranchements, avec son cocktail de meurtres sordides, de trahisons, d’empoisonnements, d’emprise sexuelle, de folie ordinaire. Kai, le Diable en personne, s’imagine pouvoir les dompter avec ces éléments, mais cela s’avère illusoire. La femme l’emporte. Le plan de fin, ambigu, s’annoncerait salvateur, mais c’est un leurre. La femme sera-t-elle l’avenir de l’homme ? Ou bien se montrera-t-elle pire que celui-ci ? Murphy n’y répond pas, et nous laisse dans une incertitude totale. Ce qui est certainement plus angoissant et insupportable que le déroulement de l’histoire. Une critique profonde et féroce des peurs sombres et cachées de l’Amérique.

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    American Horror Story VIII : Apocalypse / Fin et Renouveau d’AHS

    Un ensemble de catastrophes nucléaires, missiles et compagnie, a complètement ravagé la planète de ses habitants. Le globe terrestre ressemble plus à un paysage de Fallout avec ses effluves empoisonnées et ses humains radiés au mieux comdamnés à mourir, au pire à virer cannibales. Une étrange organisation, la Coopérative, a réalisé une sélection d’ADN supérieurs pour caster les humains les plus aptes à la survie, et aussi les plus riches qui peuvent s’offrir le ticket d’entrée à plusieurs milliers de dollars. Ils créent ainsi un bunker central, ainsi que d’autres avant-gardes censés protéger d’autres humains. Dans le bunker de l’intrigue, on retrouve Coco Vanderbilt, insupportable milliardaire fille à papa, son assistante esclave Mallory, son meilleur ami gay coiffeur Mr Gallant, sa grand-mère Evie, un couple lambda Timothy et Emily. Ce petit monde est régi par deux bourreaux féminins : Wilhemina Venable et ses réparties aigres, et l’étrange Mead, taiseuse et froide. Alors que les rations s’amenuisent et que les avant-gardes tombent comme des mouches, un mystérieux jeune homme, Michael Langdon, brave les éléments pour constituer une dernière équipe d’humains pour les conduire à un dernier sanctuaire…

    Après nous avoir fait voyagé dans tous les symboles de l’horreur du passé et du présent, Ryan Murphy nous livre sa vision personnelle de l’Apocalypse. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que c’est certainement la saison la plus dense et la plus chargée jamais réalisée. En cause? Les multiples crossovers des autres saisons à American Horror Story : Apocalypse, logiquement connectées à l’intrigue de cette dernière. Ce qui en fait un vibrant maelström où j’avoue, on s’y perd un peu. On retrouve Leslie Grossman, autre muse de Murphy aperçue dans Popular, Nip-Tuck et autres saisons, Billie Lourd à notre plus grand bonheur, grande sorcière transformée en larbin grisâtre, Joan Collins en mamie un peu folle, Kathy Bates en vraie-fausse femme tortionnaire, et de nouvelles têtes bienvenues comme Adina Porter, la sensible Emily associé à son amour Timothy (Kyle Allen, impeccable), formant un couple d’amoureux dans un océan de perdition. Le plus de la saison est le charme magnétique du terrifiant Cody Fenn, jouant Michael Langdon, le rejeton du Diable, avec brio. Sans scrupules, d’une cruauté presque mathématique, amoral et sans émotions, il charme ses troupes tout en terrorisant ses ennemis, avec au fond une âme d’enfant mal aimé. Je ne peux vous en dire plus. On y croise sorcières de Coven, famille de la Murder House, quelques touches d’Asylum et un peu de l’hôtel Cortez d’Hotel. Tous tentent de sauver ce qui peut l’être avant que ce ne soit trop tard. Cette fois-ci, on s’intéresse clairement aux rapports de force et à l’établissement d’une hiérarchie presque moyenâgeuse : les pauvres en larbins gris, les riches au sommet de la tour entre fêtes folles, brushings impeccables et mets de choix, quand le garde-manger le permet. Le surnaturel y est quasi-obligatoire, jonglant sans cesse avec les sorcières, les esprits, les fantômes, le vaudou, les junkies avec en prime, des humains radiés plus proches de Toxic Avenger que de Walking Dead ! Si ce côté foutraque peut en épuiser certains, il se révèle étrangement jouissif. On se surprend même à côtoyer des satanistes et Anton LaVey (fondateur du mouvement), deux geeks travaillant pour les Illuminati et.. un robot.

    Je n’ai plus les mots. Murphy a épuisé ses dernières ressources dans un dernier jet de créativité, un peu lourd par moments, mais qui saura être un régal pour les fans. Avec une certaine candeur, il revisite à sa sauce un univers post-apocalyptique où l’ancien et le nouveau se confondent dans une fin tragique où l’humanité s’est tuée toute seule. La fin d’un monde pourrait même en engendrer un deuxième, en remontant le cours du Temps et en recommençant les bonnes actions jusqu’à atteindre son but… ou pas. Je n’en dis pas plus. Nihiliste, anticapitaliste, jusqu’au-boutiste, Apocalypse est une fin totale, mais ce qui suit derrière ne sera pas mieux. Ryan Murphy, prophète des temps modernes?

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    American Horror Story IX : 1984 / L’été meurtrier

    Nous sommes en 1984, en pleine ère Reagan, en pleine guerre Froide. Dragon Ball vient d’être publié au Japon, Pinochet établit la dictature en Argentine, et la guerre du Liban éclate à Beyrouth. Mais tout ceci n’est qu’un contexte… car pour le moment c’est l’été à Los Angeles, et une bande de beaux jeunes gens décident de partir pour le Camp Redwood en tant que moniteurs dans une colonie de vacances. Elle est composée de Brooke, la nouvelle du cours d’aérobic venant de Pétaouchnoque, Xavier, le beau gosse dirigeant du cours d’aérobic, Chet, le type sympa, Ray, l’Afro-Américain de service, et Montana, grande gueule cocaïnée peroxydée. Une bonne raison pour fuir des meurtres violents à Los Angeles et les Jeux Olympiques et se payer du bon temps à peu de frais. La nuit tombée, Brooke est agressée par un sataniste comme « mise en garde ». Le lendemain, tous partent pour le Camp où ils font la connaissance de Margaret Booth, propriétaire du Camp, Trevor le directeur des activités, Rita l’infirmière, et Bertie, la cuisinière. Au cours d’un feu de camp, Rita leur dévoile les sombres atrocités qui ont eu lieu au Camp Redwood il y a de cela 14 ans par un certain M. Grelots. Ancien combattant du Vietnam, il chercherait en ce moment même à se venger de la 10e victime qui s’est échappée… Pourrait-il être le fameux meurtrier de Los Angeles ?

    Si on pensait que Ryan Murphy ne cèderait pas aux lueurs de la nostalgie à la Stranger Things, c’est raté. On plonge carrément dans cette époque riche en épaulettes, vidéos kitsch d’aérobic, et aux cheveux défiant la gravité. On est clairement dans l’hommage un peu (trop?) appuyé aux slasher movies qui ont fait les beaux jours des salles obscures des années 80. Comment ne pas penser directement au fameux Vendredi 13 dont American Horror Story 1984 s’inspire (trop) largement ? Si l’envie de se taper le front nous vient à l’esprit, on ne peut s’empêcher de constater que Murphy, une fois encore, a réussi son pari de la nostalgie. En outre, il propose même un jeu d’acteurs parfois surjoué pour renforcer le côté « film d’horreur ado » de son sujet. Billie Lourd est très convaicante en sensuelle gazelle folle d’hommes et de sensations fortes, Cody Fenn se mue en clone de Simon LeBon (chanteur de Duran Duran), Emma Roberts dans un rôle à contre-courant de demoiselle en détresse pas stupide, ou l’apparition trop rare d’Angelina Ross, en infirmière ancienne soldate, qui avait joué dans Roanoke. On retrouve Matthew Morrison en prof de sport libidineux porté sur la chose et encore une nouvelle révélation d’acteur : le stupéfiant Zach Villa dans la peau du tueur en série Richard Ramirez ! Sa prestation, incandescente et cachant une rage sourde, nous épate et arrive même à nous faire (beaucoup) peur. Citons le fameux M. Grelots, joué par l’excellent John Carroll Lynch (Fargo, Volte/Face, Twisty le clown de Freak Show, et John Wayne Gacy dans Hotel), présenté comme l’antagoniste de l’histoire, mais qui va vite nous faire virer de bord, au même moment que l’histoire prend un twist inattendu. L’atmosphère eighties est très bien représentée, avec ses vêtements criards et ses hits de l’époque (Kajagoogoo, Billy Idol, Cyndi Lauper), l’ambiance slasher également avec ses nombreux codes inviolés : psychopathe solitaire, bande de jeux décérébrés, jeu de massacre, sang et compagnie. Si l’on est tout aussi fan de l’univers barré de Ryan Murphy, une certaine lassitude s’installe, heureusement évacuée par des acteurs toujours plus méritants et un cadre desservi par une excellente photographie.

    Le créateur de la série exposait des thèmes très personnels dans ses oeuvres (racisme, sexisme, rejet, intolérance, capitalisme, homophobie, violence). Dans 1984, il est question de nostalgie, des regrets du passé et de mélancolie. La dernière phrase prononcé par Montana l’affirme : « les années 80 ne mourront jamais, mec ». Le passé et le présent semblent toujours être maintenus par une corde raide où les esprits vagabonds voguent à leur aise, mais rarement apaisés. La frontière entre vie et mort y est toujours minuscule, comme pour dire que le temps n’est qu’au final qu’une grande boucle, un grand tout qui fait que les événements qui nous arrivent sont toujours connectés. Bien sûr, il est question de paternité, du poids des origines et des fautes du passé : voir le personnage bouleversant de M. Grelots, qui vient d’avoir un fils et se demande s’il ne sera pas aussi mauvais que lui. Une morale sous-jacente se profile alors : les actes violents sont punis par une errance éternelle, les actes méritants sont récompensés par de l’attente et de la douleur.

    Cela pourrait aussi être une conclusion globale à l’ensemble de la série si l’on voit dans l’ordre les différentes saisons d’AHS : Murder House le deuil impossible, Asylum l’évolution contrainte, Coven la famille dysfonctionnelle et coincée, Freak Show le rejet brutal, Hotel le temps qui passe, Roanoke le miroir des apparences, Cult le monde politique et enfin 1984 la nostalgie névralgique.

    Bonus vidéo : Compilations des opening des saisons d’AHS

    Nous sommes en face d’une compilation des génériques d’ouverture d’American Horror Story d’une rare beauté et qui personnellement me font un peu flipper. Un grand merci à Kyle Cooper, dirigeant de la société Prologue, un spécialiste des effets spéciaux car il a réalisé personnellement les génériques de films comme Mother !, Paradise Lost, Star Trek Beyond ou encore Rock’n’Rolla. Pas vraiment un débutant donc.

    Le thème ? Celui de la saison en cours, avec des éléments graphiques extrêmement soignés et subtilement intégrés à l’ensemble. Pour plus de cohérence, chaque saison a son générique propre, sauf Roanoke, qui se contente d’un simple générique noir et blanc pour bien nous piéger avec le générique d’une véritable émission de télé. La musique y est stridente, violente pour les oreilles, tout comme les images qui défilent, pas franchement rassurantes. Murder House et ses vêtements d’enfant perdus dans le sang et les larmes, ou encore des gravures de sorcellerie pour Coven, ou bien un cirque miniature aux excentricités corporelles (la « botte-vagin », la tête qui vomit) pour Freak Show. Les éléments politiques sont plus subtils dans Cult, avec un voyou grimé en Trump devant une glace et un briquet prêt à enflammer de l’alcool, ou plus générationnels avec le splendide hommage des années 80 de 1984 avec ses vidéos d’aérobic sous acide recouvertes d’éclaboussures de sang et ses transitions style Miami Vice.

    Bref, aucun générique ne se ressemble et nous aide davantage à apprécier les anthologies que nous offre la série. Un univers propre, gracieux dans son horreur, qui révèle plein de surprises à chaque plan. Excellent job.